Les dépenses de santé
La vie du patient au quotidien
Les patients des urgences et leur
misère, leur enfer, chaque jour
Le salaire des soignants, qu’ils
soient médecin, infirmière, aide-soignante…
Le manque d’infirmières,
chronique, prévisible depuis longtemps, prévu par les statistiques,
mais jamais envisagé…
Le manque de médecins, chronique,
prévisible depuis longtemps, prévu par les statistiques,
mais jamais envisagé…
L’attente dans les services d’urgence
L’attente avant d’avoir une consultation
chez un spécialiste
Certains professeurs qui paradent
devant les caméras
La paie des étudiants, de
leurs gardes et de leurs matinées au CHU.
La contrainte imposée aux
carabins : les heures passées dans les amphithéâtres,
à la bibliothèque, à leur bureau, dans les salle de
travaux dirigés ; au lieu de passer ces mêmes heures dans
les chambres des malades, dans les couloirs des hôpitaux, en garde
au contact de la misère, dans la rue au contact des blessés,
ces traumatisés de l’extérieur
Les étudiants qui sèchent
les cours
Les étudiants qui sèchent
les stages
Les étudiants qui rédigent
au lieu d’observer .Qui tournent les pages au lieu de palper.
L’importation d’infirmières,
de médecins, espagnols, roumains, libanais, algériens, russes,
hongrois pour palier au manque de personnel dans les hôpitaux de
France.
Parce que l’on a pas envisagé
ce qui était prévu, ce qui se disait tout bas, et pas dans
les journaux.
Le manque de médecins en
France où les étudiants ont à passer deux concours
pour devenir médecin
En France où les infirmières
ont à passer un concours avant de devenir des infirmières.
Et où il manque tant d’infirmières.
C’est tellement plus facile et
moins cher de ne pas nous former et de se fournir dans les pays étrangers.
Ces pays étrangers plus misérables que la France : où
les gens sont plus miséreux, où les gens ont d’avantage besoin
de soutien et de soin . Ces pays où les médecins sont vraiment
mois payés que dans notre pays. Qui sont heureux de venir en France,
parce que même sous-payés par les hôpitaux, il le sont
d’avantage que dans leur pays. Ils abandonnent leur misère à
eux pour venir soulager la notre.
Les aides-soignantes qui font le
boulot d’ASH.
Les enfants malades de vivre avec
des parents qui n’en sont pas, ou plus, ou qui n’auraient pas du l’être.
Maxime, nouveau-né. Maman
a dix-neuf ans : un avortement à treize ans, une fausse couche à
quinze ; un enfant à seize, d’un premier père, enfant placé
dans une famille d’accueil ;un second à dix sept ans et demi, d’un
second père, enfant placé dans une autre famille d’accueil
; un troisième enfant, Maxime, d’un troisième père.
Bébé est gravement malade du cœur - transposition des gros
vaisseaux - opéré. Hospitalisé. Maman quitte
papa pour partir soudainement en vacances – à Ibiza – avec un autre
homme. Pas de nouvelle d’elle. Elle n’appelle pas pour prendre des nouvelles
de Maxime. Papa, sans travail, dans un appartement insalubre selon
l’aide à l’enfance. Bébé doit bientôt sortir.
Papa appelle le procureur pour avoir la garde. Maman partie, revient –
tout sourire- la main de papa dans la sienne. Réconciliation. Retour
à domicile. Bébé revient. Maman repartie. Que faire
de Maxime ?
La cigarette pour payé les
dépenses de santé qui paie les trente-cinq heures
Les trente cinq heures
Les fonctionnaires et la sécurité
sociale.
Les indemnités de chômage
et le manque de main d’œuvre dans tous les milieux.
L’interdiction de donner un antalgique
a un patient qui présente une péritonite, avant qu’il soit
vu par l’externe, puis l’interne, avant qu’il ait eu un ASP, un scanner,
pour qu’enfin quand le senior de garde l’examine enfin, les antalgiques
n’aient pas masqué la symptomatologie.
