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| TAPE |
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| Cast: Ethan Hawke, Robert Sean Leonard, Uma Thurman
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| Année:
2001 |
| Studio: Lions Gate |
| Longueur: 86 minutes |
| Classé Général |
Il se fait parfois difficile de juger avec précision du talent d'un acteur, se basant sur un, ou même à la limite plusieurs films. Le scénario, la réalisation, le montage et la musique constituent tous des éléments contribuant à nous faire apprécier une performance plus ou moins. Cela explique souvent pourquoi un comédien peut sembler si bon dans un rôle, et si mauvais dans un autre 6 mois plus tard.
Il n'y a à peu près qu'avec de petits bijoux comme Tape (version originale anglaise seulement) que l'on peut vraiment apprécier un acteur ou une actrice à sa juste valeur. Un long-métrage de 86 minutes tournant entièrement sur caméra digitale dans une pièce de motel avec seulement trois personnages, Tape n'offre absolument aucun refuge à ses protagonistes. Et ils en profitent tous les trois pour nous épater et nous montrer pourquoi ils se sont rendus où ils sont présentement. Ethan Hawke, Robert Sean Leonard et Uma Thurman ont dû faire preuve d'un courage immense pour se jeter à l'eau et s'attaquer tête première à un travail aussi ardu. Plus que cela, ils ont dû aller puiser dans toutes leurs ressources (et ils prouvent ici la remarquable quantité qu'ils possèdent) pour réussir l'impensable: nous garder river à leurs visages pendant une heure et demie.
À une époque où les effets visuels ne cessent de prendre plus de place et que les scénarios sont souvent finis pendant le tournage des énormes "blockbusters" de Hollywood, voici un film brillamment écrit et extraordinairement interprété qui a été tourné en 6 jours avec un minimum de ressources absolu. Partant d'une pièce de théâtre (par Stephen Berber, qui l'a lui-même adapté pour l'écran), Tape raconte l'histoire de deux copains datant du secondaire, Vince (Hawke) et John (Leonard) qui, maintenant rendus au début de la trentaine, se retrouvent un soir dans un petit motel, histoire de rattraper le bon vieux temps perdu. Vince est, à plusieurs égards, un perdant. Il prétend occuper comme travail officiel un poste de "pompier volontaire" alors qu'il arrondit ses fins de mois en vendant de la drogue. John, de son côté, est devenu un jeune cinéaste dont le premier film a été accepté dans un festival. Nul besoin de dire que leurs ambitions ne sont pas les mêmes.
Leurs tempéraments ne sont pas les mêmes non plus, et Vince cherche constamment à agacer et provoquer John, jusqu'arrive dans la conversation un sujet que Vince semble avoir très - peut-être trop - à coeur: Amy (Thurman), une fille qu'ils ont tous les deux fréquentée au secondaire. Elle a quitté Vince pour John à la fin de leur derrnière année, et Vince ne semble toujours pas l'avoir digéré. Il pousse donc John sans cesse afin de l'obliger à confesser le fait qu'il aurait très bien pu la violer. Question d'empirer les choses, Vince a aussi profité de l'occasion pour inviter Amy à venir les joindre au motel, afin de mettre les choses au clair une fois pour toutes.
On voit mal en lisant le synopsis comment on peut possiblement en faire un drame captivant. Tape parvient non seulement à intéresser, mais vraiment à captiver. Les personnages, aussi peu nombreux peuvent-ils être, nous paraissent toujours réels et leurs interactions ne cessent de nous divertir. Le réalisateur Richard Linklater, qui marque ici son second film sur caméra digitale de 2001, après Waking Life, se sert du caractère hyperactif de Vince pour faire bouger la caméra sans cesse. Non seulement sa stratégie fonctionne indéniablement bien, mais elle s'avère essentielle afin de continuer à faire bouger l'histoire sans quitter la pièce. Linklater crée donc un sens de claustrophobie étouffante qui nous met dans la peau de John tout en nous donnant presque par moments l'impression de quitter la chambre tellement ça bouge, ce qui nous rapproche de Vince. La longue conversation entre les deux est ponctuée de dialogues riches et vrais et de répliques mémorables, soit par leur choc ou leur humour ("J'aime ça comme j'aime un bon coup de Whiskey en me levant le matin: c'est bon pour 10 minutes, mais ensuite je veux mon café" dit Vince à John en parlant de son admiration pour les films de ce dernier).
Thurman n'arrive qu'au bout de trois quarts d'heure, mais l'attente vaut la peine. L'impact de la présence d'un nouveau personnage est énorme dans un récit comme celui-ci, et le personnage d'Amy résonne de son entrée jusqu'à la toute fin. Elle se pointe là, plus brillante que ses deux camarades, et étant vraiment la seule personne mature dans la pièce, et passe sans avertissement de la manipulation à l'honnêteté. Après l'avoir constaté très vite elle même, elle nous fait réaliser en même temps qu'à Vince et John qu'ils ne se disputent pas par rapport à son bien-être. Ce n'est qu'un concours entre deux gamins machos, une rivalité malsaine se basant sur l'ego de chacun. On voit vite comment les deux gars ont pu être aussi attirés par Amy; même après tout ce temps, elle les contrôle du petit doigt, jouant autant avec leurs émotions que leurs actions. Tape contient son lot de surprises et de révélations marquantes, toujours ammenées avec justesse par le scénario remarquable, un peu comme le classique 12 Angry Men il y a de ça plus de 40 ans.
Thurman, dans l'une de ses meilleures performances depuis le rôle de sa vie dans Pulp Fiction en 1994, brille en nous gardant toujours confus, ne sachant jamais quelle réaction elle va avoir. Ses deux accolytes se font également impressionnants. Leonard, encore très peu connu plus d'une décennie après ses débuts dans Dead Poets Society, joue le personnage le plus "ordinaire" avec un réalisme frappant et une fragilité surprenante. Mais c'est Hawke (un autre vétéran de Dead Poets Society, et le mari dans la vraie vie de Thurman), qui vole la vedette. Un peu plus d'un mois après sa superbe prestation dans Training Day qui lui a valu une nomination aux Oscars, il est absolument électrisant. Un acteur ayant toujours favorisé une approche plus calme et réservée à ses rôles, Hawke laisse en quelque sorte exorciser toutes ses pulsions que l'on ne l'a jamais vu sortir dans le passé, et c'est vraiment quelque chose à voir. Dès les premières secondes, on devine que l'on est sur le point d'avoir sous les yeux un Ethan Hawke sous une autre lumière; on ne peut toutefois pas se douter à quel point ce changement radical lui va si bien.
Il n'y a à peu près juste que de véritables artistes comme Hawke, Thurman et Leonard qui accepteraient de tourner un projet comme Tape. Ils font partie de la rare fraction de célébrités qui ont fait leur fortune par amour du métier, et non pas de l'argent. J'ai beau essayer de toutes mes forces, je ne peux m'imaginer Freddie Prinze Jr., Sarah Michelle Gellar ou Britney Spears impliqués aussi intensément dans une oeuvre aussi courageuse. On peut se compter fort chanceux de se voir offrir des films de ce genre aussi rare, ne serait-ce que pour le plaisir de constater à quels points les vrais acteurs peuvent être bons. --RJ
Cote: A-
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