ELVIS GRATTON XXX: LA VENGEANCE D'ELVIS WONG
Cast: Julien Poulin, Yves Trudel
Année: 2004
Studio: Chrystal
Longueur: 105 minutes
Classé G - Déconseillé aux jeunes enfants

Après avoir attendu 18 ans avant de donner une suite à Elvis Gratton, Pierre Falardeau a patienté un maigre cinq ans pour ajouter un troisième volet aux péripéties du personnage devenu depuis 1981 un icône du cinéma et de la culture au Québec. Elvis Gratton XXX: La Vengeance d'Elvis Wong (v.o.fr. seulement). Si le laps de temps s'est avéré moins long avant que Falardeau ne ponde son dernier, il n'a pas perdu une seconde à aller puiser dans toute la frustration, la haine et le mépris qu'il éprouve à l'égard d'apparemment bien des gens. Les victimes de la critique virulente du souverainiste fièrement déclaré s'aditionnent du début à la fin, à la fois de façon personnelle (Jean Chrétien, Pierre-Elliot Trudeau, Paul Desmarais) que de façon plus générale (Power Corporation, La Presse, et Radio-Canada, ici appelé "Radio-Cadenas"). Et au milieu de toutes ces attaques vit - et sacre - Robert "Elvis" Gratton (Julien Poulin).

Quelle meilleure idée, si l'on veut s'en prendre au monde des médias, que de faire de cet anti-héros le patron en chef (engagé par M. Chrétien lui-même) d'un énorme empire médiatique, regroupant évidemment entre autres Radio-Cadenas et La Presse, et ayant comme objectif la "convergence" la plus absolue? C'est le défi auquel se livre Elvis dans ce troisième épisode, et force est d'avouer que l'idée colle parfaitement au personnage, né pour évoluer dans le domaine du showbiz. Elvis Gratton, un peu comme Dr. Evil dans la série Austin Powers, est drôle lorsqu'il est en "contrôle", la plupart du temps malgré lui, de la situation la plus importante. La seule vue d'Elvis sur sa tribune, devant des dizaines de microphones de télévision et de radio, annonçant la création de "Gratton International Corporation" est suffisante pour nous arracher un rire. Il faut évidemment dire en entrée de jeu que Julien Poulin y en est pour beaucoup - énormément, en fait. Bien qu'approchant les 60 ans, Poulin joue le personnage qu'il l'immortalisera dans la conscience québécoise avec le même applomb qu'en 1981. Sa performance originale était d'une brillance incontestée, mais le voir se démenner de la sorte 20 ans plus tard, avec la même précision, mérite une certaine admiration. Dire qu'il n'y a rien de sorcier à jouer une carricature évidente d'un gros Québécois moyen se trouve à côté du point; Poulin a réussi à accomplir quelque chose de remarquable, dans cette trilogie, car il est parvenu à créer une carricature vraie. Elvis Gratton est Elvis Gratton. Que ce soit en '81, '99, 2004 ou 2010 (les pourparlers d'un quatrième volet sont déjà en cours), l'acteur parvient à rendre hilarant le plus vulgaire des idiots par sa simple authenticité.

C'est toutefois son réalisateur qui, une fois de plus, le laisse tomber. Si obsédé à faire passer son message. Falardeau ne se contente pas d'appuyer sur le clou. Il le frappe, et le refrappe, et le refrappe, jusqu'à un point oû même ceux en accord avec ses idées les plus radicales (et Dieu qu'il n'a à peu près que cela) disent: "Assez, on a compris!". Ce n'est pas seulement que ses idées ne sont pas présentées avec la moindre subtilité, c'est qu'elles sont répétées sans arrêt pendant près de deux heures de temps. Soit Falardeau a l'air de penser que ses audiences ont le Q.I. de son héros, ou alors c'est qu'il se fout d'elles totalement et est simplement parti sur une dérape personnelle d'attaques parfois fondées, parfois non, et quelques fois carrément répugnantes (un lien tissé entre les familles des victimes des attentats du 11 Septembre et les Nazis d'Adolf Hitler exigerait des excuses publiques de l'équipe de production entière).

Au risque de me répéter à travers mes critiques, Pierre Falardeau n'est pas un cinéaste; c'est un "chialeux". Qu'il se trouve à la droite, au centre ou à la gauche m'est complètement égal; c'est qu'il ne sache pas comment communiquer ses idées de façon cinématographique adéquate qui cause des problèmes majeurs à ses films. Avec un titre comme Elvis Gratton XXX: La Vengeance d'Elvis Wong, les amateurs étaient en droit de s'attendre à quelque chose de nouveau et prometteur: un retour d'un personnage mineur mais culte du premier film. Falardeau n'exploite jamais cet angle, tout comme il met en suspens une série de situations qu'il soulève dans son scénario lamentablement structuré. Si son film, au point de vue de la mise en scène, coule clairement mieux que 15 Février 1839, il se perd dans des séquences soit inutiles (trois interminables séquences oû Elvis rêve d'être pauvre), soit gaspillées (une prestation musicale ayant comme titre "Mets ta main dans mes shorts" ne soutire pas plus qu'un sourire en cinq minutes).

Malgré tout cela, on demeure accroché à Elvis Gratton. Premièrement, à cause d'Elvis lui-même. Deuxièmement, en raison de Julien Poulin, tout simplement extraordinaire dans son incarnation parfaite d'un être moins qu'ordinaire. On voit mal un Elvis Gratton dirigé par quelqu'un d'autre que Pierre Falardeau, et pourtant je crois que c'est ce qu'il faut pour redonner du jus à la fois au personnage et à la série. Elvis, pour survivre, a besoin de quelqu'un qui "think un peu plus big, sti!" --RJ

 

Cote: B-

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