VANILLA SKY
Cast: Tom Cruise, Peneloppe Cruz, Cameron Diaz, Kurt Russell, Jason Lee
Année: 2001
Studio: Paramount
Longueur: 136 minutes
Classé 13 ans+

Bien peu de gens en Amérique ont entendu parlé d'Abre los Ojos, un petit film espagnol de 1997. On risque cependant d'entendre beaucoup discuter de son adaptation américaine, intitulée Vanilla Sky (Un Ciel Couleur Vanille en v.f.), au cours des prochaines semaines. Non pas uniquement pour sa vedette resplendissante - Tom Cruise - ou sa brillance. Le film possède ces deux attributs, mais ça en est probablement un autre qui va alimenter bien des conversations: la simple compréhension du film. C'est précisément pour cela que j'ai adoré Vanilla Sky.

Moins on en sait par rapport à l'histoire, mieux c'est. Je sais, c'est un cliché, mais rarement, de récente mémoire, ait-ce été aussi vrai. Alors je ne vous divulguerai que la base: David Aames (Cruise), un multi-millionnaire de New-York mène l'existence rêvée. Boulot idéal et incroyablement payant, femmes et plaisir à profusion. Cependant, il perd sa chance lorsqu'une de ses conquêtes, Julie Gianni (Cameron Diaz) éclate de jalousie alors qu'elle s'aperçoit que David a le béguin pour un autre fille, Sophia (Peneloppe Cruz). Elle implique alors l'homme dans un accident dont je ne dévoilerai pas les conséquences. Car Dieu sait comment elles sont nombreuses et importantes! Mais plus que tout, intriguantes.

Et voilà la force gigantesque de Vanilla Sky: son intrigue. C'est un mot que l'on croit de plus en plus perdu avec tous ces scénarios prévisibles que l'on nous sort chaque semaine, mais dans le cas présent, tenez-vous bien. C'est possiblement le film le plus imprévisible depuis des années. Mais l'auteur/réalisateur Cameron Crowe (qui avait collaboré avec Cruise pour Jerry Maguire) ne se contente pas de nous tracer un parcours imprévisible. Non seulement on ne sait pas où l'on s'en va, mais on ne sait même pas vraiment avec certitude où l'on se trouve dans le moment présent! Il faut toujours tout remettre en question ce que l'on voit dans Vanilla Sky, et même lorsqu'on le fait, on n'y comprend souvent que très peu sur le coup. Et ça, c'est carrément "trippant". Crowe fait fonctionner notre cerveau intensément pendant plus de deux heures, et continue même de l'exploiter une fois sorti de la salle. Le récit reste avec nous, par son originalité, sa complexité et sa subjectivité. Et on lui en est très reconnaissant pour cela. Le scénario de Vanilla Sky ne peut simplement être qualifier d'étrange ou de non-conventionnel; il définit le sommum de l'écriture cinématographique.

Bien sûr, on ne le constate pas dès le début. Après tout, le premier acte du film n'a rien de très mêlant. Ça se suit de façon généralement linéaire, sans grand "thrill". Il sert à établir les personnages et leurs relations, ce qui sert plus tard pour les comprendre et s'en soucier alors que l'histoire tourne de tout bord tout côté et qu'on a moins le temps pour le développement psychologique des personnages. Et quand ça commence à tourner, ayoye. C'est toute une spirale d'événements bizarres, certains renversants, d'autres profondément troublants. Cela se résumerait peut-être mieux avec un mot de bon québécois: c'est fucké. Pas à peu près. Et c'est le plus grand compliment que l'on puisse faire au film. Si l'on devait absolument établir une comparaison, imaginez-vous un peu une sorte de croisement hallucinant entre Memento et Being John Malkovich.

