L'acadie historique
Le pays de nos ancêtres Robichaud
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*Textes et quelques illustrations tirés de la publication de Parc Canada "L'Acadie historique" |
L'
Acadie historique
On appelle
aujourd'hui "Acadie" les régions de la Nouvelle-Écosse, du
Nouveau-Brunswick et de I'Île-du-Prince-Édouard peuplées de Canadiens français
dont l'histoire remonte à plusieurs siècles. Autrefois, ce mot désignait une
région plus petite étalée principalement le long des rives de la baie de
Fundy et de ses anses où les colons français s'étaient établis aux
XVII" et XVIII" siècles.
Un
peuple unique
Cette
région isolée vit grandir un peuple unique en Amérique du Nord. Les Acadiens
avaient une vocation essentiellement agricole, mais alors que les autres, colons
du continent s'attaquèrent aux forêts vierges et aux terres en friche, ils
choisirent plutôt d'exploiter les fertiles marais côtiers de la baie de Fundy.
Ils construisirent des digues de terre le long du rivage afin de bloquer les
grandes marées et de drainer le sol pour le rendre cultivable. Sur les anciens
marécages, les Acadiens élevèrent de grands troupeaux de bétail et cultivèrent
des céréales pour assurer leur subsistance et nourrir les bêtes. Ils
entretenaient en outre de magnifiques vergers et potagers.
| Le systèmes de digues et d'aboiteaux est très ingénieux mais nécessite un travail acharné pour effectuer ces constructions dans les marais salins. Les digues servent à bloquer l'eau des marées et les aboiteaux à irriguer les marais. |
L'économie
de l'Acadie ne reposait pas, comme celle des colonies françaises établies le
long du fleuve Saint-Laurent et à Terre-Neuve, sur la pêche et la traite des
fourrures. Les habitants avaient du gibier et du poisson en abondance et en
faisaient le commerce à l'occasion, mais en général, ces produits étaient réservés
à leur propre consommation. Il y avait aussi de petits établissements le long
de la rivière St-Jean et du détroit de Canso ainsi qu'à Cap Sable. Cependant,
ceux-ci dépendaient de la traite des fourrures et de la pêche.
Contrairement à la plupart des colons européens établis en Amérique du Nord, les Acadiens vivaient en général en bon voisinage avec les autochtones. Il n'était pas rare de voir un Acadien épouser une Indienne, ou vice-versa, et la plupart des Micmacs qui se convertirent au christianisme. Les Acadiens furent prompts à découvrir que leurs ennemis n'étaient pas les Indiens mais bien d'autres Européens.
Attaques fréquentes
La
menace la plus sérieuse était la rivalité d'intérêts des empires
britanniques et français. L'Acadie était une région frontière d'une importance
cruciale pour deux puissants voisins. Ce ne sont pas ses richesses agricoles
qu'ils convoitaient, mais sa position stratégique entre la Nouvelle-Angleterre
et le Canada. Les Acadiens étaient habituellement les premiers à souffrir dès
qu'un conflit éclatait entre les deux empires. Ainsi, chaque fois que la France
lançait en Europe une offensive contre ses ennemis britanniques, des corsaires
armés par ses grands commis en Acadie partaient attaquer les colonies
anglaises, emmenant avec eux des partis de guerre Micmacs. Les Acadiens
participaient rarement à ces entreprises, mais c'est sur eux que, de la
Nouvelle-Angleterre, on exerçait des représailles.
Même s'ils étaient francophones, les Acadiens regardaient souvent les deux puissances comme des étrangers. Ils se savaient différents des habitants des autres colonies de la Nouvelle-France et, dans leurs villages isolés, ils développèrent un certain esprit d'indépendance. Un des gouverneurs français alla même jusqu'à les traiter de "vrais Républicains". Les gouverneurs remarquèrent en outre que les Acadiens semblaient commercer tant avec les marchands anglais qu'avec les marchands français. Les commerçants de la Nouvelle-Angleterre apportaient des textiles, des articles en fer, du sucre et du rhum en Acadie et y achetaient en échange les surplus de céréales et de bétail. Aux yeux du gouvernement français, ce commerce avec les Anglais était une trahison, ce qui ne n'empêcha pas les Acadiens de disposer comme ils l'entendaient des produits de leurs terres.
Hostilité
Cependant, leurs relations avec les Anglais étaient souvent teintées d'hostilité. La Nouvelle-Angleterre faisait partie de l'Empire britannique et des navires et des hommes y étaient engagés par les Britanniques pour tenter de s'emparer de l'Acadie. Au cours de son premier siècle d'existence, l'Acadie essuya dix attaques de la part des forces coloniales britanniques. La première eut lieu en 1613 et entraîna la mise à sac et la destruction de Port-Royal, établissement fondée par Samuel de Champlain en 1605. L'Acadie subissait invariablement les répercussions des événements qui se déroulaient en Europe. En 1621, le roi de Grande-Bretagne octroya l'Acadie à l'un de ses sujets écossais qui lui donna le nom de Nouvelle-Écosse. Les Écossais fondèrent une petite colonie à PortRoyal, mais en 1632, la Grande-Bretagne signait avec la France un traité de paix par lequel elle lui cédait la Nouvelle-Écosse.
