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Répétition comme effacement: un chiasme entre psychanalyse et esthétique

La répétition comme blocage de la remémoration

 

 

"Si la répétition nous rend malades, c'est elle aussi qui nous guérit; si elle nous enchaîne et nous détruit, c'est elle encore qui nous libère"[1]. Cette affirmation de Deleuze, faite pour exposer la tension propre au concept de répétition dans la psychanalyse, nous servira de guide dans ce séminaire. Il s’agit surtout de penser une modalité de répétition qui ne soit pas enchaînement dans l’inertie du même et manifestation de  l’absence d’événement, mais qui soit ouverture à une expérience libératrice de non-identité. Afin d’être plus précis, parlons d’une répétition comme modalité de manifestation du Réel, de ce Réel qui : « retourne toujours ã la même place », comme nous dirait Lacan.

Il aurait donc au moins deux modes de répétition : l’un qui nous rend malade d’une maladie qui est l’acte de régler nos pas sur le poids d’un passé fascinant. Ici, tout mouvement est faux mouvement, tout temps est l’histoire déterministe des échecs et réussites qu’on déjà eu lieu. Des histoires sans événements. L’autre, fait taire ce passé avec leurs propres armes. Mais comment et pour quoi on a appris à taire la répétition à travers la répétition? Voici la question centrale. Je crois qu’on ne peut la répondre qu’en sortant du cadre strictement philosophique. En fait, le XXème siècle a vu la formation d’une vrai pensée de la répétition dans des domaines comme l’esthétique et la psychanalyse ; et c’est vers cette direction que nous devons nous tourner pour répondre à notre question.

Pourtant, je ne dis pas qu’avant le XXème siècle la répétition n’a jamais eu sa place dans les réflexions sur l’esthétique et sur la clinique de la subjectivité. Il suffit de faire appel à l’importance des questions liées à la catharsis dans les arts de la scène et aux processus de ressouvenir dans la structuration de la  musique tonale pour voir comment la répétition a été toujours présente en tant qu’opérateur d’organisation de la pensée dans le champ artistique. Mais il faut relever une différence. Avec la psychanalyse et l’esthétique contemporaine on voit l’apparition d’une figure nouvelle de la répétition : la répétition comme modalité d’effacement. C’est la répétition comme puissance négative capable de dissoudre toute fascination imaginaire de ce qui se répéte et d’ouvrir la latence d’une expérience négative qui ne peut se manifester que comme effacement. La répétition apparaît alors comme mode de présence du négatif. Et je voudrais interroger cette étrange promesse de présence qui se noue à une opération locale d’effacement propre à ce concept de répétition.

        

Structure générale du séminaire

 

Dans la première séance de ce séminaire, il sera question du concept de compulsion de répétition (Wiederholungszwang) : concept producteur de la grande tournure de l’expérience clinique freudienne. En comprenant la vie psychique comme vie soumise au pouvoir d’une répétition pulsionnelle, Freud donne les cordonnés possibles pour une clinique, comme celle de Lacan, qui transforme la répétition dans le dispositif central de la cure analytique. Avec Lacan, comme nous le verrons, la répétition devra pouvoir amener le sujet à une expérience capable d'effacer une autre répétition, celle qui nous détruit et qui est liée à l'inertie d’un passé soumis au fantasme fondamental.

Mais nous sommes ici devant une perspective inverse à celle adoptée par Freud. Pour lui, la compulsion de répétition ne pouvait apparaître à l'intérieur de la clinique que sous la forme de résistances produites par le transfert et de réaction thérapeutique négative, puisqu'elle était nécessairement liée aux modalités de manifestation des fantasmes masochistes propres à la pulsion de destruction (Destruktionstrieb). Pour Freud, le nom de la modalité de répétition capable de nous guérir de l'inertie des fantasmes était tout autre. Il s'agissait de la remémoration (Erinnerung), dont l'effet thérapeutique viendrait de l'historicisation des événements traumatiques que, jusqu'à là, n'avaient trouvé d'espace de manifestation que sous la forme des symptômes, des inhibitions ou des angoisses.  

De Freud à Lacan, nous aurions donc une inversion du locus clinique du concept de répétition par rapport au fantasme, qui serait aussi inversion de la relation entre cure et remémoration. Ce mouvement foncier dans la redéfinition de la fin de l'analyse n'a été possible que grâce à la définition lacanienne de la compulsion de répétition comme: "ce qui unit en matière de copule l'identique avec le différent"[2]. Le premier et quatrième séminaires seront dédiés à cette question.

Afin de comprendre comment la répétition peut unir en matière de copule l’identique avec le différent, je suggère, dans le deuxième séminaire, de analyser un moment précis de l’histoire de la philosophie concernant à la querelle entre Kierkeggard et la dialectique hégélienne.

Hegel avait l'habitude de dire que: "les blessures de l'esprit se guérissent sans laisser des cicatrices". Cela sans oublier de rajouter que: "Le fait n'est pas l'impérissable, mais l'esprit le réabsorbe en soi-même, et le côté de la singularité qui, soit comme intention, soit comme sa négativité et sa borne dans l'élément de l'être-là, est présent dans le fait, est ce qui immédiatement disparait"[3]. 

