CONCERTO
I
De l'arbre de la connaissance
Qui d'un hasard indiscret
Fit découvrir ce que jamais
L'on crut possible

Franche certitude
Qui n'égale pas vérité

Malheur cent fois perdu
Cent fois redit
D'un regain d'espoir
Sur pluie battante
D'un amour impossible
A longueur d'années
Passent, passent
Les pleurs, les cris, les joies
De nuits dans les jardins
Qui s'ennuient.

Franche certitude
Qui d'un hasard
Mêlé d'indifférence
Vous fait voir
Sa triste clientèle
Et puis vous dit: "Voilà!"

Déception mille fois reçue
Mille fois rendue
D'un vertige de coeur
Sur saisissement cru
D'un rêve impassible
A travers des temps
Passent, passent
Les pleurs, les cris, les joies
Du bel effacement qui meurt.

Du fil empoisonné d'une existence
Qui, d'un hasard si peu douteux
Fit s'effacer la chance,
Ô chance à jamais
Prise, au loin,
Par quelque dieu,
Douleur cent fois tombée
Cent fois reprise
De justice acerbe
Sur lit souffrant
D'une mort furtive
A toutes les secondes
Passent, passent
Les pleurs, les cris, les joies
De la vie patiente
Qui veille.

II
Une nuit passe,
D'un hasard si calme,
L'heure silencieuse
Qui change falsifie,
Ranime en cet instant
L'aurore qui s'approche.

Et grondent et la nature
et Dieu
Sur toutes choses dites
Par des maîtres-serviteurs.
Et tour à tour:
"Vois!", me dirent-ils,
"Poètes, hommes de science,
Rêveurs, pêcheurs
De toutes clientèles!
On se sert de moi!"

La nuit se poursuit
En un tour et
Revient le silence
De l'heure ténébreuse
Au fil de la vie
Qui s'abrite.

Calme à l'aurore
Déjà présente
Se lève le voile
A peine et déjà
Se glisse furtive
La poussée en extase
A l'envers des étoiles...

Au bris du cosmos
A jailli la lumière!

III
Ô finitude de la lutte
Dans l'être quotidien,
Mystérieuse présence
De l'espoir
Qui se réalise,
En tant que tel,

Sans conscience
Et sans explication,
La vie en son zénith,
Jaillie du néant,
Soudain s'accroche
Au passage
Et nous pousse
En elle, au-dedans,
Comme en la brisure de l'atome.

Joie! A l'envers du désespoir
Et pourtant si proche!
Jonction infime,
Imperceptible et vivace,
Déchirure en l'Être
Qui se brise et éclate,

Tremblement, saisissement de l'Être
En secousses des sens
Joie! des profondeurs
Saisie en surface
De l'Indicible
et de l'Unique,

Joie! Ô cri
Déchirant l'azur
De l'intérieur humain,
Plénitude vivace
A l'envers du monde
Qui s'écartèle,

Transparence de cristal,
Lumière de la nuit,
Quand le cri devient rire
Et le rire est un cri,
Quand le corps se diffuse
En éclats vibrants!

Joie! Extase,
Trop plein soudain
Qui se jette
Et se prolonge
En l'espace nerveux
Aux ondes du cosmos!

Joie! dans le silence,
Complicité du regard
Et du geste,
Caresse paisible
Qui se change
Alors et s'agite,

Joie! que le corps
Respire comme en un vol,
Brisure de l'Être,
En l'âme et au corps,
De la nature entière
Dans l'unité perdue,

Lumière de cristal,
Le temps s'arrête...

Emerveillement!
Splendeur du chant
Dans sa plénitude
Au soleil de Midi,
Foudroiement de la chair
Vive, éperdue,

Tendresse infinie,
Au-dedans, en dehors,
Surgie des profondeurs,
Marquée à jamais
Au gré de l'espace et du temps,

Doublure et transparence
De l'espace, seul,
Où le temps n'est plus,
Joie bienheureuse
Par-delà le réel
Coutumier qui s'agite,

Et la paix, douce paix,
Que rien ne peut troubler
Dans cet univers,
Différent et indifférent,
Calme, calme de ma joie
Qui se mêle en son cri!

Thérèse-Isabelle Saulnier



 
 
 
 
 

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