Happy Birthday Ally




- 2 -



C�est l�anniversaire d�Ally.

Devant son miroir, elle �value la date de son premier lifting. Elle songe au temps qui passe, � son horloge biologique qui tourne, � tout ce qu'elle d�sirait qui ne s'est pas r�alis�. Bien s�r, maintenant, dans sa vie, il y a Maddie, et la pens�e de sa fille la rassure. Mais elle, Ally, o� en est-elle ?

Le t�l�phone sonne. Personne. S��tonnant du silence persistant, Ally finit par raccrocher. Elle tra�ne chez elle en revoyant ses pr�c�dents anniversaires et chasse la vision de Larry et Sting chantant pour elle l�an dernier.



Elle arrive au Cabinet.

Avec un air myst�rieux, Elaine lui tend un gigantesque bouquet blanc et rose.

�tonn�e, mais �blouie de sa beaut�, Ally l'emporte tout en acc�l�rant le pas vers son bureau pour se d�barrasser d'Elaine et l'emp�cher de lire, par-dessus son �paule, le mot gliss� dans l'enveloppe. Elle s'est immobilis�e d'un coup. Sur la carte est �crit :

" I�ll be watching you, Happy Birthday Ally Mac Beal"�



Elaine, Coretta et Raymond s'extasient sur les fleurs.

-" �a, il faut reconna�tre que Victor a g�t� Ally, " appr�cie Elaine.

Coretta hoche la t�te d�un air entendu, un dr�le de sourire aux l�vres.

Juste � cet instant, Victor sort de l�ascenseur, un bouquet � la main. Elaine tord le nez et comprend son erreur. Richard suit Victor du regard et siffle sarcastique :

-" Hou l�, lui, il arrive deuxi�me et avec un bouquet ridiculement petit. "



En entrant dans son bureau, Victor d�couvre Ally, songeuse, comme ber�ant cette �norme gerbe dans ses bras. Surprise, elle l�che le bouquet qui tombe par terre.

-" Hum, " grommelle Victor en le ramassant, " Qu'est ce que c'est ???"

Devant l'air �gar� d'Ally, il fronce la bouche et questionne : " Larry ???"

Elle approuve de la t�te.

Il lui tend son petit bouquet en ajoutant am�rement : " S�r, je ne peux pas lutter. "

-" Ne soit pas stupide, Victor ce n�est pas une question de taille."

-" Ah non, Ally ce n�est pas une question de taille. Mais que suis-je suppos� penser ? Peux-tu me dire ce qui se passe, vraiment ?"

-" Mais rien, " assure Ally, g�n�e, en frottant son sourcil.

-" RIEN ! Le grand Larry Paul est de retour et il ne se passe RIEN ! Oh, Ally, mais regardes-toi, regarde dans quel �tat tu es !" Il �l�ve la voix.

Ally reste les yeux baiss�s sur son bureau.

-" N'en fais pas un drame ! Il a pens� � mon anniversaire, c'est tout. Ce n'est rien." Elle murmure cela, sans en �tre certaine elle-m�me.

- " Quoi ? Comment peux-tu affirmer cela Ally. IL est entre nous, " crie-t-il en sa direction.

-" Ne crie pas !" supplie-t-elle en cachant son visage dans ses mains.

-" Je crie si je veux, Ally ! Je crie parce que tu es absente m�me quand tu es avec moi. Je crie parce que tu m'appelles par SON pr�nom. Je crie parce que tu es obs�d�e par SON souvenir et que tu continues de pr�tendre que �a ne te fait rien !"

Il tourne le dos et quitte la pi�ce sans m�me la regarder. Ally rel�ve la t�te, le voit franchir la porte et soupire, " Bon anniversaire ", alors qu'une larme coule sur sa joue.


Dehors, Victor se pr�cipite vers l�ascenseur et presse le bouton avec rage, Elaine d�sol�e, fait semblant de s�affairer. Coretta, qui a observ� la sc�ne, retourne dans son bureau, consulte son agenda et compose un num�ro de t�l�phone.


Rest�e seule, Ally constate le d�sastre. Parce que c�est son anniversaire, que son petit ami est en col�re et qu�elle se sent perdue.

Son p�re t�l�phone. Dans un sanglot, Ally lui raconte qu�elle devient vieille, qu'elle s'est disput�e avec Victor et que� que � Larry lui a envoy� un bouquet. �norme et magnifique.

-" Larry !!!" s��trangle son p�re, " hum, ma fille que dirais-tu de d�jeuner avec moi ?"


Ally et son p�re reviennent de d�jeuner. Il lui a redonn� le sourire.

-" Tu sais la vie apporte des surprises. Attends de voir ce qui va se passer. On croit que tout est fini, et puis� Tu verras bien. C�est long et compliqu� une vie. Il faut savoir �tre indulgent quelquefois. Je te fais confiance, ma fille. "

Il entoure Ally de ses bras et l�embrasse tendrement.


Richard la rejoint dans son bureau et siffle en admirant les fleurs.

-" Il ne s�est pas moqu� de toi, celui-l� !" appr�cie-t-il d'un air innocent et rus�.

Ally grogne et ne r�pond pas.

-" On compte sur toi ce soir, Ally. "

-" Je ne suis pas sure de venir, cette journ�e est un v�ritable fiasco, Richard. Je suis trop vieille pour faire la f�te. Et puis, Victor est en col�re. Et puis�, " ajoute-t-elle en pointant le bouquet avec son menton.

Richard devient s�rieux.

-" C'est Larry ??? Qu�est ce qui se passe, Ally ?"

-" Mais rien� Il s'est souvenu de mon anniversaire. Il m�a envoy� des fleurs, c'est tout. Je ne sais m�me pas ce que cela signifie. Il a pens� � moi, et alors ?" De ses doigts, elle repousse ses cheveux, " Ne t�inqui�te pas Richard, �a va aller."

Richard quitte le bureau, sceptique.



Le t�l�phone sonne, " Allo ?" Ally s'impatiente, " Allo ? Allo ???"

-" Bon anniversaire Ally Mac Beal. "

-" Larry !" g�mit-elle dans un souffle. Elle s'�touffe, tousse, totalement boulevers�e par cette voix qu�elle n�a pas entendue depuis un an. Cette voix qu�elle a r�v�e d�entendre si souvent, cette voix qu�elle a attendue et qui respire dans son oreille.

-" �a va ?" demande-t-il, doucement, comme il le faisait toujours.

-" Bien s�r, que �a va, " r�pond-elle en essayant de reprendre son calme.

-" Bien alors, " murmure-t-il.

Cette douceur la transperce et tout son corps se met � trembler. Elle se secoue pour refouler son �motion.

-" Merci pour les fleurs, elles sont vraiment tr�s belles� ...�a a �t� un vrai choc ! Si c'est ce que tu voulais, c'est r�ussi !" lance-t-elle, ironique, pour meubler le silence.

Il rit. Le rire de Larry, r�alise-t-elle, en s�accrochant � son combin�. Ils restent silencieux.

-" Je voulais simplement �tre s�r que tu allais bien, " ajoute-t-il avec la m�me tendresse.

Ally est intrigu�e par d��tranges bruits de fond, derri�re.

-" Bon. Je te souhaite plein de bonnes choses. " Encore un silence et toujours ces dr�les de bruits derri�re.

