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| BULLY |
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| Cast: Brad Renfro, Bijou Philips, Rachel Miner, Michael Pitt, Leo Fitzpatrick, Nick Stahl, Kelli Garner, Daniel Franseze
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| Année:
2001 |
| Studio: Lions Gate |
| Longueur: 113 minutes |
| Classé 16 ans+ - Violence/Érotisme |
Dans une petite municipalité du sud de la Floride, il s'est commis, en 1993, un meurtre atroce. Bobby Kent, 19 ans, a été abattu de sang froid par un groupe d'amis, à sa tête son meilleur depuis son enfance, Marty Puccio. Les jeunes se sont tous rassemblés un soir et ont décidé d'abbattre ce gars détesté de tous à coups de poignard et de bâton de baseball. Bien peu de gens sont au courant de cet événement. Après avoir vu Bully (version originale anglaise seulement), qui relate de ces sordides événements, on n'est pas prêts de l'oublier.
Bully passe sa première heure à établir les personnages et leur environnement. Ils sont ce que l'on pourrait qualifier de "normal" pour des jeunes tournant autour du 21ème siècle: ils boivent, fument, baisent et passent leur journée à la plage ou à écouter de la musique. Marty (Brad Renfro) vient de se faire une nouvelle petite amie nommée Lisa (Rachel Miner, l'ex-douce de Macauley Culkin), mais ses ennuis avec son copain Bobby ne semblent qu'empirer. Bobby, comme nous l'apprend Marty, abuse de lui depuis qu'il est petit, autant psychologiquement que physiquement que sexuellement. Et c'est Lisa qui, en entendant ça, et constatant qu'en plus Bobby se plaît à violer tout ce qui bouge, qu'elle propose de le tuer. Bobby accepte. Et ils bâtissent tranquillement leur plan.
D'autres s'unissent vite à eux, notamment Ali (Bijou Phillips), Donny (Michael Pitt) et Heather (Kelli Garner), de jeunes adultes plutôt semblables, ainsi qu'un criminel de petite envergure (Leo Fitzpatrick). Ça paraît donc simple à la surface: ammener Bobby jusqu'à la plage, le liquider, se débarasser du corps, puis vivre heureux. Sous l'effet constant de la drogue, de la sensation d'invincibilité juvénile et du délusionnement de cette génération, voilà la façon de résonner. Et ce n'est qu'après qu'on peut pleinement constater les conséquences.
Et c'est précisément ce dont Bully parle en tout premier lieu: de l'aveugleté de ces jeunes devant les conséquences possibles de leurs actes. Ils ne font rien de leur vie, détruisent leur corps à petit feu, et vont même jusqu'à tuer quelqu'un. So what? Que peut bien-t-il arriver? Et, surtout, qu'est-ce que ça a de si grave dans le monde dans lequel on vit? J'admire ce que le réalisateur Larry Clark fait avec son matériel ici: il donne un sens de responsabilité à tout le monde. Ces jeunes, après avoir vu leur crime, seront considérés à coup sûr comme de véritables ordures. Et, à certains égards, c'est peut-être le cas. Mais ayez l'honnêteté de vous demander si vous ne connaissez pas des jeunes de ce genre. "Ils seraient incapables de tuer"? Je n'aurais jamais même imaginer, au début de Bully, que ces jeunes se dirigeraient vers cela. Ces jeunes n'ont-ils pas de parents non plus? D'entourage? Clark a le mérite de tracer un portrait réaliste des parents de ses jeunes, évitant les carricatures, ne faisant ni d'eux des tuteurs hors-pairs, ni de pauvres crétins. Leur adolescence s'est déroulée entièrement devant les clips d'Eminem à la télévision, dans une culture où tout ce qui importe est l'image et où rien n'a de conséquence, ou même d'importance.
Quelques brillantes répliques du scénario donnent un aperçu assez clair à ce sujet. Considérez la scène où Bobby demande à Ali, après qu'elle lui aie dit qu'elle avait déjà été mariée (elle a moins de 20 ans, soit dit en passant), si elle a des enfants, et sa réponse: "Ouais, un petit, mais 'y a rien là. Mes parents s'en occupent". Une autre séquence, où Heather raconte avec une indifférence complète les antécédents terribles de sa famille (entre autres le viol de sa grand-mère), a un impact similaire. En regardant Bully, il se fait aussi difficile d'aimer ces jeunes que de leur tourner le dos. Pour tout ce qu'ils font de croche, on découvre en creusant un peu davantage une tristesse sans fond.
Est-ce que cela justifie leurs actions? Non. Est-ce que ça les excuse le moindrement? Absolument pas. Clark le comprend, et le transmet magnifiquement à l'écran, en nous donnant une finale extrêmement morale. Son choix de filmer tous les visages aux expressions consternées des gens regardant ce groupe de perdus est judicieux. Puis, sans rien dévoiler, il finit le récit sèchement, nous donant un véritable un coup dans l'estomac avant de créer un silence complet. Et on réalise à ce moment, et encore plus après, à quelle genre de tragédie hors-du-commun on vient d'assister. De plus, il dirige sa jeune distribution de façon carrément extraordinaire. Les performances s'avèrent uniformément excellentes, avec Renfro en tête, et Stalh et Miner offrant de puissantes prestations pour le soutenir.
Mais pour tout les félicitations que j'accorde au réalisateur, ce dernier a également reçu sa part de plaintes par rapport à Bully, et on peut comprendre assez facilement pourquoi. Le film, surtout dans son premier tiers, a parfois davantage l'air de vouloir ressembler à de la pornographie qu'à un drame. Si je ne m'oppose pas à la plupart de ces scènes, les jugeant réalistes et plutôt nécessaires au courant de l'histoire, je me range sans hésiter du côté des détracteurs par rapport à (au moins) un gros plan totalement gratuit de l'espace pubien de Bijou Phillips. Ça ne sert à rien de plus que rajouter de la nudité gratuite et offensante où il y en a déjà assez.
Petit reproche à part, Bully est explosif, comme un petit bâton de dynamite aussi réaliste que terrifiant. C'est un film aggressif, dur et violent. Ceux au coeur sensible sont sans doute mieux de ne pas s'aventurer à sa projection. Pour les autres, spécialement ceux n'ayant pas entendu parlé de cet événement, Bully restera gravé pour un bon moment dans votre mémoire. --RJ
Cote: A-
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