Le 6 juin 1999
De la brume sur la ville

Quelle triste journée. Après le feu d'hier soir et les grandes discussions sur la vie et sur les hommes, je me sentais bien petite aujourd'hui. La routine, le temps gris et les orages on pris la place du soleil et des amis. Ce soir, il y a de la brume. L'humidité m'enveloppe et fait friser mes cheveux. Mais la tristesse de la journée s'est envolée pour laisser la place à une émotion qui navigue entre la mélancolie et l'ennui.

La brume revêt une signification très particulière pour moi. La brume, c'est le mystère, l'impalpable. Quand j'étais petite et que le temps était brumeux, j'allais dehors avec un bocal et je tentais d'y enfermer une parcelle de ce nuage qui frôlait la terre. Combien de fois je suis allée pleurer sur les genoux de ma mère parce que mon bocal était vide! Encore aujourd'hui, je rêve de pouvoir tenir entre mes doigts une parcelle de nuage, un peu de brume.

Mais au-delà de mes rêves d'enfant, il y a dans la brume, quelque chose d'insaisissable, d'intangible. La brume voile la vue, empêche de voir la paysage avec clareté. Je ne peux m'empêcher de penser à cet ami, que je compare volontiers à la brume. Cette comparaison le fait sourire. Je crois qu'il s'est reconnu. Il y a une sorte de voile entre la personne qu'il affiche être et celle qu'il est réellement, au fond de lui. Et c'est comme en auto, lorsqu'on allume les phares pour y voir plus clair, la brume nous aveugle et on perd la route complètement.

***

Je voudrais, avant de vous laisser, partager avec vous ces quelques mots de Beaudelaire. Ils savent tellement bien traduire mon sentiment en sa présence, que je les laisse parler pour moi.

"Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douleur qui fascine et le plaisir qui tue."

Le 5 juin 1999 Le 8 juin 1999 Retour

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