Croyant, sous l'influence de l'éducation autoritaire reçue, que l'autorité est l'âme de l'organisation sociale, pour combattre celle-là ils ont combattu et nié celle-ci (...). L'erreur fondamentale des anarchistes adversaires de l'organisation est de croire qu'une organisation n'est pas possible sans autorité - et de préférer, une fois admis cette hypothèse, renoncer à toute organisation plutôt que d'accepter la moindre autorité (...).

Errico Malatesta

 

Les rapports entre la masse et la minorité consciente forme un problème dont la solution n'a pas encore été pleinement trouvée, même par les anarchistes, et sur lequel le dernier mot semble n'avoir pas été dit.

Daniel Guérin

 

 

COMPARAISON DE TROIS TYPES D'ORGANISATIONS RÉVOLUTIONNAIRES

 

Deux cents ans après la Conspiration des Égaux, cent vingt ans après la Commune de Paris, quatre-vingts ans après la Révolution russe, soixante ans après la Révolution espagnole, on n'a toujours pas vu apparaître l'organisation qui saura participer à l'avènement d'une révolution pour tous et toutes. Une organisation qui ne serait pas, dès le départ, imprégnée des injustices qui dominent notre société. Une organisation où la fraternité serait plus grande que la dominance, où la libération individuelle ne serait pas renvoyée aux calendes grecques, mais juxtaposée à la libération collective. Ce court essai se veut une synthèse de différents visages que les organisations révolutionnaires ont adoptés au cours de l'histoire, visages qui existent toujours aujourd'hui malgré tant d'expériences décevantes. Cette inertie est bien sûr due au manque d'alternatives, mais surtout, à l'intérêt pour certains de préserver des structures qui, somme toute, les gratifient... Le troisième type d'organisation révolutionnaire décrit ci-dessous constitue toutefois une innovation, innovation en ce qu'elle serait, selon nous, la première organisation révolutionnaire non hiérarchique. Bien sûr, cette organisation n'existe pas encore, l'objectif de cette démarche étant précisément de lui donner une chance de voir le jour, où que ce soit.

 

A- Organisation centralisée et élitiste (pyramidale).

1.     Elle peut être sous forme de cellules, comme par exemple, dans les années soixante, l'organisation tupamaros en Uruguay et le Front de libération du Québec (FLQ). Dans sa forme plus développée comme en Uruguay, l'organisation est très centralisée. L'idéologie, la stratégie et la tactique sont décidées par en haut, c'est-à-dire par quelques dirigeants révolutionnaires. Il n'y a pas de place pour la dissidence, car la cohésion rend nécessaire une "discipline" stricte, c'est-à-dire une obéissance rigoureuse de la base aux lignes directrices. Mais puisqu'il s'agit d'une organisation militaire, la base a quand même suffisamment à faire pour ne pas s'ennuyer, surtout avec le principe de la cellule qui laisse une certaine autonomie. Bien entendu, la cellule a un chef, mais on présume que les actions sont décidées après consultation des quelque membres de la cellule. Une telle organisation a ses avantages en temps de guerre, mais il est peu probable qu'elle reste dynamique en temps de paix. En effet, il serait probablement ennuyeux pour les membres de la base de ne pas décider quoi que ce soit, et de se conformer à l'idéologie prescrite par quelques personnes. Pour ces membres, il ne resterait qu'à recruter des gens, à vendre des journaux, etc. Même le débat politique serait évité, car il menacerait la cohésion du groupe.

