Au bonheur du jour




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Le mois de juin - du 15 au 21

Dimanche, le 16 juin

Un peu passé 7h00. Grand verre de jus de pomme. Encore aujourd'hui, le froid, le vent et la pluie seront présents et ce serait comme cela jusqu'à mercredi prochain selon les prévisions? Combien de temps encore avant qu'on ne demande le remboursement en tant que clients mécontents? Moi qui voulais finalement acheter mes annuelles aujourd'hui, je n'ai pas du tout le goût de me pointer au marché ou dans un centre-jardin. Bon, on remet encore cela à plus tard.

Hier, brève visite d'un de mes frères et de mon neveu. Il est revenu sur le partage de la semaine dernière... Je ne m'attendais pas à cela et j'ai cru sentir une légère amertume chez lui. J'en fus surprise, puisqu'à mon avis, il est celui qui a les plus beaux morceaux. Je suis cependant contente qu'il m'en ait parlé, puisque cela m'a permis de lui dire mon point de vue. Réaction un peu bizarre de sa part quand il a compris son avantage, comme s'il était en quelque sorte le vainqueur. Je n'ai pas aimé cette attitude et je lui ai gentiment dit. Et il l'a bien pris. Ouf!... c'est vrai que ces histoires de partage des biens sont dangereuses...

Puis, soirée agréable chez des amis. Autre type d'interactions et de partage. Solidarité à certains égards et aussi individualité à d'autres. Certains clivages sont apparus. Pour la première fois dans ce groupe, j'ai senti le besoin de me protéger un peu. On n'a jamais fini d'apprendre.. :-)

Réflexions et questionnement sur mon bonheur. (Pas la prétention de parler DU bonheur ce matin.. :-) Bon, le bonheur est essentiellement ici/maintenant, et il est toujours dans les ici/maintenant qui se succèdent les uns après les autres. Une partie du bonheur est question d'attitude à l'égard des événements de la vie sur lesquels on n'exerce pas de contrôle. Il faut avoir la souplesse face à la vie, être capable de prendre les coups qui inévitablement surviennent un jour, les vivre le mieux possible et en tirer le maximum d'enrichissement personnel. Et en revanche, il faut être capable de saisir les beaux moments, les chances, les joies qui sont là, les faire fructifier pour bâtir son capital de bonheur. Bon je n'ai pas de misère avec cela en principe et je suis une femme heureuse qui en est très reconnaissante d'ailleurs. Cependant je me questionne un peu sur ma capacité de saisir certaines occasions. Oh j'ai été bien élevée, comme on dit... :-) Je sais être polie, laisser passer quelqu'un dans une entrée, m'asseoir à table et ne pas sauter dans les plats, me préoccuper du bien-être des autres, céder le choix d'un film à voir, d'un restaurant où manger, etc... Mais, la question est : le fais-je trop? Où se situe la ligne entre l'ouverture aux autres et la négligence de ses propres besoins et envies? Je me souviens d'un exercice de diction quand j'étais jeune, une phrase difficile à prononcer qu'on nous faisait répéter : "Je veux et j'exige, j'exige et je veux." À répéter plusieurs fois de suite et sans faire d'erreur... Je n'aimais pas cette phrase, parce que je la trouvais égoïste. Mais quand je regarde en arrière, j'ai vécu plusieurs circonstances où j'aurais dû prononcer cette phrase et je ne l'ai pas fait. Un peu responsable de mes petits malheurs parfois? Sans doute, mais apprendrai-je un jour? Je suis bien loin d'en être certaine...

Bon, et si j'allais déjeuner et mettre un peu de musique... Peut-être reviendrai-je un peu plus tard poursuivre ma réflexion.

Mardi, le 18 juin

Je fais dos à la fenêtre et j'entends le bruit de l'eau qui gicle au passages de pneus des automobiles... Une fois de plus... Mais le brillant Krystian Zimerman se charge de mettre à la fois de la douceur et de la fougue, du romantisme et de la virtuosité avec les deux concertos pour piano de Frederick Chopin. Il y a longtemps que je possède ce cd qui fut enregistré en 1978 et 1979 alors que Zimerman n'était qu'un tout jeune pianiste. J'avais d'ailleurs la version vinyle de ce disque compact. J'ai vraiment besoin d'une journée de soleil et je vais m'en créer une!... :-)

Hier, journée de relations humaines à différents niveaux. Bizarrement commencée par une brume intérieure qui n'a pas duré... Quelques coups de téléphone reçus aux bons moments et la brume s'est rapidement levée. Se dire les vraies choses, prendre le temps, en avoir l'ouverture et la simplicité. J'ai aimé l'insistance à aller au fond des choses qui pour une fois n'originait pas de moi. Sentiment de plénitude, de toucher à l'essentiel, même s'il est encore un peu difficile à nommer. Merci à cet ami très cher qui a su insister... Plaisir aussi de partager avec "quelques valeurs sûres de ma vie" :-) : ces personnes proches, ouvertes, confortables dont il ne me viendrait jamais à l'esprit de mettre en doute la sincérité.

