Une autre histoire
- médecine et écriture -

 
Martin Winckler

 
Winckler
La Maladie de Sachs

Sachs, médecin... Deville
Pierre-Louis CEREJA


 










L'an dernier, Martin Winckler donnait, avec « La maladie de Sachs », un fameux best-seller. Le cinéma s'en est emparé et Bruno Sachs est entré avec bonheur dans le cabinet... de Michel Deville.
Lorsqu'il est en recherche d'un sujet pour son cinéma, Michel Deville, accompagné en cela par sa femme Rosalinde (qui signe l'adaptation et les dialogues de « La maladie de Sachs»), aime prendre, un peu au hasard, des livres, de s'y plonger, d'imaginer des situations à l'écran ou d'en composer la distribution rêvée. Ça ne marche pas toujours mais... Ainsi, par bonheur, les Deville sont tombés sur « La maladie de Sachs»: « Le livre, sorti en janvier 98, n'était pas encore un best-seller. Mais, avant de l'avoir achevé, j'ai eu vraiment envie de le faire...»
Le réalisateur craque en effet pour un livre qui sonne juste : « C'est écrit par un médecin de campagne qui raconte son expérience. Donc, c'est irremplaçable. Ça ne s'invente pas. De plus, j'aime aller dans des endroits rarement ou jamais abordés dans mon cinéma. Là, je me suis dit : tiens, un film réaliste. Il fera moins cinoche que d'autres...»

MINUTIEUSE ECRITURE
Bruno Sachs est le premier médecin dans le cinéma de Deville mais, pour le cinéaste, avant d'être un médecin, c'est le personnage qui lui est apparu passionnant et complexe : « Il est fragile et fort, enthousiaste, en colère aussi parce qu'il a foi en la médecine et qu'il pense que certains de ses confrères, s'ils s'intéressent à la maladie, ne s'intéresse pas au malade. Il est aussi jeune, plein de fougue et démoli par son impuissance.» Puisant dans un matériau très riche, Deville est allé à l'essentiel dans un traitement simple et fluide, où tout était minutieusement écrit : « Il valait d'ailleurs mieux, avec un total de cinquante personnages à faire pénétrer petit à petit dans le film.» Alors que la place et le rôle du médecin généraliste reviennent avec insistance dans l'actualité, « La maladie de Sachs » apporte une belle pierre au débat : « Je n'ai pas fait le film pour cela, souligne le cinéaste. J'ai voulu montrer de l'intérieur comment ça se passe, qu'il y a des types bien.» Et tant mieux si ça peut changer le regard des spectateurs...

FOU ET... RAISONNABLE
Si Martin Winckler s'exclame : « Albert Dupontel, c'est Bruno Sachs!», on le croit volontiers, d'autant que l'on sait que le comédien a suivi, pendant cinq années, des études de médecine. « Moi, je suis un anti-docteur Sachs ! Quand j'ai vu les malades, affirme Dupontel, je me suis enfui ! J'étais probablement plus sensible que je voulais me l'avouer...» Sa sensibilité, le fait de communiquer ses angoisses, de les exorciser, l'ex-étudiant en médecine a choisi de les exprimer en devenant comédien. Un comédien qui a explosé sur le grand écran avec un décapant « Bernie » qui a marqué les esprits : « Inévitablement, on vous associe à ce que vous faites. C'est la preuve que les gens voient ce que vous faites, ce qui n'est déjà pas mal. Ce qu'on ne voit pas, c'est que derrière tout ça, il y a un travail maîtrisé.. Pour faire le fou, il faut être très raisonnable!»

« JUGER, C'EST RESTREINDRE »
Si Dupontel avoue que son cinéma puise volontiers dans l'excès, il est pourtant très sensible à l'univers d'un Deville qu'il compare, dans sa « dentelle émotionnelle », à Bergman ou à Bresson : « Eux, ils font du grand avec du petit. Moi, je fais de l'énorme avec du grand.» En souriant, Dupontel glisse que le personnage de Sachs lui a surtout permis de comprendre pourquoi il avait quitté la médecine mais « le scénario étant très précis, en passant la blouse blanche, crac, j'étais médecin.» L'acteur estime que les choses se sont faites doucement, en s'aplatissant devant le personnage : « Ce que je comprenais d'abord chez lui, c'était sa colère, sa révolte, son idéal.» Mais surtout, le comédien se garde de porter un jugement moral sur son personnage : « Le juger, c'est le restreindre.» Dupontel étant aussi metteur en scène (son dernier film « Le créateur » a été un très gros échec mais on aura l'occasion de le revoir, dans la région, le 12 octobre, pendant le festival de Colmar), il a goûté pleinement le travail de Deville mais lorsque « Coupez!» retentit, tout s'arrête aussi pour Dupontel : « Cependant, on peut être hanté ensuite par une émotion que le rôle a suscité chez vous. Et, avec Sachs, il y en a eu...»

Dans « La maladie de Sachs », Albert Dupontel incarne un généraliste tout dévoué à ses patients.

Pierre-Louis CEREJA
 
 
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