L’alcool
La mort
Les souvenirs de gardes difficiles
qui collent à la peau
La division pour mieux régner
Des médecins non solidaires
Les généralistes
et les spécialistes
Les grèves du milieu médical
qui ne rassemblent pas tous les médecins, pas toutes les infirmières
Le plan Juppé
Le plan Aubry
Les malades imaginaires
Les vrais malades
L’internat
La mise à mort programmé
du secteur privé
Les génériques, il
n’y a pas cent cinquante laboratoires pharmaceutiques dans le monde, à
fortiori en France, le prix des médicament est fixé par l’agence
du médicament, orchestré par le même gouvernement que
celui qui tape sur les doigts des médecins qui prescrivent des médicaments
trop chers
Les médecins-conseils
Le silence des hôpitaux la
nuit
Le nivellement par le bas de la
population pour mieux tout contrôler
Le drame des transfusés
par les politiques et leurs fausses économies et leur silence et
leur conscience silencieuse ou tue par la corruption
Les professeurs qui ne passent
plus de temps auprès de leur malade car réunion, car articles,
car gestion, car études.
Ces mêmes professeurs qui
officient dans les amphithéâtres et qui sont si loin du quotidien
du soignant
Les faux nouveaux médicaments
et le mensonge de ceux qui les présentent.
L’odeur du sang mélangée
à celle de l’alcool.
Le travail immense des policiers
non respectés, sous payés, maltraités
Les cités et leurs dégâts
corporels
Les écorchés vifs
La violence des malades
La violence des médecins
La violence des médicaments
La violence à soi-même
pour taire sa propre douleur quand le malade hurle de la sienne.
L’hypocrisie des révoltés
Les non révoltés
hypocrites
Les farines animales
Le moment où l’on doit ingurgiter
les cours de médecine, les digérer, les recracher, à
l’instant où l’on faibli, où l’on fatigue …
La haine de celui qui a blessé,
du violent
La peur de sa propre haine quand
on est face à eux, ces particuliers, ces non-respectueux, ces menteurs,
ces sans-amour, ces provocateurs
Les RMO
Les visites professorales où
l’on entre à quinze dans la chambre d’un patient. Qu’on le regarde
comme une bête curieuse. Que chacun pose une question à lui,
le patient – seul ; que chacun lui palpe le ventre, - à tour de
rôle et sans agitation s’il vous plaît, par respect pour le
patient. Les larmes à l’annonce du diagnostic, puis du pronostic,
qui rappellent les larmes à l’interrogatoire lors que le patient
a avoué son homosexualité, sa toxicomanie, son alcoolisme,
se rapports non protégés, son goût pour la bonne chaire
– dans le secret professionnel de quinze blouses blanches.
L’ironie.
L’envie d’une cigarette quand le
paquet est vide et qu’il reste trois heures de garde, ou qu’il est deux
heures du matin
L’absence de séance de ciné
à deux heures du matin quand on a terminé de lire/apprendre/rabâcher/ingurgiter/recracher
– encore - ses cours.
Le sommeil qui vient pas quand
la fatigue est trop lourde, trop présente.
Le sommeil qui vient à l’heure
de l’examen, à l’heure de l’opération, à l’heure de
la décision importante
Le regard des infirmières
à l’arrivée des nouveaux externes. Leur étonnement
quand l’un d’eux propose de les aider ou les aide sans qu’elles n’aient
à réclamer.
L’ambulance du SMUR dévalisée
au cours d’une intervention.
Les pneus crevés de la grande
échelle pendant que des pompiers combattent les flammes.
Bernard Kouchner.
Droite. Gauche.
Les moqueries bêtes et méchantes
du chirurgien qui opère sous anesthésie générale
la femme de (- avant d’aller faire des courbettes en salle de réveil
à la femme de -) Monsieur le Député Maire.
