121 – En Pologne et en France
Septembre 1939-printemps 1940 Forte de l'avantage diplomatique et stratégique que lui confère la signature d'un pacte de non-agression avec l'Union soviétique, l'Allemagne hitlérienne se lance à la conquête d'une Europe affaiblie et mal préparée au conflit.
* L'invasion de la Pologne (septembre 1939) Le 11 septembre 1939, les troupes allemandes déferlent sur le territoire polonais: elles y expérimentent leur nouvelle stratégie, la guerre éclair (Blitzkrieg), fondée sur une attaque combinée de divisions blindées et de frappes aériennes (bombardements et troupes aéroportées). Le terme allemand Blitzkrieg (guerre-éclair) désigne "une action militaire qui en quelques semaines anéantit les capacités de combat de l'adversaire". Cette notion, en opposition complète avec les pratiques de la Première Guerre mondiale, repose sur l'action combinée du char et de l'avion. L'idée nouvelle est de confier à l'aviation un rôle «d'artillerie mobile» et de transport de troupes parachutées tandis que les blindés sont concentrés en grand nombre pour disposer d'une force de feu considérable et rapide. Le but est de rompre rapidement des lignes ennemies. Cette stratégie, lorsqu'elle est opposée à une armée peu mécanisée, est foudroyante (Pologne, Yougoslavie, Grèce). Confrontée à des armées bien équipées, mais manoeuvrant de manière classique (France, Grande-Bretagne et U.R.S.S. au début des combats), elle permet des victoires rapides. Surclassées sur le plan militaire, les troupes polonaises voient leur résistance réduite à néant par l'intervention des armées soviétiques, à partir du 17 septembre, à l'Est. Le partage de la Pologne, évoqué dans les clauses secrètes du Pacte germano-soviétique, est ainsi devenu une réalité. Malgré des efforts héroïques pour défendre Varsovie, la Pologne, isolée, est contrainte d'accepter l'armistice le 27 septembre 1939. Le prétexte de la guerre pour les nazis est un accès direct à la partie orientale de l'Allemagne à travers la Pologne : le «corridor de Dantzig» En fait, le pacte germano-soviétique a secrètement partagé ce pays entre les deux signataires. Le 1er septembre 1939, sans déclaration de guerre préalable, l'Allemagne envahit la Pologne; le 3 septembre, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l'envahisseur sans intervenir directement. Subissant de très lourdes pertes, l'armée polonaise est balayée. Le 17 septembre, l'U.R.S.S. envahit à son tour la Pologne. Le 28 septembre, celle-ci cesse d'exister. Le succès est total pour l'Allemagne nazie, qui, par le jeu des alliances et des annexions pratiquées depuis 1938, contrôle désormais une grande partie de l'Europe centrale. Cependant, l'invasion de la Pologne a provoqué l'entrée en guerre du Royaume-Uni et de la France (2 et 3 septembre 1939).
* La «drôle de guerre» (septembre 1939-mai 1940) L’invasion de la Pologne a fait s'effondrer les dernières illusions munichoises: le Royaume-Uni, puis la France déclarent la guerre à l'Allemagne, mais se réfugient dans une stratégie prudente et attentiste; c'est la «drôle de guerre ». Persuadés que la guerre sera longue et qu'ils disposent d'atouts défensifs face à l'Allemagne (maîtrise des mers, protection de la ligne Maginot), les Alliés s'efforcent de gagner la guerre sans la faire, comptant que le blocus maritime asphyxiera l'économie de guerre nazie et que le temps gagné leur permettra de poursuivre leurs efforts de réarmement. Pendant ce temps les Franco-Anglais mènent une stratégie d'attente, c'est la «drôle de guerre». Il n'y a pas de combat sur le front ouest. Le 8 avril 1940, le Danemark, puis la Norvège sont envahis par l'Allemagne. Les Alliés franco-anglais débarquent victorieusement à Narvik (Norvège), port exportateur du fer suédois destiné au Reich.
