THE QUIET AMERICAN
Cast: Michael Caine, Brendan Fraser, Do Thi Hai Yen
Année: 2002
Studio: Miramax
Longueur: 118 minutes
Classé 13 ans+

On se doit d'admirer des hommes comme Michael Caine qui se battent pour que leurs idées et leurs projets se fassent entendre. Caine a commencé à s'impliquer très étroitement, il y a de cela quelques années, dans l'adaptation cinématographique (la deuxième en fait, après la première en 1966) du roman The Quiet American (Un Américain Bien Tranquille en v.f.) de Graham Greene. La production a été financée par le studio Miramax et réalisée par le vétéran Philip Noyce (Patriot Games, Clear and Present Danger) et était destinée à sortir à l'automne 2001. Puis, un triste matin de septembre, deux immenses tours s'effondraient à New York, et The Quiet American, par ses propos politiques anti-américains, se voyait retiré indéfiniment de l'idée de voir le marché.

Le président de Miramax, Harvey Weinstein, ne semblait pas plus intéressé, un an plus tard, de donner une chance au film. C'est alors que Caine, qui y tient le rôle principal, a mis une pression énorme à Weinstein et à son studio afin qu'ils se décident finalement à prendre leur courage à deux mains et qu'ils le sortent. Et après voir vu The Quiet American, on en vient à la conclusion suivante: le vénérable acteur ne s'est battu pour rien.

Prenant place au Vietnam dans les années '50, soit une décennie avant l'intervention américaine là-bas, l'histoire tourne autour d'un triange amoureux formé par un journaliste/correspondant britannique désilusionné (Caine), un jeune Américain idéaliste (Brendan Fraser) envoyé pour faire de l'aide sociale, et une jolie et pure Asiatique (Do Thi Hai Yen) coincée entre les deux hommes. Les scénaristes Christopher Hampton et Robert Schenkkan vont également puiser dans le livre de Greene l'exploration politique fascinante des événements de l'époque. The Quiet American, un peu à l'image d'autres grands films sociaux des dernières années comme Three Kings, se sert d'une histoire très personnelle pour tracer un portrait politique plus global et le critiquer. Dans ce cas, ce sont les États-Unis qui reçoivent le lot des reproches, et on n'a pas besoin de chercher très loin ou très longtemps pour constater que les événements montrés dans le film constituent un reflet d'une similitude effrayante par rapport à de nombreuses autres crises nationales et internationales.

L'adaptation de Noyce fonctionne notamment directement à cause de cela: en plus de nous intéresser avec une histoire amoureuse et émotive, elle nous donne à réfléchir, et ce non pas en nous envoyant du sable aux yeux, mais en ne faisant que suggérer l'hypothèse d'une "éventuelle" possibilité que les services secrets nous soient totalement inconnus et invisibles. La subtilité joue donc un rôle primordial dans la réalisation du film, et il revient à Noyce beaucoup de mérite pour avoir construit le tout avec patience, contrôle et justesse dans la séparation - et à certains moments, la jonction - des aspects personnels et politiques de l'histoire. Tout comme The English Patient le faisait, The Quiet American dévoile son histoire avec confiance, beauté et expertise, sans jamais presser les choses, nous laissant plutôt nous attacher à chaque moment, anticipant le prochain, dans un monde où les revirements ne se font pas attendre.

Le duo de Michael Caine et Brendan Fraser ne vient pas immédiatement à l'esprit en tant qu'évidence en matière de casting, et pourtant les deux comédiens s'avèrent remarquables. Caine joue avec force tout le scepticisme d'un homme chez qui il se cache pourtant toujours une certaine flamme d'espoir de faire changer les choses, d'encore pouvoir exercer un certain pouvoir en ce monde. Fraser, dans un premier rôle sérieux depuis Gods and Monsters en '98, montre à nouveau, comme il l'avait fait il y a quatre ans, qu'il possède tout le talent d'un bon acteur. Ça en est d'autant plus frustrant de voir qu'il ne se décide pas à jouer dans plus de drames et de productions moins idiotes que The Mummy et The Mummy Returns, car le potentiel est clairement là.

Si The Quiet American est conçu et interprété de manière exquise, on se doit de souligner le travail remarquable du compositeur Craig Armstrong (Moulin Rouge), dont la musique berce littéralement le récit et notre coeur à la fois. Son thème figure parmi les meilleurs de l'année, et fait passer avec aisance certains passages qui auraient autrement été risqué d'être drôlement lents.

Devant toutes ces éloges, Michael Caine peut se réjouir. Le film pour lequel il s'est battu est à la fois magnifique, intelligent et important, et vient de lui valoir une nomination aux Oscars. Voilà une preuve concrète qu'il faut donner à César ce qui revient à César. --RJ

 

Cote: A-

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