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Répétition comme effacement: un chiasme entre psychanalyse et esthétique La répétition comme blocage de la remémoration "Si la répétition
nous rend malades, c'est elle aussi qui nous guérit; si elle nous enchaîne et
nous détruit, c'est elle encore qui nous libère"[1]. Cette affirmation de Deleuze, faite pour exposer la tension propre au
concept de répétition dans la psychanalyse, nous servira de guide dans ce
séminaire. Il s’agit surtout de penser une modalité de répétition qui ne soit
pas enchaînement dans l’inertie du même et manifestation de l’absence d’événement, mais qui soit
ouverture à une expérience libératrice de non-identité. Afin d’être plus
précis, parlons d’une répétition comme modalité de manifestation du Réel, de ce
Réel qui : « retourne toujours ã la même place », comme nous
dirait Lacan. Il
aurait donc au moins deux modes de répétition : l’un qui nous rend malade
d’une maladie qui est l’acte de régler nos pas sur le poids d’un passé
fascinant. Ici, tout mouvement est faux mouvement, tout temps est l’histoire
déterministe des échecs et réussites qu’on déjà eu lieu. Des histoires sans
événements. L’autre, fait taire ce passé avec leurs propres armes. Mais comment
et pour quoi on a appris à taire la répétition à travers la répétition? Voici la
question centrale. Je crois qu’on ne peut la répondre qu’en sortant du cadre
strictement philosophique. En fait, le XXème siècle a vu la formation d’une
vrai pensée de la répétition dans des domaines comme l’esthétique et la
psychanalyse ; et c’est vers cette direction que nous devons nous tourner
pour répondre à notre question. Pourtant,
je ne dis pas qu’avant le XXème siècle la répétition n’a jamais eu sa place
dans les réflexions sur l’esthétique et sur la clinique de la subjectivité. Il
suffit de faire appel à l’importance des questions liées à la catharsis dans
les arts de la scène et aux processus de ressouvenir dans la structuration de
la musique tonale pour voir comment la
répétition a été toujours présente en tant qu’opérateur d’organisation de la
pensée dans le champ artistique. Mais il faut relever une différence. Avec la
psychanalyse et l’esthétique contemporaine on voit l’apparition d’une figure
nouvelle de la répétition : la répétition comme modalité d’effacement. C’est
la répétition comme puissance négative capable de dissoudre toute fascination
imaginaire de ce qui se répéte et d’ouvrir la latence d’une expérience négative
qui ne peut se manifester que comme effacement. La répétition apparaît
alors comme mode de présence du négatif. Et je voudrais interroger cette
étrange promesse de présence qui se noue à une opération locale d’effacement
propre à ce concept de répétition. Structure
générale du séminaire
Dans la première séance
de ce séminaire, il sera question du concept de compulsion de répétition (Wiederholungszwang) : concept
producteur de la grande tournure de l’expérience clinique freudienne. En
comprenant la vie psychique comme vie soumise au pouvoir d’une répétition
pulsionnelle, Freud donne les cordonnés possibles pour une clinique, comme
celle de Lacan, qui transforme la répétition dans le dispositif central de la
cure analytique. Avec Lacan, comme nous le verrons, la répétition devra pouvoir
amener le sujet à une expérience capable d'effacer une autre répétition, celle
qui nous détruit et qui est liée à l'inertie d’un passé soumis au fantasme
fondamental. Mais nous sommes ici devant une perspective inverse à celle adoptée par
Freud. Pour lui, la compulsion de répétition ne pouvait
apparaître à l'intérieur de la clinique que sous la forme de résistances
produites par le transfert et de réaction thérapeutique négative, puisqu'elle
était nécessairement liée aux modalités de manifestation des fantasmes
masochistes propres à la pulsion de destruction (Destruktionstrieb). Pour Freud, le nom de la modalité de répétition
capable de nous guérir de l'inertie des fantasmes était tout autre. Il
s'agissait de la remémoration (Erinnerung),
dont l'effet thérapeutique viendrait de l'historicisation des événements
traumatiques que, jusqu'à là, n'avaient trouvé d'espace de manifestation que
sous la forme des symptômes, des inhibitions ou des angoisses. De
Freud à Lacan, nous aurions donc une inversion du locus clinique du concept de répétition par rapport au fantasme,
qui serait aussi inversion de la relation entre cure et remémoration. Ce
mouvement foncier dans la redéfinition de la fin de l'analyse n'a été possible
que grâce à la définition lacanienne de la compulsion de répétition comme:
"ce qui unit en matière de copule l'identique avec le différent"[2]. Le premier et quatrième séminaires seront dédiés à cette question. Afin de
comprendre comment la répétition peut unir en matière de copule l’identique
avec le différent, je suggère, dans le deuxième séminaire, de analyser un
moment précis de l’histoire de la philosophie concernant à la querelle entre Kierkeggard et la dialectique hégélienne. Hegel
avait l'habitude de dire que: "les blessures de l'esprit se guérissent
sans laisser des cicatrices". Cela sans oublier de rajouter que: "Le
fait n'est pas l'impérissable, mais l'esprit le réabsorbe en soi-même, et le
côté de la singularité qui, soit comme intention, soit comme sa négativité et
