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| SEXY BEAST |
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| Cast:
Ray Winstone, Ben Kingsley, Ian McShane, Amanda Redman, Cavan Kendall |
| Année:
2001 |
| Studio: Fox Searchlight |
| Longueur: 91 minutes |
| Classé 13 ans+ - Violence/Langage vulgaire |
Ben Kingsley incarne dans Sexy Beast (même titre en v.f.) l'un des personnages les plus surnois, vicieux et profondément méchants que l'on aie vu depuis des années. Voir l'homme ayant interprété Ghandi et le comptable dans Schindler's List se livrer à un tel acte semble presque surnaturel.
Avoir à rencontrer Don Logan (Kingsley) représente le calvaire d'une vie entière. Dire qu'il est intimidant ne lui rend pas justice. Le comparer à Satan en personne serait un peu plus juste...mais ça ne lui rendrait toujours pas justice. Si ça peut vous donner une idée. Satan ne parvient certainement pas à faire rire. Don oui. Mais on ne parle pas de rires dûs au sens de l'humour de Don; plutôt dûs au tel état d'agressivité dans lequel il se trouve que ça en devient drôle.
Il n'y a cependant rien de drôle dans tout cela pour Gal (Ray Winstone), le héros de Sexy Beast. Il s'est retiré du crime organisé britannique il y a déjà neuf ans et, pour lui, ça a payé. Il a emménagé dans le sud de l'Espagne, s'achetant une magnifique villa, et passant ses journées sur le bord de la piscine, se faisant griller allègrement au soleil. Il mène une existence de facilité avec sa femme (Amanda Redman), une ancienne actrice porno, et n'a pas le moindre soucis en tête...jusqu'à ce qu'il apprenne que Don Logan a appelé en personne de Londres. Un soucis. Que Don descend de Londres à sa villa, pour le convaincre de participer à un gros vol. Un gros soucis. Pas le fait de se le faire proposer, ou même de refuser; celui qui s'explique par le fait que Don n'accepte pas qu'on lui dise non.
Et là réside tout le plaisir de Sexy Beast: dans les interactions entre Gal et Don. Le premier ne veut pas faire le travail en question, mais il sait très bien à l'intérieur de lui que le second ne se contentera pas d'un simple refus. Ou, du moins, s'il ne le sait pas sur le coup, il l'apprend très vite à ses dépends. Le traitement que Don réserve à Gal (et au reste du monde entier d'ailleurs) est tellement sauvage et sans pitié que ça en est hilarant. Gal a été gangster pendant des années, et pourtant il est mort de peur devant cet homme plus petit que lui. Don oeuvre dans un des milieux les plus durs, et pourtant les gens constituant ce milieu s'accordent tous pour dire qu'il appartient à une "ligue" complètement différente. Et voilà toute l'ironie. Don est tellement méchant qu'il fait paraître les autres criminels comme des anges. Ben Kingsley saute sur l'opportunité de nous faire oublier son image de saint, et il ne la manque pas. Tout comme Denzel Washington dans Training Day, jouer un vilain représente quelque chose de nouveau pour Kingsley, et quelque chose qui crée une véritable explosion à l'écran.
C'est vrai à un tel point que même s'il n'a, dans les faits, qu'un rôle de soutien, on ne voit que lui, qu'il soit à l'éran ou non. Même dans les premières scènes du film, avant son arrivée, alors que Gal et ses amis discutent de la réputation de Don, on peut sentir à quoi on va avoir droit. On rigole par anticipation. Puis arrive Kingsley, bouscot, le crâne rasé, la barbichette tirée, l'expression démoniaque. C'est une introduction tout à fait appropriée à un personnage hors du commun.
Je ne parle que de Don Logan et de Ben Kingsley, et pour cause. Ils retiennent toute l'attention. Ray Winstone, dans le rôle principal, a du mérite pour réussir à donner un côté doux à un ex-criminel, et il fait amplement son travail. Le reste de la distribution s'avère aussi très bonne, l'acteur anglais peu connu Ian McShane dans le rôle du chef de l'opération retenant le reste de l'attention. Le scénario offre une histoire qui, sans être des plus originales, divertit et nous intéresse, tout en servant certaines séquences de dialogue profondément inspiré. Et tout paraît inspiré sortant de la bouche de Winstone, et bien sûr spécialement de Kingsley.
Le réalisateur Jonathan Glazer, qui marque avec Sexy Beast son début cinématographique après une carrière dans le domaine des vidéoclips, n'utilise pas seulement le script pour lui donner un style visuel spécial. Il comprend son humour, et s'en sert avec un timing carrément génial. Les exemples illustrant cela abondent. Mon favori est probablement lorsque Glazer nous montre Don attaquer Gal sauvagement dans son lit le matin, le frappant sans autre raison apparente que de le stimuler à se lever, pour ensuite couper immédiatement au visage impassible de Don, un peu plus tard le même matin, dire à Gal: "I love you, Gal. You are lovable". Jamais la cruauté n'a paru aussi hilarante.
Vous avez aimé Anthony Hopkins dans The Silence of the Lambs? Je ne prétenderai pas que Ben Kingsley atteint dans Sexy Beast ce niveau d'excellence. Le scénario ne l'utilise pas assez, et il aurait dû être plus "impliqué" dans la dernière partie de l'histoire. Et Don Logan n'a pas tout à fait la complexité de Hannibal Lecter: il sacre sans cesse, cri à tue-tête, frappe qui bon lui semble, où bon lui semble, urine sur le plancher et se fait expulser d'un avion. Entre autres. Mais c'est une telle joie de voir un acteur talentueux et passionné d'essayer un rôle d'aussi radical et différent, pour créer ultimement une performance extraordinaire. Sexy Beast manque de jus à la fin, offrant un peu de suspense, mais laissant enfermer dans le placard son meilleur ingrédient, ce qui l'empêche d'être un grand film. C'est tout de même une production anglaise de premier plan, constamment divertissante et vraiment hilarante. Ne la manquez pas. Croyez-moi, vous ne pouvez dire non à Don Logan. --RJ
Cote: B+
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