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JELLE VAN BUUREN.
LE MONDE DIPLOMATIQUE | JANVIER 1999 | Pages 6 et 7
Dans cette stratégie, les pays situés a l'est et au sud de
l'Europe remplissent une double fonction. D'un côté, il leur
est demandé de contenir l'immigration en modernisant leurs
techniques de contrôle aux frontieres grâce a l'aide
technique et financiere de l'UE. Ils deviennent des « Etats
tampons », responsables de l'accueil des demandeurs
d'asile, et fortement incités a conclure avec les Quinze des
accords les contraignant a réadmettre les immigrés
illégaux. De l'autre côté, aux termes d'accords signés avec
l'UE, ces pays constituent un gisement de travailleurs
temporaires a faible cout. On voit ainsi se profiler une
Europe stratifiée autour d'un noyau protégé par un cordon
de pays associés qui fermeront de plus en plus leurs
frontieres en échange d'un meilleur acces de leurs produits
et de leur force de travail au marché unique européen.
Ce paradoxe trouve sa plus frappante expression dans
l'utilisation du terme « réfugié économique », créé afin de
distinguer les « vrais » des « faux » demandeurs d'asile. Le
probleme n'est pas tant que cette distinction soit fondée sur
une construction quelque peu artificielle, mais plutôt
qu'elle soit connotée négativement. En réalité, un « réfugié
économique » incarne tout ce que le néolibéralisme
valorise comme principes devant régir la société : le désir
de prospérité, la responsabilité individuelle,
la prise de risques, etc. Un chômeur quittant le sud pour le
nord de l'Espagne afin de chercher un emploi est encensé
et présenté comme un bon exemple de flexibilité et de
persévérance personnelle, deux qualités attendues d'un
travailleur moderne. En revanche, celui qui vient de
beaucoup plus loin dans le meme but est montré du doigt
comme un fraudeur, un chasseur de fortune, un profiteur.
Alain Morice lE MONDE DIPLOMATIQUE | JANVIER 1997 | Pages 18 et 19
Dans " l' espace Schengen " européen (2), une double tendance
contradictoire se confirme : d'un côté, les frontieres se
ferment officiellement aux migrations de travail, de l'autre,
des pans entiers de l'économie basculent dans l'instabilité
et la flexibilité, moyens les plus surs d'attirer la
main-d'oeuvre étrangere. Le passage
de la frontiere, éventuellement l'obtention de titres de
séjour falsifiés, l'hébergement, l'acces a un emploi ou a des
ressources provisoires, tout dépend pour une large part de
l'insertion des intéressés dans ces réseaux communautaires,
ou les plus anciens font figure de protecteurs. La dette
financiere et morale contractée par les migrants les met
dans une position de dépendance et d'enfermement propice
a une exploitation sans retenue de leur force de travail :
l'emploi clandestin se présente comme un " service rendu"