LOST AND DELIRIOUS
Cast: Piper Perabo, Jessica Paré, Mascha Barton, Jackie Burroughs, Graham Greene
Année: 2001
Studio: Séville
Longueur: 103 minutes
Classé G - Déconseillé aux jeunes enfants

Peu de choses sont plus choquantes pour un spectateur au cinéma que de voir un film qu'il aime faire un virage abrupte dans la mauvaise direction et sembler oublier tout ce qu'il avait de fait de si appréciable avant. C'est ce que fait malheureusement Lost and Delirious (Rebelles en v.f.), le nouveau drame de la cinéaste canadienne Léa Pool. Le film met en vedette un trio de jeunes actrices prometteuses, soit Piper Perabo (de Coyote Ugly), Jessica Paré (de Stardom de Denys Arcand) et Mischa Barton (la petite fille morte dans The Sixth Sense, et nous laisse présager le meilleur. Les trois premiers quarts d'heure, bien que possédant leurs quelques rares failles, fonctionnent globablement à merveille. On se sent impliqués et on croit aux personnages et à leurs situations, en plus de s'en soucier. Mais le tout se perd peu à peu, se dirigeant vers une finale des plus décevantes.

Voici les personnages principaux en question: Mary (Barton), une fille timide qui se arrive dans les premières minutes du film à un institut privé et isolé unisexe. Elle y rencontre là ses deux co-chambreuses, la charismatique Paulie (Perabo) et sa copine Torie (Paré). Cependant, Mary a vite fait, à sa grande surprise - et la nôtre! - de découvrir que ses deux nouvelles compagnes constituent en fait bien plus que de simples copines... Pas besoin de faire un dessin. Mais n'allez pas vous imaginer facilement que ça se résume à deux "pétards" qui baisent vulgairement et entraînent la petite nouvelle pour former un ménage à trois afin de stimuler les organes reproducteurs du système mâle adolescent. Le film porte sur un sujet sérieux et demandant de la maturité, et il le traite exactement comme cela: avec tact, maturité et respect.

Il va sans dire que ça n'enlève pas l'aspect très érotique de Lost and Delirious. Tant mieux. Non, parce que je suis un pervers (...), mais parce que cet aspect appartient à la nature du film, à son essence même. Les scènes d'amour entre Paré et Perabo s'avèrent beaucoup plus romantiques qu'excitantes. Elles possèdent une sensualité pure qui traduit la vraie passion amoureuse, pas de la grossière pornographie pour machos. Pool et son excellent directeur photo Pierre Gill filme ces séquences avec une telle sagesse qu'elles fascinent davantage qu'elles peuvent mettre l'audience mal à l'aise. On nous présente une relation entre deux adolescentes s'aimant à la folie, et on peut voir bien au-delà des apparences, ou du sexe. C'est une histoire d'amour, pas de "gwinnes". Et c'est pour cela qu'elle fonctionne.

C'est aussi en grosse partie grâce à la connexion entre Paré, Barton et Perabo. Elles travaillent bien ensemble et, comparativement à la plupart des jeunes filles représentées dans les récents films d'ados de Hollywood, elles sont crédibles et réalistes. Piper Perabo se fait en particulier renversante. Elle se libère ici de la médiocrité aggressante de Coyote Ugly et du personnage ridicule qu'elle y jouait pour prendre contrôle de Lost and Delirious. Elle a le rôle pour cela, me direz-vous, eh bien oui et non. Bien sûr, Paulie ressort du lot parce qu'elle ne cesse de bouger, de courir, de lever le ton, mais il ne faut pas oublier que jouer avec une actrice manquant moindrement de talent, la moitié des scènes ne pourraient conserver un minimum de sérieux. Perabo vole la vedette, et ce n'est qu'une honte que ce soit dans un film vu par 50 fois moins de gens que la pure cochonnerie qu'est Coyote Ugly.

Mais, comme je le disais, ça dérape. Où exactement? Après que la relation entre Torie et Paulie ait été découverte par le reste de l'école et que Paulie ne peut récupérer l'amour de Torie malgré ses premiers efforts. Ses premiers efforts, je dis bien. La rupture crée un choc émotif, autant pour les filles et pour nous, et les premières tentatives de Paulie de récupérer son amie de coeur nous déchirent. Malheureusement, le scénario perd lentement le contrôle, de scène en scène, puis vire pratiquement en fiasco total. Je sais que l'oeuvre se veut une réflexion à l'écran d'une tragédie romantique littéraire et théâtrale, mais rendu au point où Paulie combat le petit ami de Torie à l'escrime dans le bois, on a perdu tout intérêt, à part celui de voir le visage radiant de Perabo. Car sans elle, on aurait presque pu supprimer la dernière demie-heure entière. Elle fait ce qu'elle peut, mais elle ne peut empêcher le sentiment de frustration nous habitant après la projection.

Lost and Delirious ne frustre pas parce que c'est un mauvais film, au contraire. C'est un bon film, qui se dirigeait vers l'excellence, et qui a bêtement et inexplicablement changé de parcours en plein milieu. Pourquoi faire un portrait soudainement aussi froid de Torie? Pourquoi utiliser le personnage du jardinier (Graham Greene), s'il ne sert plus à rien en deuxième moitié de récit? Pourquoi nous servir une telle débarque, passant d'une histoire passionnée et personnelle à un mélodrame sans émotion comportant assez d'images d'oiseaux pour produire une émission spéciale au Canal Découverte? Voilà une fraction des questions que l'on se pose, déconcertés, après avoir vu Lost and Delirious perdre le nord - et son audience. --RJ

 

Cote: B

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