Les textes de Karl Létourneau

 

première tirade

 

entendre le son tintamarre

au repos

 

les yeux perdus endormis

autre part

 

penser n'a pas de sens

le béton recule

 

pourtant

mes pas vers là-bas

n'ont trouvé preneur

 

j'habite un pays seul

dedans

comme dehors

 

 

sans titre

 

tu savais plus

y'avait que le sol pour te répondre

et encore

 

ce jour-là passerait

ça tu savais

 

lentement ton temps passait

lentement comme ton pas

 

on n'est pas tout seul

sauf que

y'a de ces jours

 

et puis je te jure

que les mots valent pas la peine

à tout ça

 

aussi seuls, eux aussi

pour te raconter mille fois

ta même solitude

 

la tuer pour une bonne fois

 

 

la chaise

 

je ne ferai rien

resterai là comme une chaise

au berceau de mon attente

 

plus tard

positions révisées

je me lèverai peut-être

inquiet de mourir

je ferai un pas

au nom des assis

puis je risquerai par devant

 

la course est toujours traître

méfie-toi

 

sous l'insistance de l'oppression

j'arrêterai pour voir

ceux qui m'épient sans bouger

inconscients du crime

qu'ils auront commis

j'écouterai

longtemps j'écouterai

 

tout autour de moi

des silences rancuniers

à vous rasseoir un homme

 

sur sa chaise

 

 

écrits dans cet autobus

 

on ronge ton restant de moelle

le peu de vent qu’il te reste

cette éternité qui s’en va

les nouvelles ont du venin

de plus en plus

 

tu t’acharnes tu luttes

ce cri d’aplomb sur ta fatigue

en rentrant ta gueule habituée

chez elle

 

tous ces calculs sont à vomir

le coeur et l’étincelle

 

téléphone pour du nouveau

du beau

ces signaux-tumultes

sur ton cadran

 

tu pleures pas

 

les sanglots d’aile

circulent ailleurs

_______________________

 

Je t’écrirai un roman, promis

avec tout ce qu’il y a de trop dans ma vie

des poésies désuètes

des rangées de néants planants

je prendrai encore l’autobus

cette fois j’écrirai tout:

le métal et la chair

le quotidien circulant

et je te donnerai les yeux des autres

 

un pauvre homme tout seul oui

et son "plus rien d’autre" à donner

la chaise berçante toute seule

on coin de mon foyer parti

 

___________________________

 

 

je te l’avais dit

cela ne veut plus dire la même chose

quand la musique commence

comme une hypnose du coeur

un glissement vers les pleurs

presque

 

toutes ces affiches sont tristes

maintenant que l’accord chante

je ne voudrais pas que tu meures

je sais c’est idiot la vie

idiot autant que tout ce qui bat

au gré des douleurs

on te l’a dit

tu rentreras chez toi

éteindras ta lampe

et là tu seras vraiment seul

avec ton vertige

alité

 

faudra éteindre aussi la chanson

 

________________

 

pas d’empathie

 

quelques neurones sensitifs

à peine capables de lire

le parterre

 

mêmes les yeux chauds

sont esquivés

le froid souvent

fait ses constats

presque inutiles

 

la nature inertie

désapprendre l’humain

 

version des faits

 

je n'irai pas loin

[une chance que ces enfants ont leur mère]

peut-être que je ne sais rien de rien

tout seul comme ça

au fond rien ne sert de courir

la nature finit toujours par nous galoper

bonne ou mauvaise

retourné à mes idées mon écart

je rumine quelques heures à déblatérer

assis dans le temps

 

bientôt on m'insufflera des intentions

de par ici d'ailleurs des impressions de peut-être

 

parfois le coeur voudrait se taire

et ça se rallume

au fil imprévu de s'abstenir

trop longuement

 

 

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