-" Oh� Je dois y aller maintenant. Au revoir, Ally. "

Il a raccroch� sans qu�elle ait pu rien ajouter. " Y aller ?" Aller o� ?



Au bar, la f�te est morose. Tout le monde est un peu m�lancolique et se force � para�tre gai. Seule Coretta garde un air enjou�, tout en surveillant discr�tement sa montre. Bien s�r, Elaine a chant�, seule puis en duo avec Raymond.

Ally s�ennuie et s�agite sur sa chaise. Encore une ann�e o� elle se sent d�prim�e et incertaine, assaillie de questions auxquelles elle ne sait pas r�pondre. Elle regrette tellement que Maddie ne soit pas aupr�s d'elle ce soir et que John n'ait pu rentrer � temps, retenu en dehors de Boston par une affaire. Et puis Victor n�a pas r�apparu depuis le matin.

Les �v�nements de cette journ�e ont �t� un tel choc : ces fleurs, ce mot et, tout � l'heure, sa voix au t�l�phone. Elle n'a pas hallucin� cette fois, Larry a, volontairement, tenu � marquer cette date. Pourquoi ? Elle ignore ce qu'elle doit conclure de cette pr�sence de Larry et du sens qu'elle doit lui donner. A-t-il simplement pens� � son anniversaire ou y a-t-il d'autres intentions derri�re tout cela. Elle ne sait plus o� elle en est, totalement d�sempar�e et angoiss�e. Elle pr�f�rerait se r�fugier chez elle.

Vonda est au piano, Ally l��coute distraitement. Tout d'un coup, elle sursaute, stup�faite, en reconnaissant les premi�res notes� de � �Chances ARE... Effar�e, elle se demande quelle id�e a pouss� Vonda � chanter cette chanson. Justement celle-l�, SA chanson, leur chanson ! Elle ne comprend plus rien. En entendant ces mots qu'il a �crits pour elle, elle ne peut s'emp�cher de revoir Larry, le visage de Larry, le regard de Larry, le sourire de Larry. Elle a baiss� la t�te dans ses cheveux, boulevers�e, au bord du malaise. Elle voudrait fuir.


Soudain, c'est comme si la terre s'ouvrait. Une autre voix a repris � la suite de Vonda: "I remember clearly how you look the night we meet..."


Toute la table s�est immobilis�e d�un coup en reconnaissant cette voix. Sur la sc�ne, ils d�couvrent LARRY qui s'est assis pr�s de Vonda, au piano et qui l'accompagne.

Elaine ouvre des yeux ronds de surprise, Nelle a cri� " oh, mon dieu " et Richard en a crach� son cocktail. Coretta baisse la t�te et sourit doucement. Ils se retournent, embarrass�s, vers Ally.

Elle s�est dress�e d�un bond quand elle a reconnu SA voix. Quasi effray�e, elle fixe presque douloureusement Larry qui chante. Elle s�est raidie, p�trifi�e, serrant ses bras contre son corps, comme si elle craignait de tomber. Elle presse d�sesp�r�ment ses l�vres pour contenir leur tremblement. Elle le fixe si intens�ment que sa vue se trouble et pourtant Larry est l�, devant elle qui chante avec Vonda. Elle a l'impression que ses jambes ne la portent plus, qu'elle ne peut plus respirer, que son c�ur va d�faillir.

Il chante ses yeux riv�s au piano, sans oser la regarder. Puis il l�ve un instant les yeux vers elle, l'aper�oit, revient au piano et n�en pouvant plus, se plonge dans le visage chavir� d�Ally, avec un air intimid� et grave. Derri�re, dans l�ombre, Victor d�couvre la sc�ne, ses yeux vont de l�un � l�autre, du regard t�tanis� d�Ally � celui �perdu de Larry. Il quitte le bar.

Vonda s'est tue, elle laisse Larry chanter, seul, les derni�res phrases :

"You�re the only one, I can't forget

Baby, you're the best I've ever met"

Il a mis toute son �me dans ces mots comme si sa vie enti�re en d�pendait.


La chanson finie, dans un silence total, Larry se dirige vers Ally et murmure :

-" Happy B irthday, Ally Mac Beal, " en baissant les yeux pour �viter son regard.

Elle n�a pas boug�.

-" Trois fois dans la m�me journ�e ! Vous vous r�p�tez, Monsieur Paul. Quel manque d�imagination !" laisse-t-elle tomber d�un ton cassant.

-" Non, quatre, " corrige Larry avec une moue, " mais ce matin, je n�ai pas os� te parler."

Droite et glaciale, Ally tourne le dos et sort du bar.




Dans la rue, Larry poursuit Ally et la rattrape par le bras, elle le repousse violemment. Il se recule " ok, ok" en levant les mains et les yeux au ciel.

Il n�a m�me pas le temps d'ouvrir la bouche qu�elle attaque, d�cha�n�e :

-" Alors comme cela tu es fier de toi, fier de ta petite surprise ? Tu comptes appara�tre en invit� d'honneur � tous mes anniversaires ???"

-" D�sol�, mais Sting n��tait pas libre ce soir, il t'envoie ses v�ux, " risposte-t-il, faussement na�f.

-" Ah, ah, tr�s dr�le !" lui r�plique-t-elle, en roulant des yeux. " Mais qu�est ce que tu fais ici, Larry, tu es simplement venu me chanter "Happy Birthday "? Quand repars-tu � D�troit ?"

Il incline la t�te de c�t�.

-" Je� je ne repars pas� je n�ai pris qu�un billet� aller� " avoue-t-il avec une moue, en relevant ses sourcils.

-" Quoi !" Ally est hors d�elle " Mais qu�est ce que tu imagines Larry ? Monsieur Paul dispara�t, ne donne aucune nouvelle et revient comme cela�"

Les bras crois�s, le menton relev�, un air moqueur au coin des yeux, Larry l'observe s�emporter. D�cid�ment elle n'a pas chang�, il l'a toujours trouv�e si mignonne quand elle est en col�re.

-"�mais le temps a pass�, j�ai tourn� la page, j'ai ma propre vie� je� sors m�me avec quelqu'un !" ajoute-t-elle en b�gayant d'�nervement.

-" Ah bon !" Larry enfile ses lunettes et regarde autour de lui, ironique, " O� est-il donc ? Tu me le pr�sentes ???"


Furieuse, elle se met � marcher, il la suit. Elle marche rapidement, Larry derri�re elle.

Elle s�arr�te d'un coup.

-" Tu �tais � l�a�roport cette apr�s-midi, quand tu m�as appel�e ?"

-" Ouais, " en penchant la t�te, content de lui.

-" Alors, tout �a : le bouquet, le coup de t�l�phone, ta petite chanson avec Vonda, c��tait un complot organis�. Avec Coretta sans doute." Elle s'exprime avec excitation, en agitant l�index.

Il fronce le nez et balance la t�te en riant, " Ch�re Coretta, elle m�a �t� si pr�cieuse, elle m�a� "

-" La tra�tresse, oui."

-" Ally, elle m�a tant aid�, je ne sais pas ce que je serais devenu sans elle. "

-" Une espionne, oui. Elle se disait mon amie. Alors qu�elle m�espionnait et te racontait tout. La tra�tresse."

La moquerie acide d�Ally est tomb�e et sa voix devient soudain triste.

-" Et moi je ne savais rien de toi. Je suis rest�e sans nouvelle tout ce temps Larry. Ce n�est pas � Coretta qu�il fallait t�adresser, c��tait � moi. Pas une seule fois, tu ne m�as appel�, pourquoi ?"