Ces affirmations semblaient être l'incarnation parfaite d'une pensée qui voit le mouvement du Concept en tant que remémoration capable de guérir, au présent, les blessures des conflits du passé. Une guérison qui serait suppression du négatif (Aufhebung), ou encore, suppression de la négativité de la singularité, produite par le pouvoir de symbolisation et d'organisation d'un Concept qui porte en soi la totalité remémorée du passé. En langage psychanalytique, nous pourrions parler ici d'un Concept qui serait capable d'absorber la répétition de l’inconscient dans le Symbolique à travers une dialectique sans restes.

En ce sens, il n'aurait rien de plus éloigné de la logique propre à la répétition pulsionnelle, tel quelle Lacan la conçoit, que la répétition dialectique. Au contraire, s'il y avait un double philosophique pour la pensée psychanalytique sur la répétition, il faudrait le chercher dans un des critiques les plus féroces de Hegel, à savoir, Kierkegaard (ce que Lacan n'a jamais cessé de faire).  Le même Kierkegaard qui a développé sa catégorie de reprise comme ressouvenir en avant[4] contre la 'médiation'. Une médiation hégélienne qui supprimerait l'irréductibilité de la singularité de l'existence à travers un Concept qui n'était que devenir du passé. Au contraire, la reprise comme ressouvenir en avant serait la promesse d'une ouverture au non-identique.

Mon objectif dans ce deuxième séminaire consistera à montrer comment la structure logique de la répétition dialectique, en tant qu'auto-négation du concept, échappe, en grande partie, aux critiques de Kierkegaard, qui étaient plus adaptées aux hégéliens danois de droite, comme Martensen et Heiberg. Sans nier l'existence des processus de totalisation universalisant à l'intérieur de la réflexion hégélienne sur le mouvement du concept, je voudrais montrer comment une perspective de récupération de la logique dialectique peut nous fournir une pensée de la répétition proche de celui-ci développée par la psychanalyse lacanienne dans ses considérations sur la pulsion. Je pense ici principalement à la dialectique négative d'Adorno (souvenons-nous comment le hégelien Adorno était un lecteur très averti de Kierkegaard). Nous verrons comment certains concepts-clés de la dialectique négative (comme contradiction objective - objektiver Widerspruch; l'étranger en tant que chosifié; le primat de l'objet - Vorrang des Objekts)  peuvent nous fournir des matrices à l'organisation des défis propres à la réflexion psychanalytique sur la répétition.

Mais avant de retourner à l’analyse détaille de la répétition pulsionnelle à partir de certaines matrices propres à la dialectique négative, il faut d'abord bien circonscrire la répétition du fantasme contre laquelle Lacan veut lutter. Voici la tâche du troisième séminaire.

Lacan disait que: "Le fantasme n'est jamais que l'écran qui dissimule quelque chose de tout à fait premier, de déterminant dans la fonction de la répétition"[5]. Cette phrase expose l'enjeu propre à la psychanalyse: trouver une modalité de répétition au-delà du fantasme. Plus que n'importe quel psychanalyste, Lacan a montré la façon dont le fantasme avait une fonction de matrice quasi-transcendantale de constitution du monde des objets du désir. Toutes les relations d'objet qui arriveront au long de l'histoire du désir seront des répétitions modulaires d'une histoire soumise au poids insurmontable du passé, car elle ne fait que répéter les fantasmes originaires. D'où la nécessité de savoir traverser le fantasme.

         Mais, en ce point, il y a une donnée qui rend la tâche psychanalytique plus complexe. Pour Lacan, la sortie d'une réalité fétichisée se donne avec les matériaux propres à cette réalité même, pour autant: "qu'il n'y a pas d'autre entrée pour le sujet dans le réel que le fantasme"[6]. C'est-à-dire, la traversée du fantasme n'est possible qu'à travers le fantasme. Un peu comme Adorno, qui nous soulignait comment la seule stratégie possible d'une critique du fétichisme consistait dans la reconnaissance de l'altérité radicale de ce qui était le plus chosifié et réifié[7]. Mais dans quelles conditions le sujet peut-il échapper du fantasme à travers la répétition fascinante du fantasme?

         Nous allons trouver une question structuralement pareille en certains moments clés de l'esthétique contemporaine, comme la pop art et le nouveau réalisme. D'abord, ce qui unit ces mouvements esthétiques c'est la conscience historique de faire partie d'un temps dont la matrice des relations socio-culturelles est donnée par le fantasme de la forme-marchandise[8] avec ses dispositifs fétichistes. Un temps historique où le moi n'est autre chose qu'un regard emprisionné par des images fascinantes. D'autre part, ces mouvements ont établie comme programme un retour au réel qui, à cause de la situation propre à nos coordonnés historiques et de la perte de l'autonomie institutionnelle de l'art, ne pouvait être fait qu'à travers les formes fétichisées de la culture de masse, pour autant qu'on ne pouvait plus faire appel à un domaine quelconque d'authenticité de la perception esthétique.

         Mon hypothèse c'est que la stratégie majeure du retour au réel proposé par la pop art et par le nouveau réalisme passait par la compréhension de la répétition comme présence traumatique du réel. Une présence traumatique qui apparraît à travers une notion très particulière de sérialité - totalement différente de la sérialité propre au modernisme, aprce qu’elle sérialité dont l’objectof est l’effacement de ce qu’elle présente.