sa borne dans l'élément de l'être-là, est présent dans le fait, est ce qui
immédiatement disparait"[3]. Ces
affirmations semblaient être l'incarnation parfaite d'une pensée qui voit le
mouvement du Concept en tant que remémoration capable de guérir, au présent,
les blessures des conflits du passé. Une guérison qui serait suppression du négatif (Aufhebung), ou
encore, suppression de la négativité de la singularité, produite par le pouvoir
de symbolisation et d'organisation d'un Concept qui porte en soi la totalité
remémorée du passé. En langage psychanalytique, nous pourrions parler ici d'un
Concept qui serait capable d'absorber la répétition de l’inconscient dans le
Symbolique à travers une dialectique sans restes. En ce
sens, il n'aurait rien de plus éloigné de la logique propre à la répétition
pulsionnelle, tel quelle Lacan la conçoit, que la répétition dialectique. Au
contraire, s'il y avait un double philosophique pour la pensée psychanalytique
sur la répétition, il faudrait le chercher dans un des critiques les plus
féroces de Hegel, à savoir, Kierkegaard (ce que Lacan n'a jamais cessé de
faire). Le même Kierkegaard qui a
développé sa catégorie de reprise comme
ressouvenir en avant[4] contre la 'médiation'. Une médiation hégélienne qui supprimerait l'irréductibilité
de la singularité de l'existence à travers un Concept qui n'était que devenir
du passé. Au contraire, la reprise comme ressouvenir en avant serait la
promesse d'une ouverture au non-identique. Mon
objectif dans ce deuxième séminaire consistera à montrer comment la structure
logique de la répétition dialectique, en tant qu'auto-négation
du concept, échappe, en grande partie, aux critiques de Kierkegaard, qui
étaient plus adaptées aux hégéliens danois de droite, comme Martensen
et Heiberg. Sans nier l'existence des processus de totalisation universalisant
à l'intérieur de la réflexion hégélienne sur le mouvement du concept, je
voudrais montrer comment une perspective de récupération de la logique
dialectique peut nous fournir une pensée de la répétition proche de celui-ci
développée par la psychanalyse lacanienne dans ses considérations sur la
pulsion. Je pense ici principalement à la dialectique négative d'Adorno
(souvenons-nous comment le hégelien Adorno était un
lecteur très averti de Kierkegaard). Nous verrons comment certains
concepts-clés de la dialectique négative (comme contradiction objective - objektiver Widerspruch;
l'étranger en tant que chosifié; le primat de l'objet - Vorrang des Objekts) peuvent nous fournir des matrices à
l'organisation des défis propres à la réflexion psychanalytique sur la
répétition. Mais
avant de retourner à l’analyse détaille de la répétition pulsionnelle à partir
de certaines matrices propres à la dialectique négative, il faut d'abord bien
circonscrire la répétition du fantasme contre laquelle Lacan veut lutter. Voici
la tâche du troisième séminaire. Lacan
disait que: "Le fantasme n'est jamais que l'écran qui dissimule quelque
chose de tout à fait premier, de déterminant dans la fonction de la
répétition"[5]. Cette phrase expose l'enjeu propre à la psychanalyse: trouver une
modalité de répétition au-delà du fantasme. Plus que n'importe quel
psychanalyste, Lacan a montré la façon dont le fantasme avait une fonction de
matrice quasi-transcendantale de constitution du monde des objets du désir.
Toutes les relations d'objet qui arriveront au long de l'histoire du désir
seront des répétitions modulaires d'une histoire soumise au poids insurmontable
du passé, car elle ne fait que répéter les fantasmes originaires. D'où la
nécessité de savoir traverser le fantasme. Mais, en ce point, il y a une donnée qui rend la tâche
psychanalytique plus complexe. Pour Lacan, la sortie d'une réalité fétichisée
se donne avec les matériaux propres à cette réalité même, pour autant:
"qu'il n'y a pas d'autre entrée pour le sujet dans le réel que le
fantasme"[6]. C'est-à-dire, la traversée du
fantasme n'est possible qu'à travers le fantasme. Un peu comme Adorno, qui
nous soulignait comment la seule stratégie possible d'une critique du
fétichisme consistait dans la reconnaissance de l'altérité radicale de ce qui
était le plus chosifié et réifié[7]. Mais dans quelles conditions le sujet peut-il échapper du fantasme à travers la répétition fascinante du
fantasme? Nous allons trouver une question structuralement
pareille en certains moments clés de l'esthétique contemporaine, comme la pop art et le nouveau réalisme. D'abord,
ce qui unit ces mouvements esthétiques c'est la conscience historique de faire
partie d'un temps dont la matrice des relations socio-culturelles
est donnée par le fantasme de la forme-marchandise[8] avec ses dispositifs fétichistes. Un temps historique où le moi n'est
autre chose qu'un regard emprisionné par des images
fascinantes. D'autre part, ces mouvements ont établie comme programme un retour au réel qui, à cause de la
situation propre à nos coordonnés historiques et de la perte de l'autonomie
institutionnelle de l'art, ne pouvait être fait qu'à travers les formes fétichisées de la culture de masse, pour
autant qu'on ne pouvait plus faire appel à un domaine quelconque d'authenticité
de la perception esthétique. Mon hypothèse c'est que la stratégie majeure du retour au
