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| QUILLS |
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| Cast: Geoffrey Rush, Kate Winslet, Joaquin Phoenix, Michael Caine
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| Année:
2000 |
| Studio: Fox Searchlight |
| Longueur: 122 minutes |
| Classé 16 ans+ |
#5 - Top 10 de 2000
Dans une année remplie de scénarios vides, il était grandement temps qu'une oeuvre exceptionnelle comme Quills (La Plume et le Sang en v.f.) nous parvienne. Pour ceux toujours sceptiques de s'ennuyer devant un drame d'époque, je vous mets au défi de baîller ne serait-ce qu'à une seule reprise au cours de ce récit inoubliable, évoquant les derniers temps de la vie du Marquis de Sade (incarné par Geoffrey Rush), ainsi que celles de gens l'entourant directement à l'Asile de Charenton, à Paris à la fin du 18ème siècle. Parmi eux, une jeune blanchisseuse vierge et innocente nommée Madeleine (Kate Winslet), le jeune prêtre gérant l'institut, l'Abbé Coulmier (Joaquin Phoenix), et le Docteur Royer-Collard, un homme de science envoyé par Napoléon lui-même afin de faire taire le Marquis et l'empêcher de publier d'autres romans "épicés" après son classique "Justine".
Doug Wright a adapté Quills de sa propre pièce de théâtre, et cela paraît. En plus de donner un sentiment historique plus prononcé avec un aspect théâtral toujours juste, sans trop en mettre, Wright nous offre des dialogues dignes des plus grands auteurs de l'histoire. Non seulement son histoire entière se fait-elle élaborée d'une intelligence particulière, mais ses personnages profonds interagissent à l'aide de répliques exquises. Parmi ces dernières, notons "Vous savez comment je qualifie l'optimisme? Le dernier petit privilège de la jeunesse" de Royer-Collard, ou encore "La conversation, comme certaines parties de l'anatomie, fonctionne toujours mieux une fois lubrifiée" du Marquis. Vous aurez remarqué une touche d'humour assez évidente ici, mais également assez noire. En fait, Quills est très sombre. Lorsqu'avant même que le titre n'apparaîsse à l'écran on a la chance d'assister à une décapitation, on peut s'attendre à deux heures assez dures. Et elles le sont; mais jamais sans raison. Quills ne se contente pas de nous servir uniquement une bonne réplique à l'occasion, le film fait débattre les idéaux de ses participants à travers des scènes montées de façon hors-pairs.
Le script brillant de Wright et la réalisation de Philip Kauffman n'ont effectivement rien de particulièrement doux, mais simultanément beaucoup de subtilité. Kaufman dirige son acteur principal Geoffrey Rush avec un tact essentiel: Rush fait du Marquis une figure de terreur autant que de douleur, de romantisme autant que de perversion. Il réussit l'exploit de se rendre intimidant tout en nous séduisant. Le casting de Geoffrey Rush s'avère parfait, et l'acteur australien est époustouflant. Les trois autres vedettes l'entourant font également du travail plus que remarquable. Kate Winslet m'a spécialement surpris ici, donnant à Madeleine une pureté juvénile qui nous la rend toujours intéressante et sympatique malgré ses erreurs couteuses. La sagesse de Michael Caine lui sert une fois de plus, et il fait de son personnage le véritable "méchant" du film, bien plus que le Marquis. Et de son côté, Joaquin Phoenix conclut avec son travail une fois de plus électrisant dans Quills une année simplement glorieuse (après Gladiator et The Yards). Phoenix a déjà réussi à m'épater à de maintes occasions dans les derniers mois avec son trio de prestations uniques, mais il parvient encore à aller puiser de nouvelles choses dans son grand talent bien utilisé.
Du côté technique, le film ressort une fois de plus gagnant haut-la-main. Assistant la puissante réalisation de Kaufman, la riche photographie de Rogier Stoffers donne une ambiance à la fois lugubre et invitante aux scènes, faisant ressortir les images reflétées et une couleur verte spéciale. La direction artistique nous fait revivre en plein au coeur de la Révolution française, tout comme le font les magnifiques costumes et la douce musique de l'excellent compositeur Stephen Warbeck (Shakespeare In Love). En fait, en regardant les aspects du film un par un, on peut constater une phénomène assez unique les reliant tous avec le Marquis de Sade:
Quills est toujours plus que captivant que repoussant, toujours plus déconcertant que trop dérangeant.
Mais par-dessus tout, Quills se démarque de la grande majorité des productions cinématographiques d'époque en nous présentant plusieurs sujets et problèmes présents dans le temps du Marquis de Sade autant qu'actuellement. Évidemment, le plus gros thème se trouve à être la censure. Quills célèbre l'élan créatif, même si ce dernier a lieu sous la forme des écrits choquants de l'anti-héros, ce dernier se faisant impossible à taire. Mais plus que ça, c'est aussi un récit sur la tolérance, sur le refoulement, sur l'hypocrysie. L'Abbé, avec toute l'intensité que Phoenix lui donne, ferait tout pour le bien de ses proches; et pourtant, surtout en raison de la position qu'il occupe socialement, il finit par s'auto-détruire plus qu'autre chose (son amour interdit avec Madeleine constitue la tragédie du conte). Le Docteur Royer-Collard est probablement, d'un point de vue totalement objectif, plus cinglé que De Sade, et pourtant il s'en sort indemme, répandant le malheur autour de lui alors qu'un homme honnête, aussi imparfait soit-il, comme le Marquis, est le seul qui se fait mal voir.
Quills ne cesse de lancer au public une somme de messages et de symboles méritant fortement que l'on s'y arrête et que l'on y réflichisse sérieusement. Le film, pour ses quelques très rares failles, mérite au moins cela, pour tout le courage et l'intelligence dont il fait preuve. Alors, saisissez à votre tour votre plume, et n'ayez pas peur de laisser couler l'encre. --RJ
Cote: A-
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