Si Warhol pouvait affirmer: "I like things to be exactly the same over and over again", c'est parce que ce désir de l'identique était lié à une pulsion d'effacement du pouvoir fascinant des formes fétichisées et des semblants: "Because the more you look the same exact thing, the more the meaning goes away, and the better emptier you feel"[9]. Une expérience de négativité qui ne peut arriver qu'après l'effacement du fantasme dans son rôle de défense contre l'angoisse. La répétition apparaît ici comme forme de négation. Mais comment circonscrire cette forme de négation ?

         Le quatrième séminaire essayera de répondre à cette question à travers l’analyse de la particulairité de l’utilisation lacanienne du concept de pulsion de mort. Mon hypothèse consiste à dire que la pulsion de mort lacanienne ne peut être comprise qu qu'à travers une reformulation de la théorie des négations qui supporte la praxis analytique. C'est-à-dire, au-delà des trois modalités connues de négation: la Verneinung névrotique, la Verwerfung psychotique et la Verleugnung perverse, il est nécessaire de conceptualiser une négation propre à la pulsion de mort qui ne soit pas tout simplement pulsion de destruction. Il faut trouver une négation que ne soit pas simplement indication d'un non-être, expulsion d'un contenu du champ de représentations du moi (Verwerfung),  retour à travers son contraire (Verneinung) ou encore auto-annulation de l'énoncé (Verleugnung), mais qui soit modalité de présence de quelque Chose de l'ordre du Réel. Nous verrons comment la dialectique négative peut nous fournir une telle figure du négatif.

         Cette stratégie de conceptualisation de la pulsion de mort nous met dans la voie opposée à Deleuze dans Différence et répétition. Une comparaison s'impose ici, dont le point privilégié est sa différence d'avec Lacan sur la pulsion de mort. Nous verrons comment Deleuze ne peut pas admettre une compulsion de répétition séparée de "la puissance du fantasme qui plonge dans l'instinct de mort"[10]. D'où l'idée de la répétition comme déguisement infini, comme modulation des masques. En ce point, ce qui sépare Deleuze et Lacan c'est l'impossibilité du premier en accepter une espèce de 'pouvoir guérissant du négatif'. Et c'est cela qui attache encore Lacan à une pensée dialectique. Ce pouvoir du négatif, nous le trouverons aussi dans le programme esthétique minimaliste, ce que nous amènera à un nouveau chiasme entre psychanalyse et esthétique.

 

Freud et la remémoration comme cure

 

Freud avait l’habitude d’affirmer qu’à la fin de l'analyse: « on peut embrasser d’un coup d’œil une histoire de la maladie conséquente, compréhensible et complète». Ceci pour dire que : « si le but pratique du traitement est de supprimer tous les symptômes possibles et de leur substituer des pensées conscientes, il en est un autre, le but théorique, qui est la tâche de guérir les lésions de mémoire du malade »[11]. Cette tâche analytique pensée comme guérison des lésions de mémoire du malade nous renvoie, nécessairement, à une conception de subjectivation analytique basée sur les notion de remémoration (Erinnerung), symbolisation e verbalisation (à travers la contrainte de la règle fondamentale de l'analyse: la libre association). Ces trois dispositifs développent entre soi des relations d’interdépendance profonde.

Il ne faut pas relativiser ce fait majeur : pour Freud, la remémoration est un des dispositifs fonciers du paradigme qui organise la rationalité de la cure psychanalytique. Car la remémoration permettrait au sujet de disposer de ces chapitres de son histoire qui ont été refoulés par les mécanismes de défense du moi. Chapitres écrits par l’encre des symptômes, des inhibitions et des angoisses dans une langue étrangère à l’univers de la communication publique. À travers l’interprétation analytique, le sujet pouvait se souvenir des contenus inconscients en dévoilent leurs sens à travers l'articulant d'un récit complet et compréhensible de l'histoire de son désir: stratégie herméneutique par excellence. "Ce que nous souhaitons", dira Freud, "c'est une image fidèle des années oubliées par le patient, image complète dans toutes ses parties essentielles"[12]. Cette image fidèle permettait au patient de répéter l’événement traumatique à l'intérieur d'un récit, mais désormais sous le point de vue de ses connexions causales. La compréhension du réseau causal auquel le symptôme appartenait serait la condition pour  la levée des effets de ce réseau

Nous pouvons appeler cette stratégie d’herméneutique puisqu’il s’agit de subordonner l’auto-refléxion à une interprétation des productions symboliques qui peuvent être rapportés à une subjectivité (comme les symptômes, les inhibitions et les répétitions. En ce sens, nous pouvons se servir de l’affirmation de Ricouer : "la réflexion doit devenir interprétation, parce que je ne peux saisir cet acte d'exister ailleurs que dans des signes épars dans le monde"[13]. Soulignons ici l’idée d’interprétation comme déchiffrage de signes, ce qui présuppose une compréhension sémantique des productions déchiffrées. Ainsi, même si l’herméneutique admet le besoin de décentrer l'origine du sens vers un autre foyer qui n'est plus le sujet immédiat de la réflexion: "la conscience, le moi vigile, soucieux de soi et attaché à soi"[14], elle pensera la fin de l’analyse nécessairement comme un élargissement de l'horizon de compréhension de la conscience produit par des processus de remémoration[15].