* L'Europe du Nord Neutralisée sur le front occidental, la guerre gagne l'Europe du Nord (novembre 1939-juin 1940) Ce sont d'abord les Soviétiques, qui, soucieux d'assurer la sécurité de leur territoire face à une éventuelle menace allemande, font mouvement vers la Finlande, mais se heurtent à la résistance des troupes Finnoises (guerre russo-finlandaise, novembre 1939-mars 1940), puis exercent des pressions plus efficaces sur les États baltes, finalement annexés en juillet 1940. Inquiets pour leur approvisionnement en minerai de fer, les Allemands décident alors d'occuper le Danemark et la Norvège (avril - juin 1940). La réaction des Alliés, qui parviennent le 28 mai 1940 à prendre pied à Narvik, est cependant rapidement anihilée par l'évolution des opérations militaires en France. Une fois de plus, l'Allemagne nazie sort victorieuse de ces préliminaires à la grande offensive de mai - juin 1940. Ce choix tactique se révèle désastreux à plusieurs niveaux: la Pologne, isolée, est sacrifiée, le moral des troupes, mobilisées, mais inactives, se détériore, et surtout l'initiative des opérations militaires est laissée à l'Allemagne, qui dispose ainsi de temps pour réorganiser ses conquêtes en Europe centrale et préparer ses futures offensives.
Confortée par ses premières victoires en Pologne et en Scandinavie, l'Allemagne nazie prend l'initiative de déclencher les hostilités en Europe occidentale le 10 mai 1940. Désormais, le conflit oppose directement les grandes puissances européennes: la guerre a changé d'échelle. Malgré l'ampleur apparente de leurs victoires, les succès que remportent alors les Allemands ne sont cependant pas sans limites.
* La campagne de France (mai - juin 1940) À la veille de l'affrontement majeur, les forces en présence ne sont pas réellement disproportionnées (l'Allemagne ne dispose d'une réelle supériorité que dans le domaine des forces aériennes) ; sur le terrain, c'est l'application de la stratégie de la guerre éclair (Blitzkrieg) qui fait exploser le dispositif défensif franco-britannique, trop concentré sur une ligne Maginot que l'armée allemande va s'efforcer de contourner. Mais le 10 mai, c'est l'invasion des Pays-Bas, de la Belgique, puis la percée des Ardennes en France. En moins de dix jours, les Allemands coupent les armées alliées en deux. Toute l'armée anglaise et la partie la mieux équipée de l'armée française sont encerclées dans la «poche de Dunkerque». Si 340000 hommes ont pu fuir le 3 juin vers l'Angleterre, les autres sont faits prisonniers et tout le matériel est perdu. L'Italie déclare la guerre à la France le 10 juin pendant que les troupes allemandes progressent vers le Sud. Le gouvernement français demande l'armistice puis s'installe à Vichy. L’exode des populations civiles, la désorganisation tactique des armées alliées, transforment cette campagne de France en une déroute humiliante. Le 11 juin, les Allemands sont à Paris, et le nouveau gouvernement, confié le 16 juin au maréchal Pétain, demande, puis signe l'armistice le 22 juin 1940.
122 – Le Blitz L’Angleterre se retrouve alors isolée face à l'Allemagne, mais son nouveau Premier ministre, Winston Churchill (nommé le 10 mai en remplacement de Neville Chamberlain), refuse de renoncer aux combats. L’Allemagne nazie abandonne vite le projet d'un débarquement dans les îles Britanniques et choisit de briser la résistance anglaise par une gigantesque opération de bombardements aériens (le Blitz). La bataille d'Angleterre dure pendant tout l'automne 1940 sans parvenir à faire fléchir la détermination des Anglais.
C'est le premier revers subi par Hitler et ses stratèges. L’Allemagne renonce au printemps 1941 à ses opérations aériennes sur le Royaume-Uni: l'espoir d'arracher un armistice britannique s'éloigne. Fondamental à long terme pour la préparation du débarquement de 1944, cet échec est cependant masqué par d'autres succès remportés par les forces de l'Axe sur les champs de bataille européens. Le nouveau Premier Ministre anglais Churchill refuse toute idée de défaite. La bataille d'Angleterre pendant l'été 1940 est surtout aérienne, les Allemands ne pouvant envisager un débarquement qu'en anéantissant l'aviation ennemie. La Grande-Bretagne évite la destruction de ses sites stratégiques grâce à l'emploi du radar* et à son aviation de chasse. Par dépit, les nazis décident de bombarder les villes de nuit.
