UN CRABE DANS LA TÊTE
Cast: David La Haye, Isabelle Blais, Emmanuel Bilodeau, Chantal Giroux, Pascale Desrochers
Année: 2001
Studio: Quatre par Quatre
Longueur: 102 minutes
Classé Général

Un Crabe dans la Tête (v.o.française seulement) a été nommé "Meilleur Film" de l'année au dernier gala des Prix Jutra, l'équivalent québécois des Oscars. Comme c'était le cas de Maelström de Denis Villeneuve l'an dernier, on a affaire à un bon film, solide par moments, mais ne méritant pas la moitié des honneurs qu'il a reçu. C'est bon, oui, mais sortez cette production à l'extérieur, et elle se perd dans l'océan. Un Crabe dans la Tête a été écrit, réalisé et photographié par André Turpin, un des piliers de l'industrie cinématographique de la Belle Province. Il avait aussi été directeur photo de Maelström, pour lequel il avait accompli un travail remarquable, et il en fait de même pour son film ici. On ne peut cependant en dire autant de la scénarisation et de la réalisation. Bien qu'elles s'avèrent décentes, elles ne méritent en aucun cas d'être primées. Turpin a construit un bon petit film, bien dirigé et divertissant, mais rien de plus.

Il a élu de placer au coeur de son récit Alex (David La Haye), un plongeur sous-marin de 31 ans immature et insécure. Il "cruise" tout ce qui bouge, mais ne peut s'installer avec stabilité avec aucune de ses brèves conquêtes. Pis encore, il ne peut tout simplement pas dire non à qui que ce soit, par peur d'être mal aimé, ou alors mal jugé. C'est à force de souffrir à cause de son comportement - et de faire souffrir ses proches - qu'il apprendra à la longue qu'il ne peut demeurer ainsi et vivre heureux. On constate vite que Turpin a conçu un personnage central fort intéressant pour la simple et bonne raison qu'il ressemble à la base à bien des gens. Il l'a toutefois bien conçu sans le développer toujours également. À certains endroits on comprend mal pourquoi Alex réagit comme il le fait, alors qu'à d'autres, on voit mal comment Turpin croyait nous rendre son héros sympathique en le faisant agir de la sorte. Par exemple, s'il est si égoïste et si peu engagé, pourquoi alors cultive-t-il un lien dangereux et incompréhensible avec une traffiquante de drogue aux problèmes émotionnels (Pascale Desrochers)? Il ne peut lui refuser ses services, peut-être, mais à d'autres moments - notamment lorsque l'on apprend ce qu'il a fait après son mariage - il ne fait pas preuve du moindre engagement.

Et Alex est parfois justement si stupide qu'on a peine à le prendre sous notre aile. William H. Macy jouait tout au long de Fargo avec une impuissance nous faisant toujours un peu pitié et qui nous le faisait pardonner peu importe les gestes croches qu'il commettait. David La Haye, dans Un Crabe dans la Tête, par contre, en étant inégal, nous paraît souvent amusant et charmant, puis occasionnellement carrément trop con - surtout avec les filles - pour qu'on puisse vraiment vouloir son bonheur. On voit où Turpin s'en va, et on peut apprécier l'effort de créer des personnages réalistes et humains, mais on n'est pas toujours satisfait. À son mérite, quelques répliques sont mordantes et certaines situations très drôles, mais il ne parvient pas créer un ensemble toujours cohérent.

Par exemple, si l'on s'identifie le moindrement du monde avec le héros, alors on ne peut comprendre ce qu'il trouve à Marie (Isabelle Blais, une comédienne trifluvienne), une fille sèche, arrogante et rigide. On ne peut non plus vraiment comprendre pour Turpin focuse autant sur ce personnage si peu intéressant alors qu'il a réussi à en créer d'autres infiniment plus riches et captivants - principalement une fille sourde (Chantal Giroux) dont on ne peut que tomber amoureux, son petit ami (Emmanuel Bilodeau) et un même un riche homme d'affaires sur la cocaïne qui vole la vedette à chaque fois qu'il apparaît à l'écran. On peut toutefois apprécier comment Turpin dirige tous ses acteurs, soutirant de la plupart de bonnes performances (La Haye est totalement adéquat dans le rôle principal) et de quelques uns (Giroux en particulier) des prestations remarquables.

Un Crabe dans la Tête se termine de manière pour le moins un peu ambiguë, et nous laisse sur une finale qui en fera discuter plusieurs à la sortie de la salle. Encore une fois, on peut remarquer le même phénomène présent pour le reste du film; on peut apprécier ce que le cinéaste a essayé, mais on est encore plus en lieu de se demander si c'est normal que ça soit cela qui soit reconnu comme la trouvaille des 12 derniers mois au Québec. --RJ

 

Cote: B

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