Il y a un jeu de domino dans mon intérieur (ma maison cette fois, pas mon âme.. :-) Les nouveaux "vieux objets" forcent le réalignement des autres et amènent à en toucher, à en manipuler certains laissés là dans une certaine ignorance, dans un certain abandon depuis un bon moment. Tel ce livre que j'avais acheté, il y a quelques années, fascinée que j'avais été quand je l'avais découvert dans un Salon du livre : Le Livre de la Pauvreté et de la Mort de Rainer Maria Rilke, long et douloureux poème, avec ce magnifique extrait sur la quatrième couverture :
"O Seigneur, donne à chacun sa propre mort,
la mort issue de cette vie
où il trouva l'amour, un sens et la détresse."

Je n'ai pu me retenir de prendre un moment pour relire quelques pages, quelle beauté... voilà qui retarde la réorganisation de ma bibliothèque, commandée par les livres récupérés chez ma mère... :-) Non, sa vision pessimiste des choses n'a pas joué sur mon humeur... :-)

Sentiments que la vie va très vite et pourtant, peut-être à cause de ce journal, sensation de la voir se dérouler au ralenti, comme au cinéma. Il y a une partie de moi qui a toujours un peu eu cette tendance à observer ma vie comme un objet d'analyse. Peut-être parce qu'assez souvent, en raison des circonstances, j'ai eu à prendre un certain recul, pour mieux juger et choisir une orientation ou pour carrément changer de destination. Mais aussi, et je dirais même surtout, pour pleinement être consciente de la richesse et de la beauté de la vie. Même dans les pires moments, j'ai toujours su que c'était un cadeau que de vivre. Il y a des choses dans la vie qu'il ne me viendrait pas à l'idée de questionner et je pense que c'est là un des plus beaux cadeaux qu'il ne m'ait été faits.

Bon pour en revenir à cette sensation de voir la vie se dérouler au ralenti, il se pourrait que ce journal ait une influence plus grande que je ne le soupçonnais au départ. Je suis contente de l'avoir commencé (pour le moment du moins... :-) Tout ce que j'espère c'est que la source ne se tarira pas... Je veux cet outil pour le dernier droit de ma vie, peu importe le temps qu'il durera, parce que c'est toujours le ici/maintenant qui prime. C'est là que se joue le destin, qu'on fait les efforts, qu'on vit les joies. C'est là aussi que la mort viendra, peu importe le moment puisque ce sera alors mon ici/maintenant.

Bon, pour mon ici/maintenant actuel, autre café, puis sortie pour quelques courses, lunch avec une amie volubile et passionnée, pour commenter les résultats des élections partielles d'hier. Ça risque d'être long.. :-) Souper avec cet autre grand ami qui lui a des photos à me montrer. Je ne veux pas leur donner de nom, du moins pour le moment. Je suis certaine que dans dix ans, je saurai encore de qui il s'agit, puisqu'il y a dix ans, ils étaient déjà là depuis longtemps... :-)

Merci Krystian, ce fut tout simplement magnifique ... ;-)

Mercredi, le 19 juin

Belle, belle, belle journée... :-) Levée assez tard, la joie de voir enfin le soleil, d'entendre les feuilles qui bougent joyeusement dans le vent doux. Enfin!! J'aime aussi voir le rideau de ma chambre se gonfler devant la fenêtre ouverte.

