COLD MOUNTAIN
Cast: Jude Law, Nicole Kidman, Renée Zellwegger, Philip Seymour Hoffman, Ray Winstone, Brendan Gleeson, Natalie Portman
Année: 2003
Studio: Miramax
Longueur: 154 minutes
Classé 13 ans+

Si un film peut revendre de prestige avant même d'être tourné, Cold Mountain (Retour à Cold Mountain en v.f.) en constitue certainement un exemple difficilement battable. Une épopée historique mêlant guerre et romance, adaptée du best-seller acclamé de Charles Frazier par Anthony Minghella, l'auteur/réalisateur oscarisé de The English Patient et The Talented Mr. Ripley et mettant en vedette un trio d'acteurs populaires aussi respectés que primés en Nicole Kidman, Jude Law et Renée Zellwegger, Cold Mountain est ce rare genre de production que l'on respecte profondément bien avant de la voir de nos propres yeux.

Ammenant la vie au récit d'un soldat déserteur du Sud (Law) pendant la Guerre de Sécession mettant son courage à l'épreuve pour retrouver sa douce (Kidman) dans son village natal, Minghella a presque tout fait correctement techniquement. Le film est d'une beauté parfois majestueuse à voir au grand écran, bénéficiant d'une photographie toujours léchée et d'un montage soigné, le tout accompagné d'un doux thème musical composé avec finesse par Gabriel Yared. Les acteurs donnent leur meilleur, jouent avec crédibilité leur rôle respectif, en plus de maîtriser leur accent à perfection. Ce que le film ne met pas au bon endroit, c'est son coeur. Les moments qui devraient ressortir de la masse à cause de leur impact émotif nous laissent, au mieux, intéressés - mais ni touchés, ni émus. La raison principale pour cela, que nombre de critiques ont déjà cité, est sans doute le fait que Minghella ne semble tout simplement pas savoir quoi faire exactement avec cette romance à la base. Inman et Ada, les deux amoureux, ne partagent que quelques brèves scènes ensemble avant le départ du premier pour la guerre, et ces scènes, bien que belles, ne nous accrochent pas comme elles le devraient. À l'image du film, elles sont bien faites, mais semblent avoir été drainées de leur passion.

Cela n'est pas dire que l'on ne s'intéresse pas au voyage parcouru par le héros - au contraire. Cold Mountain est un trop beau film pour nous laisser bêtement de glace. On souhaite vraiment le revoir uni avec son amour, même si cela nous laisse les yeux un peu secs. Peut-être aussi aurions-nous une plus grande chance de se laisser absorber dans le drame entre ces deux âmes tristement seules, si Renée Zellwegger n'apparaissait pas en plein milieu du film pour attirer toute l'attention sur elle. La plupart des performances de ce genre sont souvent ensencées parce qu'elles "volent la vedette" même lorsque l'on ne s'y attend pas. Il n'y a toutefois rien dans le jeu de Zellwegger, se voulant spécial, de vraiment surprenant. Elle sert essentiellement à arracher le podium revenant à la vraie star, Kidman, pour se l'approprier en criant "Moi aussi, je veux mon Oscar! Je veux mon Oscar!" - et vous savez quoi, elle va probablement tristement le gagner. On se souviendra du moment où le monde entier a découvert Zellwegger: adorable et charmante dans Jerry Maguire. Puis, plus le temps a passé, plus elle a pris de la place - trop de place. D'abord en volant le rôle de Bridget Jones à une actrice britannique qui elle, l'aurait mérité, puis étalant toute sa stupidité dans l'excellent Chicago, jusqu'à Cold Mountain où l'on souhaiterait simplement qu'elle prenne son trou.

Ce qu'il y a de plus regrettable dans tout cela, c'est que dans le même film, il existe une autre performance féminine de soutien qui elle, est digne de reconnaissance - et dont personne ne parlera. Natalie Portman, oubliée dans le nuage de puanteur qu'a créé les nouveaux épisodes de Star Wars, brille ici dans le rôle bref mais significatif d'une veuve ayant perdu son mari au combat, et se trouvant maintenant isolée avec son jeune enfant. La séquence du film la comportant est probablement la seule qui nous rejoint moindrement profondément au niveau émotif. C'est principalement dans cette portion du récit, superbement mis en scène de façon dramatique par Minghella, que Cold Mountain parvient le mieux à nous montrer ce que la guerre nous fait perdre, que ce soit au front ou à la maison.

Pour le reste du film, on suit, sans voir le temps passer, les aventures d'Inman, personnifié avec honneur et charisme par Law, qui nous montre à nouveau quel acteur hors-du-commun il est, étant capable d'exprimer tant quand le personnage dit lui-même si peut. Kidman, dont le regard bleu perce l'écran, conclue une autre année remarquable (après sa performance encore plus impressionnante dans The Human Stain), et s'asseoit maintenant confortablement sur le trône des actrices à Hollywood, supplantant Julia Roberts qui a plus ou moins disparu, récemment. En accumulant les performances solides dans les bons projets comme Cold Mountain, elle pourrait régner encore longtemps. Tant que le film garde sa mire sur ses deux vedettes, il navigue en eaux sûres. Voici une épique à la fois chargée de qualité et de prestige saisissants et paresmée de fautes mineures. En manque d'amour au grand écran? Ne manquez pas Cold Mountain. --RJ

 

Cote: A-

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