Parler d'moi . . .
Etudiant en médecine? J'essaie de prendre le temps de lire un peu. Le temps d'écrire aussi. Restes de nuits blanches en gardes à voir défiler les gens et leurs détresse, les paumés, les amochés, les perdus d'avance et les pas encore trouvés... Des images qui s'encrent dans ma tête et dans ma mémoire, d'une façon un peu insidieuse, un peu malgré moi.
Je suis heureux d'aider/aimer les patients que je vois, c'est un sentiment étonnant, un peu d'altruisme, un peu d'égocentrisme, un peu d'humilité, viennent se mélanger dans un équilibre fragile, précaire, près à basculer du côté de l'autosatisfaction ( jouissance cérébrale après masturbation intellectuelle dans un but dignostique) ou du côté du mépris de soi et de ses erreurs. 
Alors ce besoin d'écrire pour vider tout cela à la manière de Bruno Sachs , un bout de papier ici ou là, parfois chiffonné et jeté, parfois conservé et oublié puis retrouvé.
Mais les étudiants en médecine sont d'une race à part, ils ingurgitent les cours à la manière de boulimiques, mais restent anorexiques quant à l'écoute de leurs propres émotions, ou, du moins, quant à l'expression de ces émotions. Vous en connaissez beaucoup qui avouent que chaque lendemain de garde ils pleurent en pensant à l'écorché de la veille qui baignait dans un mélange indescriptible de sang, de vomissure et d'alcool ? Vous en connaissez beaucoup qui avouent leurs peurs, de l'autre ( comprenez du patient ) ? Et tant de  choses qu'ils ingurgitent pendant des heures le soir, au coin de leur bureau sous la lumière jaune ou blanche de leur lampe blafarde, comme s'ils voulaient faire passer la pilule en avalant des questions, comme s'ils voulaient repousser leur vécu de soignant au fond, tout au fond, de leur mémoire avec des théories diagnostiques et thérapeutiques. Je le fais aussi, tout bon médecin se doit d'avoir un minimum de compétences, mais la façon dont on nous enseigne l'un des plus beau métier du monde, ne correspond pas à la pratique de ce métier.
On ne nous apprend pas, sur les bancs des amphithéâtres, la gestion de la nudité, la gestion de la mort, la gestion de l'impuissance face à la maladie ou à l'accident. La somme de connaisances à acquérir est telle que tous les jours certains étudiants "sèchent" les stages hospitaliers (seul endroit ou l'on "pratique" un peu) pour se consacrer aux livres. Et ceux là, réussissent souvent mieux aux examens.
J'aime le contact avec les gens, j'aime le stress de l'urgence, j'aime me creuser la tête devant un ensemble de symptomes... 
Je suis un peu pessimiste quand à l'avenir des soignants, médecins , infirmiers, pharmaciens...etc... mais je persiste. Sans doute existe-t-il au fond de moi, une étincelle plus brillante et plus chaude que celle que je vois devant moi ....
                 - Témoignage Anonyme  -

 
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