La brume revêt une signification très particulière pour moi. La brume,
c'est le mystère, l'impalpable. Quand j'étais petite et que le temps était
brumeux, j'allais dehors avec un bocal et je tentais d'y enfermer une parcelle
de ce nuage qui frôlait la terre. Combien de fois je suis allée pleurer sur
les genoux de ma mère parce que mon bocal était vide! Encore aujourd'hui, je
rêve de pouvoir tenir entre mes doigts une parcelle de nuage, un peu de brume.
Mais au-delà de mes rêves d'enfant, il y a dans la brume, quelque chose
d'insaisissable, d'intangible. La brume voile la vue, empêche de voir la
paysage avec clareté. Je ne peux m'empêcher de penser à cet ami, que je
compare volontiers à la brume. Cette comparaison le fait sourire. Je crois
qu'il s'est reconnu. Il y a une sorte de voile entre la personne qu'il affiche
être et celle qu'il est réellement, au fond de lui. Et c'est comme en auto,
lorsqu'on allume les phares pour y voir plus clair, la brume nous aveugle et
on perd la route complètement.
Je voudrais, avant de vous laisser, partager avec vous ces quelques mots de
Beaudelaire. Ils savent tellement bien traduire mon sentiment en sa présence,
que je les laisse parler pour moi.
Quelle triste journée. Après le feu d'hier soir et les grandes
discussions sur la vie et sur les hommes, je me sentais bien petite
aujourd'hui. La routine, le temps gris et les orages on pris la place du
soleil et des amis. Ce soir, il y a de la brume. L'humidité m'enveloppe et
fait friser mes cheveux. Mais la tristesse de la journée s'est envolée pour
laisser la place à une émotion qui navigue entre la mélancolie et l'ennui.
Dans son oeil,
ciel livide où germe l'ouragan,
La douleur qui fascine et le plaisir qui
tue."
Le 5 juin 1999 Le 8 juin 1999 Retour