La remémoration montrerait donc que l’historisation et le temps historique étaient l’horizon de cure. La mémoire apparaissait comme le pharmakos capable de guérir les cicatrices de la vie oubliée[16]. À cause de cela, Freud dira clairement que le but du travail analytique ne se réalise qu’au moment où le sujet: « reconnaît dans ce qui apparaît comme réalité le reflet renouvelé d’un passé oublié »[17]. Comme si l’auto appréhension réflexive du passé pouvait accomplir ce travail de civilisation et de production de l’autonomie que le psychanalyste comparait à l’assèchement du Zyuderzee. La reconquête du passé comme programme civilisateur.

Il est vrai que Freud reconnaît au moins deux limites au processus de remémoration D’abord, il dira que :  "Le malade ne peut pas se souvenir de tout parmis ce qui est refoulé en lui, peut-être précisément pas de l'essentiel"[18]. Par exemple, Freud insistera dans le fait que les scènes primitives (Urszenen) ne sont pas reproduites, au cours de l'analyse, sous forme de remémoration En fait, elles sont: "le résultat d'une construction"[19] – il suffit de se rappeler ici de l’effort freudien dans la reconstruction de la scène primitive de l’homme aux loups. Cette construction s’impose au sujet dans sa vérité objective parce qu’elle est capable de produire des nouveaux procès de remémoration qui développent la construction. C’est une façon rusée de conserver le paradigme de la cure comme remémoration même en reconnaissant des limites aux opérations liées à la mémoire.

Cette limite à la remémoration n’est pas encore une sortie de l’herméneutique puisque nous continuons dans le registre de la cure comme historicization des événements traumatiques, et il n’est pas un hasard si Freud ne veut pas admettre le caractère absolument fantasmatique des scènes primitives. Tel que dans les hallucinations et les souvenirs-écrans, il est bien probable qu’un événement historique traumatique est à la base de la scène primitive, Ce "bout du réel" peut être, par exemple, une relation sexuelle entre des chiens qui fait le rôle fantasmatique d’une relation sexuelle entre les parents (comme nous voyons dans le cas de l’homme aux loups). Il est vrai que ces événements peuvent être réduits à des traits mnésiques.  Mais, tel qu’un archéologue, l’analyste est capable de construire un texte à partir de l’ensemble de ces traits et de ces débris. Ainsi, l’analyse peut produire la symbolisation correcte : symbolisation comprise ici comme l'inscription du matériau inconscient dans un réseau symbolique qui dévoile le système de connexions causales qui lient les symptômes, les inhibitions et les angoisses aux contenus refoulés inconscients.

Souvenons-nous que le rôle général de la construction dans l’articulation de l’histoire du désir nous indique que l’histoire individuelle est déjà un mode de participation dans un univers symbolique social producteur de sens. En fait, l’histoire de l’individu répète à sa manière l’histoire générale du Symbole. En ce sens, la spécificité freudienne consisterait plutôt à rappeler en quel mesure cette histoire générale du Symbole n'est lisible que comme des modulations possibles du complexe d'Oedipe et des théories sur la sexualité infantile. Ainsi, une herméneutique oedipienne et sexuelle semblait naître donc avec la psychanalyse[20]. Chez Freud, la cure comme remémoration se soumet nécessairement aux procédures de symbolisation herméneutique d’orientation oedipienne et sexuelle.

Jusqu’ici, il n’est pas vraiment difficile d’identifier l’efficacité thérapeutique propre à certains dispositifs analytiques comme un certain mode de conceptualisation de la multiplicité des faits de la vie affective à travers une remémoration qui organise ce multiple dans une histoire, dans un récit basé sur l'universalisation du complexe d'OEdipe et sur le primat du Phallus dans la détermination des modes de sexuation. Jusqu’ici, la remémoration freudienne s'est montrée solidaire des dispositifs comme: l'historicisation, la compréhension herméneutique et la conceptualisation. A mon avis, il faut souligner ce point pour montrer une certaine tension interne à la rationalité de la clinique freudienne. Une tension qui nous amènera nécessairement vers Lacan.

Un exemple privilégié de cette herméneutique oedipienne nous est fournit par l’analyse freudienne du cas Dora.

Pour notre discussion, il est intéressant de souligner la stratégie herméneutique d’interprétation des deux rêves qui composent la plus grande partie du cas. Il s’agit des interprétations qui suivent, en grand partie, la structure d’une analyse sémantique qui vise reconstruire ce que Lacan appellera plus tard de mythe individuel du névrosé et de dévoiler le sens de l’histoire du désir de l’analysant. Chaque élément du rêve est sémantiquement décomposé. Ainsi, la boîte à bijoux, la gare et le cimetière se traduisent dans les organes génitaux de Dora, le foret est lu comme une représentation des poils pubiens et ainsi de suite.

Il est vrai que cette décomposition n’obéit pas à un procédé univoque de détermination de sens ; mais le fait de la surdétermination ne change pas un donné majeur : Freud suit, en ce moment, un système d’interprétaiton qui suit les coordonnés du mythe d’Œdipe et ui vise amener le sujet à réaliser un choix d’objet capable de sunstituer l’investissement libidinal du père[21].

