INSTITUT DE LITURGIE PASTORALE
ABBAYE
DE SAINTE JUSTINE DE PADOUE
Saint Anselme de Rome
LES
FUNERAILLES :
LE RITE
MOAAGA
A
L’EPREUVE
DU RITE
ROMAIN.
AVEC SPECIALISATION
EN LITURGIE PASTORALE
ETUDIANT
OUEDRAOGO
Jean-Baptiste Marie Wênd-zoodo
- PADOUE -
ANNEE ACADEMIQUE 2002-2003
Vingt ans après le Concile
Vatican II, et comme en un prolongement explicite de SC, un des plus grands
théologiens de l’église catholique, dans une dialogue intitulé « Plaidoyer
pour un pluralisme au sein de l’église universelle », déclarait ceci:
« Jusqu’à maintenant, le christianisme, bien que voulu par Dieu pour tous
les hommes, n’était qu’une religion européenne qui exportait massivement dans
le reste du monde une vérité objective ayant valeur pour tous, mais sous
l’égide du colonialisme européen ; il ne s’agit pas de juger le passé,
mais nous voulons seulement dire que, lentement mais sûrement, il faut faire
advenir une église vraiment mondiale à partir de cette église européenne
fortement exportatrice »[1]. Puis, faisant allusion à l’expérience
des communautés (chrétiennes) de base en Amérique Latine, il lançait une répartie
on ne peut plus claire et éclairante : « Nous ne pouvons pas
transposer dans notre église européenne toutes les fonctions qu’exerce la base
dans une église de pauvres, de gens socialement opprimés et persécutés »[2]. Pourtant en sens inverse, comme il l’a
souligné, plus précisément de l’Europe vers l’Afrique, que d’exportations et de
transpositions !
Certes, et selon toujours les
paroles du même Karl Rahner – c’est lui dont il s’agit – « il ne s’agit
pas de juger le passé », mais au moins un courageux et fructueux examen de
conscience et d’intelligence, quelqu’un quelque part doit le faire. Le pape
Jean-Paul II, en demandant pardon pour les péchés de l’église à l’occasion du
Jubilé du second millénaire, est allé en droite ligne dans cet effort d’examen de
conscience et d’intelligence entrepris depuis le Concile Vatican II et qui
semble hélas avoir été surtout un autre produit destiné à l’exportation vers
les pays pauvres. En d’autres termes, le Concile semble avoir eu une
application plus facile et exigeante dans ces pays pauvres comme le Burkina
Faso notre propre pays. L’absence d’une longue « Histoire de
l’Eglise » dans ces pays-là en est une des raisons, contrairement à des
pays comme l’Italie ou la France considérée comme la fille aînée de l’église,
qui sont des pays de « culture chrétienne ». Les pays pauvres se
présentaient sans aucun doute comme des terrains vierges de toute tradition
ecclésiale locale qui aurait pu être un frein au changement quand on sait la
tension qui existe entre la tradition et le modernité. Ils constituaient ainsi
des terrains favorables pour « l’exportation et la transposition » en
question, avec évidemment des risques comme celui que nous tentons d’exposer
ici sous le titre de : « Les funérailles : le rite moaaga
à l’épreuve du rite romain ».
Un africain qui comme nous a
eu l’occasion de participer d’une manière ou d’une autre à l’action pastorale
en Europe – précisément en France et en Italie pour notre cas précis – a pu se
rendre compte d’une certaine lourdeur-résistance de l’application du Concile
dans ces pays de culture chrétienne. Les pasteurs en y sont les
premiers conscients si l’on croit que dès avant même le Concile, en 1943,
« un prêtre présente à l’archevêque de Paris un mémoire dont le propos est
celui de reconquérir le prolétariat, France, pays de mission. Ainsi, la
France, fille aînée de l’église, est au même titre que l’Afrique un territoire
de mission »[3] avec la différence que l’opération
exportation-transposition pourtant de bon aloi, celle du Concile, n’y est pas
chose facile et évidente.
Or s’il est ainsi vrai que
toute église locale, quelle que soit son expérience, demeure une terre de
mission à remplir dans le respect du tempérament et des traditions des
différents peuples[4], la question de transposition-exportation
dont parle Karl Rahner n’en demeure que plus pertinente.
1). Pourquoi ce thème ?
