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| IN THE BEDROOM |
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| Cast: Tom Wilkinson, Sissy Spacek, Marisa Tomei, Nick Stahl, William Mapother |
| Année:
2001 |
| Studio: Miramax |
| Longueur: 137 minutes |
| Classé 13 ans+ |
Aucun autre film indépendant n'a été plus acclamé en 2001 qu'In the Bedroom (Sans Issue en v.f.). La petite production de Miramax a capté l'attention de tous lors du festival du film de Toronto, et n'a cessé de prendre de l'ampleur, se taillant une place sur un grand nombre de listes des meilleurs films de l'année. Sissy Spacek a été nommée Meilleure Actrice à travers l'Amérique. Je suis donc allé avoir In the Bedroom avec de très hautes attentes. Et, en toute honnêté, j'ai été un peu déçu. Ne partez pas en peur. In the Bedroom est un bon film; très bon même. Mais je ne vois pas tout à fait comment on peut le qualifier de chef-d'oeuvre ou de meilleur film de 2001.
Le scénario, écrit par Robert Festinger et Todd Field, se base sur un fait vécu s'étant déroulé dans le Maine dans les années '90. Un jeune collégien du nom de Frank Fowler (joué par Nick Stahl) a été assassiné par l'ex-mari violent (William Mapother) de sa petite amie Natalie (Marisa Tomei), qui s'en est tiré avec une peine minimale d'emprisonnement pour "homicide involontaire", le manque de preuves manquant. Le film explore la vie conjugale des parents de Frank, Matt (Tom Wilkinson) et Ruth (Sissy Spacek), avant et après l'incident.
C'est aussi Field (un acteur, notamment vu dans Eyes Wide Shut, maintenant rendu derrière la caméra) qui a réalisé le film, et on peut apprécier la confiance et la retenue dont il fait preuve du début à la fin. Il n'essaye rien de compliqué visuellement, laissant la place à ses acteurs de s'exprimer avec nuances et détails. Field préfère montrer la douleur par le silence que par les cris, et ça fonctionne admirablement bien. Au début. On constate vraiment la tragédie qu'ont à vivre ces pauvres gens, et on reste peiné par leur incapacité soudaine de se rejoindre par la suite. Sauf que lorsque ça fait une demie-heure que Field avance à trotinette, on commence à avoir envie de passer à autre chose.
C'est la volonté de ne montrer aucun excès dans la réalisation du film qui devient elle même excessive. Les silences peuvent en dire autant - sinon plus - que des scènes entières de dialogues. Sauf que lorsque qu'ils sont utilisés à outrance comme dans In the Bedroom, ils deviennent pénibles. Pas pénibles en nous donnant un aperçu de la souffrance des personnages, mais pénibles en ce sens où le film lui même commence à nous exaspérer. Je ne veux pas laisser l'impression qu'In the Bedroom nous ennuie mortellement; ce n'est pas le cas. Le film nous accroche dans son premier tiers (la relation entre Tomei et Stahl est superbe) puis revient en force dans son dernier mile, alors que l'on ajoute un élément de suspense inattendu. Ce n'est que dans son milieu que le film chute à quelques reprises, s'étendant plus longtemps qu'il ne devrait. Une plus grande utilisation de la musique de l'excellent compositeur Thomas Newman (American Beauty) aurait probablement aidé.
Heureusement, les acteurs nous gardent rivés à l'écran pour la majeure partie de la durée. Wilkinson, un anglais adoptant avec conviction un accent de Nouvelle-Angleterre, occupe le rôle principal, et il trace un portrait vrai d'un homme tentant de ne pas montrer sa douleur mais étant probablement celui souffrant le plus à l'intérieur. Spacek donne quant à elle l'impression d'un petit volcan au fur à mesure que l'histoire progresse, d'abord calme et triste, puis frustrée et accusatrice. Les deux vétérans acteurs possèdent une belle chimie ensemble, et ils ont vraiment l'air d'un couple que l'on pourrait croiser n'importe quand sur la rue. On peut donc facilement s'identifier à eux et à la terrible épreuve qu'ils essayent tant bien que mal de traverser.
On ressent encore plus cette tristesse car on comprend facilement l'amour de Ruth et Matt pour leur fils. Stahl est profondément attachant, et on est littéralement dévastés lorsqu'il meurt. Après son rôle si haïssable et agressif dans Bully plus tôt cette année, Stahl a offert à quelques mois d'intervalle deux brillantes performances complètement opposées. Il mérite d'être considéré comme un jeune acteur sérieux. Tomei s'avère également extrêmement solide, et mérite autant de reconnaissance que les autres membres de la distribution. On ne peut regretter que le film n'aie pas davantage de scènes avec elle. William Mapother (le cousin de Tom Cruise), un inconnu jusque là, impressionne aussi dans le rôle du meurtrier surnois.
L'autre qualité majeure appuyant les performances d'In the Bedroom est le réalisme avec lequel Field traite l'histoire. Les gens nous paraîssent authentiques, oui, mais il en est aussi de même avec ce qu'ils vivent. Les deux meurtres (je ne dévoilerai pas la nature du second) dans le film sont frappants car ils nous montrent vraiment de quoi peut avoir l'air le fait de tirer sur quelqu'un dans la vraie vie, pas comme dans une fusillade d'Arnold ou de Sly Stallone. Si la lenteur et le calme font mal au film par moments, ils contribuent également à la vision de Field. Ce n'est pas une vision révolutionnaire, mais ça en est une assurée à laquelle on croit facilement et à laquelle on s'intéresse.
In the Bedroom se termine par un commencement. Le commencement d'une nouvelle journée, d'une vie différente peut-on espérer. Matt enlève un pensement de son doigt dans sa dernière scène, laissant la blessure guérir par elle-même, alors que Ruth l'invite à se lever. Ils essayent peut-être de se donner un nouveau début, mais ils n'en seront pas capables. In the Bedroom devient alors un récit de deux gens sans issue (d'où le titre brillamment choisi pour la version française). Et pour le courage dont le film fait preuve d'exposer cette tragédie avec un tel naturalisme, il mérite d'être pris en considération comme un travail puissant, sans pour autant être le meilleur de l'année. --RJ
Cote: B+
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