
Soeur Josefa Menéndez (1890-1923)
Jésus-Christ s'est apparu souvent pendant les années 1921-22 et 23 à soeur Josefa Menéndez, une religieuse de la Société du Sacré Coeur de Jesus. Ses Mémoires sont publiées dans un livre de plus de 500 pages intitulé : Un appel � l'Amour.
Dans ce Livre on explique la persistance de Jésus en sauver nos âmes par la rencontre avec Son amour avant "le rapprochement des derniers jours du monde". Soeur Josefa écrit avec une grande réticence sur le sujet de l'enfer. Elle l'a seulement fait pour conformer les désirs bénis de Notre Seigneur.
Notre Dame l'a dit le 25 octobre de 1922 : "Tout ce que Jésus te donne à voir et souffrir des tourments de l'enfer est pour que tu puisses les faire connaître au monde. Par conséquent, oublie-toi complètement de toi même, et pense à la gloire du salut des âmes."
Jésus a tenu à le donner à Josefa pour lui montrer, à l'entrée de la grande épreuve, qu'Il est bien là, toujours le Même.
" Dans la nuit du mercredi au jeudi 16 mars, vers dix heures - écrit-elle - je commençai à entendre, comme les jours derniers, un bruit confus de cris et de chaînes. Je me levai, je m'habillai et, tremblante de peur, je me mis à genoux près de mon lit. Le bruit se rapprochait. Je sortis du dortoir, ne sachant que faire, j'allai à la cellule de notre bienheureuse Mère, puis je revins au dortoir. Le même bruit terrible m'environnait toujours. Tout à coup, je vis le démon en face de moi, il criait :
" - Attachez-lui les pieds... liez-lui les mains.... "
" Instantanément, je ne vis plus où j'étais, je sentis qu'on me liait étroitement et que l'on m'entraînait. D'autres voix rugissaient :
" - Ce ne sont pas les pieds qu'il faut lui attacher, c'est le coeur! "
" Et le démon répondait :
" - Il n'est pas à moi! "
" Alors, on me tira à travers un long chemin plongé dans l'obscurité. Je commençai à entendre de toutes parts des cris horribles. Dans les parois de cet étroit corridor, les unes en face des autres, il y avait comme des niches d'où sortait de la fumée presque sans flamme, et dont l'odeur était intolérable. De là, des voix proféraient toutes sortes de blasphèmes et des paroles impures. Les unes maudissaient leur corps, les autres leurs parents. D'autres se reprochaient de n'avoir pas profité de l'occasion ou de la lumière pour abandonner le mal. Enfin, c'était une confusion de cris pleins de rage et de désespoir.
" ... Je fus tirée à travers cette sorte de corridor qui n'avait pas de fin. Puis, on me donna un coup violent qui m'enfonça, pliée en deux, dans une de ces niches. Je me sentis comme pressée entre des planches incendiées et transpercée de part en part d'aiguilles brûlantes. En face de moi, à côté de moi, des âmes me maudissaient et blasphémaient. C'est ce qui me fit souffrir le plus.... Mais ce qui ne peut avoir de comparaison avec aucun tourment, c'est l'angoisse de l'âme de se voir séparée de Dieu....
" Il me semble que j'ai passé de longues années dans cet enfer - poursuivent les notes - et cependant cela n'a duré que six ou sept heures.... Tout à coup, on me retira violemment et je me trouvai dans un lieu obscur où le démon, après m'avoir frappée, disparut et me laissa libre.... Je ne puis dire ce que je sentis dans mon âme, quand je me rendis compte que j'étais vivante et que je pouvais encore aimer Dieu!
" ... Pour éviter cet enfer et bien que j'aie si peur de souffrir, je ne sais ce que je suis prête à endurer. Je vois clairement que toutes les souffrances du monde ne sont rien en comparaison de la douleur de ne pouvoir plus aimer, car là on ne respire que haine et soif de la perte des âmes!..."