Prenons, par exemple, le deuxième rêve de Dora. Sa donnée principale c’est la mort du père. Une mort annoncée à travers d’une lettre de la mère où on lit "Maintenant il est mort, et si tu veux, tu peux venir". Freud associe cette lettre à la lettre réelle de Dora dans laquelle elle menaçait se suicider afin d'effrayer le père en lui poussant à quitter Mme K. Cela permet à Freud de comprendre la mort du père comme la manifestation du désir de vengeance de Dora à cause de l'amour œdipien trahit. D'autre part, avec la mort du père, les interdits sur le savoir de la sexualité seraient levés, ce que le rêve figure à travers la lecture que Dora faite d'un dictionnaire. Pour Freud, cela signifiait reconnaître le désir inconscient de substituer l'amour pour le père à l'investissement libidinal de M. K. Mais il ne déploie pas le fait de Dora, de sa part, associer le "si tu veux" aux termes d'une lettre de Mme. K qui l'invitait à la maison du lac. Cette association pouvait révéler à Freud la valeur de l'identification homosexuelle de Dora à Mme. K en permettant la consolidation d'un autre axe d'interprétation.

Cela nous explique la critique lacanienne à la fin d’analyse proposée par Freud. Une fin basée sur l’opération réflexive de reconnaissance de l’amour de Dora envers M. K. Aussi bien Freud que Lacan reconnaissent le rôle majeur de l’identification de Dora au sujet-rival, c'est-à-dire, pour Mme. K. Il arrive à Freud de parler d'un  "amour inconscient dans le sens le plus profond" et de reconnaître l'amour de Dora par Mme. K comme élément central de l'histoire du désir de la patiente. Mais ce donné restera marginal dans l'ensemble de l'économie de l'interprétation freudienne. Au contraire, Freud préfère voir une identification à la place du sujet-rival en tant que place du choix d'objet paternel. Ce que lui permet de comprendre le comportement de Dora comme le comportement d'une femme jalouse envers l'amour du père. La question centrale pour Freud sera donc: "pourquoi l'amour œdipien pour le père a été ravivé à ce moment de l'histoire du désir du sujet?". Sa réponse est programmatique: il s'agissait d'un symptôme réactionnel pour exprimer autre chose qui demeurait puissant dans l'inconscient: l'amour pour M. K.  Un résultat incontournable si l'on suit les presupossés d'une herméneutique oedipienne.

Nous savons que Freud a été le premier à reconnaître les impasses de l’analyse de Dora. Il nous a donné deux raisons pour  son échec clinique : la méconnaissance de la valeur réelle d’identification de Dora envers Mme. K et l’absence d’une analyse correcte des mécanismes de résistance posés par le transfert. Ce dernier point nous amène à la deuxième limite aux procédures analytiques de remémoration : la compulsion de répétition.

 

Erinnerung et Wiederholungszwang: la tension qui a été laissée en ouvert

 

Très tôt, déjà en 1914, Freud remarquait l’existence d’un régime de répétition qui semblait poser des problèmes à la remémoration. Dérivé d'abord du constat clinique du transfert, la répétition montrait que, au lieu de se souvenir de certains complexes pathogènes et traits pathologiques, le sujet leur répétait sous la forme de l’action vers l’autre. « Ce n’est pas sous la forme du souvenir que le fait oublié reparaît », dira Freud, « mais sous forme d’action »[22]. D'où l'idée, par exemple, du transfert comme résistance à la verbalisation propre à l'association d'idées.

Nous voyons ici la reconnaissance d’une division nette entre la répétition du contenu d’une représentation auparavant inconsciente (la remémoration) et la répétition de la forme d’une structure inconsciente de détermination de l’action, ou encore, de la forme d'une structure inconsciente de détermination des relations (la répétition qui aparraît sous l'acte du transfert). Comme s’il y avait certains dispositifs pathologiques dont la tendance serait de coloniser la forme de l'acte, et non le contenu de ce qui se cache à la pensée. Comme si on sortait du registre d’une herméneutique (quête sémantique du sens œdipien caché) pour reconnaître l’existence d’une modalité de répétition qui demanderait une autre stratégie de déchiffrage.

Pourtant, en 1914, Freud croit pouvoir régler la question de la compulsion de répétition sans abandonner le programme analytique de la remémoration comme cure. Il fait appel à la transformation de la répétition en une raison de se souvenir à travers la liquidation du transfert, en établissant par-là un horizon possible pour la fin de l’analyse fondée sur les processus de synthèse propres à la remémoration. Il vaut pour le Freud de 1914 la remarque de Deleuze: "On répète d'autant plus son passé qu'on s'en ressouvient moins, qu'on a moins conscience de s'en souvenir - souvenez-vous, elaborez le souvenir pour ne pas répèter"[23].