Convaincu de cette pertinence,
nous amorçons ici une étude sur les rites funéraires moose par rapport
au rituel romain des obsèques, tout d’abord pour la raison évidente que le
thème, loin d’être dépassé, demeure au centre de l’expérience culturelle et
religieuse de tous les peuples. Ensuite et plus en rapport avec la liturgie,
comme en bien d’autres matières[5] d’ailleurs, nous avons choisi le rite des
funérailles comme pour faire un plaidoyer pour le rite moaaga, devant
une tendance non seulement d’uniformisation mais aussi d’exclusivisme du rituel
romain surtout dans son application sur le terrain malgré l’ouverture des
normes pour l’application indiquée dans SC 30 et 37. De là vient la formulation
de notre titre « Les funérailles : le rite moaaga à l’épreuve du
rite romain ». Nous avons la certitude que si le feu vert était donné
pour une expérience osée, la liturgie des funérailles chez les moose
s’en trouverait enrichie, parce qu’elle réconcilierait les chrétiens avec leur
culture dans l’expression de leur foi et de leur espérance devant la mort.
2). Notre hypothèse.
L’ouverture opérée et offerte
par le Concile Vatican II à chaque peuple de célébrer selon son âme propre a
été sérieusement pris en compte par la théologie liturgique développée,
soutenue et enseignée à l’ILP où l’on s’appuie sur les sciences humaines dont
l’anthropologie en premier plan. « Loin d’être une entreprise
théorique » comme l’affirme Andrea Riccardi, « il s’agit d’une
véritable révolution psychologique, une mutation profonde au plan
anthropologique »[6] qu’il s’agit cependant de porter de
l’avant sans répit. Sur la base de ces indications qui nous renvoient toutes à
SC, nous cherchons dans ce travail à avoir un regard à la fois analytique et
critique sur la célébration des funérailles, les rituels moaaga et
romain mis côte à côte. Cette juxtaposition comme on peut s’y attendre, produit
un choc culturel qui nécessairement provoque un malaise.
Le moaaga appelé à
célébrer les funérailles, désormais avec devant le qualificatif
« chrétien », se retrouve en face d’un vide rituel s’il doit
absolument s’en tenir à la stricte et seule structure du rituel romain,
s’entend chrétien. N’existerait-il pas un alternative, une solution
intermédiaire qui permettrait au moaaga de rester dans l’expression
authentique de la foi chrétienne sans pour autant devoir renoncer à sa culture
en général et à ses rites funéraires en particulier ? Si ces derniers
comportent quelques éléments où espaces rituels inconnus du rituel romain, la
médiation anthropologique nous démontre plus que jamais, surtout à travers la
phénoménologie, que tous les éléments culturels ne sont pas incompatibles avec
la foi contrairement à ce que une certaine méthode pastorale a pu laisser
comprendre dans un passé récent.
3). L’état de la question.
Il va sans dire que ce thème
qui entre dans le mouvement général de l’inculturation liturgique est loin
d’être nouveau. Bien au contraire le terrain a été bien exploré et la question
chaque fois reconduite au rendez-vous ecclésiaux, comme en l’occurrence, lors
du dernier synode des évêques pour l’Afrique. Plus étroitement lié à notre
sujet, des anthropologues comme René Luneau et Louis-Vincent Thomas ont
largement plaidé pour la cause des rites africains et leur mise en valeur. Au
niveau locale au Burkina Faso, plusieurs mémoires de théologies au grand
séminaire de Koumi, que nous avons intégrés dans notre bibliographie, sont
revenus sur la mise en valeur de la culture dans l’expression de la foi. Le
mémoire de Joseph Compaoré en particulier «Funérailles au Moogo. Une quête
de vie » fait partie d’un Dossier constitué par la « Commission Foi
et Culture » de l’archidiocèse de Ouagadougou dans sa recherche sur
les funérailles. Les autres éléments du Dossier sont le témoignage d’un long et
riche parcours sur la célébration chrétienne des funérailles moose. Le
dernier en date est le « DECRET 129/01 Portant organisation et
réglementation de la célébration des obsèques et des funérailles dans
l’Archidiocèse de Ouagadougou ».
Comme nous le verrons
cependant, une sorte d’hésitation préside au discours mettant ainsi, pour une
trop longue durée, quasi toutes les expériences au registre du ad
experimentum. Le présent travail se veut être une petite contribution en
plus pour un pas en avant dans la concrétisation par l’adaptation et
l’adoption, et non plus seulement par allusion, de certains rites moose
dans la célébration des funérailles.
4). La méthode de travail.
