HUMAN NATURE
Cast: Tim Robbins, Patricia Arquette, Rhys Ifans, Miranda Otto
Année: 2002
Studio: Fine Line
Longueur: 96 minutes
Classé Général

Écrire un scénario comme celui de Being John Malkovich ne vous met pas seulement sur la carte; il vous classifie dans le rayon des personnes étranges. L'auteur Charlie Kaufman a reçu, depuis 1999, des dizaines - ou plutôt des centaines - de demandes de la part de producteurs, de réalisateurs et de studios. Qu'allait-il créer après? Quel germe magnifiquement fou allait sortir de son esprit tordu et unique après son prodigieux début? La réponse nous vient finalement cette année avec Human Nature (La Nature Humaine en v.f.).

Kaufman applique la même recette ici: il prend un concept à la base incroyable et enveloppe son récit d'absurdité. La grande majorité de ce qui était hilarant dans Being John Malkovich relevait de la pure absurdité (le 7ème étage et demi, la profession de marionnettiste, etc.). Le scénariste va dans l'humour de la même façon ici, en abordant par surcroît un thème extrêmement semblable - être soi-même.

Il ne faut cependant pas faire erreur: Human Nature se trouve à une bonne distance de Malkovich. Partant de trois histoires parallèles qui viennent vite par se rejoindre, le film est continuellement engageant, mais n'a rien de trop exceptionnel. On rencontre d'abord une femme affligée par un problème d'hormones faisant en sorte qu'il lui pousse du poil partout sur le corps, ce qui l'amène à quitter ses proches pour aller vivre seule en forêt. Puis, on fait la connaissance d'un scientifique (Tim Robbins) plutôt étrange, tentant d'apprendre à des souris à se tenir de façon "civilisée". Finalement, un homme (Rhys Ifans) étant élevé comme un singe en vient à faire connaissance du monde extérieur et à s'y adapter.

On voit vite comment ces trois fils vont se croiser, mais c'est à partir de ce moment que le scénario est libre de nous emmener où il le souhaite sans que l'on s'y attende. C'est probablement la plus grande qualité de l'écriture de Kaufman: puisqu'il écrit si bien de choses et de situations ne faisant pas ou peu de sens, on ne sait jamais vraiment exactement où l'on va se faire mener. Et dans cette incertitude, on demeure constamment intéressé. La technique est d'autant plus efficace que le film ne s'avère pas à la base, terriblement passionnant. Les personnages n'ont rien de vraiment attachants, plusieurs thèmes sentent même le déjà vu (les animaux, eux, ne jugent pas!), et récit ne possède pas la moitié de la dose d'humour que contenait Being John Malkovich. Et pourtant, on reste accrochés du début à la fin.

Si c'est Spike Jonze qui avait réalisé la première oeuvre de Kaufman, il a cédé sa place ici à Michel Gondry, et occupe uniquement un poste de producteur sur Human Nature. Gondry montre un flair relativement impressionnant pour transposer le script loufoque à l'écran. Il n'en met pas trop, et fait simplement un travail décent, ce qui suffit. Human Nature ne permet pas à ses acteurs de s'illustrer particulièrement, mais ils sont tous efficaces. Arquette mérite spécialement beaucoup de crédit pour avoir osé faire preuve d'aussi peu d'égo en jouant un rôle... ne l'avantageant pas toujours au maximum, pour dire le moins. Notons également la présence de Miranda Otto (jouant l'assistante de Tim Robbins), qui incarnera la princesse Éowyn dans les deux derniers épisodes de la trilogie The Lord of the Rings.

Human Nature ne peut tout simplement pas plaire à la masse. Trop étrange, trop distant, et manquant en quelque sorte d'une colonne vertébrale. Charlie Kaufman a créé une seconde histoire risquant cependant de plaire à tous ceux à la recherche d'une histoire dont on ne sait pas la fin au bout de cinq minutes. --RJ

 

Cote: B

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