 

2.     Elle peut aussi être sous forme de parti politique. Là encore, l'organisation est très centralisée, mais les décideurs sont habituellement élus et officiellement révocables en tout temps. La grande différence avec l'organisation décrite ci-dessus réside dans la spécialisation des tâches, non pas seulement en: décideurs - exécuteurs (comme ci-dessus), mais aussi en: organisateurs - propagandistes - orateurs - diffuseurs - journalistes - vendeurs - combattants - etc. Il y alors, en plus d'un comité central qui dirige, différents comités spécialisés dans des tâches particulières. Ces comités ont des chefs, de manière officielle ou non. L'initiative individuelle, ou encore le degré de subjectivité du membre dépend de sa position hiérarchique, sanctionnée démocratiquement. Là encore, l'obéissance est de rigueur une fois la ligne et les positions politiques adoptées en assemblée, la plupart du temps formulées par quelques dirigeants. C'est qu'il faut que le parti montre aux "profanes" une apparence de consensus, et donc de cohésion. Ce type d'organisation se retrouve surtout en temps de paix, mais il est aussi adapté à la guerre. Il y a alors formation d'une armée spécialisée, plus ou moins conventionnelle.

 

B- Organisation lâche ou sans pouvoir apparent

Ce type d'organisation n'en est pas vraiment une, dans la mesure où son ampleur reste habituellement modeste, indépendamment des circonstances. Il s'agit donc surtout d'un petit groupe, parfois appelé collectif. Ce genre d'organisation se refuse à organiser, c'est-à-dire à centraliser, soit disant pour éviter toute forme de pouvoir. Souvent, ses membres n'agissent qu'en cas d'unanimité. Bien entendu, le débat est officiellement possible. Or, puisque les membres qui se rassemblent pour discuter sont toujours les mêmes, il s'installe dans le groupe des relations de dominance, des relations de pouvoir non sanctionnées faisant en sorte que l'égalité ne perdure qu'en apparence. Car être plus renseigné-e, plus articulé-e, plus extraverti-e ou plus autoritaire donne une influence qui s'accroît nécessairement avec le temps. Le dominant se renforce par l'image avantageuse que lui renvoient les dominé-e-s. Inversement, ces derniers s'affaiblissent au contact d'une image négative d'eux-même reflétée par les dominants (effet pygmalion). Les membres dominants peuvent s'assurer de garder le pouvoir, par exemple en refusant que de nouveaux membres se joignent au collectif (surtout ceux et celles ayant une forte personnalité), ou en muselant la "dissidence" (c'est-à-dire les propos différents des leurs) en empêchant systématiquement tout "consensus" ne leur convenant pas. Même avec une rotation des tâches, le problème reste patent, les dominants restant dominants, même dans les moments où ils ne sont pas en position apparente de pouvoir. Le groupe ne peut croître et devenir organisation, car l'afflux de nouveaux membres menacerait les dominants qui ne disposent, contrairement à l'organisation centralisée élitiste, d'aucune structure hiérarchique les protégeant. D'ailleurs, l'unanimité seraient beaucoup plus difficile à "conquérir" avec un groupe plus grand.

 

C- Organisation centralisée et horizontale

Ce type d'organisation n'a encore jamais vu le jour. Elle serait constituée de cellules autonomes mais dont les membres seraient continuellement changés (rotation des membres entre les cellules). Au sein de la cellule, existerait également une rotation continuelle des tâches, de manière à éviter toute spécialisation. Chaque cellule, après cooptation de nouveaux membres, doublerait en effectif, puis se diviserait en deux cellules. Un comité central, dont les membres seraient continuellement changés, serait chargé d'administrer l'organisation, c'est-à-dire d'assurer la circulation de l'information. Toutefois, ce comité central n'élaborerait d'aucune manière une idéologie, une stratégie ou des tactiques. À ce chapitre, toute l'initiative reviendrait aux cellules et aux individus qui les composent. Ainsi, dans la cellule, seraient favorisés le dialogue et la discussion, tout cela dans le but d'un apprentissage libre et collectif, c'est-à-dire, d'une autoéducation. De plus, toute action révolutionnaire, faisant aussi partie de l'apprentissage, serait décidée par la cellule elle-même. Ce mode de fonctionnement (démocratie directe) serait possible grâce à la technologie moderne de l'information.

Pour plus de détails, voir le texte:

Créer une alternative à l'organisation hiérarchique et autoritaire.

 

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