Pour ce faire nous suivons une
méthode plutôt phénoménologique et analytique en essayant quelques comparaisons
pour proposer de façon décisive un espace pour une expression moaaga et
actuelle de la foi à travers le rite des funérailles. Instruit par cette
importance qu’accorde l’ILP à la contribution des sciences humaines dans le
discours théologique, nous partons d’emblée avec un chapitre d’anthropologique
(Chapitre I) qui met en exergue la question de la célébration des
funérailles dans deux types de société, moderne et traditionnel. L’accent est
mis sur les difficultés toujours plus accentuées de la thanatopraxie dans les
sociétés de type moderne où la tendance est à l’évacuation de la mort et
partant, du mort et son accompagnement. Par contre, dans les sociétés de type
traditionnel, l’espace et l’attention accordés au mort remontent déjà à
l’attention accordé au vieillard, une manière de pré-voir sa mort et son
accompagnement vers l’au-delà, le pays des ancêtres.
Ce premier chapitre est suivi
deux chapitres descriptifs et analytiques sur les deux étapes des funérailles moose :
- Le kù-toogo (Chapitre
II) qui va de l’événement de la mort au moment de la sépulture, avec tous
les rites d’annonce du décès, de la thanatopraxie traditionnelle comportant des
détails significatifs comme la manipulation par la gauche de tout ce qui
regarde le funèbre, la main droite étant réservée à la vie, puis les rites de
séparation dans l’attente de la réintégration au kù-maande.
- Le kù-maande (Chapitre
III) est comme un laisser-passer pour le défunt afin qu’il puisse quitter
le lieu de divagation des morts et rejoindre les ancêtres. Cette étape
constitue le lieu de l’étalage et de l’expansion de la culture moaaga,
d’où l’on parle de la fête des funérailles. L’attention toutefois reste centrée
sur le but premier des funérailles à savoir : donner le l’eau au mort pour
le voyage jusqu’au pays des ancêtres et libérer ses familiers des exigences de
l’état liminale, l’état de séparation, afin qu’ils retournent à la vie ordinaire
normale.
En conclusion-complémentaire
de ces deux chapitres dans le Chapitre IV, nous tirons deux
conséquences : une première sur le riche contenu des funérailles moose
avec les grands axes de l’anthropologie telle que la valeur de la vie,
l’importance de la communauté, la célébration, la fête etc. C’est pour cela que
nous avons intitulé ce chapitre : Quelques pierres d’attente. La
seconde conséquence ici seulement amorcée et qui sera davantage développée au
chapitre six, concerne le malaise éprouvé par le chrétien moaaga devant
ses valeurs culturelles qui en définitive se trouvent chargées de capacité
ecclésiale mais hélas a priori suspectées de paganisme.
Soupçon de paganisme devant un
rituel romain occidental que nous présentons dans une cinquième démarche (Chapitre
V). Partant des origines bibliques et surtout du livre de Philippe
Rouillard, Histoire des liturgies chrétiennes de la mort et des funérailles[7] dans un monde qui change, nous découvrons
la lenteur et le tâtonnement non sans erreurs à travers lesquels s’est formé le
rituel catholique des funérailles. Une lecture préalable de ce processus aurait
sûrement fait bénéficier aux cultures traditionnelles d’un regard plus
bienveillant.
Comme nous disions tantôt, le Chapitre
VI est l’exposé plus détaillée du malaise du chrétien moaaga devant
le rituel romain qui semble vouloir faire tabula rasa sur des valeurs
culturelles dans lesquelles il a toujours cru et exprimé sa foi. Ce malaise se
traduit essentiellement par un vertige provoqué par le vide-crée :
ce qui est connu est rejeté, ce qui est proposé est inconnu, exposé au rebut
sinon à l’acceptation « hypocrite », surtout si la déontologie de la
proposition fait défaut comme c’est le cas.
En un démarche conclusive, le Chapitre
VII est le moment non pas des solutions, mais des propositions
conciliatrices et des ouvertures pour une célébration chrétiennement
authentique des funérailles moose. Pour cela nous nous référons à
des théologiens comme Karl Rahner et Gustave Martelet qui, à distance de
quelques années l’un de l’autre, proposent malgré tout la même théologie
renouvelée de la mort, centrée sur l’homme dans le temps et l’espace, tenant
donc compte de sa culture. Et pour cette question épineuse de la culture comme
référence désormais incontournable, nous exploitons également la pensée de René
Jaouen qui défend la culture des peuples devant une certaine théologie
unilatéralement occidentale. Pour lui, cette tâche de conciliation pour une
recherche et une expression authentique de la foi consiste à repérer et faire
la différence entre le niveau universel, lieu d’encrage de la
catholicité, et le niveau culturel, lieu de la liberté créatrice.
