SERENDIPITY
Cast: John Cusack, Kate Beckinsale, Jeremy Piven, Molly Shannon, Kate Blumberg, Ron Payne, Eugene Levy
Année: 2001
Studio: Miramax
Longueur: 90 minutes
Classé Général

Et moi qui était sur le point de perdre confiance en toutes les comédies romantiques...

Serendipity (Heureux Hasard en v.f.) est un petit film merveilleux. Sans blague. Un pur régal. Oui, je sais, ça n'a pas l'air de cela. J'étais le premier, en voyant la bande-annonce du film, à me dire qu'on assisterait à une autre production inutile, banale et endormante comme on en a déjà vu des milliers de fois. Ce n'est pas le cas. Vous ne verrez pas de meilleure romance légère en 2001 que Serendipity.

Dire de ce film qu'il est agréable est le sous-estimer. Il ne dure qu'une heure et demie, et c'est une heure et demie incroyablement douce et agréable. Peut-être encore plus justement parce que l'on ne s'y attend pas. Tout comme les deux personnages principaux d'ailleurs, Jonathan (John Cusack) et Sara (Kate Beckinsale). Ils se rencontrent à Noël dans un magasin de New York tout bonnement, comme ça, et puis quelque chose clique entre eux. Ils décident d'aller prendre un café ensemble. Puis de discuter. Puis d'aller patiner aux étoiles. Et, lorsque c'est le temps des au-revoirs, le papier sur lequel Sara a inscrit son numéro de téléphone s'envole au vent. C'est un signe, prétend-elle, grande croyante du destin. Elle décide alors, avant de partir, de le réécrire dans un livre sur le coin d'une rue, dans l'espoir de voir si ce fameux destin les rammenerait un jour ensemble. Bien sûr que si. On le sait. Mais ça ne change rien; même si à quelque part on le sait, on le souhaite ardamment. Et ça, c'est la preuve que le film fonctionne.

Et pas à peu près. Dans la ligne des récentes - et rares - excellentes comédies romantiques, dans la lignée de Notting Hill, Serendipity ne se contente pas de nous donner une simple formule et de la remplir de superflu. Au lieu de tous ces autres films où les producteurs ont l'air de vouloir se ficher de la tête du public, ceux de Serendipity semblent dire: "On vas vous servir une formule que vous avez déjà vu, oui, sauf que l'on ne s'en servira pas pour faire un film fait sur un vulgaire moule. On va vous donner des personnages vrais dans une histoire intéressante." Et c'est exactement ce qui est produit ici. Le scénariste Marc Klein ne se contente pas d'entourer ses deux instigateurs de stéréotypes, il fait de leur entourage du monde réaliste auquel on croit et on s'attache. Par exemple, Klein donne à Johnathan un meilleur ami, Dean (Jeremy Piven) et à Sara une meilleure copine (Molly Shannon); ils ne sevent pas de simples "supports" présents seulement pour répondre au cliché des comédies romantiques. Ce sont des rôles développés et, par surcroît, solidement joués par Piven (un ami d'enfance de Cusack) et Shannon.

Encore plus impressionnant est ce que Klein fait avec les personnages de Courtney (Kate Blumberg) et de Louis (Ron Payne), les deux fiancés à Johnathan et Sara, respectivement, qui entrent dans l'histoire alors que les années ont passé depuis la rencontre du début. Ils ne sont ni ennuyants, ni déplaisants, tout au contraire. Et c'est tant mieux ainsi; on ne pourrait comprendre que Johnathan et Sara se soient engagés à eux autrement. Ils n'ont comme défaut que de ne pas être Johnathan et Sara, justement. Ça ne peut juste pas "cliquer" de la même façon, peu importe à quel point ils le voudraient. Mais la mention honorable du cast de soutien va indéniablement à Eugene Levy. Levy, qui a célèbrement - et brillamment - joué le père maladroit dans les deux épisodes d'American Pie, vole carrément la vedette dans le rôle d'un vendeur agaçant de Bloomingdale. Même en gardant le même look d'un film à l'autre, Levy trouve toujours moyen de nous faire rire aux éclats. Dans Serendipity, les quelques scènes où il apparaît s'avèrent carrément hilarantes.

Cusack et Beckinale, quant à eux? Supers. De les caster était déjà un coup brillant, il faut le mentionner. Ils sont juste assez connus pour attirer les foules, et pas trop pour que l'on prenne facilement pour des gens comme nous. Beckinsale est particulièrement splendide ici, nous faisant vite oublier ses déboires dans Pearl Harbor pour une performance toute en subtilité, délicatesse et charme. Gars ou fille, c'est simple, au bout de cinq minutes, on l'aime déjà. Au bout d'une heure, on l'adore, puis à la fin on veut la marier. L'actrice anglaise se démarque des autres jolies starlettes par son naturel et son charme. Peu importe à quel point une femme comme Jennifer Lopez peut être considérée comme belle et séduisante, elle n'aura jamais ce petit quelque chose que Beckinsale a en elle. Avec Cusack, elle forme un couple magnifique. Leur chimie est à l'image de la qualité du film: très surprenante.

Mais Serendipity fonctionne peut-être si bien le plus à cause de la réalisation de Peter Chelsom. Le scénario du film que j'ai vanté aurait bien moins paru dans les mains d'un cinéaste manquant de confiance et d'expertise. Chelsom sait exactement comment traiter son sujet, et c'est ainsi qu'il fait passer plusieurs séquences (surtout celles où les amoureux se manquent d'infiniment peu) pour des manoeuvres habiles plutôt que des événements ridicules et implausibles qui nous décrocher. De plus, il enveloppe tout son film avec une dose de charme qui n'a pas de prix. La scène au cercle de glace, à la fin, est probablement la plus prévisible du film, et pourtant c'est l'une des meilleures. Voilà comment un réalisateur parvient à montrer son efficacité.

Serendipity est drôle, divertissant, prenant et romantique. Il ne nous donne pas vraiment de philosophie nouvelle ou bien poussée sur le destin, mais nous fait passer une heure et demie superbe tout en nous faisant rêver, même nous les célibataires les plus endurcis, de la vie de couple. --RJ

 

Cote: A-

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