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| VERONICA GUERIN |
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| Cast:
Cate Blanchett, Gerard McSorley, Cilian Hinds, Brenda Fricker |
| Année:
2003 |
| Studio: Touchstone |
| Longueur: 118 minutes |
| Classé 13 ans+ |
Lorsque l'on voit les slogans "Basé sur un fait vécu" et "Produit par Jerry Bruckheimer" sur l’affiche de Veronica Guerin (même titre en v.f.), il se fait difficile de ne pas ressentir tout au moins un léger sentiment de scepticisme. Après tout, comment peut-on espérer quelque chose de véridique, ou même d’authentique, du producteur multi-millionnaire ayant pratiquement défini à lui-seul l’excès du cinéma commercial? Le même homme derrière Bad Boys, Coyote Ugly, Armageddon et Kangaroo Jack était sur le point de nous servir sa version de la vie d’une journaliste irlandaise assassinée en 1996 après avoir talonné des commerçants de drogue? Pas si vite.
Et pourtant, la version dramatisée de cette histoire véridique ne sent pas trop fort les stéréotypes et les exagérations. En fait, il n’y a même pas de poursuites automobiles sur l’autoroute ou d’édifices qui explosent! Bruckheimer a préféré, pour une fois, laisser les gros bras de côté et faire place davantage au talent des artisans impliqués dans la production. En collaborant pour la seconde fois en autant d’années avec le réalisateur Joel Schumacher (après le flop Bad Company l’été dernier), Bruckheimer nous sert le genre de divertissement plus intelligent qui lui arrive de produire lorsqu’il s’allie avec un cinéaste talentueux plutôt qu’un maestro des explosions et des montages hyper-frénétiques comme Michael Bay. Schumacher a déjà signé le remarquable thriller Phone Booth plus tôt en 2003, et Veronica Guerin représente maintenant pour lui un coup double dans une année lui offrant la chance de rebondir après quelques ratées.
Offrant le rôle titulaire à Cate Blanchett, Bruckheimer et Schumacher ont rendu claires leurs intentions pour ce projet. On aurait non pas affaire à une exposition ridicule d’une petite starlette à la grosse poitrine n’ayant pas le moindre souci de transmettre une histoire importante de façon respectable. Blanchett, au contraire, une actrice sérieuse et largement respectée, apporte une dose de crédibilité instantanée au projet. Quiconque ayant vu une photo de la vraie Veronica Guerin sera d’abord frappé par la ressemblance physique des deux femmes; quiconque voyant le film par la suite admireront Blanchett pour s’être livré à l’exercice ardu de rendre justice à une femme ayant tout risqué dans un univers trop dangereux pour elle.
Il ne s’agit pas ici de la meilleure peformance de l’actrice britannique (elle n’a toujours rien trouvé égalant la puissance d’Elizabeth, qui l’avait fait connaître il y a cinq ans); elle semble par moments essayer un peu trop fort de montrer la noblesse et la confiance de sa héroïne. Force est toutefois de reconnaître que Blanchett offre un portrait généralement juste et toujours décent d’une vraie femme. Étant la seule actrice moindrement connue dans une distribution composée largement d’Européens, elle démontre son habileté à transporter un film de Hollywood sur ses épaules, si le matériel lui colle suffisamment bien à la peau.
Dans toute cette histoire, on est en lieu de parfois questionner le jugement de Veronica Guerin : elle a une famille idéale avec un mari et un fils qui l’adorent, une mère qui fait attention à elle, un emploi et un postes plus que satisfaisants, et une vie, à première vue du moins, comblée. Tout cela passait-il vraiment en seconde place devant sa volonté de changer le monde, ou n’était-ce pas, jusqu’à un certain degré, son orgueil qui continuait de la pousser dans les moments plus risqués? À plus d’un instant au courant du film, on reste un peu mystifiés devant le fait que la journaliste s’entête à poursuivre son chemin vers une fin inévitablement tragique. Une femme de son expérience et de son intelligence ne pouvait possiblement espérer que tout ce voyage mènerait à une destination heureuse. Cela rend son accomplissement (elle a aidé à faire emprisonner un nombre important de trafiquants en Irlande) à la fois plus admirable et plus frustrant; cela donne aussi au film un centre éthique intéressant à débattre.
Veronica Guerin ne constitue pas une grande biographie car le scénario ne prend jamais le temps d’établir qui est sa héroïne à son cœur, au-delà de ses ambitions. Le film gaspille la comédienne de longue date Brenda Fricker dans le rôle de la mère de Veronica, de lui offrant que quelques maigres scènes sans jamais tenter de développer une relation entre les deux femmes qui aurait pu aboutir à quelque chose de potentiellement extrêmement émouvant. Et la toute dernière scène, servant à honorer la défunte reporter, nous donne un sentiment d’inspiration jusqu’à ce qu’on se rappelle que Jerry Bruckheimer a produit le film, et qu’il ne faut peut-être pas tout prendre au pied de la lettre. Le film, pour ses fautes, demeure un récit intéressant et important sur le devoir social et la détermination personnelle. Bruckheimer pourra ressortir les explosions la prochaine fois en se sentant un peu moins coupable. --RJ
Cote: B-
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