5). Les limites.
Des limites pour un travail de ce genre, il y’en a bien sûr et elles résident tout d’abord dans un contexte général que nous appelons : le tâtonnement de l’inculturation. En effet, même si l’église au Burkina Faso a fait un parcours considérable et reconnu au niveau de l’inculturation, – il suffit de nommer un théologien comme Anselme Titiama Sanon[8] – cela n’est corroboré ni consigné nul part au niveau officiel à l’instar par exemple d’un rite zaïrois. Cela nous conduit automatiquement à une autre limite, si l’on peut ainsi la définir, également générale pour l’Afrique : la tradition orale. Le fossé à combler entre les documents écrits et tout ce qui demeure encore inexploré dans les archives de la tradition orale est énorme.
Nous avons pu bénéficier de quelques travaux écrits sur les funérailles moose, mais nous avons dû également recourir à la méthode de l’enquête auprès de quelques anciens, parce que des travaux académiquement conduits à terme typiquement dans ce sens, il y en a peu ou presque pas. Nous avons signalé par ailleurs le dossier de la « Commission Foi et Culture » de l’archidiocèse de Ouagadougou, mais comme nous l’avons souligné, la majeur partie des documents-recherches demeure à l’état ad experimentum. Force nous est donc de conclure que ce travail vient seulement comme un petit élément en plus pour essayer de contribuer à une plus grande concrétisation de l’inculturation liturgique de la célébration des funérailles. Comme l’exprime si bien le professeur Terrin : c’est un
processo
attraverso il quale elementi peculiari di una cultura locale sono integrati nei
testi, riti, simboli e istituzioni assunti da una chiesa locale per il suo
culto.[9]
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de doctorat en théologie, Paris, I.C.P., Décembre 1970
YANOOGO B., L’Eglise-Famille, Thèse pour le Doctorat en
théologie, I.C.A.O., Abidjan, 1995.
IV. Mémoires.
COMPAORE Ambroise, Têngâna et
espérance au Moogo, Mémoire de théologie, Grand Séminaire de Koumi, 1977.
DEMBELE Basile, Culte des ancêtres
et communion des saints en Christ, Mémoire de théologie, Grand Séminaire de
Koumi, 1992.
GUISSOU Félicité (S.I.C.), La foi
des chrétiens catholiques de la paroisse de Gùngê. A l’épreuve de des sectes et
du syncrétisme religieux. Quelle catéchèse ? Mémoire de catéchèse,
I.C.A.O., Abidjan, 1997.
OUEDRAOGO Jean-Baptiste Wênd-Zoodo.,, Des
Ténèbres à la Lumière, Mémoire de théologie, Grand Séminaire de Koumi,
1985.
OUEDRAOGO Léopold, Naaba Wubri,
essai d’étude de l’idéologie moaaga
à travers la figure de l’ancêtre, Mémoire de licence en théologie,
I.C.A.O., Abidjan, 1988.
SAKANDE Bruno-Clément, Présentation
de la résurrection du Christ au Moogo, Mémoire de théologie, Grand
Séminaire de Koumi, 1998.
SANOU D. Anselme, Célébrer les
funérailles en chrétien ma-da-rè, Mémoire de théologie, Grand Séminaire de
Koumi, 1992.
WERMI Albert, Un regard chrétien
sur le Tiibo à la lumière de la révélation, Mémoire de théologie, Grand
Séminaire de Koumi, 1991.
YANOOGO Dominique, Le nom et la
vie, Mémoire de théologie, Grand Séminaire de Koumi, 1982.
IV.3. Travaux de recherche.
GAPI François., Jalons pour une
liturgie africaine, cours polycopié, I.C.A.O., Abidjan, 1996.
OUEDRAOGO K. Ernest Dasâbs-Wênde,
POULET Etienne, Contribution à
l’étude des composantes de la personne humaine chez les mossi, Travail de
recherche, Ouagadougou, 1969.
TIEMTORE Alphonse Wênd-puìire, Vivre le temps selon les proverbes moose, Travail de recherche, I.C.A.O., Abidjan, 1988.
