BIG FISH
Cast: Ewan McGregor, Albert Finney, Billy Crudup, Jessica Lange, Alison Lohman, Helena Bonham-Carter, Robert Guillaume, Steve Buscemi, Danny Devito
Année: 2003
Studio: Columbia
Longueur: 110 minutes
Classé Général

Les plus grands films sont presque toujours ceux qui sont le mieux capables de nous transporter dans le monde qu'ils présentent. Ceux qui résonnent le plus avec nous sont ceux qui parviennent à nous faire redécouvrir ce qui nous attire tant au cinéma en tout premier lieu: sa magie. Big Fish (La Légende du Gros Poisson en v.f.) représente exactement la définition d'une telle production.

Nul n'a besoin de voir son nom au générique du début pour reconnaître que l'on assiste à une oeuvre signée Tim Burton: en mêlant le fantastique à la comédie inusitée et au drame surprenant, Big Fish représente à la fois son travail typique et son meilleur effort à ce jour. Après Batman, Edward Scissorhands et Sleepy Hollow, ce n'est pas peu dire. Il faut mentionner que le récit de Big Fish semble avoir été construit sur mesure pour Burton: un jeune homme, Will Bloom (Billy Crudup) a brisé les liens avec son père Edward (Albert Finney) parce qu'il en avait assez du caractère nombriliste de ce dernier et de sa tendance à toujours raconter des histoires exagérées et extravangantes. Will a l'impression, à cause de cela, de ne pas connaître Edward, le vrai; et lorsqu'il devient mourrant, il décide d'aller le visiter pour découvrir qui est son père, à l'intérieur. Cela sert de contour, voire de bocal, au conte enchanteur que nous sert Burton: il nous présente, dans ce qui constitue la majorité du long-métrage, ces histoires fantastiques qui ont rempli, à ses dires, l'existence d'Edward. C'est Ewan McGregor, avec qui Finney partage une étonnante ressemblance physique naturelle, qui campe le jeune Edward Bloom dans toutes ces séquences du passé. Je pourrais résumer l'ensemble de ces petites histoires, mais ça ne contribuerrait qu'à diminuer le sens de découverte que le film nous donne. Big Fish, pour paraphraser un classique avec lequel il possède certains points élémentaires semblables, est comme une boîte de chocolats: on ne sait jamais ce que l'on va recevoir. Donc autant de rien vendre à l'avance et vous laisser littéralement le délice de découvrir par vous-même.

Le plus grand truc que réussit ici Burton est de nous accrocher à son style narratif surnaturel comme un enfant écouterait justement son père lui raconter une légende extraordinaire lors d'une soirée en camping dans le bois. Big Fish transmet la beauté des grandes histoires et nous fait revivre la pureté qui existe dans leur découverte. Plus que cela encore, Burton nous fait vivre un sentiment que l'on semble malheureusement perdre graduellement dans la vie: l'émerveillement. Peu d'artistes parviennent encore à nous faire ouvrir grands les yeux et la bouche par stupéfaction et admiration; non seulement Burton y parvient-il aisément, mais il le fait tout au long de Big Fish. Les moments abondent, mais certains en particulier resteront longtemps: lorsqu'Edward Bloom aperçoit sa future épouse pour la première fois (d'abord jouée par la douée Alison Lohman, puis par la radiante Jessica Lange dans le présent) et que le temps s'arrête littéralement; lorsqu'il lui fait sa déclaration d'amour à la fenêtre de sa chambre; lorsque, enfant, il rencontre une sorcière possédant un oeil dans lequel on voit notre propre mort; lorsque, dans l'armée, il débarque seul en parachute en plein spectale au Vietnam; lorsqu'il revient de la guerre à sa bien-aimée et que leur baiser de retrouvaille semble à lui-seul remplir notre coeur.

C'est justement au niveau du coeur que le film se distingue d'une simple fantaisie et se retrouve dans une toute autre ligue, dans une mince catégorie d'oeuvres récentes qui nous impressionnent autant qu'elles nous touchent profondément. Ce que Burton et le scénariste John August (qui, en adaptant le roman de Daniel Wallace, nous fait oublier qu'il a sacrifié son talent depuis trois ans en écrivant la lamentable série des Charlie's Angels) accomplissent par-desus tout de si remarquable est la cohérence émotive que prend ce récit plus grand que nature. Chaque histoire en mène à une autre, et en fin de parcours, non seulement on reconnaît la brillance de la structure, mais on connecte maintenant directement au monde présent, dans lequel père et fils tentent finalement de se réconcilier. Et c'est dans ses dix dernières minutes que le film, après avoir grandi en nous pour une heure et demie, a atteint une place si spéciale dans notre coeur qu'il nous fait sauter en larmes devant sa conclusion magistralement magnifique. Le film est techniquement monté d'une façon si prodigieusement belle (autant par la photographie, les costumes, les décors et la musique de Danny Elfman qui sera immanquablement reconnue aux Oscars que par la riche et talentueuse distribution qui brille en entier) qu'on ne réalise pas pleinement, pendant que l'on a le visage rivé à l'écran, la portée émotive extraordinaire qu'il possède. Ce n'est que par la suite, lorsque l'on s'est levé pour applaudir, la bouche toujours béante et les yeux encore humides, que l'on prend conscience que Big Fish est une aventure trop belle pour être vraie à laquelle on a pourtant cru et participé. --RJ

 

Cote: A

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