réel proposé par la pop art et par le
nouveau réalisme passait par la compréhension de la répétition comme présence traumatique du réel. Une présence
traumatique qui apparraît à travers une notion très
particulière de sérialité -
totalement différente de la sérialité propre au modernisme, aprce
qu’elle sérialité dont l’objectof est l’effacement de
ce qu’elle présente. Si
Warhol pouvait affirmer: "I like things to be exactly
the same over and over
again", c'est parce que ce désir de l'identique
était lié à une pulsion d'effacement du pouvoir fascinant des formes
fétichisées et des semblants: "Because the more you look the same
exact thing, the more the meaning goes
away, and the better emptier
you feel"[9]. Une expérience de négativité qui ne peut arriver qu'après l'effacement du
fantasme dans son rôle de défense contre l'angoisse. La répétition apparaît ici
comme forme de négation. Mais comment circonscrire cette forme de
négation ? Le quatrième séminaire essayera de répondre à cette question
à travers l’analyse de la particulairité de
l’utilisation lacanienne du concept de pulsion de mort. Mon hypothèse consiste
à dire que la pulsion de mort lacanienne ne peut être comprise qu qu'à travers
une reformulation de la théorie des négations qui
supporte la praxis analytique. C'est-à-dire, au-delà des trois modalités
connues de négation: la Verneinung névrotique, la Verwerfung psychotique et la Verleugnung perverse, il est nécessaire de conceptualiser une négation propre
à la pulsion de mort qui ne soit pas tout simplement pulsion de destruction. Il
faut trouver une négation que ne soit pas simplement indication d'un non-être,
expulsion d'un contenu du champ de représentations du moi (Verwerfung), retour à
travers son contraire (Verneinung)
ou encore auto-annulation de l'énoncé (Verleugnung), mais qui soit modalité de présence de quelque
Chose de l'ordre du Réel. Nous verrons comment la dialectique négative peut
nous fournir une telle figure du négatif. Cette stratégie de conceptualisation de la pulsion de mort
nous met dans la voie opposée à Deleuze dans Différence et répétition. Une comparaison s'impose ici, dont le
point privilégié est sa différence d'avec Lacan sur la pulsion de mort. Nous
verrons comment Deleuze ne peut pas admettre une compulsion de répétition
séparée de "la puissance du fantasme qui plonge dans l'instinct de
mort"[10]. D'où l'idée de la répétition comme déguisement infini, comme modulation
des masques. En ce point, ce qui sépare Deleuze et Lacan c'est l'impossibilité
du premier en accepter une espèce de 'pouvoir guérissant du négatif'. Et c'est
cela qui attache encore Lacan à une pensée dialectique. Ce pouvoir du négatif,
nous le trouverons aussi dans le programme esthétique minimaliste, ce que nous
amènera à un nouveau chiasme entre psychanalyse et esthétique. Freud et la remémoration comme cure Freud
avait l’habitude d’affirmer qu’à la fin de l'analyse: « on peut embrasser
d’un coup d’œil une histoire de la maladie conséquente,
compréhensible et complète». Ceci pour dire que : « si le but pratique
du traitement est de supprimer tous les symptômes possibles et de leur
substituer des pensées conscientes, il en est un autre, le but théorique, qui
est la tâche de guérir les lésions de mémoire du malade »[11].
Cette tâche analytique pensée comme guérison des lésions de mémoire du malade
nous renvoie, nécessairement, à une conception de subjectivation analytique
basée sur les notion de remémoration (Erinnerung), symbolisation e verbalisation
(à travers la contrainte de la règle fondamentale de l'analyse: la libre
association). Ces trois dispositifs développent entre soi des relations
d’interdépendance profonde. Il
ne faut pas relativiser ce fait majeur : pour Freud, la remémoration est
un des dispositifs fonciers du paradigme qui organise la rationalité de la cure
psychanalytique. Car la remémoration permettrait au sujet de disposer de ces
chapitres de son histoire qui ont été refoulés par les mécanismes de défense du
moi. Chapitres écrits par l’encre des symptômes, des inhibitions et des
angoisses dans une langue étrangère à l’univers de la communication
publique. À travers l’interprétation analytique, le sujet pouvait se
souvenir des contenus inconscients en dévoilent leurs sens à travers
l'articulant d'un récit complet et compréhensible de l'histoire de son désir: stratégie herméneutique par excellence. "Ce
que nous souhaitons", dira Freud, "c'est une image fidèle des années
oubliées par le patient, image complète dans toutes ses parties
essentielles"[12]. Cette image fidèle
permettait au patient de répéter l’événement traumatique à l'intérieur d'un
récit, mais désormais sous le point de vue de ses connexions causales. La
compréhension du réseau causal auquel le symptôme appartenait serait la
condition pour la levée des effets de ce
réseau Nous
pouvons appeler cette stratégie d’herméneutique puisqu’il
s’agit de subordonner l’auto-refléxion à une interprétation des
productions symboliques qui peuvent être rapportés à une subjectivité (comme
les symptômes, les inhibitions et les répétitions. En ce sens, nous pouvons se
servir de l’affirmation de Ricouer : "la réflexion doit devenir interprétation, parce que je ne peux
saisir cet acte d'exister ailleurs que dans des signes épars dans le
monde"[13].