CONCLUSION GENERALE
Bien que parvenu à la fin de ce travail, tout reste dans notre tête comme une tempête de cerveau qui nous donne l’impression d’avoir tout dit et pourtant tout reste à être bien dit pour être réalisé. Toutefois nous avons gagné le pari en ce sens que nous avons appris et ce que nous avons appris n’est pas en contradiction avec notre conviction de départ que ce soit au niveau de la foi qu’au niveau intellectuel.
I. AU NIVEAU ANTHROPOLOGIQUE.
Le fait que des anthropologues
et des théologiens, tout en restant dans l’orthodoxie dans leur matière,
procèdent cependant à une critique de fond et de la culture occidentale et des
paradigmes catholiques, constitue une gageur considérable. Le rite moaaga à
l’épreuve du rite romain est un défi qui non seulement doit être relevé
mais encore peut être relevé à cause de tous les éléments preuves de
faisabilité que nous avons tenté de rassembler. Ce défit doit être relevé afin
que le moaaga puisse célébrer chrétiennement en moaaga les funérailles. Quant à
la possibilité, une fois de plus nous disons que l’I.L.P. dans le sillage de
tous les anthropologues et théologiens désormais acquis à la cause de
l’inculturation, en indique clairement la voie et la manière qui peut se
résumer dans le processus phénoménologique très cher au professeur Terrin.
En effet notre essai de
phénoménologie du rite moaaga et du rite romain a mis en lumière des convergences
et des divergences, de-même que des éléments typiques et propres à la culture
moaaga. Et selon la déclaration du Concile à savoir « permettre à chaque
peuple de célébrer selon son âme propre », cette mise ensemble de
convergences, de divergences et d’éléments typiques ne peut être que le signe
d’un authentique catholicité, ciel sous lequel chaque culture peut et doit
trouver sa place au soleil. Evidemment c’est une tâche de courage, de constance
et de longue haleine préposée à une évolution psychologique et à une mutation
anthropologique profonde selon le mot de Riccardi[10].
A ce propos, une chose que l’on doit souligner avec force, c’est l’exigence de
tenir compte du changement, des mutations sociales et culturelles qui
entraînent indubitablement le changement de typologie comme nous l’avons vu
dans la formation du rite catholique. Cela évitera la tentation de l’étiquette
folklorique ou ésotérique que beaucoup sont experts à coller sur les cultures
africaines mais très souvent en faisant la politique de l’autruche.
Cela requiert donc des
africains en général et des moose en particulier, une étude constante et des
applications osées pour ne pas rester éternellement dans le ad experimentum.
Nous aimons à conclure cet aspect intellectuel du discours par l’idée de
Jaouen devenu pour nous un refrain : « leur tâche consiste plutôt à
traverser l’épaisseur du symbole et, dans cette traversée, à repérer le
niveau où il est universel, lieu d’encrage de leur catholicité, et le
niveau où il est culturel, lieu de leur liberté créatrice[11] ».
II. AU NIVEAU THEOLOGIQUE
Nous avons eu l’occasion de
montrer comment le moaaga est avant tout un croyant. Eh bien tout au long de ce
travail, notre foi moaaga et notre foi en tant que moaaga ont été revigorées
par tout ce que nous avons appris. Tout aussi étrange que cela puisse paraître,
le moteur de cette revitalisation a été plus les arguments anthropologiques que
les arguments théologiques. Tout d’abord le fait que Louis Vincent Thomas ait
donné un vision anthropologique positive de la culture négro-africaine plus
adaptée et plus amène à une thanatopraxie plus vivable est un fait de grande
importance pour la culture universelle et donc pour le culte des morts dans
l’église. Par ailleurs la mise en valeur de la figure du vieillard qui permet
la double préparation à la mort, la sienne propre et celle des siens, est un
fait de non moins grande importance quand on voit l’évacuation du concept de
vieillir et le refus de la mort, cependant inévitable, dans la culture
contemporaine.
L’autre élément
anthropologique et philosophique réside dans le concept de finitude proposé par
Martelet et qui sauve à la fois l’homme et sa mort de la réduction au mal et au
péché. La possibilité est ainsi donnée aux cultures de prendre en main cette
célébration de la mort sans cet envahissant sentiment de culpabilité qui fait
ombre sur le motif premier du Créateur à savoir, l’Amour pour la créature. Dans
ces conditions, la pensée de l’au-delà sied bien au moaaga par exemple qui
considère la mort comme un retour aux origines, un départ pour rejoindre ceux
qui nous y ont précédés, et sont plus prêts de Wênde (Dieu), qu’ils s’appellent
saints ou ancêtres.