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Maison acadienne typique |
Les Français développèrent leur colonie acadienne. Ils y installèrent de nouveaux colons qui commencèrent à endiguer les marais autour de Port-Royal, qui s'appelle aujourd'hui Annapolis Royal. Quand, plus tard, les Anglais s'emparèrent de l'Acadie, ils la gouvernèrent pendant seize ans puis durent la céder de nouveau aux Français. Malgré des attaques fréquentes, la colonie prit de l'expansion. De Port-Royal, elle gagna la vallée d'Annapolis et les marais du bassin des Mines et des baies de Chignecto et de Shepody. Toutefois, au cours d'une guerre européenne subséquente, l'Acadie retomba aux mains des Anglais et, elle leur fut cédée par un traité signé en 1713.
Les
Français quittent l'Acadie
Les
forces françaises quittèrent l'Acadie pour fonder de petites colonies dans les
régions qui forment aujourd'hui le Nouveau-Brunswick et l'île-du-Prince-Édouard
et ils érigèrent sur l'île du Cap-Breton l'imposante forteresse de Louisbourg,
qui servait de centre militaire et administratif. En vertu du traité de 1713,
les Acadiens étaient libres de partir en emportant leurs biens, mais rares
furent ceux qui acceptèrent de s'établir sur les terres que leur concédait la
France sur l'île du Cap-Breton. La plupart des Acadiens choisirent de demeurer
sur leurs terres ancestrales sous la domination de nouveaux maîtres tout en établissant
avec la nouvelle colonie française de Louisbourg un commerce prospère que les
Anglais voyaient évidemment d'un mauvais oeil, mais que les Français
encourageaient. Par l'intermédiaire des commerçants et des missionnaires, le
gouverneur de Louisbourg restait en relation avec les anciens sujets du roi de
France en Nouvelle-Écosse, avec l'espoir qu'advenant une autre guerre, les
Acadiens se rallieraient à la France.
Le
traité de 1713 accordait aux Acadiens le droit de pratiquer leur religion et de
conserver leurs terres s'ils prêtaient serment d'allégeance à la Couronne
britannique. Les Acadiens étaient prêts à prêter serment pourvu qu'en cas de
guerre, ils n'aient pas à prendre les armes contre leurs anciens compatriotes.
Les gouverneurs britanniques de la Nouvelle-Écosse tentèrent en vain de les convaincre de renoncer à leur neutralité, mais les Acadiens s'obstinèrent, ce qui leur valut éventuellement le nom de "Français neutres de la Nouvelle-Écosse".
Neutralité mise à l'épreuve
Cette
neutralité fut mise à l'épreuve dans les années 1740 lorsqu'une nouvelle
guerre éclata en Europe et que les troupes françaises marchèrent sur
la Nouvelle-Écosse. Il n'y a pas de doutes que certains Acadiens aidèrent les
Français, surtout en leur fournissant le vivre et le couvert, mais ils prétendirent
presque tous avoir cédé à la force. De nouveau, les Acadiens jugeaient que
leur patrie servait de champ de bataille à deux puissances étrangères. Leur
politique consistait à chercher à éviter les représailles de part et
d'autre. Après quelques revers (la bataille de Grand-Pré en 1747), les Anglais
boutèrent encore les Français hors de Nouvelle-Écosse.
Les
Acadiens croyaient avoir prouvé leur neutralité en refusant de combattre aux côtés
des Français et le lieutenent-gouverneur était d'accord avec eux sur ce point.
Le gouvernement britannique n'en considérait pas moins les Acadiens comme de
mauvais sujets et entreprit de fortifier sa position en Nouvelle-Écosse. Plus
de trente ans après s'être emparée de la colonie, l'Angleterre décida d'y
envoyer des protestants et des colons anglais. Une nouvelle ville fut fondée à
Halifax en 1749 et on la dota d'une importante garnison.
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Activités quotidiennes au fort Beauséjour |
Au début des années 1750, les Français érigèrent les solides fortifications du fort Beauséjour sur la rive nord de la rivière Missaguash. À leur avis, cette rivière marquait sur l'isthme de Chignecto les limites du territoire britannique. Les Britanniques contestèrent ce fait mais érigèrent à leur tour le fort Lawrence, sur la rive sud de la rivière. Écoutant les missionnaires français, nombre d'Acadiens abandonnèrent leur ferme en Nouvelle-Écosse pour s'installer en territoire français le long de la rivière Memramcook et des autres rivières qui se jettent dans la baie de Chignecto.