Dès lors, Josefa connaît fréquemment cette douleur
mystérieuse. Tout est mystère, en effet, dans ces longues
séances de l'Au-delà ténébreux. Elle les pressent
chaque fois par ces bruits de chaînes et ces cris lointains qui se
rapprochent, l'environnent et l'accablent. Elle essaie de fuir, de se distraire,
de travailler pour échapper à cette ruée diabolique
qui finit cependant par la terrasser. Elle a juste le temps de se réfugier
dans sa petite cellule, mais bientôt, elle n'a plus conscience de
ce qui l'entoure. Elle se trouve d'abord dans ce qu'elle appelle "un lieu
obscur ", en face du démon qui semble croire qu'elle est en son
pouvoir pour toujours. Il ordonne avec violence qu'on la jette en son lieu
et Josefa, liée étroitement, tombe dans ce chaos de feu et
de douleurs, de rage et de haine.
Elle note tout cela simplement et objectivement, tel qu'elle le voit, l'entend, l'expérimente.
À l'extérieur, un léger tressaillement à seul annoncé ce départ mystérieux. À l'instant même, son corps est devenu entièrement souple et sans consistance, comme celui dont la vie a disparu depuis quelques minutes à peine. Sa tête, ses membres, ne se soutiennent plus, son coeur bat cependant normalement: Josefa vit comme sans vivre.
Cet état se prolonge plus ou moins, selon la volonté de Dieu qui la livre ainsi à l'enfer, mais la garde dans sa Main très sûre.
À l'instant fixé par Lui, un nouveau et très imperceptible tressaillement, et son corps abandonné retrouve la vie.
Elle n'est cependant pas délivrée de la puissance du démon dans ce lieu sombre où il l'accable de menaces.
Quand il l'abandonne enfin et qu'elle revient lentement à elle, les heures passées en enfer lui ont paru des siècles. Elle ne reprend contact que peu à peu avec les lieux et les personnes qui l'entourent. " Où suis-je?... qui êtes-vous? est-ce que je vis encore ? ... " - demande-t-elle. - Ses pauvres Yeux cherchent à retrouver le cadre d'une vie qui lui semble si loin dans le passé parfois, de grosses larmes coulent silencieusement, tandis que sa physionomie porte l'empreinte d'une douleur que rien ne peut traduire. Elle achève enfin de retrouver le sens de l'actuel et comment exprimer l'émotion intense qui la saisit quand elle réalise soudain qu'elle peut encore aimer!
Elle l'a écrit plusieurs fois en des termes dont la simple ardeur ne peut être interprétée ;
" Dimanche 19 mars 1922, troisième dimanche du Carême. - Je suis encore descendue dans cet abîme, il me semble que j'y demeure de longues années. J'ai beaucoup souffert, mais le plus grand des tourments est de me croire, pour toujours, incapable d'aimer Notre-Seigneur. Aussi, quand je reviens à la vie, je suis folle de joie. Je crois que je L'aime plus que jamais et que, pour le Lui prouver, je suis prête à souffrir tout ce qu'Il voudra. Il me semble surtout que j'estime et que j'aime ma vocation à la folie."
Elle ajoute quelques lignes plus loin :
" Ce que je vois me donne un grand courage pour souffrir. Je comprends le prix des moindres sacrifices: Jésus les recueille et s'en sert pour sauver des âmes. C'est un grand aveuglement d'éviter la souffrance, même en de très petites choses, car non seulement elle est d'un grand prix pour nous, mais elle sert à préserver beaucoup d'âmes de si grands tourments. "
Josefa a essayé par obéissance de tracer quelque chose de ces descentes qui se renouvellent fréquemment à cette époque.
Tout ne pourrait être traduit. Mais quelques pages encore serviront d'enseignement précieux. Elles stimuleront les âmes à se dévouer et à se sacrifier pour le salut de celles qui, chaque jour et à chaque heure, sur le bord de l'abîme, sont l'enjeu d'une lutte tragique entre l'Amour et la haine, le désespoir et la Miséricorde.
" Quand j'arrive en ce lieu - écrit-elle le dimanche 26 mars - j'entends des cris de rage et de joie infernale parce qu'une âme de plus est plongée dans ces tourments ! ...
" Je n'ai plus conscience à ce moment d'être déjà descendue dans l'enfer; il me semble toujours que c'est la première fois. Il me semble aussi y être pour l'éternité et c'est ce qui me fait tant souffrir, car je me rappelle que je connaissais et que j'aimais Notre-Seigneur... que j'étais religieuse, qu'Il m'avait fait de grandes grâces et donné de nombreux moyens pour me sauver. Qu'ai-je donc fait pour perdre tant de biens?... Comment ai-je été si aveugle?... Et maintenant, il n'y a plus de remède ! ... Je me souviens aussi de mes communions, de mon Noviciat. Mais ce qui me tourmente le plus, c'est que j'aimais tant le Coeur de Jésus! Je Le connaissais et Il était tout mon Trésor.... Je ne vivais que pour Lui ! ... Comment vivre maintenant sans Lui?... sans L'aimer?... enveloppée de ces blasphèmes et de cette haine?
