À LA FLAMBÉE DES CHEMINS

 

 

 

DU BOUT DE LA ROUTE

 


contractions en huit d'infini

l'axiome de la vie

s'écoule d'un corps

douleurs

coule dans un autre corps

douleurs

 

explose la nuit matrice

faisceaux et points incohérents

 

v


le regard ordonnera l'incandescence

il faudra des sacrifices

des ploiements de la nature

négocier des miettes de pain

acquérir l'oubli de soi dans l'oubli des autres

faire siennes les connaissances

au poids de toute une civilisation

y fonctionner

 

v


naître pour disparaître

évanescents

 

qu'un jour on se saute soi-même à la figure

 

v


une toile vierge

du bout

des doigts

le canevas ne laisse

aucune impression

 

masque - colère

sourire étiré

coulées de lave sur des joues sans jour

sans doute des poils

ahurissement de jouissance

froncement de douleur

relâchement de post-soulagement

...l'apaisement

 

v


voici les pinceaux et la peinture

interchangeables

voici la peinture et les pinceaux

 

et puisque tu es tridimensionnel

burin, maillet, moule, bronze

 

pour cette ride

sur l'eau de ton canard

 

v


sur cette toile

blanche

une tache

nielle impalpable

née de la souffrance

de venir au monde

 

elle porte en elle

le poids de milliers de générations

atavisme et culture

chocs et contre-chocs

 

elle porte en elle

ce que tu fuis

et tu la portes en toi

sur ce canevas courbé

par la gravité de vivre

 

si elle gagne

tu pourras l'appeler

destin

 

v

 

 

 

APPRENTI ITINÉRANT

 


un chemin de croix

avec des stations couchées, assises

à quatre pattes

debout

 

aucune carte

aucun mode d'emploi

 

simultaner

apprendre le chemin

apprendre à conduire selon un code de déroute

réapprendre la route vue de tes propres ornières

décoder une signalisation sans pierre de rosette

 

tourner

tourner en rond

danser sur des rythmes qui ne sont pas dans ton sang

 

manger tes propres miettes

 

v


du point A au point B :

hérésie !

 

tu sauras parfois d'où tu pars

jamais où tu arriveras

avec exactitude

dans quel état

avec qui

pour faire quoi

 

ni les taches récoltées

ni celles disparues

grises sur la pierre grise

rieuses dans un ruisseau

ou crucifiées sur un arbre

 

v


tu seras quelque part

hagard

juste content que la journée soit finie

avec un peu de souffle

pour tenter de plier la toile à ce bon port

heureux d'être encore réel

dans une nouvelle réalité

 

épouse des contours de ton choix

accroché ferme à une ramille

au vent

tributaire de racines bien plus vieilles que toi

 

v

 

 

 

LE NOYAU DUR DE LA TENDRESSE

 


sous le vernis dort le nœud

tourne en rond

à s'ennuyer de sa branche

en jours concentriques

 

brille la patine de l'attente

l'usure à ne rien faire

la tension agrippe le néant

cerne le cœur

artères luisantes après la pluie

 

autour d'un point

les forces s'abattent

enclume à tête d'écume

sur le noyau dur de la tendresse

 

v


l'onde choque la mer longe deux planètes au pléistocène

volcan

des cendres descendent en capuchon rabattu

la grisaille-cisaille scelle les cils contre l'émeraude

donne un air de cambrioleur au cœur

 

le chien hurle hurlera les échos de granit

radeau sur le magma

perfusion en la veine minérale

l'aiguille glisse sur la dérive des sentiments

se casse sur les plaques tectoniques

 

le temps n'a plus la distance

et la distance n'a plus le temps

 

scories noires de gris

entre deux planètes

s'est tapi le noyau dur de la tendresse

 

v


le vent fou virevolte

à la rencontre de deux atmosphères

deux couleurs de ciel

l'astre darde ses flocons

la pluie brûle la peau

le brouillard ouvre des horizons bleus

que le langage ne peut nommer

plus purs que l'air

plus liquides que l'eau

remplis de plus de bruissements que la forêt boréale

 

il y aura des cendres

des nuages de douleur pour secouer le cœur

le maintenir en cette vie qui n'est pas de la tarte en forme de soleil

 

le vent fou charrie des particules embryonnaires de destins

des semences sur une île en équilibre par la gravité de vivre entre deux planètes