Soulignons ici l’idée d’interprétation comme déchiffrage de signes, ce qui
présuppose une compréhension sémantique des
productions déchiffrées. Ainsi, même si l’herméneutique
admet le besoin de décentrer l'origine du sens vers un autre foyer qui n'est
plus le sujet immédiat de la réflexion: "la conscience, le moi vigile,
soucieux de soi et attaché à soi"[14], elle pensera la fin de
l’analyse nécessairement comme un élargissement de l'horizon de compréhension
de la conscience produit par des processus de remémoration[15]. La
remémoration montrerait donc que l’historisation et le temps historique étaient
l’horizon de cure. La mémoire apparaissait comme le pharmakos capable de guérir les cicatrices de la vie oubliée[16]. À cause de cela, Freud dira clairement que le but du travail analytique
ne se réalise qu’au moment où le sujet: « reconnaît dans ce qui apparaît
comme réalité le reflet renouvelé d’un passé oublié »[17]. Comme si l’auto appréhension réflexive du passé pouvait accomplir ce
travail de civilisation et de production de l’autonomie que le psychanalyste
comparait à l’assèchement du Zyuderzee. La reconquête du passé comme programme
civilisateur. Il est
vrai que Freud reconnaît au moins deux limites au processus de remémoration
D’abord, il dira que : "Le
malade ne peut pas se souvenir de tout parmis ce qui
est refoulé en lui, peut-être précisément pas de l'essentiel"[18].
Par exemple, Freud insistera dans le fait que les scènes primitives (Urszenen) ne sont pas reproduites, au
cours de l'analyse, sous forme de remémoration En fait, elles sont: "le
résultat d'une construction"[19]
– il suffit de se rappeler ici de l’effort freudien dans la reconstruction de
la scène primitive de l’homme aux loups. Cette construction s’impose au sujet
dans sa vérité objective parce qu’elle est capable de produire des nouveaux procès
de remémoration qui développent la construction. C’est une façon rusée de
conserver le paradigme de la cure comme remémoration même en reconnaissant des
limites aux opérations liées à la mémoire. Cette
limite à la remémoration n’est pas encore une sortie de l’herméneutique puisque
nous continuons dans le registre de la cure comme historicization des
événements traumatiques, et il n’est pas un hasard si Freud ne veut pas
admettre le caractère absolument fantasmatique des scènes primitives. Tel que
dans les hallucinations et les souvenirs-écrans, il est bien probable qu’un événement
historique traumatique est à la base de la scène primitive, Ce "bout
du réel" peut être, par exemple, une relation sexuelle entre des chiens
qui fait le rôle fantasmatique d’une relation sexuelle entre les parents (comme
nous voyons dans le cas de l’homme aux loups). Il est vrai que ces événements
peuvent être réduits à des traits mnésiques.
Mais, tel qu’un archéologue, l’analyste est capable de construire un
texte à partir de l’ensemble de ces traits et de ces débris. Ainsi, l’analyse
peut produire la symbolisation correcte : symbolisation comprise ici comme
l'inscription du matériau inconscient dans un réseau symbolique qui dévoile le
système de connexions causales qui lient les symptômes, les inhibitions et les
angoisses aux contenus refoulés inconscients. Souvenons-nous
que le rôle général de la construction dans l’articulation de l’histoire du
désir nous indique que l’histoire individuelle est déjà un mode de
participation dans un univers symbolique social producteur de sens. En fait,
l’histoire de l’individu répète à sa manière l’histoire générale du Symbole. En
ce sens, la spécificité freudienne consisterait plutôt à rappeler en quel
mesure cette histoire générale du Symbole n'est lisible que comme des
modulations possibles du complexe d'Oedipe et des théories sur la sexualité
infantile. Ainsi, une herméneutique oedipienne
et sexuelle semblait naître donc
avec la psychanalyse[20]. Chez Freud, la cure comme remémoration se soumet nécessairement aux
procédures de symbolisation herméneutique d’orientation oedipienne et sexuelle.
Jusqu’ici,
il n’est pas vraiment difficile d’identifier l’efficacité thérapeutique propre
à certains dispositifs analytiques comme un certain mode de conceptualisation
de la multiplicité des faits de la vie affective à travers une remémoration
qui organise ce multiple dans une histoire, dans un récit basé sur
l'universalisation du complexe d'OEdipe et sur le primat du Phallus dans la
détermination des modes de sexuation. Jusqu’ici, la remémoration freudienne
s'est montrée solidaire des dispositifs comme: l'historicisation, la
compréhension herméneutique et la conceptualisation. A mon avis, il faut
souligner ce point pour montrer une certaine tension interne à la
rationalité de la clinique freudienne. Une tension qui nous amènera
nécessairement vers Lacan. Un
exemple privilégié de cette herméneutique oedipienne nous est fournit par
l’analyse freudienne du cas Dora. Pour
notre discussion, il est intéressant de souligner la stratégie herméneutique
d’interprétation des deux rêves qui composent la plus grande partie du cas. Il
s’agit des interprétations qui suivent, en grand partie, la structure d’une
analyse sémantique qui vise reconstruire ce que Lacan appellera plus tard de mythe
individuel du névrosé et de dévoiler le sens de l’histoire du désir de
l’analysant. Chaque élément du rêve est sémantiquement décomposé. Ainsi, la
boîte à bijoux, la gare et le cimetière se traduisent dans les organes génitaux
de Dora, le foret est lu comme une représentation des poils pubiens et ainsi de
suite. Il est
vrai que cette décomposition n’obéit pas à un procédé univoque de détermination
de sens ; mais le fait de la surdétermination ne change pas un donné
majeur : Freud suit, en ce moment, un système d’interprétaiton
qui suit les coordonnés du mythe d’Œdipe et ui vise amener le sujet à réaliser un choix d’objet capable
