LES BOYS 3
Cast: Patrick Huard, Marc Messier, Rémi Girard, Patrick Labbé, Serge Thériault, Yvan Ponton, Éric Lapointe
Année: 2001
Studio: Lions Gate
Longueur: 124 minutes
Classé Général

La franchise des Boys a su prouver au moins une chose: les Québécois ne connaissent pas le cinéma. Ils ne savent l'apprécier à son meilleur, ni le rejeter quand il se fait à son pire. Les Boys et Les Boys 2 figurent sans le moindre doute parmi les pires films de 1997 et 1998, respectivement, et ils ont réussi à décrocher le trône apparemment peu glorieux du film avec les meilleures recettes dans la Belle Province. Pitoyablement écrits, vulgairement interprétés et techniquement lamentables, ces deux citrons sont parvenus à se tailler une place dans la culture québécoise. Les Boys 3 ne risque pas d'aller chercher autant de succès, pour deux simples raisons: la première, qu'il s'avère plutôt différent des deux autres, et la seconde, qu'il est meilleur (ou moins pire, devrais-je dire).

Deux années ont passé depuis leur séjour à Chamonix en France et les Boys se préparent pour une nouvelle saison de hockey. De retour de France et anxieux d'oublier l'expérience malheureuse qu'il a vécue, Stan va vite découvrir que sa célèbre équipe n'est plus celle qu'il avait laissée. En effet, les Boys se voient attirés par l'argent et l'appât du gain, ce qui a comme effet de séparer l'équipe en deux. Que d'originalité.

Et, dans ce troisième épisode, c'est là que le bas blesse principalement. La distribution - entièrement de retour en plus d'accueillir entre autres Éric Lapointe - hausse son jeu d'un cran (jeu de mots involontaire), et s'avère pour la première fois à la hauteur de son talent. Patrick Huard ressort du lot avec une performance regorgeant de naturel, chose trop peu commune chez les acteurs québécois. La photographie est pour la première fois adéquate. Sans offrir des images spectaculaires, on n'a au moins pas l'air de visionner un vidéo amateur comme lors des deux premiers films. Le cadrage et que le montage respirent enfin le professionnalisme, et la musique de Jerry Devilliers impressionne. On ne peut en dire autant de la supervision musicale du film qui, bien sûr, ne nous balance que des "hits" québécois des dernières années, chacun adapté à la situation de façon on-ne-peut-moins-subtile. Tant qu'à nous bourrer les oreilles de Daniel Bélanger, épargnez-nous vos succès musicaux.

Et encore là, ça peut passer. Ce qui coule ultimement Les Boys 3 et l'empêche définitivement de remonter à la surface est son scénario misérable. Autant l'histoire que les dialogues transpirent le déjà-vu et la stupidité. Non mais combien de fois a-t-on vu l'amitié d'un groupe à la base uni compromise par l'ambition? Moi non plus, je ne le sais pas, il y en a tout simplement trop pour les compter. Alexis Martin tire le maximum de son personnage d'arnaqueur, mais il ne peut, comme tous les autres acteurs, remplacer ce qu'il y a d'atroce sur la page par quelque chose de magnifique à l'écran. Les blagues manquées fusent de tout bord tout côté. "C'est pas grandiose; dans mon livre à moi, c'est juste diose", déclare fièrement Stan (Rémy Girard), dans l'une des nombreuses répliques gênantes.

Et pour tous les Québécois se plaignant des "fins américaines" venant de nos voisins du Sud, attendez de voir celle que nous réserve Les Boys 3. Il ne manque plus que Dieu descende lui-même du Ciel pour annoncer à chacun des joueurs des Boys qu'il a atteint son salut. Évidemment que je ne m'attends pas à un carnage décimant l'équipe entière dans les derniers instants (bien que ça pourrait au moins éviter la production de Les Boys 4), mais je peux tout de même m'attendre à un peu plus de créativité. Parce qu'il n'y en a ici aucune. Et je ne commencerai même pas à déplorer les moments dramatiques avec lesquels le réalisateur Louis Saïa assomme le public, car ils n'en valent même pas la peine.

Cela étant dit, allez le voir, Les Boys 3. Allez-y. Tout le monde va en parler jusqu'à Noël, et vous allez même y apprendre des expressions assurées de faire partie dans un avenir proche de la culture québécoise ("Ça, ça s'appelle du marketing!"). C'est même une production supérieure à ses deux précédentes. Mais ce n'est pas un bon film, pas même près. Ne vous attendez surtout pas à cela. Que vous connaissiez ou non le cinéma, que vous ayez détesté ou aimé les deux premiers Boys. --RJ

 

Cote: C

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