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partie
1: Une douche d'eau froide |
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John : Tu la fermes, Brochu, et tu te fous à poil.
Sinon c’est moi qui va me faire la joie de te foutre à poil et je
n’aurai même pas à t'enlever le linge de sur le dos.
[Sans plus tarder, Bob enleva ses fringues, qu'il
roula en boule et jeta dans un coin. Ensuite, il se ferma les yeux
et attendit avec angoisse le jet puissant et glacé du boyau
d'incendie.]
John : Ça c'est le moment que je préfère.
[John mit en marche le boyau et après l'avoir réglé
au plus haut débit (celui que les gens de cirque utilisaient
habituellement pour nettoyer les éléphants), il projeta la sauce en
pleine poire de Bob, et des autres détenus à côté, qui allaient
avoir à endurer ce calvaire bien plus longtemps qu'ils ne croyaient
tous l'avoir mérité. Il n'y avait qu'un seul instant de répit pour
les bagnards et c'était lorsqu'un autre gardien venait les asperger
de désinfectant à l'eau de Javel de la tête au bout des doigts de
pieds. Ensuite, ils se faisaient arroser à nouveau pendant de
longues minutes de souffrances atroces.]
John : Bon ! La douche est terminée. Rhabillez-vous
bande de lapins albinos. Vous avez une heure dans la salle de jeu et
d'entraînement. Grrr ! Que les avocats du groupe de la défense des
droits de l'homme rôtissent tous en Enfer.
[La plupart des détenus retrouvèrent un semblant de
sourire à l'idée de passer du temps ensemble dans la salle
communautaire mais pour Bob, cette perspective ne l'enchantait guère
plus qu'une soirée de mah-jung chez sa vieille tante Marthe et ses
amies totalement séniles.]
Bob : Psst ! John ?! Est-ce que je peux retourner à
ma cellule à la place.
John : Pourquoi ça ?
Bob : J’en ai marre de lever des poids graisseux ou
de participer à une bagarre générale de dards avec les autres. J’ai
failli perdre mon œil gauche il y a deux jours
John : Je croyais que tu aimais les dards, Brochu ?
Bob : Je préfère le golf. C’est moins violent.
John : Je ne peux pas te laisser réintégrer ta
cellule tout de suite, Brochu.
Bob : Mais pourquoi pas ?
John : Ne sais-tu pas que l'on profite du temps où
vous êtes dans la salle communautaire pour aller inspecter vos
cellules pour les cafards et les rats ?
Bob : Comment ? Vous vous occupés de nos cellules.
John : Oui, Brochu ! Nous veillons à ce qu'il y ait
toujours un nombre minimum de coquerelles et de crottes de rats dans
chaque cellule de la prison - ordre du directeur Lapierre.
Bob : Mais voyons donc !
[John asséna un coup de matraque à Bob pour qu'il ne
mette plus jamais sa parole en doute. Bob se la ferma et n'eut
d’autre choix que d'avancer en direction de la salle communautaire,
tel un condamné à mort se promenant la queue entre les jambes en
route pour la chaise électrique.]
John : Écoutez-moi tous, bande de criminels
dégénérés. Nous avons fait nettoyer la table de billard cet
après-midi et...
[L'annonce de cette nouvelle provoqua une salve
d'applaudissements et de sifflements joyeux à travers la longue
colonne de prisonniers qui marchaient, attachés par une corde
rugueuse, en direction de la salle.]
John : ... et si jamais, j'en prends un autre maudit
à chier sur le tapis ou à pisser dans les poches, je jure sur la
tombe du chien de la cousine de ma belle-soeur que je vais lui
rentrer une baguette si creux dans le cul, qu'elle va lui ressortir
par la bouche. C'est compris, bande de retardés mentaux ?
[Tout le monde acquiesça de bon coeur. Pipo Sanchez,
un immigrant Mexicain qui purgeait une peine de deux ans pour s'être
fait pincer à cambrioler un comptoir de la Saint-Vincent-De-Paul
avait toujours le coeur à rire. Il osa défier la colère du gardien.]
Pipo : Moi me demandé si monsieur les gardiens ont
retrouvés la boule numéro 8. Moi pensé que détenu Couillard se l'a
crissée dans le cul, l'autre jour.
[Tout le monde éclata de rire.]
Couillard : Ta gueule, sale Mexicano à la con ou je
te mets mon poing dans face.
John : Fermez vos osties de gueules sales ou je vous
renvoie aux douches immédiatement !!!
[Les détenus firent silence. John le gardien les
regardait en astiquant sa matraque comme s'il les défiait de parler
à nouveau afin qu'il puisse affûter celle-ci à l'aide de leur crâne.
Mais aucun son ne se fit entendre avant qu'ils n'aient tous atteints
la salle communautaire que les gardiens de prisons, entre eux,
aimaient bien appelée l'arène.]
John : Bon. Vous avez une he... vouz avez quarante
minutes, bande de crétins.
Couillard (suivi de quelques autres) : Wo! Ça
toujours été une heure. C'est quoi cette histoire là, à soir ?
John : Tu vas avoir le temps que je vais bien vouloir
te donner, Couillard, espèce d'égorgeur de grand-mère.
Couillard (sur un ton de défi) : Je m'en vas me
plaindre à tu sais qui si tu ne nous donnes pas une heure, comme
d'habitude.
[John savait très bien à qui le détenu faisait
référence. C'était à un de ces petits avocats de misère qui était
constamment en train de faire chier le directeur Lapierre (que les
détenus appelaient 'coeur-de-pierre') avec leurs décrets du tribunal
en faveur d'un traitement 'correct' des détenus et du respect de
leurs droits les plus fondamentaux comme ceux de boire et de
manger.]
John : Couillard, tu vas me la payer cher, celle-là.
Tu en as ma parole. Très bien, vous avez une heure... grrr!!!
[Les détenus donnèrent des tapes de félicitation dans
le dos en sueur de Couillard avant de s'animer un peu et de se
mettre en activité. Plusieurs allèrent sur les vieilles machines
d'entraînement, d'autres allèrent lever des haltères tout en
admirant leurs tatous dans les miroirs en avant d'eux. Quelques uns
jouèrent aux dards, d'autres aux billards et certains autres se
firent une partie de 'miss'.
Deux minutes après le début des activités, plusieurs
bagarres générales avaient éclaté un peu partout, pour des raisons
aussi variées que futiles. Et comme à l'accoutumée, John et les
autres gardiens ne firent absolument rien pour les arrêter. Ils se
contentaient de regarder tout cela en pariant des sommes d'argent
importantes sur les différents vainqueurs et candidats à
l'infirmerie.]
Bob : Qu'est-ce que je fais ici, pour l'amour du Bon
Dieu ?
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