Il a baiss� la t�te, g�n� et regarde par terre.

-" Je ne pouvais pas. "

Ils sont arriv�s au pied des marches.

-" Alors, c'est ta nouvelle maison ?" Il examine la fa�ade. Elle fait oui de la t�te.

Il siffle entre ses dents : " Hum, hum, pas mal� "

-" Tu as disparu et puis plus rien. Tu m�a fait mal, Larry, tr�s mal. J�ai d� me battre pour m�en sortir. Tu vois, j'ai reconstruit quelque chose. Comme un nouveau d�part. Tu supposes que tu as le droit de tout d�ranger. Pourquoi es-tu revenu ?"

Elle a prononc� ces mots la voix pleine d'�motion, subitement tellement fragile. Il a relev� les yeux et la fixe par-dessus ses lunettes, avec s�rieux.

-" Pour toi."

Elle soupire longuement, monte les marches.

-" Je suis revenu pour toi, Ally, " r�p�te-t-il, plus fort, en enlevant ses lunettes.

Elle cherche ses clefs, son agitation est telle qu�elle a du mal � rentrer la clef dans la serrure.

Larry est rest� au bas des marches. Elle lui tourne le dos. Il prend une profonde respiration et d�clare presque solennellement, avec ce clignement de l'�il si caract�ristique de son �motion et de sa gravit� :

-" Je vous aime Ally Mac Beal� et cette fois je ne renoncerai pas. "

Ally s�est crisp�e sous la force qu'elle a per�ue dans sa voix. Elle ouvre la porte, rentre chez elle sans se retourner.

Larry reste devant la porte ferm�e, murmure " bon anniversaire" et s�en va.


*     *     *


Le lendemain Ally d�barque grognon au cabinet. Pour �viter les questions et commentaires, elle fonce droit vers son bureau sans remarquer Elaine qui lui fait des signes pour la pr�venir.


Avant qu�elle ait compris, elle entre et d�couvre Larry install� dans son fauteuil.

-" Belles fleurs, " appr�cie-t-il en d�signant son bouquet.

Ally reste sur le pas de la porte " Que fais-tu ici ?"

-" Nous avons � parler."

-" Je n'ai rien � te dire Larry, sors, " affirme-t-elle, d�une voix lasse en montrant le palier.

Le cabinet entier s�est arr�t� pour ne rien perdre du spectacle qui s�annonce...

-" Sors, va t�en, " r�p�te-t-elle, plus fort.

-" Je ne partirai pas, Ally. Je ne quitterai pas cette pi�ce sans que nous ayons parl�, ensemble, " insiste-t-il d'un ton d�termin�.

-" Bon, " rugit-elle, " et bien, c�est moi qui m'en vais, " et elle lui tourne le dos.

En deux enjamb�s, Larry l�a rejointe et lui saisit fermement le bras.

-" Noooon, tu ne pars pas, " et il la rejette s�chement � l�int�rieur.


Tous les employ�s assistent �bahis et all�ch�s � la sc�ne. Larry a ferm� la porte derri�re Ally, mais dans le m�me mouvement la r�ouvre et braque vers tous un doigt mena�ant :

-" Et vous, vous avez int�r�t � retourner travailler et � vous occuper de vos affaires ! Au boulot !"

Devant le regard allum� de Larry, chacun fait mine de revenir � ses occupations et sursaute quand il claque la porte avec fracas.


Il retourne s'installer bien � l'aise dans le fauteuil.

Ally est rest�e au milieu de la pi�ce, immobile, sid�r�e de la violence inattendue de Larry. Elle ne parvient qu'� bredouiller pointant un doigt vers lui :

-" Mais, c�est mon fauteuil ! "

Il se l�ve et, avec une r�v�rence, lui rend son si�ge " Madame. "

Elle s'est assise et l'observe. Hier, tellement sous le choc de sa r�apparition, elle n'a pas r�ellement fait attention � lui. Ce matin, c'est comme si elle le revoyait pour la premi�re fois.

Il marche de long en large, les poings enfonc�s dans ses poches, les manches de chemise retrouss�es sur ses bras, la cravate d�nou�e. Il marche, la t�te pench�e, le menton relev�, ses cheveux en bataille. Il est l�, si pr�sent, si semblable au souvenir qu'elle a de lui. Elle ne peut contr�ler le trouble que la pr�sence physique de Larry fait na�tre en elle. Elle per�oit des picotements lui venir sous la peau. Mon dieu, a-t-elle d�j� vu un homme plus s�duisant que Larry Paul. Un homme plus craquant que Larry Paul. La salive lui monte � la bouche. Un homme plus� plus� Un l�ger sourire na�t aux coins de ses l�vres. Tout d'un coup, elle se ressaisit et interrompt sa r�verie : "Non, non, Ally, reviens sur terre, cet homme t'a bris� le c�ur."

Elle reprend le contr�le de ses esprit et lance :

-" Alors de quoi parlons nous Larry, d�un homme qui quitte une femme parce qu�un serveur s�est tromp� de g�teau !!! D�un homme, qui croit tellement en son amour qu�il le brise pour une stupide m�prise !!!" Larry s�est arr�t� de marcher, �tonn�. Il d�couvre qu'Ally conna�t la v�rit�.

-" Comment sais-tu cela ?"

-" Je le sais, mais ce n�est pas toi qui me l�as appris. Il m�a fallu un an pour savoir la v�rit� et ce n�est pas toi qui me l�as dite. Que penser d�un homme qui veut vous demander en mariage un jour et vous quitte le lendemain � cause de soi-disant mauvais pr�sages !" ajoute-t-elle levant les yeux au ciel, moqueuse, son index ponctuant chacun de ses mots.

-" Ooh, ooh Ally, " r�plique Larry en se pla�ant devant le bureau, " n'oublie pas que c'est TOI qui as rompu la premi�re �"

-" Et toi, tu n'as rien trouv� de mieux que de partir�," coupe Ally, exc�d�e, "� fuir. Tu aurais pu t'expliquer, non ?"

Larry tape sur le bureau de sa main, " M'aurais-tu compris ? Non ! Tu pr�f�rais me couvrir de glace et de cr�me, parce que je mangeais avec Helena !!! C'�tait plus facile de rompre, plut�t que de m'�couter, n'est-ce pas ?"

Elle s'est lev�e. Ils se font face de chaque c�t� du bureau, dress�s l'un contre l'autre.

-" Mais je ne savais rien de tout cela, si tu m'avais racont� la v�rit�..."

-" Etais-tu pr�te � m'entendre ?"

-" Tu n'as m�me pas essay� !"

-" C'est faux, mais c'�tait trop tard, je n'y croyais plus. "

Le ton est rapidement mont� entre eux et ils crient de plus en plus fort.


Richard sort de l'ascenseur et s'arr�te, surpris de ces �clats de voix. Du menton, il interroge Elaine, qui grimace, " Ally et Larry " en d�signant le bureau. Richard hoche la t�te : " Pr�venez-moi au premier coup de feu�"


-" � mon avis, Larry tes projets n'�taient pas tr�s s�rieux pour que tu y renonces si facilement � cause d'un serveur ou de mauvais pressentiments."

