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Chroniques d'albums
Damian
WILSON : Disciple (Cosmas
Records/autoproduction - 2001) Damian
Wilson est un chanteur et un musicien dont la versatilité est plutôt rare dans
le monde du rock : depuis ses débuts avec le groupe de progressif Landmarq en
1992, Damian a plus ou moins poursuivi en parallèle deux carrières avec ces mêmes
Lanqmarq, puis le groupe de heavy progressif Threshold, avant de participer
ponctuellement aux trois derniers albums d'Arjen Lucassen, alias Ayreon. Entre
temps, il avait enregistré un album demeuré inédit avec le groupe LaSalle et
a également failli succéder à Bruce Dickinson dans Iron Maiden !! En
1997 Wilson, enregistre son premier album solo "Cosmas", qui sortira
au début de 98 et prend par la même occasion un nouveau virage étonnant, sous
forme de ballades intimistes arrangées de façon acoustique, un tantinet folk,
avec piano, guitare et orchestre, un recueil de mélodies variées mais surtout
tendres et romantiques. "Cosmas" démontrait tout le talent de
compositeur de Damian, déjà remarqué par quelques participations aux morceaux
les plus réussis de Landmarq. En 1998, au hasard d'une rencontre, Damian va
encore partir dans une autre direction : le monde de la comédie musicale, en
prenant part pendant deux ans à une tournée anglaise du spectacle musical
"Les Misérables", tenant deux fois par semaine le rôle principal de
Valjean ! L'année dernière, en plus de collaborer avec Adam Wakeman, il intègre
la nouvelle version de l'English Rock Ensemble de son père,
Rick Wakeman ! Il a également la chance de pouvoir enregistrer en
compagnie du Sheffield Youth Orchestra la dernière chanson de Lennon,
"Grow Old With Me", en duo avec sa collègue des Misérables, Alex
Sharpe. Le morceau, conçu comme un single qu'il est prévu de faire sortir à
l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Lennon, puis de sa mort, restera
dans les oubliettes malgré le soi-disant intérêt d'EMI ! En même temps,
Damian profite des services du même orchestre pour enregistrer plusieurs
nouvelles chansons et même des nouvelles versions des titres les plus
orchestraux de "Cosmas". Restait
à trouver une maison de disques ! Pour l'heure, l'album "Disciple"
est disponible depuis le 1er octobre en autoproduction, sous
forme d'une édition limitée double CD digipack, uniquement par l'intermédiaire
de son site officiel, www.damianwilson.com. L'album a pour compagnon le single
"Grow Old", une des plus belles chansons d'amour qu'ait jamais écrit
l'ex-Beatles et qui n'existait que sous forme de démo. Cette version, chantée
avec l'excellente Alex Sharpe et arrangée pour l'orchestre symphonique est
absolument splendide, un de ces morceaux émouvants , dont on sait à la première
écoute qu'il s'agit d'un classique ! Aux côtés de « Grow Old »,
on trouve quatre autres titres. Deux d’entre eux sont de nouvelles versions de
titres de « Cosmas » : « Monday Night In March » et
surtout le poignant « Just The Way It Goes », qui trouve ici une
nouvelle dimension, avec l’orchestre symphonique au complet et un chant plus
dramatique de la part de Damian… « In A Word », dédié à son père,
est une autre chanson orchestrale au tempo enlevé qui pourrait faire un malheur
dans une comédie musicale (et encore un très beau texte) et, finalement,
« Nothing Left In Me » est un autre superbe morceau intimiste (mais
toujours agrémenté d’une très
belle orchestration) derrière laquelle se cachent bien des souffrances… Quant
à "Disciple" proprement dit, il s'agit d"un album que Damian
Wilson a voulu écrire pour ses enfants et de fait, toutes les chansons sont liées
aux relations avec les siens ou au thème de l'enfance. Ici, on retrouve
l'univers familier de "Cosmas" mais avec le côté romantique et
tendre étendu à tout l'album. Ces chansons sont toutes aussi magnifiques les
unes que les autres. Une simple guitare acoustique, un piano, parfois quelques
notes de guitare ou de piano électriques cristallines, quelques percussions et
parfois une batterie, et surtout cet orchestre omniprésent et arrangé avec
beaucoup de talent (grâce à Andrew Holdsworth, déjà responsable des
arrangements sur « Cosmas »), qui donne une ampleur inestimable à
des mélodies parfaites. Oui, parfaites, un mot qui ne sort quasiment jamais de
la plume de votre humble chroniqueur ! Ici,
pas de rythmes impairs alambiqués, pas de solos débridés, pas de dissonances
étranges, pas de démonstrations stériles, juste la musique... splendide, et
la voix... émouvante. Si vous avez aimé les pièces les plus orchestrales de
"Cosmas", vous adorerez "Disciple" ! De plus, les morceaux
demeurent assez variés pour maintenir l'intérêt, avec quand même quelques
tempos enlevés qui vous soulèvent irrésistiblement comme "Brightest
Way" ou le "Heavenly Mine", une petite incursion dans les rythmes
électroniques discrets sur "Beating Inside" qui évoque le battement
d"un cœur. "Disciple" ou
"Adam's Child" - qui rappelle fortement le merveilleux
"Scarborough Fair" - prennent des allures grandioses et majestueuses
grâce à l'orchestre déployé dans toute sa splendeur. D'un autre côté,
"What A Man Can Dream", "Part Of Me" (probablement l’une
des plus belles chansons jamais écrites) ou le solo acoustique final
"Quietly Spoken" sont plus intimistes, des chansons dont on comprend
toute la profondeur en s'attardant sur des textes à la fois simples et parfois
allusifs, où tout est dans le non-dit. Musicalement, chaque chanson est
excellente, chaque morceau témoigne d'un travail de longue haleine, minutieux,
où chaque inflexion de la voix semble à la fois mille fois retravaillée et
spontanée. Quelques références pour vous repérer ? On peut penser à des
chanteurs tels que Tori Amos dans ses pièces les plus intimistes (l'album
Little Earthquakes), ou bien Fish à sa grande époque ("Gentleman's
Excuse-Me" sur "Vigil" , par exemple) pour retrouver ce degré de
complicité que le chanteur réussit à créer avec l'auditeur. Mais ce qui est
merveilleux, c'est que Wilson est aussi un chanteur à la voix exceptionnelle !