Il est vrai que nous ne sommes pas ici devant une simple conceptualisation abstraite du cas à travers le générique de la structure. Car cette conceptualisation est le résultat d’une remémoration qui revient du transfert avec l’actualisation de la particularité des forces affectives. Mais la forme de l'acte répétitif doit être transformée dans un contenu mental de la pensée, voici ce qui intéresse vraiment. La forme de l’acte doit être liquidée en tant que répétition[24].  Cette transformation est possible parce que, pour Freud, la forme de l'acte est au fond déformation du sens, elle est déjà transposition d'un contenu premier, d'un texte où se lie l'histoire œdipienne de la sexualité avec ses ramifications, Ainsi, la forme du transfert fait partie d'un: "ensemble de répliques et de clichés (durchwegs aus Wiederholungen und Abklatschen) de certaines situations passées et aussi de réactions infantiles"[25], avec ses choix objectaux, ses privations et ses fantasmes propres. D’autre part, l'amour de transfert: "n'est qu'une réédition de faits anciens, une répétition des réactions infantiles"[26] lisibles à travers les interprétations et constructions analytiques.

J’insiste sur ce point afin de montrer comment, contrairement à ce qu’on admet souvent, la reconnaissance du rôle central du transfert dans la situation analytique n’emp6eche pas Freud de penser la clinique à partir des présupposés d’une certaine modalité d’herméneutique fondée sur des mécanismes auto-réflexifs de remémoration. Freud est très clair sur ce point. A son avis, même si la psychanalyse ne peut pas "épargner à l'analysé cette phase de la cure" représentée par la névrose de transfert et même  si elle est donc obligée à laisser revivre un certain fragment de la vie oubliée: "il doit veiller à que le malade garde une certaine capacité de surplomber la situation qui lui permet malgré tout de reconnaître dans ce qui apparaît comme réalité le reflet renouvelé d'un passé oublié"[27]. Il n'est qu'à travers cette reconnaissance que la conviction (Überseugung) subjective indispensable à la fin de l'analyse peut arriver.

En fait, ce n'est qu'à partir de l'Au-delà du principe du plaisir, avec son articulation entre compulsion de répétition et la pulsion de mort, que la psychanalyse sera empêchée de tomber dans une tentation herméneutique qui confond interprétation et auto-réflexion de la conscience. Tout se passe comme si Freud percevait, tel quel Lacan le dira plus tard, que: “la remémoration comporte toujours une limite”[28]. Tout se passe comme si, à partir de la conceptualisation de la négativité de la pulsion de mort, Freud finissait par poser la question : "Et s’il y avait une compulsion de répétition qui ne pouvait pas être arrêté?", "Et si la répétition était, en fait, une modalité de négation qui ne pouvait pas être intégrée à l'univers symbolique du sujet (et non pas simplement une manifestation de la logique du transfert, manifestation prête à être interprétée)?". identification d’une répétition comme modalité de négation propre à la pulsion de mort amènera Lacan, plus tard, à proposer une distinction nette entre transfert et répétition comme manifestation du Réel [29].

En ce sens, Analyse avec fin et analyse sans fin¸de 1937, est un texte foncier. Ici, Freud reconnaît de façon évidente l'existence des limites aux processus de remémoration et de symbolisation propres à l'herméneutique analytique. Il aura un chapitre qui résiste à se laisser écrire dans le texte de l'histoire du désir du sujet. C'est dans ce chapitre muet que se loge l'énigme de la différence sexuelle ("le roc d'origine" comme le dira Freud) et la force insurmontable de la pulsion de mort, ou encore, de l'insistance répétitive de la mort en tant que pulsion.

Freud expose cette conclusion à travers l’analyse de l’étiologie des troubles névrotiques. Cette étiologie est normalement composée de trois facteurs: l'influence des traumatismes précoces, des modifications du moi résultants des mécanismes de défense et la force des motions pulsionnelles liés, principalement, à la pulsion de mort avec ses processus de répétition. Sur le premier point, Freud ne reconnaît pas des limites à la symbolisation analytique des noyaux traumatiques. Et il n'est pas un hasard si: "c'est seulement dans  le cas à prépondérance traumatique que l'analyse réalisera ce dont elle est magistralement capable"[30]. Il s’agit du résultat clinique naturel d’un processus de subjectivation tel que celui conçu par Freud.

À propos de l’analyse des défenses du moi, Freud reconnaît que son efficacité dépend d’un facteur quantitatif lié à la force mobilisée contre le danger, l'angoisse et le déplaisir (Lacan rajoutera plus tard la jouissance) produites par les motions pulsionnelles. Car ces mécanismes de défense se fixent dans le moi et deviennent des modes de réactions régulières du caractère qui apparaissent dans la clinique sous la forme de réactions thérapeutiques négatives. Si le profondeur d'enracinement des résistances propres à la modification du moi est trop grand, alors la psychanalyse trouve là une limite.

Mais le facteur que nous intéresse maintenant concerne les motions pulsionnelles qui ont été la cause des modifications du moi. L’autre problème que Freud indique en tant que limite à l’analyse, c’est-à-dire, le refus de la castration lié au refus de féminité, nous semble occuper une place très spécifique à l’intérieur de l’économie de ce texte. Il serait lié au refus de soumission à une figure imaginaire de rivalité dont l’autorité vient de la menace de castration. Une figure qui Freud pouvait actualiser dans la mesure où il avait la tendance d’occuper la position du père à l’intérieur de la situation de transfert. En ce sens, il n’est pas étrange que la castration soit le roc de l'analyse. Elle est le refus de soumission intégrale de la jouissance à une autorité qui apparaît comme rival. Nous ne sommes pas encore proches de la notion lacanienne de castration symbolique comme condition de nouage entre la jouissance et la Loi.