de sunstituer l’investissement libidinal du père[21]. Prenons,
par exemple, le deuxième rêve de Dora. Sa donnée principale c’est la mort du
père. Une mort annoncée à travers d’une lettre de la mère où on lit
"Maintenant il est mort, et si tu veux, tu peux venir". Freud
associe cette lettre à la lettre réelle de Dora dans laquelle elle menaçait se
suicider afin d'effrayer le père en lui poussant à quitter Mme K. Cela permet à
Freud de comprendre la mort du père comme la manifestation du désir de vengeance de Dora à cause de
l'amour œdipien trahit. D'autre part, avec la mort du père, les interdits sur
le savoir de la sexualité seraient levés, ce que le rêve figure à travers la
lecture que Dora faite d'un dictionnaire. Pour Freud, cela signifiait
reconnaître le désir inconscient de substituer l'amour pour le père à
l'investissement libidinal de M. K. Mais il ne déploie pas le fait de Dora, de
sa part, associer le "si tu veux" aux termes d'une lettre de Mme. K
qui l'invitait à la maison du lac. Cette association pouvait révéler à Freud la
valeur de l'identification homosexuelle de Dora à Mme. K en permettant la
consolidation d'un autre axe d'interprétation. Cela
nous explique la critique lacanienne à la fin d’analyse proposée par Freud. Une
fin basée sur l’opération réflexive de reconnaissance de l’amour de Dora envers
M. K. Aussi bien Freud que Lacan reconnaissent le rôle majeur de
l’identification de Dora au sujet-rival, c'est-à-dire, pour Mme. K. Il arrive à
Freud de parler d'un "amour
inconscient dans le sens le plus profond" et de reconnaître l'amour de
Dora par Mme. K comme élément central de l'histoire du désir de la patiente.
Mais ce donné restera marginal dans l'ensemble de l'économie de
l'interprétation freudienne. Au contraire, Freud préfère voir une
identification à la place du
sujet-rival en tant que place du choix d'objet paternel. Ce que lui permet de
comprendre le comportement de Dora comme le comportement d'une femme jalouse
envers l'amour du père. La question centrale pour Freud sera donc:
"pourquoi l'amour œdipien pour le père a été ravivé à ce moment de l'histoire du désir du sujet?". Sa réponse est
programmatique: il s'agissait d'un symptôme réactionnel pour exprimer autre
chose qui demeurait puissant dans l'inconscient: l'amour pour M. K. Un résultat incontournable si l'on suit les presupossés d'une herméneutique oedipienne. Nous
savons que Freud a été le premier à reconnaître les impasses de l’analyse de
Dora. Il nous a donné deux raisons pour
son échec clinique : la méconnaissance de la valeur réelle
d’identification de Dora envers Mme. K et l’absence d’une analyse correcte des
mécanismes de résistance posés par le transfert. Ce dernier point nous amène à la
deuxième limite aux procédures analytiques de remémoration : la
compulsion de répétition. Erinnerung et Wiederholungszwang: la tension
qui a été laissée en ouvert Très tôt, déjà en 1914, Freud remarquait l’existence d’un régime de
répétition qui semblait poser des problèmes à la remémoration. Dérivé d'abord
du constat clinique du transfert, la répétition montrait que, au lieu de se
souvenir de certains complexes pathogènes et traits pathologiques, le sujet
leur répétait sous la forme de l’action vers l’autre. « Ce n’est pas sous
la forme du souvenir que le fait oublié reparaît », dira Freud,
« mais sous forme d’action »[22]. D'où l'idée, par exemple, du transfert comme résistance à la
verbalisation propre à l'association d'idées. Nous voyons ici la reconnaissance d’une division nette entre la répétition
du contenu d’une représentation
auparavant inconsciente (la remémoration) et la répétition de la forme d’une structure inconsciente de
détermination de l’action, ou
encore, de la forme d'une structure
inconsciente de détermination des relations (la répétition qui aparraît sous
l'acte du transfert). Comme s’il y avait certains dispositifs pathologiques
dont la tendance serait de coloniser la forme
de l'acte, et non le contenu de
ce qui se cache à la pensée. Comme si on sortait du registre d’une
herméneutique (quête sémantique du sens œdipien caché) pour reconnaître
l’existence d’une modalité de répétition qui demanderait une autre stratégie de
déchiffrage. Pourtant, en 1914, Freud croit pouvoir régler la question de la compulsion
de répétition sans abandonner le programme analytique de la remémoration comme
cure. Il fait appel à la transformation de la répétition en une raison de se
souvenir à travers la liquidation du transfert, en établissant par-là un
horizon possible pour la fin de l’analyse fondée sur les processus de synthèse
propres à la remémoration. Il vaut pour le Freud de 1914 la remarque de
Deleuze: "On répète d'autant plus son passé qu'on s'en ressouvient moins,
qu'on a moins conscience de s'en souvenir - souvenez-vous, elaborez
le souvenir pour ne pas répèter"[23]. Il est vrai que nous ne sommes pas ici devant une simple conceptualisation
abstraite du cas à travers le générique de la structure. Car cette
conceptualisation est le résultat d’une remémoration qui revient du
transfert avec l’actualisation de la particularité des forces affectives. Mais
la forme de l'acte répétitif doit être transformée dans un contenu mental de la pensée, voici ce qui
intéresse vraiment. La forme de l’acte doit être liquidée en tant que
répétition[24]. Cette transformation est possible parce que,
pour Freud, la forme de l'acte est au
fond déformation du sens, elle est déjà transposition d'un contenu premier,
d'un texte où se lie l'histoire œdipienne de la sexualité avec ses
ramifications, Ainsi, la forme du transfert fait partie d'un: "ensemble de
répliques et de clichés (durchwegs aus Wiederholungen und Abklatschen) de certaines situations passées et aussi
de réactions infantiles"[25],
avec ses choix objectaux, ses privations et ses fantasmes propres. D’autre
part, l'amour de transfert: "n'est qu'une réédition de faits anciens, une