-" Arr�te avec �a ! Tu sais tr�s bien que ce n'est pas cette histoire de g�teau qui a tout g�ch�. C'est le fait que tu ne me fasses pas confiance. C'est qu'il suffisait que tu me surprennes avec Helena pour tout remettre en cause. Au lieu d'essayer de comprendre, tu m'as jet� �" Il s'est remis � marcher.

-" Tu oublies votre petit jeu avec la cr�me fra�che ! J'�tais suppos�e trouver cela tr�s dr�le, sans doute !" Il hausse les �paules, " pfuitt, " et continue sans m�me relever. " Je ne ma�trisais plus rien. J'avais le sentiment de tout rater : ma demande, ce d�jeuner. J'ai vu cela comme un signe de ma propre nullit�, c'�tait peut-�tre stupide, je l'admets. J'avais �chou� � te faire croire en notre amour, je me suis senti incapable de r�ussir notre relation malgr� l'amour que je te portais."

-" Si tu m'avais tellement aim�, tu aurais essay� de t'expliquer. Au lieu de cela, tu es venu, ici, �num�rer tes �checs et tes angoisses. En tout cas, tu t'es bien mal d�fendu."

-" Je n'�tais plus moi-m�me. J'ai �t� pris dans un engrenage, Ally, tout s'effondrait. J'ai pens� que je ne pouvais pas m'engager avec quelqu'un qui avait si peu confiance en moi. C'est cela qui m'a fait reculer et perdre toute assurance. Je me suis mis � douter de tout, de moi en premier. "

Elle s'est assise, touch�e par ces derni�res paroles.

-" Tu ne m'as m�me pas dit au revoir !"

Il soupire tout bas : " Je te l'ai �crit."

� ces mots, la col�re d'Ally est tomb�e. Elle mord ses l�vres et avoue, confuse : " Je n'ai jamais lu cette lettre�"

Il a fronc� les yeux, s'est assis lentement " Tu ne l'as pas lu ?"

-" Non, je savais ce qu'elle signifiait, je n'ai pas eu le courage."

Ils se taisent, plong�s dans ce souvenir si douloureux pour l'un et pour l'autre : ces mots qu'il a �crits dans un �tat second, qu'elle n'a pas voulu lire et qui scellaient leur rupture.

Il passe sa main dans ses cheveux, incline la t�te.

-" OUI, j'ai eu peur. Oui, je suis parti. C'est vrai. Je ne contr�lais plus rien, tout m'�chappait. Je voulais te demander en mariage et �a ratait, je voulais que tu me fasses confiance et j'�chouais. Comme si tout ce que je touchais, je le d�truisais. Je me sentais si mis�rable, j'�tais d�pass�... Je voyais tout en noir�."

Il s'arr�te, s'appuie contre le dossier du fauteuil pour reprendre son souffle, la d�visage.

-" Comment voulais-tu que j'ai confiance en l'avenir ? Tu �tais tellement intransigeante, Ally. J'ai pens� que tu n'accepterais jamais mon pass�, que tu aurais toujours peur. Je ne voulais pas passer ma vie � justifier ce pass� et � devoir te convaincre de ma sinc�rit�. J'�tais fatigu� d'avoir � te rassurer encore et encore. Je n'ai pas support� l'id�e que tu ne crois pas en moi. C'�tait cela mon pire �chec. Si j'ai tant dout� de moi, c'est aussi parce que TU doutais de moi.... "

Il conclut d'une voix voil�e :

-" Ne crois-tu pas que tu as, aussi, ta part dans tout cela, Ally ?"

Ally est frapp�e par l'honn�tet� et la sinc�rit� dont il vient de faire preuve. La franchise avec laquelle il s'est livr� � elle la met mal � l'aise. Elle tourne une m�che de cheveux entre ses doigts.

Lui se sent compl�tement �puis�, vid�. Il se tait, enl�ve ses lunettes et les essuie soigneusement avec sa cravate. Combien de fois l'a-t-elle revu faire ce geste dans ses r�ves? Elle ne peut s'emp�cher d'�tre attendrie de retrouver cette manie qu'elle conna�t si bien.

-" Tu as peut-�tre raison Larry, nous n'avons pas su nous faire confiance, mais, c'est du pass�. Je ne veux plus revenir sur le pass�. Je veux penser � l'avenir."

-" Moi aussi, c'est pour cela que je suis l�."

-" Larry ne revenons pas l�-dessus. Sais-tu ce que �a m'a fait de te voir hier ? Pourquoi r�ouvrir ces blessures. Ton d�part m'a d�truite. J'ai mis des mois � m'en consoler, � m'en remettre. Et tu d�barques en me disant que tu m'aimes. Mais Larry, comment crois-tu que ce soit si simple ? Qu'est ce qui te fait croire que je veuille encore de toi ? Tu es l� comme si rien ne s'�tait pass�."

-" C'est faux ! Je suis le premier � savoir ce qui s'est pass�. J'ai mes torts, je les connais. Pardonnes-moi d'�tre parti comme je l'ai fait. Je suis sinc�re Ally. Pardonnes-moi."

Il a baiss� les yeux, se frotte le front avec sa main.

Elle a du mal � respirer. Elle voudrait lui dire qu'elle lui pardonne, mais elle n'y parvient pas. Elle reste fig�e derri�re son bureau.

-" Et en un an, il ne t'est jamais venu � l'id�e d'appeler, de donner signe de vie. Un an Larry, je suis rest�e un an sans nouvelles de toi !"

-" Oh si, combien de fois, j'ai fait ton num�ro, combien de lettres, je t'ai �crite. Mais je n'ai pas os� j'avais honte sans doute et� peur de ta r�action apr�s le chagrin que je t'avais caus� �" Il hausse un sourcil. " Toi non plus d'ailleurs tu n'as rien tent�, toi non plus tu n'as pas cherch� � me joindre� tu vois� "

-" Moi aussi� combien de fois, il m'est arriv�e d'attendre devant mon t�l�phone�, " admet-elle songeuse, "� mais tu m'avais quitt�e. Je ne me sentais pas la force de t'affronter. "

Elle ressent de la fatigue, se tait un moment en fixant ses mains pos�es sur le bureau, prend sa respiration et s'adresse � lui, calmement :

-" Pourquoi reviens-tu tout d'un coup ? Hier soir tu m'as dit que tu revenais pour moi, que tu m'aimais. Mais MOI ? Te demandes-tu ce que je ressens ? J'ai tellement souffert Larry. Je ne veux plus souffrir. Je crois qu'il est trop tard pour nous. Laisse-moi tranquille."

-" Tu veux �tre TRANQUILLE ? Mais Ally �a n'a pas de sens !"

-" Que si. Il a bien fallu que je m'en sorte. Ma vie a chang�. J'ai chang�. Je ne veux pas tout remettre en cause parce que tu ressurgis comme cela. Depuis que Maddie est l� tout est diff�rent. J'ai quelqu'un dont j'ai � prendre soin maintenant."

Elle s'arr�te une seconde, " Tu te souviens, un jour tu m'as dit que, lorsque j'aurais un enfant, je serais sid�r�e par ma capacit� de l'aimer. J'y ai souvent repens�. Comme tu avais raison. "

Il hausse les sourcils.

-" Alors comme cela tu te souviens de ce que je t'ai dit ?" insinue-t-il, ironique.

-" Oh, je t'en prie� " Elle poursuit. " Je connais cela maintenant. Maddie a besoin de moi et moi d'elle. Elle est ma seule priorit�."