J’ai besoin « d’un genou
» pour mon études sur les lésions du ménisque
: si « une douleur des membres inférieurs » arrive vous
m’appeler immédiatement. Et « la pauvre entorse bénigne
du genou » qui débarque quand le faiseur d’études lui
annonce la nécessité absolue d’opérer rapidement.
Mais n’ayez crainte, il n’y aura pas de séquelles. (Faut bien qu’ils
se forment, les chefs de clinique)
Appeler les patients par leur numéro
de chambre ou leur diagnostic
Le nom des maladies qui est celui
des médecins qui l’ont découvert et non celui des patients
qui les ont (sup)portées.
Quatre mois comme externe dans
un service de chirurgie digestive. Au staff. Au bloc. En consultation.
Dans le service. Au contact des internes, des chefs, des praticiens, des
patrons. A la fin du stage, l’un des patrons de ce service est de garde
aux urgences. Appelé par l’externe en question pour une péritonite,
descend, décide d’opérer. A besoin de l’externe. Un fois
au bloc dialogue entre le patron et l’externe. « Vous vous débrouillez
bien jeune homme. – Merci, Monsieur. – Vous avez déjà fait
des stages en chirurgie ? – Euh (étonnement) oui ! – Ah, et où,
s’il vous plaît ? – Presque quatre mois dans votre propre service.
– Silence.
Mais il y a d’autres réalités belles à pleurer
Les souvenirs de gardes difficiles
qui collent à la peau
L’accouchement
Les femmes
Les femmes qui allaitent
Donner la vie
Sourire. Le donner .Le recevoir.
Merci.
Certains cours. Certains professeurs.
Le secourisme
Le jour
Transmettre son savoir
Recevoir des connaissances
Se sentir utile ; être utile.
La mort qui soulage
Laver un patient qui ne le peut
plus et qui sent bon après.
Les hommes
Un papa. Une maman.
Les amoureux
L’extubation
L’insolite
La nuit
Avoir franchi toutes ces étapes
sans trop de dommage jusque-là
Aimer ; être aimé
Le silence des hôpitaux la
nuit
La maladie de Sachs
Apprendre
L’espoir de réussir et de
franchir ces choses de la vie avec parfois le sentiment d’être invincible,
ou modeste
L’humilité
Celui qui se réveille pour
un instant, un instant seulement, le temps de dire au revoir à ceux
qu’il a aimé, avant de repartir pour un dernier sommeil …
Les vieux qui parlent de «
dans le temps », un sourire à peine visible sur leur visage
ridé, une larme scintillante au coin des yeux.
Les souvenirs peropératoires
de la femme de Monsieur le Député Maire opérée
par le chirurgien moqueur. L’entrée collégiale du chirurgien
moqueur et des internes en salle de réveil, et son désarroi
au moment des premières courbettes lorsque la femme de Monsieur
le Député Maire lui répète les mots prononcés
pendant l’intervention.
Les sorties de garde le dimanche
matin, quand le soleil vient se mêler au sommeil sur nos yeux enfermés
depuis vingt-quatre heures, et que nous rentrons, fourbus mais heureux,
prendre un petit déjeuner dans une boulangerie parfumée,
avant de rentrer chacun de notre coté prendre un peu de sommeil
au jour qui se lève.
La complicité entre certains
étudiants.
La main d’une amie sur mes épaules.
Etre reconnu dans la rue par une
infirmière du service.
Etre reconnu dans la rue par un
patient qui passe.
Maxime. Maxime le sourire. Maxime
qui tend les bras. Le besoin d’amour de Maxime. Maxime le préféré.
Maxime à la table des infirmières lors des transmission.
Maxime le malheureux qu’on voudrait adopter.
L’urgence et son tresse. La réanimation
et sa technique.
Le SAMU
Les infirmières de réanimation
– Marie- et toutes les infirmières.
Les besoins de piano, insolites
au cours d’une intervention chirurgicale quand on tient les écarteurs.
Retrouver des collègues,
internes, chefs, infirmières en dehors de l’hôpital.
B.
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