 

v


le vent fou démonte la mer torture une rivière berce l'île

caresse de semis que les jours nommeront peut-être

la lave durcie se couvre d'herbe douce

mais pas avant que le gel ne la fende et que des arbres y germent

 

une pointe de tarte vagabonde dans les cieux

se lève se couche

ballotte un sablier sur la plage

 

v


le vent fou a apporté des herbes folles

deux arbres surgissent parmi elles

parfois leurs feuilles se frémissent

leurs ombres s'entremêlent

dans les fantaisies des tartes sauvages qui hantent les voûtes trop bleues

 

un jour leurs branches seront chargées

d'inventions qui auront des noms de fruits

fidèles à leurs racines

ancrées dans le noyau dur de la tendresse

 

 

 

 

v


 

 

FEU DE FORÊT

 


étincelle fractionnée pour grandir en flammes

une âme naît de feue flammèche

retourne à la nuit bouche issue nourricière

 

un cycle de siècles assiège la vie

désarroi est mort vive le roi

l'enfant vivra en toi

par ses yeux qui te renvoient à ton image

aux paysages figés d'éternel

à la meuble constante du changement

au souvenir rempli d'atavismes et de culture somme toute humaine

 

v


renaît avec toi

une tache de naissance douloureuse

pour désapprendre ce que le futur évoque

vivre le présent délié du passé

sans le pli des fers

l'échine droite parmi les cristaux de miroir

en un cadre vide pour ton visage sans teint

 

le chemin écume les intersections

se gondole sur le granit de l'éphémère

 

v


à la croisée un arbre des arbres une forêt

la mousse sur le tronc indique parfois le sud

car le soleil aura chauffé les fûts

de la semence aux ramilles à la semence

ber vert chaleur et chaîne alimentaire

tu prendras racine sur cette branche tu seras branche

tu deviendras un arbre

 

la vie t'équarrira te cisèlera te sculptera te planera te débitera

selon un destin concentrique sur le tronc commun

jusqu'à ce que tu laisses des feuilles mortes sous tes pas

 

alors viendra le feu

 

v


étincelle fractionnée pour grandir en flammes

une âme naîtra de feue flammèche

 

v

 

 

 

POSTCOMBUSTION

 


cendres

braises

le passé et l'entropie de l'avenir

sous un écran âcre

 

ciel en miroir

brumes matinales

aube rouge

 

volutes au sol, en l'air

terre chaude parcourue de vermeille

 

ce pourrait être la lave

en trace de pas

de ton volcan interne

comme les soubresauts moribonds

de cet incendie

 

du feu tu tires chaleur

lumière

une purification lascive

dans la fumée :

elle danse aux échos des hurlements de sirène

 

v


il y a des récifs

dans une forêt rasée

rocs trop lourds

même pour des racines

 

une faille

de l'eau

et une ère glaciaire

jamais la roche ne se fend à la chaleur

 

ramasse le morceau

qui tient le mieux dans ta main

jusqu'à la moindre ligne vagabonde

sur ta paume

 

la suite est

à un jet de pierre

 

v


le caillou écorche l'écorce

fait des ronds dans une mare

troue une feuille

arrache une pousse

écrase un insecte

 

parabole à travers

un zeste

de vapeurs refroidies

supportent    ralentissent

le grain minéral

qui parcourt ton globe oculaire

 

v


tes cils battent

changent le destin

arbre ou coléoptère

rien n'est à l'abri

tes faux-pas dans la fougère

comme une bulle de vide

attirent à toi

tout ce qui est léger

 

et l'attraction t'emporte

vers tout ce qui est plus lourd

 

v

 

 

 

 

MÉCANIQUE CÉLESTE


 

De ta fenêtre, à quoi te font penser les arbres quand ils s'élèvent plus haut que le silence ?

Paul Chanel Malenfant, DU SEUL FAIT D'EXISTER

 

sur un temps pesant

tu t'envoles vers

ce soleil

d'or

de plomb

d'uranium

 

ce clinquant ensoleillé t'aspire

 

v


en chemin ton regard

- défilent

amas cendreux lunaires

bouillonnement inhumain au cœur

de la galaxie

constellations en organigrammes

traces furtives de technologie -

capte le vide en rotation sur lui-même

 

rien pour l'homme ici

seulement des manifestations violentes

un feu

à une autre échelle

 

que tu redescends vite

 

v

 


le vent solaire voile tes yeux

paupières soudées

larmes en ébullition derrière

 

cire fondue

aux rayons cosmiques

ailes envolées au loin

fesses serrées

oreilles taillées - serpe stellaire

peau brunie - lampe solaire

 

sortie de ton propre moule

une silencieuse statue de bronze

dépourvue d'ouverture      d'aspérité

 

rentrée atmosphérique

sans cône d'ablation

 

v


(à suivre…)

 

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