répétition des réactions infantiles"[26]
lisibles à travers les interprétations et constructions analytiques. J’insiste sur ce point afin de montrer comment, contrairement à ce qu’on
admet souvent, la reconnaissance du rôle central du transfert dans la situation
analytique n’emp6eche pas Freud de penser la clinique à partir des présupposés
d’une certaine modalité d’herméneutique fondée sur des mécanismes
auto-réflexifs de remémoration. Freud est très clair sur ce point. A son avis,
même si la psychanalyse ne peut pas "épargner à l'analysé cette phase de
la cure" représentée par la névrose de transfert et même si elle est donc obligée à laisser revivre un
certain fragment de la vie oubliée: "il doit veiller à que le malade garde
une certaine capacité de surplomber la situation qui lui permet malgré tout de
reconnaître dans ce qui apparaît comme réalité le reflet renouvelé d'un passé
oublié"[27]. Il
n'est qu'à travers cette reconnaissance que la conviction (Überseugung) subjective indispensable à la fin de l'analyse peut
arriver. En fait, ce n'est qu'à partir de l'Au-delà
du principe du plaisir, avec son articulation entre compulsion de
répétition et la pulsion de mort, que la psychanalyse sera empêchée de tomber
dans une tentation herméneutique qui confond interprétation et auto-réflexion
de la conscience. Tout se passe comme si Freud percevait, tel quel Lacan le
dira plus tard, que: “la remémoration comporte toujours une limite”[28]. Tout se passe comme si, à partir de la conceptualisation de la négativité
de la pulsion de mort, Freud finissait par poser la question : "Et
s’il y avait une compulsion de répétition qui ne pouvait pas être
arrêté?", "Et si la répétition était, en fait, une modalité de
négation qui ne pouvait pas être intégrée à l'univers symbolique du sujet (et
non pas simplement une manifestation de la logique du transfert, manifestation
prête à être interprétée)?". identification d’une répétition comme
modalité de négation propre à la pulsion de mort amènera Lacan, plus tard, à
proposer une distinction nette entre transfert et répétition comme
manifestation du Réel [29]. En ce sens, Analyse avec fin et
analyse sans fin¸de 1937, est un texte foncier. Ici, Freud reconnaît de
façon évidente l'existence des limites aux processus de remémoration et de
symbolisation propres à l'herméneutique analytique. Il aura un chapitre qui résiste à se laisser
écrire dans le texte de l'histoire du désir du sujet. C'est dans ce chapitre muet que se loge l'énigme de
la différence sexuelle ("le roc d'origine" comme le dira Freud) et la
force insurmontable de la pulsion de mort, ou encore, de l'insistance
répétitive de la mort en tant que pulsion. Freud expose cette conclusion à travers l’analyse de l’étiologie des
troubles névrotiques. Cette étiologie est normalement composée de trois
facteurs: l'influence des traumatismes précoces, des modifications du moi
résultants des mécanismes de défense et la force des motions pulsionnelles
liés, principalement, à la pulsion de mort avec ses processus de répétition.
Sur le premier point, Freud ne reconnaît pas des limites à la symbolisation
analytique des noyaux traumatiques. Et il n'est pas un hasard si: "c'est
seulement dans le cas à prépondérance
traumatique que l'analyse réalisera ce dont elle est magistralement
capable"[30]. Il
s’agit du résultat clinique naturel d’un processus de subjectivation tel que
celui conçu par Freud. À propos de l’analyse des défenses du moi, Freud reconnaît que son
efficacité dépend d’un facteur quantitatif lié à la force mobilisée
contre le danger, l'angoisse et le déplaisir (Lacan rajoutera plus tard la
jouissance) produites par les motions pulsionnelles. Car ces mécanismes de
défense se fixent dans le moi et deviennent des modes de réactions régulières
du caractère qui apparaissent dans la clinique sous la forme de réactions
thérapeutiques négatives. Si le profondeur d'enracinement des résistances propres
à la modification du moi est trop grand, alors la psychanalyse trouve là une
limite. Mais le
facteur que nous intéresse maintenant concerne les motions pulsionnelles qui
ont été la cause des modifications du moi. L’autre problème que Freud indique en
tant que limite à l’analyse, c’est-à-dire, le refus de la castration lié au
refus de féminité, nous semble occuper une place très spécifique à l’intérieur
de l’économie de ce texte. Il serait lié au refus de soumission à une figure imaginaire de rivalité dont l’autorité
vient de la menace de castration. Une figure qui Freud pouvait
actualiser dans la mesure où il avait la tendance d’occuper la position du père
à l’intérieur de la situation de transfert. En ce sens, il n’est pas étrange
que la castration soit le roc de l'analyse. Elle est le refus de soumission
intégrale de la jouissance à une autorité qui apparaît comme rival. Nous ne
sommes pas encore proches de la notion lacanienne de castration symbolique
comme condition de nouage entre la jouissance et la Loi. Freud
demande alors s'il y a des limites au domptage de la pulsion - ce qui nous
pouvons comprendre comme une question sur la possibilité de dompter,
principalement, la compulsion de répétition propre à la pulsion de mort. La
réponse freudienne est programmatique: c'est la correction après coup du
processus de refoulement originaire, c'est-à-dire, d’une première négation (Verwerfung) qui a rejeté hors du moi le Réel qui bouleversait le principe de
constance de l'appareil psychique, qui
peut mettre fin à la puissance effective du facteur quantitatif de la
pulsion. Mais Freud lui-même a été le premier à reconnaître l'infinitude de la
force pulsionnelle en soulignant le caractère inépuisable de son domptage:
« On pourrait parfois douter » dira le psychanalyste, « que les
dragons du temps originaire soient vraiment morts jusqu’au dernier »[31].