Freud demande alors s'il y a des limites au domptage de la pulsion - ce qui nous pouvons comprendre comme une question sur la possibilité de dompter, principalement, la compulsion de répétition propre à la pulsion de mort. La réponse freudienne est programmatique: c'est la correction après coup du processus de refoulement originaire, c'est-à-dire, d’une première négation (Verwerfung) qui a rejeté hors du moi le Réel qui bouleversait le principe de constance de l'appareil psychique, qui  peut mettre fin à la puissance effective du facteur quantitatif de la pulsion. Mais Freud lui-même a été le premier à reconnaître l'infinitude de la force pulsionnelle en soulignant le caractère inépuisable de son domptage: « On pourrait parfois douter » dira le psychanalyste, « que les dragons du temps originaire soient vraiment morts jusqu’au dernier »[31]. Comme s’il y avait une négativité qui ne cesserait jamais de se faire présente. Comme si la symbolisation psychanalytique ne pouvait pas dissoudre ce forçage répétitif de la mort comme pulsion qui insiste au-delà du principe du plaisir. Ici, Freud nous enseigne qu'il y a une négation, propre à la mort comme pulsion, qui ne peut pas être soumise à l'inscription symbolique.

Le problème c'est que la négativité de la pulsion de mort ne sera pas incorporée à la clinique freudienne. La compulsion de répétition apparaîtra comme limite à la clinique et aux mécanismes de remémoration, de verbalisation et de symbolisation réflexive propres à l'interprétation. Freud ne peut penser la manifestation de la négativité de la pulsion de mort à l'intérieur de la clinique qu'à travers la figure de la réaction thérapeutique négative et des autres manifestations des fantasmes masochistes qui doivent être rayés afin d'amener le sujet à la fin de l'analyse. C'est-à-dire, le programme freudien: “d’enrayer la compulsion de répétition et de la transformer en une raison de se souvenir”[32] grâce à la liquidation d'une répétition souvent confondue avec le transfert continuera valide jusqu'au but, même s'il voit des limites à son efficacité.

Nous ne sommes pas encore devant une clinique, telle que la clinique lacanienne, qui voit la pulsion de mort, ou plus précisément, la mort symbolique,  comme le moteur de la cure et la condition pour la manifestation d'une expérience de non-identité qui permettrait la traversé du régime identifiant du fantasma. Peut-être, parce que, pour Freud, la subjectivation de l’expérience de la mort semble toujours être au service des fantasmes masochistes et de leur principe économique, c’est-à-dire, le principe du plaisir. N’est-ce pas Freud lui-même qui affirme: « même l’autodestruction de la personne ne peut se produire sans satisfaction libidinale »[33] ? 

En fait, Freud reconnaît que la pulsion de mort est au-delà de l'économie fantasmatique du principe du plaisir, mais une lecture attentive de l'Au-delà du principe du plaisir nous démontre comment la compulsion de répétition établit un rapport complexe et de difficile partage avec les fantasmes masochistes fondamentaux. Souvenons-nous comment le texte termine en affirmation que: “le principe du plaisir semble être en fait au service de la pulsion de mort”[34]. A mon avis, il manque encore à Freud une distinction nécessaire entre les mécanismes de répétition liés à la pulsion de mort et ceux liés au fantasme. C’est-à-dire, une répétition comme inertie du passé et une répétition comme effacement lié à la pulsion de mort, ce qui apparaîtra plus tard chez Lacan.

Le legs de Freud dans ce point consisterait plutôt dans le besoin de penser des modalités d'articulation de la différence, à l'intérieur de la clinique, entre la négativité de la répétition pulsionnelle et la répétition fascinante des fantasmes fondamentaux qui colonisent la pensée du sujet et qui modulent la présentation du monde des objets de son désir. Un retour systématique de la pensée sur le même, tellement présent, par exemple, dans la névrose obsessionnelle et dans le masochisme moral.

Mais dans quelles conditions la mort peut apparaître comme insistance répétitive au-delà des fantasmes masochistes d’auto-destruction ? Et comment elle peut guérir le sujet des maladies de l’inertie ? ce sont des questions qui nous guideront dans les prochains séminaires.

 



[1] DELEUZE, Différence et répétition, p. 30

[2] LACAN, Séminaire XIV, séance du 15/02/67)

[3] HEGEL, Phénomènologie de l'esprit II, p.197

[4] "Reprise et ressouvenir sont un même mouvement, mais en direction opposée; car, ce dont on a ressouvenir, a été; c'est une reprise en arrière; alors que la reprise proprement dite est un ressouvenir en avant" (KIERKEGAARD, La reprise, p. 65)

[5] LACAN, Séminaire XI, p. 59

[6] LACAN, Autres Ecrits, p. 326

[7] Cf. ADORNO, Dialectique négative, pp. 185-187

[8] La pertinence du vocabulaire du fantasme dans la compréhension de la forme-marchandise a été defendue par Marx lui-même qui parlait de "l'objectivité fantasmatique" (MARX, Le capital, p. 43) propre à la détermination des valeurs d'échange.