J'ai fait l'erreur bien volontaire d'enfiler une longue robe de coton indien après ma douche... Voilà qui prédispose à un certain nirvana... :-) En plus, Bach au programme!!! Adieu efficacité ! Donc, conséquences directes : tâches ménagères exécutées avec lenteur et sans trop de précision. Je n'ai pas non plus réussi à faire la moitié des choses que j'avais prévu faire aujourd'hui, dont aller finalement acheter mes fleurs. Grande insouciance de ma part aujourd'hui... :-)

J'ai passé un bon moment dans les vieilles photos dont certaines, de mon enfance, que je ne connaissais pas ou dont j'avais perdu le souvenir. Bizarre d'y voir mes parents aussi jeunes, en fait beaucoup plus jeunes que je ne le suis actuellement. Surprise aussi de les voir aussi souriants. Dans mon souvenir, ils étaient plus austères, plus sévères. Bon, c'est vrai qu'habituellement, on essaie de se montrer sous son meilleur jour sur une photo, mais quelle était exactement la réalité? Probablement quelque part entre la perception que j'en ai conservée et ce que les photos m'en montrent. Dans mon souvenir, il y a aussi de la lourdeur dans l'atmosphère et elle ne semble pas présente sur les photos. Je pense que ma famille ne différait pas tellement de celle des autres et qu'il y avait une austérité plus grande dans la société de ce temps-là. Bon, la vie n'était pas nécessairement facile, la pression sociale était forte et il y avait un code moral assez lourd.

Je pensais bien qu'une famille de merles nichait pas très loin. Je les ai aperçus aujourd'hui, mais je suis inquiète pour eux. Ils ont bâti leur nid dans du lierre qui grimpe sur le mur de brique du côté est de ma maison. Je ne sais pas ce qui s'est passé, peut-être du vent, ou encore un chat qui aurait voulu les rejoindre, mais un pan de ce lierre s'est détaché du mur, laissant le nid à découvert, et en position précaire... Heureusement, il est situé près du toit, aux confins de la partie qui semble solidement attachée au mur, mais un mauvais coup de vent pourrait peut-être l'agiter assez sérieusement. J'ai vu la mère couver, mais elle a rapidement quitté quand elle m'a aperçue. Je ne toucherai pas au lierre tant que le nid sera occupé, afin de laisser le temps à la mère de finir son ouvrage et afin d'éviter qu'elle n'abandonne sa portée. Donc ce qui veut dire que le lierre pendra lamentablement pour un certain temps... Pas très esthétique, mais éthique... ;-)

Plaisir de voir les rosiers de la haie pleins de boutons. Malgré la mauvaise température des dernières semaines, je pense que ce sera une belle année pour la haie. La variété Thérèse Bugnet donne une floraison rose tendre abondante, presque orgiaque, durant la première floraison, puis elle se fait plus sobre pour le reste de l'été. Et le parfum en est exquis. Moins de chance cependant avec un des rosiers grimpants de la tonnelle. Je devrai effectuer une coupe sévère si je veux le sauver. Son vis-à-vis est en parfaite forme cependant.

Ce soir, j'ai rejoint une amie de longue date dans un restaurant calme et accueillant. Nous avons comme toujours discuté de politique mais nous ne le faisons plus avec la même passion. Serions-nous un peu désabusés ou réalisons-nous que nous ne sommes plus de la génération qui doit maintenant prendre les choses en main? Peut-être un peu des deux. Des trois partis politiques en présence au Québec, un a un chef au début de la trentaine, l'autre au début de la quarantaine. Seul le premier ministre actuel est dans la soixantaine mais deux aspirants à sa succession dans son parti sont aussi un dans la trentaine et l'autre au début de la quarantaine. Il semble que l'âge souhaité pour les politiciens actuellement est inférieur ici par rapport à certains pays européens. De toutes façons, la scène politique québécoise sera intéressante dans les mois qui viennent et il pourrait y avoir des changements majeurs. Du côté de la politique canadienne, la fédérale, il risque aussi d'y avoir de l'action. Là aussi cela prendrait des changements... Pour qui, comme moi, aime la politique, s'en occupe et s'en préoccupe, les prochains mois ne manqueront pas d'intérêt.

Un petit mot sur la musique qui accompagne, en ce moment, mon manque d'envie de sommeil (consécutif au double expresso auquel je n'ai pas pu résister plus tôt en soirée ;-) : Bach, puisque je ne lui ai laissé aucun répit depuis le matin. Cette fois-ci c'est l'Art de la fugue dans la version qu'en ont faite Bernard Labadie et Les Violons du Roy.

Il est près de 2h00 dans la nuit de mercredi à jeudi. Ah que j'aime ces moments volés à la nuit. Je viens de faire une longue pause dans l'écriture pour écouter Bach. Quelle musique!!... Et elle a une sonorité toute spéciale à une telle heure. Elle est plus spirituelle, plus intérieure. Oui, ça c'est un grand bonheur du jour.

 

 

 

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