A ce niveau, the last but
not least, entre en ligne de compte la singularité du Christ comme homme
parfait, le vrai burkina (homme droit, juste, bon, aimant le bien etc.)
pour le moaaga, avec la singularité de sa mort comme chemin clair pour la mort
du chrétien. Nous retrouvons la double dynamique de la rencontre avec le Christ
dans sa singularité, qui n’écarte aucune particularité, à travers les figures
de Pierre et de Paul. Ces deux figures nous l’avons dit, représentent deux
voies, qui ne s’excluent pas, de conversion pour les cultures et les personnes
à la rencontre, non pas d’abord d’une autre culture surtout quand celle-ci est
marquée d’égocentrisme prêt pour la conquête et l’exportation, mais de la
culture de l’évangile du grain en terre destiné à mourir pour la vie.
Que nous partions d’un pôle
anthropologique ou d’un pôle théologique pour l’élaboration du rite, si en
arrière fond il n’y a pas l’évangile et rien que l’évangile, tous les rites de
tous peuples qui aspirent à faire partie de cette grande famille de l’église
resteront seulement des rites à l’épreuve du rite romain.
TABLE DES MATIERES
PREMIERE
PARTIE: LES FUNERAILLES MOOSE.
CHAPITRE
I
LA
MORT AFRICAINE, SELON LES CONSIDERATIONS DE LOUIS-VINCENT THOMAS
INTRODUCTION
I. LES MOTS D’ORDRE DE LA MODERNITE
I.1. La désocialisation de la
mort.
I.2. L’escamotage de la mort.
I.2.1. La dévalorisation de
la mort.
I.2.2. La banalisation de
la mort.
I.3. La laïcisation et le
syncrétisme.
I.4. Conclusion.
II. LE VIEILLARD ET LA MORT.
II.1. Définition : la
vieillesse ou le vieillissement.
II.1.1. Les aspects du
vieillissement.
II.1.2. Vieillir dans deux
types de société.
II.2. L’importance du
vieillard.
II.2.1. L’insertion sociale
du vieillard.
II.2.1.1. Au niveau
strictement social.
II.2.1.2.
Au niveau socio-économique.
II.2.1.3. Au niveau
sanitaire.
II.2.2. Primat de la
filiation sur l’alliance.
II.2.3. Rôle fondamental de
l’oralité.
II.3. Le vieillard et la mort.
II.3.1. Préparation du
vieillard à la mort.
II.3.2. Préparation à la
mort du vieillard.
II.4. Synthèse des idées de
Louis-Vincent Thomas.
II.4.1. Une espérance.
II.4.2. Des réserves de
l’auteur.
III. LA SPECIFICITE DE LOUIS-VINCENT THOMAS.
III.1. Démarcation
chronologique et conceptuelle.
III.1.1. Par rapport à
Morin
III.1.2. Par rapport à
Baudrillard
III.1.3. La spécificité de
Louis-Vincent Thomas
III.2. Conclusion.
CHAPITRE
II
LE KU-TOOGO OU
LES FUNERAILLES AMERES.
I. LES RITES PRELIMINAIRES A LA SEPULTURE.
I.1. Les rites d’avant
l’annonce officielle du décès.
I.1.1. Recueil du testament
ou yaolem koeese.
I.1.2. Mourir ou assistance
du mort.
I.1.3. Annonce du deuil,
kùur togesgo.
I.2. Les rites après l’annonce
officielle du décès.
I.2.1. Rites préliminaires
à la toilette funéraire.
I.2.2. Kûum zug pôngre,
rasage de la tête du mort.
I.2.3. Kûum koom soobo,
toilette du mort.
I.2.4. Rites de consolation
et de condoléances :
belesgo la toog pùusgo.
I.2.5. Le concert
funéraire, kùur reem fûgûngu.
II. LES RITES DE SEPARATION ET D’INTEGRATION.
II.1. Les rites pour le départ
vers l’au-delà.
II.1.1. Le creusement du
tombeau, yaoog tukri.
II.1.2. Procession funèbre,
offrandes/sacrifices, kûum dìkre,
kûuni la
maoongo.
II.1.2.2.
Le rakìire dans le rite d’offrande/sacrifice
II.1.2.3. La levée du
corps, le kûum dìkre
II.1.3.
Le kûum solegre ou la sépulture.
II.2. Les rites de conclusion
des funérailles.