Le
fort Beauséjour capturé
Puis
en 1755, Charles Lawrence, gouverneur de la Nouvelle-Écosse, aidé par la
colonie de Massachusetts, assiégea et captura le fort Beauséjour. Parmi la
garnison défaite, il découvrit quelque 200 Acadiens qui affirmèrent
tous avoir été forcés sous peine de mort de prendre les armes à côté des
Français. Cette découverte convainquit néanmoins Lawrence de mettre à exécution
un projet depuis longtemps caressé: imposer aux Acadiens, sous peine de déportation,
le prêt sans réserve du serment d'allégeance à la Couronne britannique.
Les
autorités britanniques avaient coutume de traiter avec les Acadiens par
l'entremise de représentants nommés dans chaque colonie. Convoqués à
Halifax, ces délégués refusèrent de se soumettre au chantage de Lawrence. Ils
déclarèrent pouvoir demeurer de loyaux sujets de Sa Majesté britannique tout
en restant neutres en temps de guerre. Mais cette fois, les délégués acadiens
s'étaient tragiquement mépris sur la détermination du gouverneur. La réaction
de Lawrence était de jeter les délégués en prison et d'élaborer un plan
pour la déportation de tous les Acadiens.
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Rencontre chez le gouverneur |
Quelles
que soient les conséquences de leur déclaration, les délégués étaient
certains de l'appui unanime du peuple acadien. Malgré la distance et les
difficultés de communication entre les colonies, l'Acadie formait une grande
collectivité, car des liens de parenté nouaient tous les villages. Les corvées
pour endiguer les marais côtiers avaient fait fleurir des sentiments d'égalité
et de fraternité chez les Acadiens qui étaient tous, en outre, de fervents
catholiques. Le gouvernement britannique avait autorisé les missionnaires français
à oeuvrer en Nouvelle-Écosse et ces derniers n'avaient cessé d'encourager les
Acadiens à se soustraire à tout serment qui pourrait les obliger à prendre
les armes contre les Français. De toute façon, les Acadiens, un peuple
pacifique, ne voulaient pas se battre contre qui que ce soit. Par contre, ils ne
voulaient pas quitter leur patrie.
Après le traité de 1713, les Britanniques auraient pu encourager les Acadiens à quitter la Nouvelle-Écosse, s'ils n'avaient craint que ces derniers ne s'ajoutent à la population française de Louisbourg ou du Canada. En outre, avec le départ des Acadiens, la nouvelle colonie britannique serait déserte et les troupes britanniques en garnison à Annapolis Royal, presque sans source de provisions.
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L'ordre de déportation |
Après la fondation d'Halifax toutefois, la population non Acadienne en Nouvelle-Écosse augmenta et les Britanniques dépendirent moins des Acadiens. C'est le gouverneur Lawrence qui prit finalement la décision de déporter les Acadiens, le gouvernement britannique ne faisant que sanctionner un fait accompli.
La déportation
La
plupart des Acadiens furent déportés à l'automne de 1755. Les troupes de
Lawrence commencèrent par le brûlage des villages acadiens et la destruction
des récoltes. Elles embarquèrent ensuite les habitants sur des navires qui
mirent le cap au sud vers les colonies britanniques qui s'échelonnaient du
Massachusetts jusqu'en Georgie. Certaines colonies firent bon accueil aux exilés
tandis que d'autres se montrèrent indifférentes. Ceux qui débarquèrent en
Virginie furent immédiatement envoyés en Angleterre où ils demeurèrent
quelques années avant d'être expédiés en France. Les troupes britanniques
essayèrent de ne pas séparer les familles dans la confusion de l'embarquement.
Il y eut peu d'enfants séparés de leurs parents, mais il arriva que des
cousins ou des grands-parents se voient tragiquement emportés dans des navires
différents. La misère était grande à bord des navires surchargés, et nombre
d'Acadiens périrent avant d'atteindre leur lieu d'exil ou peu après.
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Incendie des villages |
Embarquement |
L'Acadie
comptait environ 10,000 habitants en 1755 et on estime à 6,000 le nombre de
ceux qui furent expatriés cette année-là. Il y eut peu de résistance armée
chez les Acadiens, mais de nombreuses familles qui parvinrent à échapper à
l'exil en se cachant dans les bois souffrirent cruellement de la faim et
d'autres privations. Un grand nombre de réfugiés y succombèrent et, au
cours des années qui suivirent, plusieurs des survivants furent capturés ou se
rendirent. Environ 2,000 autres Acadiens furent déportés après 1755 et on en
expulsait même encore en 1762. Certains parvinrent toutefois à s'échapper en
territoire québecois et d'autres réussirent à survivre dans les forêts de ce
qui forme aujord'hui le Nouveau-Brunswick.
Après
la chute de la Nouvelle-France en 1760, les
Acadiens cessèrent d'être vus comme une menace pour les Britanniques de sorte
qu'en 1764, ils recouvrèrent le droit de devenir propriétaires en Nouvelle-Écosse.
Cependant, comme leurs fermes sur les marais de Fundy ne leur furent pas redonnées,
ils ont établi, ailleurs dans les provinces Maritimes, de nouvelles colonies
qui sont devenues les centres de l'Acadie d'aujourd'hui.
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