-" O� est-elle ?" demande-t-il avec int�r�t.

-" Avec sa tante, pour quelque temps, elle reviendra pour les vacances. J'ai besoin de calme et d'�quilibre pour elle. Ma vie maintenant, c'est elle." Elle s'arr�te et puis l�che :

-" Tu ne fais plus partie de ma vie, de cette vie-l�, Larry. C'est trop tard. "

Les �paules de Larry se sont affaiss�es, comme s'il entendait sa condamnation. Il cache sa bouche dans sa main et ferme les yeux. Il se refuse d'admettre ce que vient d'affirmer Ally.


Dehors, Coretta vient aux nouvelles et demande � Elaine :

-" Encore l� tous les deux ? �a semble s'�tre calm�."

Elaine fait un signe de la t�te en direction de la porte et juste � ce moment, les �clats de voix reprennent. Elaine et Coretta l�vent les yeux et tendent l'oreille discr�tement.


-" Allons, Ally, c'est stupide ! Il n'est pas question de retirer quoi que ce soit � Maddie ! Elle est ta fille, personne ne veut rivaliser avec elle. Mais ta vie, ce n'est pas uniquement cela. Je te parle de toi, de ce qu'il y a dans ton c�ur. Peux-tu m'affirmer que tu ne m'aimes plus." Elle ne r�pond rien, incapable de parler.

-" Tu vois !!! Tu m'accuses de fuir. Mais toi aussi, tu fuis tes sentiments. Tu te caches derri�re des pr�textes pour ne pas reconna�tre que tu m'aimes encore."

L'insistance de Larry exasp�re Ally.

-" Monsieur se croit irr�sistible, sans doute ! Tu crois qu'une femme ne peut cesser de t'aimer ! Quel sale pr�tentieux !"

-" C'est faux. Je te parle de TOI et de NOUS !" Le ton est de nouveau mont� entre eux. " Tu vois, tu ne veux pas r�pondre."

-" Larry ce que tu fais n'est pas correct. De quel droit veux-tu me pousser � bout, veux-tu m'obliger � dire ce que TU veux entendre !"

Elle se sent pi�g�e par la lucidit� de Larry. Cette mani�re qu'il a de, toujours, si bien la deviner et la conna�tre. Elle repousse ses cheveux, r�fl�chit un instant, passe sa langue sur ses l�vres.

-" Je t'ai tant aim� et peut-�tre m�me que je t'aime encore. OK, c'est cela que tu veux savoir. Mais je ne suis pas sure que ce soit ce que je veux dans ma vie, maintenant."

-" Quoi !!!"

-" J'ai trop souffert, quand tu es parti, j'ai �t� bris�e, tu entends, bris�e. J'ai retrouv� une paix. J'ai b�ti quelque chose de diff�rent, mais qui me satisfait. J'ai Maddie, j'ai m�me� quelqu'un qui� m'apporte� quelque chose. "

Il a pliss� les yeux en devinant son h�sitation.

-" Parlons-en ! C'est qui pour toi, ce type ? Ton petit ami ? Vous couchez ensemble ?" Il l'�pie du coin de l'�il.

-" Mais� mais ! " Elle est scandalis�e. " Ce n'est pas ton affaire. Qui te crois-tu pour me poser ces questions ?"

-" Pourquoi ? C'est si difficile � r�pondre ?" Il a relev� le menton, guette sa r�action, et attend sa r�ponse. Elle d�teste cette fa�on qu'il a de la pousser dans ses retranchements et cette mani�re p�n�trante de la regarder qui la d�stabilise. Ce n'est plus Larry qu'elle a devant elle, mais Larry Paul, l'avocat si habile � faire craquer les t�moins quand il les interroge. Elle ressent ce qu'ils doivent �prouver face � lui, si s�r de son talent � amener les gens exactement o� il le veut.

Elle s'�claircit la gorge, gratte son sourcil et lance d'une voix qu'elle voudrait calme :

-" D'accord ! Ce n'est peut-�tre pas l'amour de ma vie. Mais parlons en du GRAND AMOUR ! Billy, Dieu ait son �me, en avait �pous� une autre et sa mort m'a laiss� inconsolable. Quant � toi, tu as fui en me brisant le c�ur. Le grand amour m'a d�truite et ne m'a laiss� que du malheur. Victor a �t� l� quand j'en avais besoin. J'ai rencontr� un homme solide qui m'aide et me soutient. Il m'a apport� un peu de paix et de r�confort. Ce n'est pas rien. Je ne sais pas comment j'y serais arriv�e sans lui. Il est rassurant, il est gentil... "

-" Il est GENTIL !!! Super ! Je n'en crois pas mes oreilles, Ally. Tu es avec un homme parce qu'il est GENTIL !!!" Il secoue la t�te de droite � gauche et roule des yeux effar�s.

-" Je ne veux plus d'un amour qui me fasse souffrir. Cette relation me satisfait ! C'est peut-�tre cela dont j'ai besoin, une relation stable et s�re, bas�e sur autre chose que la passion."

En disant cela, elle se demande si elle est tout � fait sinc�re ou si son but n'est pas simplement de le choquer, de le heurter. Comme dans un duel o� tous les coups seraient permis.

Les explications d'Ally le rendent furieux.

-" Mais qu'est ce que c'est que ces �neries ! Tu m'accuses d'�tre l�che, Ally, mais regardes-toi ! Tu as tellement peur de t'impliquer que tu te r�fugies dans ton petit confort !" Dans son exasp�ration, il s'est lev� et frappe du poing sur la table en martelant ses mots. " Tu te moques de moi ! Tu vas passer ta vie avec ce type parce qu'il est GENTIL !!!"

Ally est entra�n�e dans cette col�re et lui r�pond sur le m�me ton, en tapant elle aussi sur son bureau :

-" Et qui te dit que je vais passer ma vie avec lui ? Qui te parle de vivre avec lui ? Il n'est pas question de cela ! Il y a autre chose dans l'existence que de tout attendre d'un homme. J'ai d�pass� ce stade, maintenant. "

Larry a sursaut�.

-" Oh, mon dieu ! �a, c'est le meilleur !" Il prend sa t�te entre ses mains et crie de plus en plus fort. " Tu me la joues "femme seule et fi�re de l'�tre" maintenant ! Epargnes-moi ces clich�s de magazines, s'il te plait ! Alors tu crois vraiment que tu peux passer ta vie sans amour !!! Non, mais c'est du d�lire. Je ne te reconnais plus, Ally Mac Beal !"

-" J'ai �volu�, j'ai m�ri Larry. J'ai l'amour de ma fille maintenant. Tout ne tourne pas autour de vous messieurs !" Elle se sent perdue, incapable de savoir si elle pense vraiment ce qu'elle dit, comme si elle affirmait tout cela pour se d�barrasser de la pression qu'il met sur elle, pour �chapper � cette sc�ne entre eux. Il est face � elle, de l'autre c�t� du bureau, tendu, sa main soulignant chacun de ses mots.

-" Aaaaah ! C'est cela que tu appelles m�rir ! Vivre seule, �lever seule ta fille, est-ce la vie que tu souhaites pour Maddie, pour toi ? Qui cherches-tu � tromper avec ce discours d�bile ? Je ne crois pas un mot de toutes ces conneries !"