Si ici, on est loin des montées en puissances imparables de Threshold ou
Landmarq, on pourra cependant apprécier la maîtrise vocale exceptionnelle (digne
d'un Michael Kiske ou d'un Geoff Tate), mêlée à la sensibilité exacerbée
unique et propre à Damian. Chaque mot semble chanté pour vous et vous seul
dans votre oreille. Ecoutez « Part Of Me » et ressentez la présence
de l’homme derrière la voix… Nul doute que le chanteur pensait très fort
aux siens en enregistrant ces chansons, dont certaines ressemblent même à des
berceuses ! N'allez pas en déduire que cet album est niais ou mièvre, même si
certains ne manqueront pas de le dire, évidemment ! A ceux qui seraient dans ce
cas, je vous plains pour votre infirmité… Cet album respire tout simplement
la tendresse, la nostalgie pour une enfance pas tout à fait oubliée. On a
envie de dire "quelques minutes de tendresse dans un monde de brutes",
par dérision. Et c'est vrai enfin, "Disciple" baigne dans la
sensibilité à fleur de voix qui émane de Wilson et la beauté des mélodies
n'empêche pas certains morceaux d'être particulièrement mélancoliques et même
poignants, bien au contraire. Un
de ces albums extrêmement rares, d'une très grande unité, dont chaque titre
donne envie d'être répété en boucle, un album dont il est difficile de se
lasser lorsqu'on aime autre chose que les débordements dramatiques, les épopées
pompeuses, lorsqu'on aime une vraie "chanson" bien construite avec une
mélodie forte, digne de ce nom, embellie par des arrangements somptueux. Sur ce
plan, Damian réussit parfois à dire en 2:30 plus que certains groupes de
progressif en 10 minutes ! "Disciple"
est devenu en quelques écoutes un ami fidèle, le genre d'album qui, à moins
qu'il ne vous indiffère complètement, vous touche au plus profond et ne vous
laisse plus partir. Le signe d"un grand album. Merci Monsieur Wilson,
d'avoir eu le talent mais aussi le courage de créer ce trop court bijou qui
vaut d'être partagé comme un cadeau précieux. Marc
Moingeon – Octobre 2001
RICK WAKEMAN & The ENGLISH ROCK ENSEMBLE
: Out Of The Blue
(Music fus Les
albums live de Rick Wakeman ne sont pas si fréquents. Celui-ci, enregistré au
printemps en Amérique du Sud, où le magicien des claviers semble jouir d'une
popularité grandissante, est certainement son album vocal le plus réussi
depuis très longtemps, hormis "Return To The Center OF The Earth"...
Il présente une nouvelle version de son groupe The English Rock Ensemble.
