BOWLING FOR COLUMBINE
Cast: Michael Moore, Charlton Heston, Marilyn Manson, Matt Stone
Année: 2002
Studio: Lions Gate
Longueur: 120 minutes
Classé 13 ans+

Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Michael Moore dérange. Voilà un fait incontestable. L'homme derrière les documentaires The Big One et Roger and Me ainsi que le livre Stupid White Men, tous des travaux d'intenses critiques sociales, nous revient avec un long-métrage certain de remettre bien des choses en question. Bowling for Columbine (Bowling à Columbine en v.f.) part du massacre de 1999 à Littleton au Colorado pour s'étendre à un propos beaucoup plus large - et simultanément beaucoup plus puissant.

L'auteur/réalisateur/journaliste explore la fascination qu'a l'Amérique pour les armes à feu ainsi que pour, jusqu'à un certain niveau, la violence s'y rattachant. Et tout y passe. Politiciens, hommes d'affaires, chanteurs, humoristes, criminels, victimes, on y montre la perspective de Moore face au rôle de cet ensemble de gens différents mais tous liés au même problème fondamentalement. La plus grosse qualité que l'on peut attribuer à Bowling for Columbine au plan de vue cinématographique, c'est de justement ne jamais nous faire perdre le fil ou encore notre intérêt même en traitant de divers sujets avec une multitude de gens et d'événements distincts. De qualifier Moore de "documentariste" limiterait les choses. Sa vue des choses s'avère parfaitement claire et, que l'on soit en accord ou non avec, elle mérite au moins notre attention pour la façon éloquente dont elle est présentée.

Si Bowling for Columbine a touché autant de gens, c'est qu'il pointe une grave situation avec un sens imminent du présent. Presque tout dans le film semble spontané - même si dans les faits ça ne l'est parfois absolument pas - et ainsi plus humain. C'est par moments hilarant, épeurant, déprimant et touchant. Moore utilise d'abord son arme la plus forte, l'ironie, pour faire valoir ses points. Et ça fonctionne à merveille. La toute première scène, prenant place dans une banque où il se voit offrir une arme pour s'être créé un compte, entâme le bal: "Une seule question, comme ça: croyez-vous que ça soit une très bonne idée de donner des armes dans une banque?"

Où Moore se surpasse, c'est en mêlant l'ironie au sérieux. Un passage particulièrement bien fait, sous l'air de la chanson "Americana" d'Offspring, montre le président George W. Bush proclamer, devant l'armée, que "Le financement militaire serait la priorité #1 de son gouvernement"... et ce quelques secondes après des images du massacre de Columbine. On ne sait trop si l'on doit rire ou protester; ce qui est sûr, c'est que l'on reste la tête entre les deux jambes, très inconfortable sur notre siège. Bowling for Columbine se distingue de tous les petits documentaires que l'on peut voir à chaque soir à des bulletins télévisés justement pour cette impression indéniable qu'il laisse chez le spectateur. Je ne cacherai pas mon amour bien connu pour l'Amérique, et pourtant j'étais le premier à me mettre la main à la bouche et à hocher la tête par consternation. Bowling for Columbine fait plus qu'uniquement déranger; il remet nos idées et notre propre personne en question.

En fait, il y a tellement de contenu pendant les deux heures que le film dure pour analyser tous les arguments de Michael Moore apporte un par un. Face à toute l'incertitude qu'il fait naître chez l'audience, une certitude demeure: il a parfois entièrement raison tout comme il pousse parfois un peu trop les choses. Par exemple, lorsqu'il établit une différence fondamentale entre la souche de violence entre le Canada et les États-Unis, il touche à un point intéressant. Il n'y a proportionnellement pas plus d'armes chez nos voisins du sud, et pourtant le nombre de décès par armes à feu y est 10 fois supérieur. Son hypothèse qu'il fait probablement simplement meilleur de vivre au Canada au plan de vue de la sécurité et de la tranquilité d'esprit s'avère difficilement contestable. C'est cependant lorsqu'il tente de dire que seules les nouvelles télévisées aux États-Unis contribuent à développer une attitude de peur chez la population qu'il tente avec un certain manque de subtilité de manipuler le public.

La même chose se répète à plusieurs endroits du film, notamment lorsqu'il raconte l'histoire tragique d'une fillette de 6 ans qui a été assassinée au Michigan par un camarade de classe. Moore présente la situation avec expertise, mais essaye de tracer un lien de cause à effet pratiquement direct entre l'incident et le fait que la mère du garçon ayant commis le meurtre était victime d'injustices sociales racistes. Les deux problèmes sont là et impossibles à ignorer. Seulement, Moore consacre tellement d'énergie à vouloir blâmer le système et ses dirigeants qu'il ne semble pas réaliser qu'il force les conclusions hâtives un peu trop. Pourquoi ne pas plutôt responsabiliser l'oncle du gamin chez qui l'arme était totalement libre d'accès en premier lieu?

Mais Michael Moore est un extrêmiste de gauche, et par définition il a bien évidemment tendance à déresponsabiliser les individus. Pour lui, tout est le système, qui est malsain, imparfait et auteur des plus grands crimes. C'est là qu'il faut savoir, en tant que public, tracer la ligne. Ne pas tomber dans les extrêmes. Moore a beau frapper du plus fort qu'il le peut sur Bush pour ses politiques militaires et droitistes exagérées, il se fait ridicule de constater que la seule et unique chose qu'il décide de présenter par rapport aux huits ans au pouvoir de Bill Clinton est le bombardement d'une usine en Asie. Et là, c'est frustrant, car Moore refuse de faire face aux faits ou aux évidences plus générales tellement il tient à ses opinions fondamentales.

Est-ce que cela fait de Bowling for Columbine un film moins bon? Peut-être un peu, oui. Mais ça ne se veut pas un portrait objectif d'une réalité simple non plus, et c'est ce que l'on ne doit jamais perdre de vue. Michael Moore trace ici le portrait des choses et des problèmes que lui voit et qu'il croit important de dénoncer. Il a entièrement raison de le faire, et il le fait drôlement bien par surcroît. Ce que Bowling for Columbine oblige, c'est la discussion après coup. --RJ

 

Cote: A-

Retour

 

Hosted by www.Geocities.ws

1