13 – L'extension du conflit
131 - L’extension contre les Britanniques
* L’extension contre les Britanniques Ils se reportent en Libye (colonie italienne) et en Égypte oÙ les Britanniques sont aidés par les pays du Commonwealth. L'enjeu devient le contrôle de la Méditerranée. Le 28 octobre 1940, l'Italie attaque la Grèce à partir de l'Albanie. Devant les difficultés des troupes de Mussolini, Hitler intervient le 6 avril 1941. Il envahit la Yougoslavie, puis la Grèce. Les Britanniques qui aidaient les Grecs doivent se retirer. La guerre s'étend également sur le rivage sud de la Méditerranée, où l'Allemagne envoie l'Afrikakorps de Rommel en mars 1941. Celui-ci parvient en juin 1942 aux abords du delta du Nil, laissant espérer à l'Allemagne un accès direct aux champs pétrolifères du Moyen-Orient. L’invasion de la Yougoslavie (avril 1941), puis celle de la Grèce (avril - mai 1941) consacrent la puissance stratégique de la Wehrmacht: par le jeu des alliances et des occupations, l'Allemagne dispose au printemps 1941 d'une solide domination sur l'ensemble de l'Europe continentale. Néanmoins, cette intervention dans les Balkans a eu lieu pour venir en aide aux troupes italiennes qui subissaient des revers en Italie et en Grèce. Cet épisode contribue à retarder l'offensive déjà programmée en URSS et pèsera lourd sur l'avenir des opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale.
* La rupture du pacte germano-soviétique
L'offensive allemande en URSS (juin 1941) Le 22 juin 1941, Hitler déclenche une vaste opération militaire contre l'URSS (plan Barbarossa) : en s'appuyant sur ses États alliés et satellites, il lance 4 millions de soldats, 3 300 chars et 5 000 avions dans une gigantesque « croisade contre le bolchevisme ».
Désorganisée par les purges staliniennes des années 1936-1938, mal préparée, l'armée Rouge recule sur tous les fronts, mais résiste. Les renforts venus de Sibérie et d'Asie centrale et surtout l'arrivée de l'hiver permettent aux Soviétiques de dégager Moscou et de tenir le siège de Leningrad. Le front reste cependant fragile dans le Sud. En 1942, les armées allemandes atteignent la Volga et Stalingrad: cette brèche rend possibles l'accès aux champs pétroliers du Caucase et le contournement des défenses russes autour de Moscou.
Les massacres de civils en Crimée
Le 22 juin 1941, l'Allemagne attaque l'U.R.S.S. sur un front de 1500 km du Nord au Sud, à la conquête d'un «espace vital». Dans les deux premiers mois, les objectifs sont atteints. Les pertes des Soviétiques sont immenses, ceux-ci reculent et concentrent leur défense sur Léningrad et Moscou en pratiquant la politique de la terre brûlée. La guerre-éclair bute sur la longueur des transmissions, l'usure du matériel et le froid précoce contre lequel les Allemands n'ont pas d'équipements.
132 – L’Empire du soleil levant
* L’évolution en Asie Le Japon est en guerre contre la Chine depuis 1937. Après la défaite française, les autorités japonaises obtiennent en septembre 1940 des facilités militaires en Indochine. En avril 1941, le Japon signe un pacte de neutralité avec l'U.R.S.S. Son objectif est de supplanter les Européens en Asie (cf. carte page 10). Les États-Unis sont officiellement neutres, mais Roosevelt, qui a déjà lancé l'effort de guerre américain, est décidé à empêcher une expansion supplémentaire du lapon en Asie (gel des avoirs japonais aux États-Unis, puis embargo pétrolier contre le Japon en août 1941. L'amiral Tojo, chef de file des militaristes, devient Premier Ministre le 1 " octobre et décide d'éliminer la présence militaire américaine du Pacifique afin de conquérir l'Asie de l'Est et du Sud-Est. C'est le but de l'attaque de Pearl Harbor dans les îles Hawaï, qui réussit en partie, avec les attaques conjointes de la Malaisie, de la Thaïlande, des Philippines, de l'Indonésie et de Hong-Kong. La guerre-éclair japonaise utilise comme en Europe le couple aviation/blindés mais aussi l'aéronavale.