Accompagné de son fils Adam comme second clavier, de Lee Pomeroy à la basse,
d'Ant Glynne à la guitare, et du fidèle Tony Fernandez à la batterie, Rick a
choisi d'engager comme chanteur un certain....Damian Wilson ! De retour sur la
scène musicale rock progressive, Wilson parvient à donner une nouvelle
dimension au répertoire de Wakeman, prouvant ici plus que jamais quel grand
chanteur il est. Jamais les morceaux de Rick n'ont bénéficié d'une telle
intensité, même si la plupart des morceaux proposés ici réservent une grande
importance aux parties instrumentales. Près de 75 minutes et seulement 7
morceaux ! Rick Wakeman affiche ici une énergie fantastique. Et son groupe
n'est pas en reste ! Ant Glynne est parfois assez agressif dans son jeu mais on
a affaire ici à un sacré technicien doté d'une fougue rafraîchissante ! Adam
ne fait pas qu'accompagner son père et on peut entendre ici des duels de
claviers absolument détonants ! La section rythmique est plus que... rythmique
! Lee Pomeroy est un bassiste très mélodique, qui à l'occasion renvoie
quelques échos de ... Chris Squire ! Quant à Tony Fernandez, il s'agit
d"un batteur aussi précis qu'énergique. "Out
Of The Blue" n'est pas un album pour s'endormir, plutôt celui que vous
devriez écouter pour vous réveiller le matin et repartir en forme du boulot
chez vous ! "Journey To The Center Of The Earth" est un extrait de près
de 17 minutes du classique baroque et orchestral de Rick et c'est un immense
plaisir d'entendre Damian le chanter comme nul autre auparavant !! Quand au
travail des claviers et des guitares, le ton est donné pour le reste de l'album
: c'est un véritable feu d'artifice ! Mais attention : toujours avec beaucoup
de sens mélodique, pas de bruitages ni de distorsion dissonante, juste une
virtuosité étourdissante de la part de tous les musiciens. Et surtout une
bonne humeur de jouer ensemble parfaitement perceptible et communicative. "Buried
Alive" qui suit est extrait de l'excellent et méconnu "Return To The
Center Of The Earth" de 99. Avec l'orchestre en moins, cette version sonne
plus rock (le morceau était chanté par Ozzy Osbourne au départ !), et Ant
Glynne est particulièrement incisif dans ses solos. C'est ensuite une pause en
solo pour Rick, "pause" si l'on peut dire car le magnifique "Jane
Seymour" extrait du célèbre "Six Wives Of Henry VIII" est une
pièce de bravoure, avec un son d'orgue d'église très convaincant, un
minuscule clin d'œil à Bach au départ et puis une véritable cathédrale
sonore, dans doute le meilleur morceau du premier album solo de Rick. Le
long medley contrasté de "No Earthly Connection" (album
malheureusement jamais réédité par A&M, maintenant Universal Music) est
peut-être le moment le plus fort de l'album, avec cette fois un Damian Wilson
omniprésent, et tellement fantastique : Il faut entendre ce chanteur passer en
un instant des vocalises puissantes dignes des meilleurs chanteurs de heavy
metal comme Michael Kiske ou Geoff Tate aux tonalités suaves que l'on peut apprécier
sur son travail solo ! Cette version complètement réarrangée avec un rythme
énergique et une teinte épique pour le thème principal, mais aussi beaucoup
de passages calmes, constitue l'un des tout meilleurs morceaux de Rick, avec des
mélodies imparables, qui ne quittent pas votre tête !" "Catherine
Parr" est encore une version transfigurée d'un extrait de "Six
Wives", rallongé jusqu'à près de 10 minutes, incluant non
seulement des parties de synthés éblouissantes mais des solos
splendides de Ant Glynne, décidément inspiré par la musique du sieur Wakeman
! "The
Visit/The Phantom " extrait de "Phantom Of The Opera" est assez
chanté, toujours avec brio, et donne l'occasion à Glynne de partir dans un
solo de guitare extravagant, ce qui
donne une valeur particulière à ce medley de deux titres assez rock au rythme
sautillant, extrait d'un album
relativement récent de Rick. Et le bouquet final est une version de 16 minutes
de Starship Trooper, le classique de Yes que Rick affectionne particulièrement,
avec un clin d'œil à l'intro de "Heart Of The Sunrise" en ouverture
! Bien supérieure à la version interprétée par Adam Wakeman et son groupe
Jeronimo Road avec ce même Damian Wilson sur l'hommage "Tales From
Yesterday" (Magna Carta, 1995), ce morceau est ici très retravaillé, plus
rapide, avec davantage de changements de rythme, le chanteur maîtrisant mieux
le morceau. Le final « Würm » est un incroyable déluge de notes,
incluant un duel de synthés entre les deux Wakeman, père et fils, quelques développements
virtuoses d'Ant Glynne, et même une section où les trois partent ensemble à
l'unisson dans un triple solo tourbillonnant, tous soutenus par une section
rythmique déchaînée ! Voilà
une reprise de Yes qu'il ne faut probablement pas comparer à l'original mais
qui a au moins le mérite d'apporter quelque chose de nouveau ! En
définitive, "Out Of The Blue" est sûrement le meilleur album vocal
de Rick Wakeman, grâce au talent de Damian Wilson, et l'un des plus progressif
aussi. On ne peut qu'espérer le meilleur du travail studio de ce groupe, attend
pour le printemps 2002 (cf. l'interview de Rick). Amateurs
de virtuosité et de mélodies accessibles, si vous voulez entendre un album qui
est tout sauf le fruit ramolli d'un rassemblement de musiciens vieillissants,
mais au contraire celui d'un groupe en pleine forme et dont le plaisir de jouer
ensemble est évident, vous ne pouvez pas manquer cet album ! Marc
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