Le côté technique du film contribue également grandement à maintenir le suspense efficace et l'intrigue constamment et l'engouement toujours prononcé. Le montage de Joe Hunsting s'avère carrément déconcertant. Comme les films bien montés de façon très serrée, il parvient à ne pas nous perdre tout en nous mêlant. C'est à dire que l'on suit l'histoire, ses coupures ne sont pas trop sèches et suffisamment bien sélectionnées pour, sans nécessairement en comprendre la signification (et ça, c'est voulu dans ce cas). La cinématographie de John Toll constitue un travail tout aussi remarquable. Certains plans plutôt uniques en rappellent d'autres de Devil's Advocate à New York, comme par exemple lorsque le héros se prommène seul au centre-ville de la métropole ou lorsqu'il croit faire l'amour à une fille changeant de personnalité au cours de l'action (en l'occurence Diaz et Cruz). Les images avec lesquelles Toll compose Vanilla Sky se font uniformément magnifiques. On pourra également noter l'importance qu'accorde Cameron Crowe, et ce dans tous ses films, à la supervision musicale. On peut ici apprécier, entre autres, des chansons de R.E.M. et Paul McCarthney, qui ne font qu'alimenter l'aspect puissamment et étrangement unique du film.

Et puis les performances. À commencer par Tom Cruise. Il excelle. Si l'on ommet son rôle de soutien dans Magnolia d'il y a deux ans, il offre, dans Vanilla Sky, sa meilleure prestation en carrière, à égalité avec celle dans Born on the Fourth of July qui remonte à plus d'une décennie. David évolue, et Cruise est appelé à faire ressortir toutes les facettes de son personnage, apparaissant dans absolument toutes les scènes du film. Son rôle n'est pas sans rappeler The Phantom of the Opera, mais il est demandant, et l'acteur fait preuve de beaucoup plus de nuances que cela; il peut sans effort se faire irrésistible, ou froid, distant et repoussant lorsqu'il le faut. Ses deux co-vedettes féminines, Cameron Diaz et Peneloppe Cruz, remplissent également bien leur mandat. Un petit fait intéressant à noter ici: Cruz incarnait également Sophia dans la version espagnole Abre los Ojos. Elle fait ici preuve d'un grand charme, tissant le portrait d'une fille saine, simple et attachante. Diaz fait carrément vibrer l'air de tension sexuelle pratiquement à chaque fois où elle apparaît à l'écran. Je ne fais pas référence ici à de vulgaires gros plans sur sa poitrine comme dans le lamentable Charlie's Angels, mais à un vrai talent. C'est elle dans le trio que l'on voit le moins souvent, mais elle laisse pourtant une très forte impression. Le reste du très bon cast se voit complété par Jason Lee (qui vole la vedette dans plusieurs de ses scènes) et de Kurt Russell, dans le rôle d'un psychologue voulant aider David après ses "problèmes".

Je pourrais maintenant m'étendre et m'étendre sur une analyse philosophique du film. Car en fait, ultimement, Vanilla Sky peut être considéré comme une fâble de morale; une sur la beauté, la responsabilité et la vie. Puis, évidemment, il y aurait les maintes et maintes ambivalences et éléments subjectifs dont je pourrais discuter. À cet égard, le film commet d'ailleurs son seul péché important: il tente de tout nous expliquer dans son dernier souffle, et à quelque part, on veut autant le savoir que l'on ne veut pas le savoir. Un peu comme un autre thriller psychologique avec Cruise, Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, une bonne partie du plaisir réside dans l'abscence de réponses sûres quant à certaines issues. Je suis pour le fait que Vanilla Sky nous fasse comprendre certains de ses trucs. Sans cela, le film pourrait facilement être accusé de prendre une route ne faisant ni queue ni tête, et ce sans raison justifiable. Mais il en dit trop. Pas tout, certes, mais tout de même trop pour que l'on reste habité par le film encore plus longtemps, comme on le devrait. Néanmoins, Vanilla Sky vous fera longuement discuter à coup sûr avec les autres ayant eu la grande chance de le voir. Je me permettrai une seule petite réflexion personnelle à cet égard à laquelle vous pourrez penser: si tout ce qui nous est dit et expliqué à la fin est vrai, alors que peut-on penser au juste de cette image hântante de Cameron Diaz, seule en haut du pont au moment de l'accident?...


Comme le dirait le slogan du film: Ouvrez les yeux; Vanilla Sky constitue l'un des meilleurs films de l'année. --RJ

 

Cote: A-

Retour

 

Hosted by www.Geocities.ws

1