THE RULES OF ATTRACTION
Cast: James Van Der Beek, Shannyn Sossamon, Ian Sommerhalder, Jessica Biel, Clifton Collins Jr., Kip Pardue, Russell Sams
Année: 2002
Studio: Lions Gate
Longueur: 104 minutes
Classé 16 ans+

Peu de gens savent que Quentin Tarantino n'a pas été seul à gagner l'Oscar du Meilleur Scénario Original en 1994 pour Pulp Fiction. Tarantino a dans les faits écrit Pulp Fiction - et la majorité de ses autres scénarios - avec l'aide d'un cinéaste beaucoup plus obscure du nom de Roger Avary. Ce dernier mène depuis ce temps une carrière relativement modeste, produisant et finançant des projets à petit budget dans le monde du cinéma indépendant.

The Rules of Attraction (disponible version originale anglaise seulement), bien qu'étant aussi un film indépendant, marque probablement la plus grosse et la plus ambitieuse production qu'Avary aie réalisée. Il peut se rassurer; il vient de prouver qu'il possède amplement le cran pour mener à terme de façon remarquable des projets encore plus importants.

Avary se sert d'à peu près tous les trucages cinématographiques possibles (ralentis, images en sens inverse, "split-screens", etc.) pour raconter l'histoire de trois jeunes adultes cherchant leur voix dans la drogue, le sexe et l'abus à l'université. Basé sur le best-seller de Bret Easton Ellis (auteur d'American Psycho), The Rules of Attraction possède à sa base un trio de personnages plutôt spéciaux. D'abord, Sean Bateman (James Van Der Beek), le frère de Patrick, héro d'American Psycho, qui passe le plus clair de son temps à vendre de la drogue et chercher quelle fille constituera sa prochaine "proie" au lit. Ensuite, Lauren (Shannyn Sossamon, la copine de Heath Ledger dans A Knight's Tale) la fille dont il tombe amoureux, une jeune vierge qui attend quant à elle le retour de son petit ami (Kip Pardue) d'Europe. Puis, Paul (Ian Somerhalder), un gars gay semblant avoir un faible pour les hétérosexuels, qui ne peut nier son attirance pour Sean.

Le concept à la base de The Rules of Attraction est de montrer comment les relations humaines, dans ce cas particulier du moins, se voient trop souvent compliqués et ardues pour la simple et bonne raison qu'elles ne sont pas réciproques. Cela donne lieu à mésentendus, peines, consommation et suicide. Avary se sert d'un contexte 'cool' - la vie de partys se succédant les uns après les autres - pour présenter cet amas d'âmes perdues tout simplement incapables de créer la moindre connexion solide qui pourrait les sortir du vide dominant leur existence. Et sa touche à la réalisation impressionne. Parmi tous les effets et les trucs qu'il essaye, mon préféré est probablement le "split-screen" qu'il utilise pour montrer la première rencontre entre Sean et Lauren, alors que l'écran, jusque là divisé en deux, "recolle" les deux moitiés pour créer une parfaite harmonie au moment où les deux personnages se font face. Puis, il y a bien sûr la séquence mémorable d'environ quatre minutes montrant, à un ratio virtigineux d'images à la seconde, le périple européen du personnage de Kip Pardue. Hallucinant.

Mais le film ne base pas simplement son succès sur ses gadgets visuels. Pour que The Rules of Attraction fonctionne, il faut forcément que les acteurs, Van Der Beek en tête, fassent leur travail. Mandat rempli; le comédien de la série télévisée Dawson's Creek nous révèle une facette de lui que l'on n'aurait probablement autrement jamais imaginé qu'il avait en lui. Il suffit uniquement de le voir fixé devant la caméra avec un regard et un sourire prédateurs pour être convaincu de son déséquilibre. Ça en est parfois drôle, mais surtout extrêmement surprenant. Sossamon et Somerhalder se font eux aussi très bons et surtout très honnêtes; ce ne sont pas des rôles toujours évidents à jouer, surtout pour des acteurs si peu expérimentés, et ils s'en tirent admirablement bien. Sossamon relève même le défi d'afficher une chevelure aussi laide et de s'avérer néanmoins constamment sexy et adorable.

Je n'ai pas lu le roman de Bret Easton Ellis; je peux donc difficilement évaluer si c'est Avary qui a appliqué de façon si judicieuse les retours en arrière et les perspectives différentes. Mais, peu importe à qui revient le mérite, le procédé fonctionne parfaitement bien dans le film. Ce dernier n'est pas toujours totalement évident à suivre, spécialement à la toute fin (qui survient de façon drastiquement abrupte), mais Avary mérite des louanges pour ne pas nous faire perdre le fil - et du même coup notre intérêt. The Rules of Attraction ne peut en aucun cas être considéré comme un "beau" reflet de la jeunesse nord-américaine, et pourtant en est presque plaisant à voir dans sa perversité. De toute façon, mieux voir certaines de ces choses que de les expérimenter nous-même, croyez-moi. --RJ

 

Cote: A-

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