Comme s’il y avait une négativité qui ne cesserait jamais de se faire présente.
Comme si la symbolisation psychanalytique ne pouvait pas dissoudre ce forçage
répétitif de la mort comme pulsion qui insiste au-delà du principe du plaisir.
Ici, Freud nous enseigne qu'il y a une négation, propre à la mort comme
pulsion, qui ne peut pas être soumise à l'inscription symbolique. Le
problème c'est que la négativité de la pulsion de mort ne sera pas incorporée à
la clinique freudienne. La compulsion de répétition apparaîtra comme limite à la clinique et aux
mécanismes de remémoration, de verbalisation et de symbolisation réflexive
propres à l'interprétation. Freud ne peut penser la manifestation de la
négativité de la pulsion de mort à l'intérieur de la clinique qu'à travers la
figure de la réaction thérapeutique négative et des autres manifestations des
fantasmes masochistes qui doivent être
rayés afin d'amener le sujet à la fin de l'analyse. C'est-à-dire, le
programme freudien: “d’enrayer la compulsion de répétition et de la transformer
en une raison de se souvenir”[32] grâce à la liquidation d'une répétition souvent confondue avec le
transfert continuera valide jusqu'au but, même s'il voit des limites à son
efficacité. Nous ne
sommes pas encore devant une clinique, telle que la clinique lacanienne, qui
voit la pulsion de mort, ou plus précisément, la mort symbolique, comme le
moteur de la cure et la condition pour la manifestation d'une expérience de
non-identité qui permettrait la traversé du régime identifiant du fantasma.
Peut-être, parce que, pour Freud, la subjectivation de l’expérience de la mort
semble toujours être au service des fantasmes masochistes et de leur principe
économique, c’est-à-dire, le principe du plaisir. N’est-ce pas Freud
lui-même qui affirme: « même l’autodestruction de la personne ne peut
se produire sans satisfaction libidinale »[33] ? En
fait, Freud reconnaît que la pulsion de mort est au-delà de l'économie
fantasmatique du principe du plaisir, mais une lecture attentive de l'Au-delà du principe du plaisir nous
démontre comment la compulsion de répétition établit un rapport complexe et de
difficile partage avec les fantasmes masochistes fondamentaux. Souvenons-nous
comment le texte termine en affirmation que: “le principe du plaisir semble
être en fait au service de la pulsion de mort”[34]. A mon avis, il manque encore à Freud une distinction nécessaire entre les
mécanismes de répétition liés à la
pulsion de mort et ceux liés au
fantasme. C’est-à-dire, une répétition comme inertie du passé et une
répétition comme effacement lié à la pulsion de mort, ce qui apparaîtra
plus tard chez Lacan. Le legs de Freud dans ce point consisterait plutôt dans le besoin de
penser des modalités d'articulation de la différence, à l'intérieur de la
clinique, entre la négativité de la répétition pulsionnelle et la répétition
fascinante des fantasmes fondamentaux qui colonisent la pensée du sujet et qui
modulent la présentation du monde des objets de son désir. Un retour
systématique de la pensée sur le même, tellement présent, par exemple, dans la
névrose obsessionnelle et dans le masochisme moral. Mais
dans quelles conditions la mort peut apparaître comme insistance répétitive
au-delà des fantasmes masochistes d’auto-destruction ?
Et comment elle peut guérir le sujet des maladies de l’inertie ? ce sont
des questions qui nous guideront dans les prochains séminaires. [1] DELEUZE, Différence et répétition, p. 30 [2] LACAN, Séminaire XIV, séance du 15/02/67) [3] HEGEL, Phénomènologie de l'esprit II, p.197 [4] "Reprise et ressouvenir sont un même
mouvement, mais en direction opposée; car, ce dont on a ressouvenir, a été;
c'est une reprise en arrière; alors que la reprise proprement dite est un
ressouvenir en avant" (KIERKEGAARD, La
reprise, p. 65) [5] LACAN, Séminaire XI, p. 59 [6] LACAN, Autres Ecrits, p. 326 [7] Cf. ADORNO, Dialectique négative, pp. 185-187 [8] La pertinence du vocabulaire du fantasme
dans la compréhension de la forme-marchandise a été defendue
par Marx lui-même qui parlait de "l'objectivité fantasmatique" (MARX,
Le capital, p. 43) propre à la
détermination des valeurs d'échange. [9] WARHOL, POPism: the Warhol'60s, p. 50 [10] DELEUZE, Différence et répétition, p. 28 [11] FREUD, Sigmund, Fragment d’un cas d’hystérie, p. 10. Cet horizon de totalisation
prend la forme même du texte clinique freudien, conçu en grand partie comme un
récit reconstitutif de l’intégralité du roman
familier de la Dora. [12] FREUD, Constructions dans l'analyse, p. 270. [13] RICOEUR, De l'interprétation, p. 57 [14] RICOEUR, De l'interprétation, p. 65 [15] "Ce qui veut Freud, c'est que
l'analysé, en faisant sien le sens qui lui était étranger, élargisse son champ
de conscience" (RICOEUR, idem. p.