II.2.1. Dernier ne y toogo
et date du kù-maande.
pogelgo.
II.2.3. Le sag-têka ou
repas d’adieu.
CHAPITRE III.
LE KÛMAANDE OU
LES FUNERAILLES A FAIRE
INTRODUCTION
I. LA PREPARATION DU KUURE.
I.1. Les critères existants.
I.1.1 Les composantes
humaines du moaaga.
I.1.2 Le buudu ou la
famille moaaga.
I.1.3. Les valeurs et le
rog-n-miki.
I.2. Les critères à réunir
I.2.1. Les aspects économiques.
I.2.2. Les conditions pratiques.
II.1. La vigile ou la neuvaine
traditionnelle.
II.2. Le premier jour.
II.3. Le deuxième jour : kùur
daare ou le jour des funérailles.
II.3.1. L’affluence
populaire : le zâma.
II.3.2. Les apparats de
fête.
II.3.3. Les musiciens.
II.4. Les rites de conclusion
et la question de la prise en charge.
II.4.1. Les figure typiques
du kùure.
II.4.2. Le rite du lok
yiisgu, la sortie/présentation des
armes et/ou du kù-peoogo,
la corbeille de funérailles.
II.4.2.1. Le lok rikre
II.4.2.2. Le kù-peoogo.
II.4.3. Le troisième
jour : les lendemains du kùure : la
question
de la prise en charge.
II.4.3.1.
Le partage des pùg-kôapa.
II.4.3.2.
Le raag giligri.
II.4.3.3.
L’héritage, le paôongo.
II.4.4.
Conclusion : les cas particuliers.
QUELQUES
PIERRES D’ATTENTES
INTRODUCTION
I. UNE CULTURE
QUI GROUILLE DE « PIERRES
D’ATTENTES » DE BASE.
I.1. Une communauté à capacité ecclésiale.
I.2. Une foi qui indiscutablement monothéiste.
I.2.1. L’invocation de Wênde, Dieu Unique
des moose.
I.2.2. L’invocation des ancêtres.
II. DES
PIERRES D’ATTENTES SPECIFIQUES.
II.1. La célébration.
II.1.1. L’exaltation de la vie.
II.1.2. La communauté.
II.1.3. Le sacrifice.
II.1.4. La prière.
II.2. La fête.
II.3. L culte des ancêtres.
II.4. Le troisième jour et l’idée d’intégration.
II.4.1. Le troisième jour,
II.4.2. La réintégration.
DEUXIEME
PARTIE :
LE RITE MOAAGA
FACE AU RITE CATHOLIQUE.
CHAPITRE V
LE RITUEL
ROMAIN CATHOLIQUE
I. APERÇU CHRONOLOGIQUE.
I.1. Les sources bibliques des
liturgies chrétiennes.
I.1.1. Rites préliminaires.
I.1.2. Rites de séparation.
I.1.3. Rites d’intégration.
I.2. Mort et funérailles dans
un monde qui change.
I.2.1. Changement selon des
typologies.
I.2.2. Rites préliminaires.
I.2.3. Rites de séparation.
I.2.4. Rites de séparation.
I.3. Du Concile de Trente au
Concile Vatican II (1545-1965).
I.2.2. Rites préliminaires.
I.2.3. Rites de séparation.
I.2.4. Rites de séparation.
II. LE RITUEL DE VATICAN II ET SON APPLICATION.
II.1. Le rituel de Paul VI.
II.1.1. Présentation de la
forme ou de la formation.
II.1.2. Présentation
linéaire.
II.2. Analyse du rituel
romain.
II.2.1. Analyse
anthropologique.
II.2.2. L’analyse
théologique.
II.3. Conclusion :
observations.
II.3.1. Le pôle historique.
II.3.2. Les pôles
anthropologique et théologique.
CHAPITRE VI
LE CHREITEN MOAAGA
MAL A L’AISE
INTRODUCITON
I. NAISSANCE D’UN MALAISE.
I.1. Avant l’évangélisation.
I.2. Première phase du malaise : les rites moose
déclarés erronés.
I.3. Seconde
phase du malaise : la situation moaaga.
II.1. La réaction en Afrique
face au malaise.
II.2. Le cas précis des funérailles chez les moose
au Burkina Faso.
II.3. La réaction pour une
attitude moaaga.
II.4. Le pas
décisif à accomplir.
II.4.1. Auto-critique de l’anthropologie
religieuse moaaga.