[9] WARHOL, POPism: the Warhol'60s, p. 50

[10] DELEUZE, Différence et répétition, p. 28

[11] FREUD, Sigmund, Fragment d’un cas d’hystérie, p. 10. Cet horizon de totalisation prend la forme même du texte clinique freudien, conçu en grand partie comme un récit reconstitutif de l’intégralité du roman familier de la Dora.

[12] FREUD, Constructions dans l'analyse, p. 270.

[13] RICOEUR, De l'interprétation, p. 57

[14] RICOEUR, De l'interprétation, p. 65

[15] "Ce qui veut Freud, c'est que l'analysé, en faisant sien le sens qui lui était étranger, élargisse son champ de conscience" (RICOEUR, idem. p. 45)

[16] Dans cette perspective, la différence entre catharsis et remémoration est plutôt d’ordre méthodologique que d’ordre proprement ontologique. La catharsis est aussi un rappel au souvenir d’un contenu traumatique, mais qui se sert de l’hypnose et de la suggestion, au lieu de la libre association. Si dans la catharsis, la psychanalyse se contentait d’une répétition imaginaire à partir d’une "expérience de laboratoire" (FREUD, Rémemoration, répétition, perlaboration, p. 107) où le sujet revivait l’image d’une scène passée, dans la remémoration, le psychanalyste cherchait à développer un mode de répétition symbolique des traumas non-historicisés. Ni dans un cas ni dans l’autre, on sort du registre de la mémoire comme cure.

[17] FREUD, Au-delà du principe du plaisir, 58. En ce sens, il est compréhensible que: "Le travail analytique, en effet, se déroule au mieux quand les événements pathogènes appartiennent au passé, de sorte que le moi a pu acquérir de la distance à leur égard. Dans les états de crise aigué, l'analyse n'st pour ainsi dire pas utilisable" (FREUD, Analyse sans fin et analyse avec fin, p. 247)

[18] FREUD, Au-delà du principe du plaisir, p. 288 [traduction oeuvres complètes]

[19] FREUD, L'homme aux loups, p. 361.

[20] Et il n'est pas un hasard si Freud nous fournit l'exemple de construction à travers l'application du compléxe d'OEdipe et des théories séxuelles infantiles à la multiplicité du matériau refoulé. Cet exemple prend la forme que se suit: " 'Jusqu'à votre n année vous vous êtes considéré comme le possesseur unique et absolu de votre mère; à ce moment-là un deuxième enfant est arrivé et avec lui une forte déception. Votre mère vous a quitté pendant quelque temps et, même après, elle ne s'est plus consagrée à vous exclusivement. Vos sentiments envers elle sont devenus ambivalents, votre père a acquis une nouvelle signification pour vous', et ainsi de suite" (FREUD, Constructions dans l'analyse, p. 273). 

[21] Je peut ici m’en servir de l’affirmation de Paul Verhaeghe, selon laquelle Freud adopte la position du maître en transformant le cas dans un grand exposé explicatif à propos d’une sortie normative de l’Oedipe. Dans ce sens, Dora aurait réfusé l’identification au maître et au savoir du maître (Cf. VERHAEGHE, Paul, Does the woman exist ?, pp. 55-65). C’est à partir de cette perspective qu’on comprendre la question de Lacan : « Pourquoi [Freud] substitue-t-il au savoir qu’il a recueille de toutes ces bouches d’or, Anna, Emmie, Dora, ce mythe, le complexe d’Oedipe ? » (LACAN, S XVII, p. 112-113).

[22] FREUD, Remémoration, répétition et perlaboration, 108. Ou encore: "Il [le patient] est bien plutôt obligé de répéter le refoulé comme expérience vécue (Erlebnis), au lieu de s'en souvenir comme d'un morceau du passé, ce que préférerait le médicin" (FREUD, Au-delà du principe du plaisir, p. 289) 

[23] DELEUZE, Différence et répétition, p. 25

[24] Souvenons comment le mouvement clinique de Freud consistera toujours en: "pousser le plus de contenu possible dans la voie de la remémoration et d'abbandonner le moins possible à la répétition" (FREUD, Au-delà du principe du plaisir, p. 58)

[25] FREUD, Observations sur l'amour de transfert, p. 126

[26] FREUD, Observations sur l'amour de transfert, p. 127

[27] FREUD, Au-delà du principe du plaisir, p. 58

[28] LACAN, Séminaire XI, p. 40. Ou encore : « Le sujet chez soi, la remémorialisation de la biographie, tout ça ne marche que jusqu’à une certaine limite qui s’appelle le réel » (idem, 49)

[29] Tel que nous pouvons voir dans l'affirmation: "La répétition est quelque chose qui, de sa véritable nature, est toujours voilée dans l'analyse, à cause de l'idéntification de la répétition et du transfert dans la conceptualisation des analystes" (LACAN, S XI, [página tuché et automaton]

[30] FREUD, Analyse sans fin et analyse avec fin, procurar page II

[31] FREUD, L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, 244

[32] FREUD, Rémemoration, répétition et perlaboration, p. 113

[33] FREUD, Le problème économique du masochisme, 297.

[34] FREUD, Au delà du principe du plaisir, p. 114. Et même Lacan reconnaît cette difficulté de différencier la subjectivation de la mort et les fantasmes masochistes : « La jouissance du réel – ce dont Freud s’est aperçu – comporte le masochisme » (LACAN, SXXIV)

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