45) [16] Dans cette perspective, la différence
entre catharsis et remémoration est plutôt d’ordre méthodologique que d’ordre
proprement ontologique. La catharsis est aussi un rappel au souvenir d’un
contenu traumatique, mais qui se sert de l’hypnose et de la suggestion, au lieu
de la libre association. Si dans la catharsis, la psychanalyse se contentait
d’une répétition imaginaire à partir
d’une "expérience de laboratoire" (FREUD, Rémemoration, répétition, perlaboration, p. 107) où le sujet revivait l’image
d’une scène passée, dans la remémoration, le psychanalyste cherchait à
développer un mode de répétition symbolique
des traumas non-historicisés. Ni dans un cas ni
dans l’autre, on sort du registre de la mémoire comme cure. [17] FREUD, Au-delà du principe du plaisir, 58. En ce sens, il est compréhensible
que: "Le travail analytique, en effet, se déroule au mieux quand les
événements pathogènes appartiennent au passé, de sorte que le moi a pu acquérir
de la distance à leur égard. Dans les états de crise aigué,
l'analyse n'st pour ainsi dire pas utilisable"
(FREUD, Analyse sans fin et analyse avec
fin, p. 247) [18] FREUD, Au-delà du principe du plaisir, p. 288 [traduction
oeuvres complètes] [19] FREUD, L'homme aux loups, p. 361. [20] Et il n'est pas un hasard si Freud nous
fournit l'exemple de construction à travers l'application du compléxe d'OEdipe et des théories séxuelles
infantiles à la multiplicité du matériau refoulé. Cet exemple prend la forme
que se suit: " 'Jusqu'à votre n année
vous vous êtes considéré comme le possesseur unique et absolu de votre mère; à
ce moment-là un deuxième enfant est arrivé et avec lui une forte déception.
Votre mère vous a quitté pendant quelque temps et, même après, elle ne s'est
plus consagrée à vous exclusivement. Vos sentiments
envers elle sont devenus ambivalents, votre père a acquis une nouvelle
signification pour vous', et ainsi de suite" (FREUD, Constructions dans l'analyse, p. 273). [21] Je peut ici m’en servir de l’affirmation
de Paul Verhaeghe, selon laquelle Freud adopte la
position du maître en transformant le cas dans un grand exposé explicatif à
propos d’une sortie normative de l’Oedipe. Dans ce sens, Dora aurait réfusé l’identification au maître et au savoir du maître
(Cf. VERHAEGHE, Paul, Does the woman exist ?, pp.
55-65). C’est à partir de cette perspective qu’on comprendre la question de
Lacan : « Pourquoi [Freud] substitue-t-il au savoir qu’il a recueille
de toutes ces bouches d’or, Anna, Emmie, Dora, ce
mythe, le complexe d’Oedipe ? » (LACAN, S XVII, p. 112-113). [22] FREUD, Remémoration, répétition et perlaboration, 108. Ou encore: "Il
[le patient] est bien plutôt obligé de répéter le refoulé comme expérience
vécue (Erlebnis),
au lieu de s'en souvenir comme d'un morceau du passé, ce que préférerait le médicin" (FREUD, Au-delà
du principe du plaisir, p. 289) [23] DELEUZE, Différence et répétition, p. 25 [24] Souvenons comment le mouvement clinique
de Freud consistera toujours en: "pousser le plus de contenu possible dans
la voie de la remémoration et d'abbandonner le moins
possible à la répétition" (FREUD, Au-delà
du principe du plaisir, p. 58) [25] FREUD, Observations sur l'amour de transfert, p. 126 [26] FREUD, Observations sur l'amour de transfert, p. 127 [27] FREUD, Au-delà du principe du plaisir, p. 58 [28] LACAN, Séminaire XI, p. 40. Ou
encore : « Le sujet chez soi, la remémorialisation
de la biographie, tout ça ne marche que jusqu’à une certaine limite qui
s’appelle le réel » (idem, 49) [29] Tel que nous pouvons voir dans
l'affirmation: "La répétition est quelque chose qui, de sa véritable
nature, est toujours voilée dans l'analyse, à cause de l'idéntification
de la répétition et du transfert dans la conceptualisation des analystes"
(LACAN, S XI, [página tuché et automaton]
[30] FREUD, Analyse sans fin et analyse avec fin, procurar page II [31] FREUD, L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, 244 [32] FREUD, Rémemoration, répétition et perlaboration, p. 113 [33] FREUD, Le problème économique du masochisme, 297. [34] FREUD, Au delà du principe du plaisir, p. 114. Et même Lacan reconnaît
cette difficulté de différencier la subjectivation de la mort et les fantasmes
masochistes : « La jouissance du réel – ce dont Freud s’est
aperçu – comporte le masochisme » (LACAN, SXXIV) |