Elle est au bord des larmes, submerg�e par l'agressivit� de Larry et par son propre d�sarroi. Elle n'est pas certaine que ses larmes proviennent uniquement de la col�re de Larry mais, aussi, sans doute de la totale confusion dans laquelle elle est plong�e.

-" C'est d�geulasse ce que tu fais !" Elle se sent craquer. " Tu n'as pas le droit de me parler comme �a, tu vas trop loin. Tu es cruel�, " sa voix se brise, "� je te d�teste."

Elle fait pivoter son fauteuil vers la fen�tre pour ne pas qu'il aper�oive qu'elle est sur le point de pleurer. Il s'est arr�t� d'un coup, furieux contre lui, conscient de s'�tre laiss� emporter et d'avoir d�pass� les bornes. Il enl�ve ses lunettes, les jette en travers du bureau, jure, " mais quel con !" et reconna�t : " Je suis d�sol�, je n'aurai pas d�."

Il fait le tour du bureau et vient devant elle, appuie ses mains sur les accoudoirs du fauteuil et r�p�te : " J'ai eu tort de te parler comme cela Ally, je le regrette."

Il surprend une larme qui coule sur sa joue et s'en veut de l'avoir bless�e.

� cet instant, elle r�alise qu'ils sont revenus exactement dans la m�me position que le soir o� Larry l'a embrass� pour la premi�re fois apr�s le proc�s de Kimmy. Ils ont retrouv� la m�me attitude que lors de leur premier baiser : elle dans le fauteuil, lui pench� vers elle.

Lui ne voit que ses larmes et du bout de son doigt effleure la main d'Ally pour se faire pardonner. " Je suis d�sol�, Ally."

Il caresse de nouveau sa main, laisse tomber sa t�te et se rel�ve.

Elle essuie ses larmes discr�tement d'un revers de main.

Il s'est plant� face � la fen�tre, lui tournant le dos.

-" Pourquoi nous d�chirons-nous ? C'est stupide. Pardonnes-moi de te faire du mal, tu es pourtant la derni�re que je voudrais faire souffrir."

Il reste silencieux un moment � regarder dehors.

-" Ally, tu crois que je n�ai pas souffert, moi aussi ? J'avais perdu la femme de ma vie, vu s�effondrer tous mes projets et tu crois que je n�ai pas souffert ! Si je n'avais pas eu Sam � m'occuper, je serais devenu fou ! Cette ann�e a �t� un enfer, tu entends, un enfer. C'est pour cela que je suis revenu, parce que je n'en pouvais plus, parce que j'en aurai crev�."

Sa voix s'est cass�e, rauque d'�motion. Elle voit son dos qui s'affaisse.

Ils sont l� tous les deux, comme deux boxeurs apr�s le combat. D�pouill�s de leurs cuirasses, de leur orgueil, sans d�fenses, � �galit� dans leur d�tresse, r�unis dans la m�me sinc�rit�, le m�me abandon, au plus vrai d'eux-m�mes.

Elle a envie de lui montrer qu'elle a compris, qu'elle partage, qu'elle pardonne. Elle a envie de faire la paix, enfin.

Elle se l�ve, fait un pas vers lui et pose sa main sur son �paule. Ils restent un instant comme cela, puis il laisse aller sa joue sur sa main. Elle retire doucement sa main. Ils sont face � face pr�s de la fen�tre et se d�visagent, �mus. Muets.

C'est Larry qui brise ce silence :

-" Au fait, j�ai eu Sam au t�l�phone, il te dit bonjour."

Ally sourit, " Comment va-t-il ?" soulag�e d'avoir un autre sujet de conversation.

-" Oh, il va bien. C'est un gar�on merveilleux. Il a beaucoup grandi. Nous avons v�cu la plupart du temps ensemble. Nous avons fait beaucoup de choses tous deux, c'�tait bien d'�tre simplement un p�re avec son fils. "

-" Tant mieux. Tu ne vas pas lui manquer ?" s'inqui�te-t-elle.

-" Il a bien compris. On en a parl� tous les deux, il m'a m�me pouss� � venir ! Peux-�tre va-t-il s'installer avec moi. Sa m�re et moi sommes d'accord pour partager la garde, " ajoute Larry, joyeux.

-" Je suis contente pour toi, et �. Jamie ?" glisse-t-elle curieuse.

Larry sourit. " Elle va bien. Figures-toi qu'elle sort avec un type sympa. Elle semble heureuse, enfin !"

Ally penche la t�te, s'arr�te et l'interroge, un doigt pos� sur sa l�vre :" Et toi� �� D�troit, tu� ???"

Il a compris le sens de la question et fronce le nez, amus�.

- " Non. Tu sais, j'avais Sam � m'occuper, des affaires � r�gler. Et puis je n'avais pas la t�te � cela. J'�tais tellement mal, j'avais un tel sentiment de g�chis et cette blessure de t'avoir perdu�"

Il h�site, grimace.

-" Pour �tre franc, j'ai essay� une fois. Une vraie catastrophe. J'ai pass� la soir�e � me demander ce que je faisais l�, avec la sensation de me regarder moi-m�me avec cette fille. C'�tait affreux ! Pauvre fille ! Je l'ai plant� devant chez elle, j'�tais tellement soulag� que ce soit fini !"

Elle plaisante, " Quel goujat ! La pauvre !" Ils en rient doucement tous les deux.

Ils sont pr�s de la fen�tre, la tension est tomb�e et elle lui raconte les �v�nements de cette ann�e : l'histoire de Maddie, les aveux de John et tout ce qui s'est pass� au cabinet. Il l'�coute attentivement, appuy� contre la vitre, les bras repli�s sur sa poitrine.

Elle a fini de parler. Ils sont face � face, d�tendus, tellement proches l�un de l�autre. Tout d'un coup, ils prennent conscience de cette proximit� et s'en trouvent embarrass�s. Il a remarqu� le trouble qui les gagne et r�siste contre l'envie de franchir cet espace entre eux. Il suffirait d'un rien, la tentation est si grande Elle a plong� ses yeux dans les siens. Elle sent ses genoux fl�chir, son c�ur s'affoler. Ils ont presque peur de leur �motion, du vertige qui les saisit. Elle baisse les yeux et tourne son regard vers la fen�tre. Il l'�pie un instant puis se hausse sur la pointe des pieds, pose un baiser sur son� front� et s'�loigne d'elle. Ils baissent la t�te, complices. Ils ont repris leurs esprits, retrouv� une attitude presque normale.

-" Tu as sans doute du travail, je vais te laisser." Il enfile sa veste.

-" Oui je vais travailler, " r�pond-elle alors qu'il traverse le bureau. Elle demande : "Tu comptes vraiment t'installer ici ? "

-" Oui. Je vais chercher un endroit o� poser ma plaque. Tu sais celle o� est �crit "Avocat ", ajoute-t-il, blagueur.

-" Bien s�r� je me rappelle." Elle ricane. " O� habites-tu � Boston ?"

Larry a relev� un �il, h�site un peu et l�che dans une grimace : " Je suis� chez� Helena�"

Elle rugit, stup�faite et contrari�e : " Chez Helena ! Mais que fais-tu chez elle ?"