II.4.2. Première source
incontournable : la tradition.
II.4.3. Seconde source
incontournable : la notion des
valeurs.
III. CONCLUSION.
III.1. Le besoin d’une
campagne culturelle.
III.2. Le courage de l’erreur
qui fait grandir.
III.3. Le courage qui fait
grandir.
CHAPITRE VII:
LE RITE MOAAGA
A L’EPREUVE DU RITE ROMAIN
INTRODUCTION
I. UNE THEOLOGIE FONDAMENTALE DE LA MORT.
I.1. Un nouveau regard avec
Gustave Martelet.
I.1.1. Re-définition de
l’homme.
I.1.2. Re-définition de la
mort.
I.2. Singularité de la mort du
Christ.
I.2.1. Rapport mort-péché.
I.2.2. L’au-delà retrouvé.
I.2.3. La pédagogie de la
Résurrection.
I.3. Confirmation ou
contestation ?
I.3.1. La question de la
séparation de l’âme et du corps.
I.3.2. La mort et le péché.
I.3.3. La Singularité du
Christ.
I.3.3.1. La singularité de
la mort du Christ.
I.3.3.2. Mourir en
chrétien.
II. POINTS DE CONVERGENCE ET DE DIVERGENCE.
II.1. L’importance du symbole
africain.
II.1.1. L’état de la
question.
II.1.2. Mise en valeur du
symbole.
II.1.3. Universalisme n’est
pas uniformisation.
II.2. Points de convergence.
II.2.1. Convergences
anthropologiques.
II.2.2. Convergences
théologiques.
II.3. Points de divergence.
II.3.1. Divergences
anthropologiques.
II.3.2. Divergences
théologiques.
II.3.3. Synthèse critique.
III. POUR UN RITE AD HOC AUX CATHOLIQUES MOOSE.
III.1. A propos
d’inculturation.
III.1.1.
Survol sur le processus d’inculturation.
III.1.1.1. Fondement de
l’inculturation.
III.1.1.2. Les
caractéristiques et les conséquences de
l’inculturation.
III.1.1.3. Les règles de
l’inculturation.
III.1.2.
Une motion de base pour une bonne inculturation.
III.2. La richesse et
l’importance des symboles chez les moose.
III.2.1.
Baptiser la culture ou les personnes ?
III.2.2.
Le « ad experimentum » dans l’archidiocèse de
Ouagadougou.
III.2.2.1. Document V: Le krisneb kùure.
III.2.2.2. Document
XIII : Le Décret.
III.3. Contribution pour un rite moaaga des funérailles
chrétiennes.
III.3.1.
Bienveillance de l’anthropologie théologique envers
les
cultures.
III.3.2.
Disponibilité de la culture moaaga envers le rite
catholique.
III.3.3.
Pour un rite moaaga des funérailles chrétiennes.
III.3.3.1. Le Christ comme
unique référence.
III.3.3.2. Pour une
authenticité moaaga.
III.3.3.3 Observation et
propositions.
III.3.4.
Conclusion.
[1] RAHNER K., Le courage d’un théologien, Paris, Les Editions du Cerf, 1985, p. 199.
[2] Ibid., p. 201.
[3] RICCARDI A., L’église catholique vers le III° millénaire, Entre intransigeance et modernité, Paris, Desclée de Brouwer, 1996, p. 77.
[4] SC, chapitre I, III, d.
[5] Karl Rahner fait allusion à la théologie de la libération, à une théologie asiatique, une théologie africaine. Il affirme même qu’ « il n’est absolument pas nécessaire que le droit canonique soit unifié dans toute l’église » espérant un espace de liberté pour « le développement autonome du droit propre à chaque ensemble ecclésial ». op. cit., p. 200.
[6] RICCARDI A., op. cit. p. 97.
[7] ROUILLARD P., Histoire des liturgies chrétiennes de la mort et des funérailles, Paris, Editions du Cerf, 1999, 216 pp.
[8] SANON TITIAMA ANSELME (Mgr), évêque de
Bobo-Dioulasso, Burkina Faso.
[9] TERRIN A. N., Inculturazione,
in LITURGIA, DIZIONARI SAN PAOLO, a cura di DOMENICO SARTORE,
ACHILLE MARIA TRIACCA, CARLO CIBIEN, Milano, Edizioni San Paolo, 2001, p.
953.
[10] RICARDI A., op. cit., p. 97.
[11] JAOUEN R., op. cit., p. 174.