Nonobstant ces trois expressions fort méprisantes à l'égard de M. Michaud, il faut souligner l'importance des précisions que M. Foglia apporte à la question de la soi-disant banalisation de l'Holocauste, dans son texte du 16 décembre, "Faut arrêter de freaker". Voici ce texte:
Faut arrêter de freaker
Moi aussi je trouve consternants les propos tenus par Yves Michaud à
la Commission des états généraux sur la langue. Il est vrai que je trouve
M. Michaud consternant même quand il ne dit rien. J'ai déjà exprimé ici
tout le bien que je pense de ce nain devenu grand de l'amitié que lui portait
René Lévesque. Cela impressionne beaucoup les gens qu'il fut l'intime de
Ti-Poil. Pas moi. Il est vrai que je trouvais René Lévesque plutôt petit
aussi.
Bref, ce n'est pas moi qui vous contredirai. M. Michaud est un être
tout à fait déplorable, rien que de l'entendre parler de vin me donne envie
de boire du lait, rien que de le voir à la télé me fait penser que j'ai
oublié de porter les vidanges au chemin.
Mais non, c'est demain les vidanges, me dit ma fiancée.
T'es sûre?
Cela dit, et j'aurais pu commencer par là, mais je voulais qu'il soit
établi que je ne défendais pas un ami -est-ce assez clair?-cela dit M.
Michaud ne méritait pas ce blâme unanime de l'Assemblée nationale. À moins
qu'il y ait là-dedans des règlements de comptes internes qui m'échappent,
si le centre de l'affaire est bien celui cerné par M. Bernard Landry -M.
Michaud a fait une erreur historique monstrueuse en banalisant l'Holocauste-
alors je trouve que M. Michaud est victime du lâche empressement de ses
petits amis "à ne pas vouloir de trouble", surtout ce genre de trouble-là,
surtout sur ce sujet-là, je les entends freaker d'ici dans le bureau du
premier ministre: non, non, non pas le B'nai Brith, pas le Congrès juif,
pitié, pas ça.
Il règne dans ce pays une espèce de terreur à la seule l'idée d'avoir
à affronter les organisations juives comme le B'nai Brith ou le Congrès
juif. Terreur qui, selon moi, et c'est pour ça que j'y reviens, alimente
dangereusement les sentiments et les attitudes antisémites au lieu de les
combattre.
C'est entendu, l'intervention de M. Michaud était hors d'ordre. Mais
dans son contenu, dans ses mots, comme dans ses intentions, M. Michaud
a-t-il mis en doute, minimisé la Shoah? A-t-il dit quelque chose qui permette
de croire qu'il est indifférent à la souffrance du peuple juif? Qu'il n'a
rien à foutre des cinq millions de victimes juives des nazis?
M. Michaud hait-il les juifs? Si vous voulez mon avis il est bien trop
occupé à s'adorer pour haïr qui que ce soit.
Il est vrai qu'on ne l'accuse pas d'antisémitisme primaire. On l'accuse
de banalisation. Chaque fois que quelqu'un parlant du massacre des Arméniens,
des Tutsis, des Palestiniens, des Cambodgiens, chaque fois que quelqu'un
a le mauvais goût, ou l'incongruité, ou l'innocence d'évoquer la Shoah,
ou seulement d'employer le mot "génocide", le voilà accusé de banaliser
la Shoah. Un débat récurrent qui ne fait pas l'unanimité parmi les juifs.
Il y a des juifs qui trouvent indécente "cette concurrence de victimes".
Les plus nombreux, il est vrai, défendent l'unicité absolue de la Shoah
et perçoivent comme une banalisation de leurs souffrances toute évocation
ou comparaison avec la souffrance des autres. Mais je répète, j'insiste:
un débat récurrent. Un débat. Pas quelque chose d'unanimement partagé et
ressenti comme l'est l'horreur même de la Shoah, par exemple.
En blâmant aussi officiellement M. Michaud, l'Assemblée nationale a
pris position dans ce débat comme si c'était son rôle. En fait, c'est beaucoup
plus simple que ça: l'Assemblée nationale a freaké.
Faut arrêter de freaker. Ça ne rend service à personne.
Je vais vous raconter une histoire monsieur, Bernard Landry. Vous connaissez
Stéphane Venne, l'auteur-compositeur de chansons... Un jour le Mouvement
Desjardins lui commande une toune publicitaire et Venne compose un truc
qui disait: "À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient." La toune
est refusée, elle ne plaisait pas, trop ceci, trop cela.
Quelques mois plus tard, à l'occasion des élections provinciales (celles
de 76), le PQ commande une toune à Venne pour sa campagne radio-télé. Venne
sort de son tiroir la toune refusée par Desjardins. "À partir d'aujourd'hui,
demain nous appartient." Ça pogne. La toune est jouée un peu partout dans
les assemblées du PQ. Qui, soit dit en passant, a été élu.
Le temps passe. Un matin, coup de téléphone affolé d'un proche du premier
ministre: "M. Venne, allez donc lire l'article de Mordecai Richler dans
The Atlantic Monthly"...
Dans son article M. Richler rapportait à ses lecteurs que le soir de
la victoire du PQ, les jeunes partisans chantaient "Tomorrow belongs to
me... the chilling Hitler Youth song from Cabaret"...
Oh tabarnak! se dit Venne, me voilà dans de beaux draps. Aurais-je
plagié inconsciemment? Fonce chez son disquaire. Achète Cabaret. Écoute
la toune en question. Sont cons ou quoi? Rien à voir. Ni dans les paroles
ni dans la musique. RIEN À VOIR DU TOUT. Sauf le titre. Plus encore, la
toune du film n'est pas d'époque, les jeunesses hitlériennes n'ont jamais
chanté ça, pour la bonne raison qu'elle a été composée expressément pour
le film. On est doublement en pleine fiction.
Cela n'a pas empêché Mordecai de répéter son histoire en entrevue à
CBC. Et la revue américaine Commentary, dans un grand article sur l'antisémitisme
québécois signé de deux profs de McGill, Ruth Wiss et Irwin Cultler, de
rapporter cette même affaire de "Nazi party song from Cabaret that was
unfortunately been adopted as a French Canadian nationalist anthem". Venne
leur a envoyé sa toune et la toune de Cabaret pour fin de comparaison,
les profs ont répondu qu'ils maintenaient leurs conclusions.
Tout ça pour vous dire qu'il faut arrêter de freaker, monsieur Landry.
Votre empressement à vous rouler à terre en demandant pardon ne fera
pas mieux aimer les nationalistes québécois des juifs comme Mordecai Richler
qui sont de toute façon persuadés que le nationalisme est une morbidité
(sauf le nationalisme canadien, bien sûr), et surtout persuadés que le
nationalisme québécois se nourrit d'antisémitisme.
Au lieu de ce vote honteux à l'Assemblée nationale il eût été plus
approprié, plus avisé aussi, de désavouer votre ami en débaptisant cette
mussolinienne station de métro Lionel-Groulx -Lionel Groulx était un admirateur
de Mussolini et de Salazar- et de la renommer, par exemple, station Docteur-Henry-Morgentaler,
ou mieux encore station Léa-Roback1, ou station Leonard-Cohen, bref il
ne manque pas de juifs montréalais pour nous consoler du B'nai Brith.
(1) Léa Roback, syndicaliste, féministe, meneuse de grèves (dans le
textile) qui a souvent défié Duplessis. Une sacrée belle madame, morte
y'a pas longtemps à près de cent ans et toutes ses dents.