Il ne peut s'emp�cher de profiter de sa r�action pour souligner, narquois :

-" Pourquoi ? �a te d�range ? Mais, ma ch�re, je pensais que tu t'en fichais� "

Elle a attrap� un crayon dans le pot devant elle et le lance en travers de la pi�ce. Il l'esquive en se prot�geant le visage de son bras et pr�cise, moqueur : " Mais dans la chambre d'amis, Ally, dans la chambre d'amis�"

De la main, elle lui fait signe de partir : " Vas-t-en, vas-t-en. " Il sort, souriant � demi.

Elle s'asseoit, prend son visage dans ses mains et s'effondre sur le bureau, �puis�e.




Elle est arriv�e sur le chantier o� travaille Victor.

-" Bonjour, " bredouille-t-elle, g�n�e.

Il continue de travailler, sans se retourner vers elle. Elle tousse, s'�claircit la voix.

-" Victor ! Je suis l�."

-" Salut, " r�pond-il d'une voix neutre, absorb� dans sa t�che.

-" Victor, �Larry�Larry est � Boston."

-" Je sais. "

-" Tu sais ? Comment le sais-tu ?"

-" Je vous ai vu." Ally a baiss� la t�te, confuse. " Hier soir, je suis pass� au bar et je l'ai vu. Pas difficile de savoir que c'�tait lui. Il suffisait de voir ta t�te." Il s'arr�te, pose ses outils. " Il chante bien ce type."

Elle s'est plant�e au milieu de la pi�ce sans savoir quoi dire � Victor.

-" J'imagine qu'il n'a pas fait tout �a simplement pour une petite chanson, non ?" demande-t-il, tout en se frottant les mains sur son pantalon et en se tournant enfin vers elle.

-" Je ne savais pas qu'il allait venir, tu sais, " r�pond-elle, embarrass�e.

-" Alors ?"

-" Je suis venu pour discuter avec toi."

-" Discuter�???" Il fait la moue. " � mon avis, la question n'est pas de savoir ce que tu vas faire, Ally, mais� quand tu vas le faire� "

Elle est choqu�e, comme s'il lui lan�ait au visage une v�rit� qu'elle s'interdit d'envisager.

-" C'est tout ce que tu as � dire, Victor !"

-" Quoi ? Tu n'imagines pas que je vais aller lui casser la figure, tout de m�me !" plaisante-t-il, un peu acide.

-" Ce n'est pas dr�le. Pourquoi supposes-tu que je vais revenir avec Larry, comme cela !"

Il la d�visage, sceptique.

-" Mais parce que tu l'aimes, Ally ! Je t'ai vue hier soir. J'ai vu comme tu le regardais."

-" Et alors ? J'�tais surprise, c'est tout, " essaye-t-elle d'expliquer, maladroitement.

-" Ooooh, soit sinc�re Ally. M'as-tu regard� un quart de seconde, avec les yeux que tu avais pour lui ? J'avais esp�r� que tu arriverais � l'oublier, visiblement je n'ai pas r�ussi� Il suffit de vous voir tous les deux pour comprendre�"

Elle lui coupe la parole, �nerv�e :

-" Comprendre quoi ?"

- " Tu te moques de moi, Ally ? Ce qu'il y a entre cet homme et toi est tellement �vident."

Le calme de Victor l'�tonne et l'exasp�re.

-" Mais cet homme m'a laiss�, cet homme m'a fait souffrir. Et nous alors ? �a ne compte pas plus que �a pour toi ? Toi, tu as �t� l�, tu m'as aid�e, entour�e, soutenue. Tu m'as apport�e de la paix, de la tendresse. Victor, c'est tr�s important pour moi. Je croyais que �a l'�tait pour toi aussi� "

Il hausse les �paules.

-" �a l'est Ally. C'est vrai, nous avons eu de bons moments tous les deux�"

Elle l'interrompt, choqu�e : " Quoi ? J'ai bien entendu ! Tu r�duis notre relation � des " bons moments " !!!

C'est tout ce que cela a �t� pour toi !"

Il lui fait face, en essayant de contenir son exasp�ration.

-" Mais dis donc, n'oublies pas que c'est toujours toi qui a frein� les choses entre nous� C'est toi qui ne voulais pas aller plus loin. " Il s'arr�te un moment et poursuit :

-" Tu veux vraiment savoir ce que je ressens ? D'accord. Je suis FATIGU� de Larry Paul, FATIGU� de l'avoir toujours eu entre nous ! J'en ai marre de ce type. Compris. Alors, tu vois, je suis presque soulag� qu'il soit l�, qu'il soit bien l�. Tu vas enfin �tre oblig�e de savoir ce que TU veux, maintenant !"

Elle ouvre la bouche, se dandine d'un pied sur l'autre.

-" Ce qui signifie ?" insiste-t-elle, exasp�r�e.

- " � ton avis ?" Il la regarde un instant et se remet � travailler.

Elle est d�sorient�e par son attitude, l'observe, plong� dans son travail, s'impatiente.

-" Je ne comprends pas ta r�action, Victor. Comment peux-tu �tre si calme, si d�tach�. On dirait que �a ne te fait rien. "

Il a l�ch� son outil, s'avance devant elle, les mains sur les hanches

-" Ah NON ! Ne renverses pas les r�les. TU es celle qui est amoureuse d'un autre. "

-" Je ne suis pas amouureeuu� " Elle ne parvient pas � terminer sa phrase, sa voix s'est �teinte quand elle a prononc� ces mots, elle se mord les l�vres, honteuse et triste.

Il l'examine de la t�te aux pieds et laisse tomber :

-" Tu es pitoyable, ma pauvre� " tout en reprenant son travail.

La bouche d'Ally tremble, elle passe sa main sur son front, reste un instant � regarder Victor qui lui tourne le dos et d�sol�e, s'en va.


*     *     *


Le lendemain matin, Elaine frappe � la porte d�Ally, embarrass�e :

-" Ally, il y a une lettre pour vous."

Ally pousse un cri : " Quoi, Larry a d�pos� une lettre !!!"

-" Mais non pas Larry, Victor, " pr�cise Elaine avec un petit air m�lancolique, " vous voulez la lire, cette fois ?"

-" Victor�, " r�p�te Ally, soudain mal � l�aise, " oui, donnez -la-moi. "

Elle prend la lettre, la tourne dans ses mains pendant qu�Elaine sort, rejette la t�te en arri�re, soupire, l�ouvre et la lit.



Ally a besoin de se confier � celui qui demeure son v�ritable ami. Elle frappe � la porte du bureau de John : "

Toc, toc, je peux te parler ?"

Sans m�me attendre sa r�ponse, elle s'assied, face � lui, triste.

-" Il m�a envoy� une lettre."

-" Larry ???"

Elle hausse les �paules, " Non, Victor. "

-" Aah, " fait-il ennuy�. Il pose ses coudes sur son bureau, les mains jointes sous son nez.

-" Il dit que quand il nous a vu, Larry et moi, il a compris ce qui se passait entre nous. Il dit qu�il ne peut pas lutter� contre�"

Elle a du mal � s'exprimer, sa gorge est s�che.

-" Quel homme perspicace, " soupire John, pensif. " Nous savions tous que nous ne pouvions pas lutter�"

En l'entendant prononcer ce " nous " Ally r�alise que John parle aussi pour lui. Elle se sent d�sol�e de faire souffrir ces hommes qui l�aiment sinc�rement.

