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| FAR FROM HEAVEN |
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| Cast: Julianne Moore, Dennis Quaid, Dennis Haysbert, Patricia Clarkson
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| Année:
2002 |
| Studio: Focus Features |
| Longueur: 107 minutes |
| Classé 13 ans+ |
Hollywood nous sert bien des remakes par les temps qui courent. Des adaptations et des retransformations de productions déjà présentés, autant sur la scène qu'à l'écran se comptent nombreuses. On a cependant rarement eu droit à un hommage aussi authentique que celui que l'auteur/réalisateur Todd Haynes offre, avec Far From Heaven, au cinéaste des années '50 Douglas Sirk.
Les oeuvres de Sirk, All that Heaven Allows en tête, étaient majoritairement ce qu'on qualifiait de "women's pictures". Far From Heaven suit le même moule et le même style mélodramatique pour raconter une histoire qui aurait été jugée beaucoup trop osée un demi-siècle plus tôt. La femme au coeur du récit de Haynes se nomme Cathy Whitaker (Julianne Moore), et semble mener une vie totalement paisible et modèle, demeurant au foyer et s'occupant de ses deux jeunes enfants. Elle est heureusement mariée à Frank (Dennis Quaid), un homme d'affaires à succès, et les choses tournent rond jusqu'au jour où, en lui rendant une visite surprise au bureau, elle le découvre dans les bras d'un autre homme. La vie de Cathy commence alors à chavirer, et la seule personne à qui elle se sent bien de se confier est son nouveau jardinier Raymond (Dennis Haysbert, un Afro-américain, avec qui elle entreprend une relation très mal vue par son entourage.
Far From Heaven aborde principalement deux thèmes extrêmement taboos de l'époque: le racisme et l'homosexualité. Si ces sujets sont toujours d'actualité, ils n'étaient certainement représentés et critiqués de façon si explicite jadis. Ce que Haynes fait ici, c'est de raconter une histoire des années '50, avec une ambiance parfaite des années '50, et ce sans les barrières de l'époque. Il ne le fait pas pour se moquer du cinéma de Sirk, du mélodrame qu'il employait - son hommage de ce côté devient toutefois parfois un peu lourd - ou du manque de ressources sur lesquelles il pouvait compter. Plutôt, il tente de nous replonger complètement dans le contexte de l'époque, nous confronter à certains problèmes sociaux dont on voit la continuité de nos jours, et surtout nous toucher. Et il réussit presque sur toute la ligne.
Mis à part le ton mélodramatique bien conçu mais trop utilisé, Far From Heaven constitue une oeuvre épatante. Techniquement, le film accomplit quelque chose d'incroyable: il figure parmi les plus beaux de l'année, et pourtant dans sa conception il a tout d'une vieille production. La photographie d'Edward Lachman représente bien cela: il éclaire les scènes de façon exquise - particulièrement celles se déroulant le soir - en créant des compositions visuelles qui sont stupéfiantes, sans avoir l'air, par exemple, de The Lord of the Rings. Les couleurs semblent littéralement coller à la peau des acteurs. Si les images parlent d'elles-mêmes, elles se voient magnifiquement accompagnées par la musique splendide du vétéran compositeur Elmer Bernstein. Déjà nominé 13 fois dans sa carrière aux Oscars, Bernstein devrait s'attendre à ajouter une sélection de plus cette année pour un thème mélodique mémorable.
Mais pour tout le style que Haynes et son équipe donnent au film, ce sont les acteurs qui influent toute l'émotion à Far From Heaven. Julianne Moore, qui en est à sa seconde collaboration avec Haynes (après le minuscule Safe en 1995), livre sa meilleure performance depuis Boogie Nights. Son personnage suit un parcours difficile et elle nous amène avec elle à travers toutes les émotions qu'elle vit. Cathy aurait pu nous paraître trop naïve et aveugle si elle avait été jouée par une actrice ne sachant pas exactement ce qu'elle fait. Mais Haynes sait pertinament qu'avec Moore, il n'a pas à s'inquiéter. Le jeu de cette dernière s'avère si concis et si honnête que l'on ne fait pas seulement y croire; on ressent ce qu'elle veut bien nous faire ressentir.
Dennis Quaid et Dennis Haysbert fournissent le support principal à Moore, et tous deux s'élèvent au niveau de leur co-vedette, ce qui n'est pas peu dire. Quaid, pour qui 2002 représente l'année de son grand retour (il a aussi attirer des louanges pour sa prestation au printemps dernier dans The Rookie), est particulièrement impressionnant par son courage. Peu d'acteurs oseraient s'abandonner totalement à leur réalisateur comme Quaid le fait dans Far From Heaven. Incidemment, il fait de Frank un homme dont on sent la souffrance de ne pas suivre le modèle "parfait" dont la société s'attend. Il fait transparaître avec subtilité tout le désir et la honte qui le rongent simultanément à l'intérieur.
On comprend le titre de Far From Heaven au fur et à mesure que le récit progresse. Ce qui semblait être en apparence un monde idéal, si magnifiquement représenté à l'écran, est dans les faits dur et sans pitié à l'intérieur. Le film se termine de la même façon qu'il débute, avec des couleurs aussi belles, seulement différentes. Ce n'est pas seulement la saison qui a changé, mais aussi notre perception des choses. --RJ
Cote: A-
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