" Mon âme est oppressée et brisée à un point que je ne peux pas expliquer, car c'est indicible.... "
Souvent aussi, elle assiste aux efforts acharnés du démon et de ses satellites pour arracher à la Miséricorde des âmes dont il est sur le point de faire sa proie. Ses souffrances semblent bien être alors, dans les Plans de Dieu, la rançon de ces pauvres âmes qui lui devront la grâce victorieuse du dernier instant.
" Le démon - écrit-elle le jeudi 30 mars - est plus furieux que jamais, car il veut perdre trois âmes. Il criait avec fureur aux autres :
" - Qu'elles ne s'échappent pas... elles s'en vont... allez, allez ferme! "
" Et j'entendais des cris de rage qui lui répondaient de loin."
Deux ou trois jours de suite, elle est témoin de cette lutte.
" Je suppliai Notre-Seigneur de faire de moi tout ce qu'Il voudra, pourvu que ces âmes ne se perdent pas - écrit-elle en revenant de l'abîme, le samedi 1er avril. - Je me tournai aussi vers la Sainte Vierge et Elle me donna une grande paix, car Elle me laissa décidée à souffrir n'importe quoi pour les sauver. Je crois qu'Elle ne permettra pas que le démon ait la victoire. "
Le dimanche 2 avril, dimanche de la Passion, elle écrit de nouveau :
" Le démon criait :
" - Ne les lâchez pas! Soyez attentifs à tout ce qui peut les troubler... qu'elles ne s'échappent pas ! ... obtenez qu'elles se désespèrent ! ... "
" C'était une confusion de cris et de blasphèmes. Tout à coup, jetant un hurlement de rage, il cria :
" - Peu importe! il m'en reste encore deux. Enlevez-leur la confiance! "
" Je compris que l'une de ces âmes venait de lui échapper pour toujours. "
" - Vite, vite... - rugissait-il - que ces deux-là n'échappent pas ! Saisissez-les, qu'elles se désespèrent ! ... Vite... elles s'en vont! "
" Alors, il se fit dans l'enfer comme un grincement de dents et, dans une fureur indescriptible, le démon rugit :
" - Oh ! Puissance ! ... Puissance de ce Dieu ! ... qui a plus de force que moi!... Une me reste encore... et celle-là je ne Le laisserai pas s'en emparer. "
" L'enfer ne fut plus qu'un cri de blasphème dans un désordre de plaintes et de gémissements. Je compris alors que ces âmes étaient sauvées. Mon coeur fut rempli de joie, quoique dans l'impossibilité de faire un seul acte d'amour, malgré son besoin d'aimer.... Cependant, je ne sens pas cette haine de Notre- Seigneur qu'ont ces malheureuses âmes qui m'entourent, et quand je les entends maudire et blasphémer, c'est une douleur telle, que je souffrirais je ne sais quoi pour qu'Il ne soit plus ainsi outragé et offensé. Ce dont j'ai peur, c'est qu'avec le temps, je ne devienne comme les autres. C'est ce qui me fait tant souffrir, car je me rappelle toujours combien je L'aimais et comme Il était bon pour moi!
" J'ai beaucoup souffert - continue-t-elle - surtout ces derniers jours. C'est comme si un ruisseau de feu passait par ma gorge et traversait tout mon corps, en même temps qu'il se trouve enserré entre des planches de feu, comme je l'ai déjà dit, je ne peux pas exprimer cette douleur, elle est extrême! Il semble que les yeux sortent de leur orbite comme s'ils en étaient arrachés, les nerfs sont tirés, le corps plié en deux ne peut se mouvoir, une odeur infecte envahit tout (1) .... Et cependant, tout cela n'est rien en comparaison de l'âme qui connaît la Bonté de Dieu et se voit obligée de Le haïr, souffrance encore bien plus grande si elle L'a beaucoup aimé! "
D'autres mystères de l'Au-delà vont encore se révéler à Josefa.
