FAHREINHEIT 9/11
Cast: Michael Moore, George W. Bush
Année: 2004
Studio: Lions Gate
Longueur: 122 minutes
Classé G - Déconseillé aux jeunes enfants

Bowling for Columbine a procuré à Michael Moore deux grandes opportunités: d'abord, de faire un clown de lui-même à la cérémonie des Oscars 2002; puis, de pouvoir bénéficier d'un budget important et d'une attention médiatique assurée pour son prochain film. Fahrenheit 9/11 (même titre en v.f.) nous arrive avec une tonne de publicité gratuite, une bonne partie ayant été créée par Moore lui-même, maître de la controverse. La question n'est pas de savoir si les gens allaient parler du nouveau brûlot politique de Moore (bien sûr que si), mais si le cinéaste allait être capable de remplir son vrai mandat: contribuer à mettre fin à la présidence de George W. Bush.

Même pour les rares encore totalement ignorants des vues politiques de Moore, il n'existe pas grand doute dans l'esprit de quiconque par rapport à la prise de parti du film après la simple ouverture, qui nous rammène en 2000, à l'élection contestée du républicain Bush contre le démocrate Al Gore. On nous montre, lors d'une situation aussi improbable que dramatique, Gore devant lui-même, à titre de président de la Chambre des représentants, refuser une dizaine de contestations du résultat venant de Noirs de la Floride. Le ton du film s'annonce grave, sévère même, et pourtant, une fois que le générique de début commence, Moore embarque dans son mode habituel (et celui dans lequel il est de loin le meilleur), l'humour noir. En retraçant dans la présidence de George W. Bush les mois précédant les attentats terroristes du 11 septembre, Moore y va d'images d'archives et de montages hilarants - si très peu flatteurs envers le président et les membres de son administration. On voit le fier Texan pêcher, chasser, jouer au golf, s'occuper d'améliorer l'esthétique de la cour de son ranch, puis, dans un moment carrément gênant, tenter avec peu de crédibilité de se défendre de l'accusation d'un journaliste qu'il "a l'air d'être souvent en vacances".

Moore passe la première heure à balancer son sarcasme avec le dévoilement de documents secrets et confidentiels liant entre autres la famille Bush et les membres de la famille royale de l'Arabie Saoudite et de ce qui se passait depuis des années dans les couloirs du pouvoir entre des gens extrêmements influents. C'est avec son angle révélateur que Moore parvient à fasciner, et avec son sens de l'humour qu'il réussit à nous engager. Et pour la première moitié de Fahrenheit 9/11, il nous divertit, et le fait de façon même plus structurée que dans Bowling for Columbine, qui tirait de tout bord tout côté en même temps. Plongeant dans la crise en Iraq en plein milieu jusqu'à la fin du film constitue le geste le plus risqué et le plus ambitieux du réalisateur - et aussi son pire choix.

Déjà en voyant des images d'enfants irakiens dansant et jouant au cerf-volant avec la mention "Iraq, mars 2003" pour aborder le sujet, il est difficile, peu importe notre opinion de la guerre qui a suivi, de ne pas lever les yeux au ciel. Moore s'engouffre dans une critique facile de la guerre (tout comme il le fait du conflit en Afghanistan, qu'il réduit à un montage humoristique parodiant la sériée télévisée "Bonanza"), qui mène à ses points aussi habituels que répétitifs: la méchanceté des corporations, l'exploitation des gens de couleur, la domination des riches. Et encore là, pour quiconque familier avec les autres oeuvres de Moore, il s'avère difficile de ne pas rouler les yeux. Il y a un tel radicalisme et une telle manipulation dans le travail de Moore que l'on est en droit de se demander: en quoi est-il moins dangereux que l'homme à qui il reproche tous les maux de ce monde? Si Moore se rachète quelque peu en fermant le tout avec un monologue final magnifique et élégant, on peut difficilement, d'un point de vue plus critique que partisan, secouer la certitude que Moore veut nous jouer comme un mauvais politicien le ferait. --RJ

 

Cote: B+

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