Sous le manteau
1.
Une journée sans elle...
... et mes yeux ne voient qu'elle ;
... et mes mains désœuvrées caressent l'air ;
... et ma bouche salive à ne rien faire ;
... et ma langue ne sert qu'à manger et parler ;
... et le soleil se cache dans la fumée des arbres qui montent au ciel, brûlés.
2.
Des années solitaires avaient passé avant elle. Je m'enlisais dans une routine
qu'elle fracassa d'un grand éclat d'amour.
Quelle fibre de mon être espérait encore, alors ?
Quelle fibre de mon être ne ressent pas sa préciosité, maintenant ?
Quelle fibre de mon être ne s'inquiète pas pour elle, jour après jour ?
Elle est si fragile, cette lutteuse de tous les instants.
Comme j'aimerais qu'elle puisse se reposer un moment, qu'elle baisse les bras
pendant que les miens se tendraient pour livrer bataille à sa place. Mais je ne
suis pas un bagarreur.
Je suis un fuyard.
3.
Carpe diem.
Saisir le jour, saisir le bonheur, "ces moments heureux fugaces" dont
parle le Sage.
Non.
Je ne veux pas vivre des instants parcimonieux comme une obole de la vie, au
gré des saisons, des contingences, des hasards, des convenances, sagement.
Je veux vivre cet amour. Vivre ce bonheur et l'habiter. En faire un manteau
pour nous trois, elle, moi et notre amour.
Loin des interférences, des inférences, des jugements, des obligations, des
mauvaises nouvelles qui attristent ses yeux qui voient l'invisible.
Alors, nous n'aurons plus besoin de lumière. Nos esprits s'éclaireront dans la radiance
de notre amour.
L'amour pourvoira à tous nos besoins.
Drapés dans ce manteau d'amour à l'abri de tout.
4.
Pourrais-je vivre encore ?
Je ne peux manger sans perdre ce goût d'elle sur ma langue et l'eau ne chassera
jamais de ma bouche l'essence de ses fluides : ne rien perdre, pas la moindre
parcelle d'elle, à m'emprisonner d'elle.
Je ne veux plus expirer et risquer de laisser s'échapper cette bouffée d'elle
en moi, de laisser s'échapper cette exhalaison dans la fumée des arbres.
Pourrais-je vivre encore ?
Pourrais-je vivre encore sans elle ?