À cette même époque, Carême de 1922, tandis que jours et nuits, elle porte le poids de telles persécutions, Dieu la met en rapport avec un autre abîme de douleurs, celui du purgatoire. Bien des âmes viennent alors solliciter ses suffrages et ses sacrifices dans les termes de la plus grande humilité. D'abord saisie, elle s'accoutume peu à peu aux confidences de ces âmes souffrantes. Elle les écoute, leur demande leur nom, les encourage et se recommande avec confiance à leur intercession. Leurs leçons sont précieuses à recueillir.
*(1) Cette odeur intolérable enveloppait Josefa quand s'achevait ces séances d'enfer, comme aussi lors des enlèvements et des persécutions du démon : odeur de soufre, de chair putride et brûlée, qui restait encore sensible autour d'elle, disent les témoins, pendant un quart d'heure ou une demi-heure, mais dont elle-même gardait beaucoup plus longtemps la pénible impression.
L'une d'elles, venant lui annoncer sa délivrance, ajoute:
" - L'important, ce n'est pas l'entrée en religion, mais l'entrée dans l'éternité. "
" - Si les âmes religieuses savaient comment il faut payer ici les petites flatteries qu'on donne à la nature!...
- disait une autre en demandant des prières. "
" - Mon exil est terminé et je monte vers la Patrie éternelle!... "
C'était un prêtre qui ajoutait :
" - Que la Bonté et la Miséricorde de Dieu sont infinies quand Il daigne se servir des sacrifices et des souffrances d'autres âmes pour réparer nos grandes infidélités! Que de degrés de gloire j'aurais pu acquérir si ma vie avait été autre! "
Une âme religieuse confiait encore à Josefa en entrant au ciel: " - Comme les choses de la terre se voient différemment quand on passe à l'éternité! Les charges ne sont rien devant Dieu, seule compte la pureté d'intention avec laquelle on les exerce, même dans les plus petites actions. Que la terre et tout ce qu'elle renferme sont peu de chose!... et cependant comme on l'aime!... Ah! que la vie, si longue soit-elle, n'est rien en comparaison de l'éternité! Si l'on savait ce qu'est un seul instant passé dans le purgatoire! et comment l'âme s'épuise et se consume du désir de voir Notre-Seigneur! "
Il y avait aussi de pauvres âmes, échappées par la Miséricorde de Dieu à un plus grand péril et qui venaient supplier Josefa de hâter leur délivrance.
" - Je suis ici par une grande Bonté de Dieu - disait l'une d'elle - car un orgueil excessif avait ouvert devant moi les portes de l'enfer. Je tenais sous mes pieds un grand nombre de personnes et maintenant, moi-même, je me précipiterais au-dessous du dernier des pauvres.
" Aie compassion de moi et fais des actes d'humilité pour réparer mon orgueil! C'est ainsi que tu pourras me délivrer de cet abîme! "
" - J'ai passé sept ans en péché mortel - lui confessait une autre - et trois ans malade... J'ai toujours refusé de me confesser. Je m'étais bien préparé l'enfer et j'y serais tombé si par tes souffrances d'aujourd'hui tu ne m'avais obtenu la force de rentrer en grâce. Je suis maintenant en purgatoire et, je t'en supplie, puisque tu as pu me sauver... tire-moi de cette prison si triste!"
" - Je suis en purgatoire à cause de mon infidélité, car je n'ai pas voulu répondre à l'Appel divin - venait encore lui dire une âme. - Pendant douze ans, j'ai résisté à ma vocation et j'ai vécu en grand péril de me damner, car pour étouffer le remords, je m'étais abandonnée au péché. Grâce à la Bonté divine qui a daigné se servir de tes souffrances, j'ai eu le courage de revenir à Dieu... et maintenant, fais-moi la charité de m'arracher d'ici! "
" - Offre pour nous le Sang de Jésus-Christ - disait encore une autre au moment de quitter le purgatoire. -
Que serait-ce de nous, s'il n'y avait personne pour nous soulager?... "
Les noms de ces saintes visiteuses, inconnus de Josefa, mais soigneusement notés avec la date et le lieu de la mort, furent plus d'une fois, à son insu, l'objet d'un minutieux contrôle. L'assurance acquise ainsi de la réalité des faits, reste un témoignage précieux de ses rapports avec le purgatoire.