-"�nous savions tous, Ally, que nous n�avions aucune chance contre lui. Aucun d�entre nous. Tous les hommes qui se sont approch�s de toi savaient� qu�il lui suffirait de revenir� " John grimace, hoche la t�te, se tait et ajoute avec amertume :

-" D�ailleurs Larry Paul gagne toujours, n'est ce pas ? Au tribunal, �avec toi. " Il soupire. Ally, �mue par cette derni�re phrase, ne sait comment r�pondre � la peine de John.

-" Mais, je n'ai jamais voulu vous blesser, ni Victor, �ni� toi, " assure-t-elle la voix voil�e. Elle lui sourit timidement. " John, tout est tellement embrouill�. J'avais l'impression que c'�tait du pass�, que j'avais reconstruit ma vie. Que va-t-il se passer maintenant ?"

Il fronce les sourcils. " Que va-t-il se passer ??? Ally� soit honn�te ! Il est revenu. N�est-ce pas ce que tu as esp�r� depuis un an, m�me sans le reconna�tre. "

-" C'est toi qui me dit cela ?"

-" Justement, tu connais mes sentiments. Penses � ce que tu as toujours souhait� : trouver un homme qui t'aime. Quels que soient ses torts, et ils sont nombreux, Larry t'aime. Il a eu le courage de revenir. Cela n'a-t-il aucun sens pour toi ?

Ally, agac�e, s'agite sur sa chaise.

-" Tu parles comme Victor. �a me rend folle, on dirait que vous voulez tous me ramener vers lui."

-" Mais parce que ceux qui t'aiment savent� " John sourit � demi, taquin " Si tu es si certaine de ne plus vouloir de lui, pourquoi es-tu tellement en col�re, hein ?"

- "Oh, �a, j'en suis sure. C'est fini, fini�" Elle a pris une voix assur�e, mais John n'est pas un instant dupe. " Il s�en va, il revient, il remet en cause tout ce que j�ai construit. Et psitt�, " elle claque des doigts, "� je devrais tomber dans ses bras ! Ce serait trop facile !"

John grogne et agite la main.

-" Aarrh, Ally� Ally� Mais non, ce ne doit pas �tre facile pour lui ! Allons, tu ne vas pas le rejeter pour le punir d'�tre parti ! Ce serait idiot. Tu l'aimes, n'est-ce pas ?"

La m�choire d'Ally fr�mit, elle avoue dans un souffle :

-" Oh, �a oui, je l'aime. Je sais que je n'aimerai jamais personne plus que Larry... "

John a pos� son menton sur ses mains crois�es et continue attentivement.

-" Je pense que s'il est revenu, c'est qu'il a r�fl�chi, c'est qu'il a compris que son amour pour toi �tait plus fort que tout. Plus fort que sa fiert� ou sa crainte d'�tre repouss�. C'est courageux de sa part, tu sais. "

-" Comment peux-tu le d�fendre, apr�s ce qu'il m'a fait ?" s'offusque-t-elle.

-" Bien s�r, je lui en ai voulu de t'avoir fait souffrir. Mais aujourd'hui, je le respecte d'avoir pris le risque de revenir et d'essayer. Tu ne trouves pas que tu devrais, toi aussi, mettre ta fiert� de c�t�. Il a souffert, comme toi. Ne penses-tu pas qu'il est temps de voir ce que vous pouvez faire ensemble plut�t que de souffrir chacun de votre c�t� ?"

Elle l'observe, d�contenanc�e. Il lui sourit gentiment.

-" Tu es un homme merveilleux, John, merveilleux, " conclut-elle en hochant la t�te.



Dans la soir�e

Larry a repos� le t�l�phone, il a l�air ennuy�. Il reste debout un instant, retire ses lunettes, commence � les nettoyer avec sa cravate, r�fl�chit, s�asseoit dans un fauteuil, et d�croche le t�l�phone qui sonne chez Ally, seule sur son canap� dans la p�nombre.

-" C�est moi� " un peu embarrass�, " j'ai appris pour� �a va ? "

-" Victor a rompu. Oh Larry, il m'a quitt�."

Elle se met � lui parler, m�me si sa voix tremble et qu'elle est au bord des larmes. Elle lui parle, � lui, parce qu�elle conna�t toute la disponibilit�, la compr�hension dont il a toujours �t� capable.

-" Tu sais, il a �t� si bon avec moi. Il a �t� l� quand j'avais besoin d'aide. Il a �t� pr�sent, il m'a soutenu dans les moments difficiles. Nous �tions bien ensemble. Et il pense que je n'ai plus besoin de lui, maintenant. " Larry se tait. Il sait qu�il doit la laisser se confier, qu�il n�a rien � dire. Il a repos� sa t�te contre le dossier du fauteuil, le regard immobile. Il l��coute, attentif, concern�. Il voudrait courir la retrouver, la prendre dans ses bras, la bercer simplement, mais il sait qu�il est le dernier � devoir le faire.

-" Larry, pourquoi tous les hommes me quittent-ils toujours ? Pourquoi ? Qu'est ce que je leur fais ? Pourquoi je ne peux jamais garder un homme ?"

Il voudrait lui r�pondre qu'il l'aime et qu'il ne la quittera pas. Que ce temps est fini.

-" Ne dis pas cela, Ally, ce n'est pas de ta faute. Les hommes ne sont pas tr�s malins, tu sais. Quelquefois, ils font des choses�, crois-moi. Mais tu n'es pas en cause. C'est la vie qui est compliqu�e."

La voix de Larry est douce, calme et pleine de r�confort. Comment fait cet homme pour toujours savoir comprendre et consoler ?

Avec une voix catastroph�e, elle ajoute :

-" Tu te rends compte, ils veulent tous que je retourne vers toi, c'est fou !"

Il ne peut s'emp�cher de sourire.

-" C'est �pouvantable en effet. Comment peuvent-ils avoir de si dr�les d'id�es� " d�plore-t-il, tout en se mordant les joues et en plissant les yeux, goguenard.

-" Larry� "

-" Oui, sweetheart. " Elle sourit faiblement, � la douceur de ce mot.

-" Merci de m�avoir �cout�."

-" �a va aller ?"

-" �a va aller."

-" Bonne nuit, baby."

Il raccroche, enl�ve ses lunettes et se frotte les yeux. Ally s�essuie les joues et ferme les yeux tristement.


*     *     *


Larry a volontairement laiss� passer les jours. Il veut donner du temps � Ally apr�s la temp�te de son retour. Il ne veut rien brusquer. Il a fait ce qu'il devait faire, dit ce qu'il devait dire. Il ne lui reste plus qu'� esp�rer qu'Ally comprenne. Il souhaite qu'elle en d�cide.

Il s'occupe de son installation � Boston.



Ally est sans nouvelle de Larry, mais ne s'inqui�te pas des jours qui passent comme si elle avait compris le sens de son silence.

Elle a besoin de se reprendre, de r�fl�chir � ce qui vient d'arriver, de retrouver un peu de paix. Elle sait gr� � Larry de lui laisser ce temps.

Elle s'absorbe dans son travail, plaide dans un proc�s, assure la bonne marche du Cabinet. Elle a appel� Maddie et lui a, longuement, parl� de Larry.

Elle est de nouveau seule, mais �trangement calme et sereine.

Elle sait qu'il est l�, � Boston. Elle sait qu'il l'aime et qu'il attend.

Elle sait que c'est � elle maintenant de d�cider.



Go to Part 3!



Author: Milene
E-mail: [email protected]
Disclaimer: Characters belong to DEK

1

Hosted by www.Geocities.ws