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Le mois d'août - du 15 au 22

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Mercredi, le 21 août

Elle est partie. Depuis plusieurs jours déjà. J'ai beaucoup de peine, mais une peine qui est douce. Toute la journée j'avais été auprès d'elle, lui parlant doucement, lui faisant manger un peu de compote de pommes qu'elle aimait beaucoup, épongeant son visage, lui appliquant un peu de cette crème pour le corps à l'arôme de son parfum préféré, ce qui l'a fait sourire et faiblement murmurer que c'était agréable. À un moment de la journée, alors que nous étions assez nombreux avec elle, elle s'agitait parce que nous ne comprenions pas ce qu'elle cherchait à nous dire. J'ai finalement cru saisir qu'elle nous aimait. Et quand je lui ai demandé si j'avais bien compris, elle parut très soulagée et fit oui de la tête. Cela avait été ses dernières paroles.

Puis les heures de l'agonie se prolongèrent jusqu'à tard dans la nuit. Un de mes frères et moi étions seuls avec elle. C'est bien doucement qu'elle a enfin lâché prise, dès que je lui ai demandé de le faire, quand je lui ai dit de regarder en avant, de ne pas se retourner vers l'arrière, de nous laisser pour entreprendre le grand voyage. Je lui répétais qu'il était temps de partir, qu'il ne fallait pas s'inquiéter de nous, de ne plus respirer puisqu'elle avait tant de mal à le faire. Je ne pensais jamais que je lui dirais de telles choses et je ne pensais surtout pas qu'en deux ou trois minutes tout serait terminé et qu'elle aurait quitté. Lorsqu'elle fut décédée, j'ai ressenti une paix incroyable. Les premiers mots de mon frère furent pour me dire que l'hôpital devrait m'engager pour accompagner les mourants. Je fus soulagée d'entendre ces paroles, puisque durant ces dernières minutes j'avais un peu craint qu'il ne supporte pas ce que je disais, qu'il ne m'arrête de parler. C'est bien spontanément que j'avais entrepris de la guider vers son dernier soupir, je n'avais pas consulté mon frère. C'est mon coeur qui m'avait fait parler ainsi. Je voulais aider celle qui m'avait donné la vie sur cette terre à cesser son difficile et inutile combat, et à entreprendre sa nouvelle vie dans l'au-delà.

Les jours qui suivirent furent vécus comme dans une brume. Mes frères et moi avons rapidement procédé aux arrangements funéraires. La cérémonie religieuse fut belle, empreinte de sérénité et la musique magnifique. Mon plus jeune frère et ma fille lui rendirent, chacun à sa manière, un chaleureux témoignage où l'humour était quand même présent. C'est moi qui ai porté l'urne funéraire dans l'église, puis jusqu'au cimetière et qui l'ai ensuite déposée dans la terre. Je lui devais bien cela. J'avais l'impression de boucler la boucle.

Depuis, je tourne en rond et je suis lente. La fatigue des derniers mois s'exprime et je suis très lasse. J'ai des moments de larmes, surtout quand l'immensité et la pérennité de l'absence se font sentir. Mais ils sont, somme toute, peu nombreux. Je m'efforce d'être sereine. Je me dis qu'elle avait vécu si longtemps, que c'est normal qu'elle soit partie. Que ce n'est pas dramatique, que c'est la vie. Je sais qu'il y a des morts tellement plus cruelles et injustes. Mais, je suis si triste et j'ai tant de peine. Il n'y a pas d'âge pour perdre sa mère. Et le reste de ma vie sans elle...

 

 

 

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