* La mondialisation du conflit L’année 1941 est celle de la mondialisation de la guerre: l'Allemagne décide d'organiser une vaste offensive contre l'Union soviétique; le Japon, jusque-là partenaire discret de l'Axe, étend sa domination à toute l'Asie méridionale, provoquant l'entrée effective des États-Unis dans un conflit qui se déroule désormais à l'échelle planétaire. L’action du Japon en Asie et dans le Pacifique précipite leur entrée en guerre. Maître d'une partie de la Chine depuis 1931-1937, le Japon était resté relativement à l'écart depuis le déclenchement de la guerre en Europe. Ses échecs en Mongolie en août 1939 l'ont même conduit à signer avec l'URSS un pacte de neutralité peu compatible avec sa participation à l'Axe. En juillet 1941, ses velléités impérialistes se réveillent avec la prise de contrôle de l'Indochine française. Pour s'assurer la domination de l'Asie méridionale et des îles du Pacifique, l'état-major japonais envisage d'éliminer préventivement la capacité d'intervention des Américains dans le Pacifique en organisant un raid sur la base principale de leur flotte à Pearl Harbor. La réussite de l'opération, le 7 décembre 1941, permet au Japon de se tailler un vaste empire asiatique dès le début de l'année 1942, mais provoque en retour l'entrée des États-Unis dans le conflit mondial. La guerre devient mondiale - les États-Unis soutiennent désormais la Chine et la Grande-Bretagne. L'Italie et l'Allemagne leur déclarent la guerre même s'ils peuvent difficilement intervenir en Asie du fait de la faiblesse de leur flotte. Le Japon conquiert, de décembre 1941 à avril 1942, un espace immense faisant subir un régime très sévère aux civils et aux prisonniers militaires. L’année 1942 marque l'apogée de la domination des forces de l'Axe: le Japon semble victorieux dans le Pacifique, l'Union soviétique reste sous la menace des offensives allemandes. Néanmoins, cette domination n'est pas sans failles: l'entrée en guerre de l'URSS, puis des États-Unis a rompu l'isolement du Royaume-Uni; l'importance des opérations militaires contribue à disperser les forces des puissances de l'Axe. Les événements de la fin de l'année 1942 accentuent l'importance de ces points faibles et renversent la dynamique du conflit. La domination des forces de l'Axe ne semble plus irréversible.
141 – Le retournement en URSS Un tournant décisif. la bataille de Stalingrad Mais l'événement le plus considérable se produit sur le front russe. Stoppées face à Leningrad, contraintes de reculer pendant l'hiver 1941-1942 devant Moscou, les forces de l'Axe font porter leurs efforts sur le front Sud et atteignent en novembre 1942 le Don, puis la Volga. L’armée Rouge se concentre sur la défense de Voronej et de Stalingrad. Elle parvient pendant l'hiver, au prix de combats acharnés, à isoler la VIè armée allemande de von Paulus (qui capitule le 2 février 1943) et à faire reculer le front vers la mer Noire. L’ampleur des pertes subies par les forces de l'Axe est considérable: c'est la première grande défaite du Reich et de ses alliés sur le continent européen.
142 – La Grande alliance * L'entrée en guerre des États-Unis (7 décembre 1941) La participation des États-Unis à la guerre est déjà importante, bien qu'indirecte : par le vote en mars 1941 de la loi prêt-bail, ils assurent un soutien logistique précieux aux Britanniques, puis aux Soviétiques à partir de juin 1941. En août 1941, ils signent avec le Royaume-Uni la charte* de l'Atlantique, base de la future Alliance.
* Une nouvelle donne stratégique L’entrée en guerre des États-Unis apporte aux Britanniques et aux Soviétiques une aide logistique précieuse. L’engagement américain auprès des Alliés était déjà important depuis le vote de la loi du prêt-bail (mars 1941), qui rendait possible la livraison d'armes à tout État dont la défense était jugée utile à la sécurité des États-Unis. Avec l'entrée en guerre (décembre 1941), c'est toute l'industrie américaine qui va se lancer dans l'effort de guerre: les États-Unis deviennent alors l'arsenal de la Grande Alliance. Parallèlement, l'Union soviétique a su réorganiser ses forces. En délocalisant ses usines dans l'Oural et en assouplissant les règles de sa planification, elle est capable, à partir de 1942, de mobiliser son industrie pour l'effort de guerre (chars T 34 et avions Stormoviks et Yak 9). Enfin, à partir de la conférence interalliée de Téhéran (novembre 1943), une réelle concertation stratégique et politique est instaurée, assurant la mise en place d'un haut commandement unifié de l'Alliance.
143 – Les limites de l’extension de l’Axe Les événements de la fin de l'année 1942 et du début de l'année 1943 marquent un net renversement du rapport des forces stratégiques de la Seconde Guerre mondiale. Sur tous les fronts: en Méditerranée, dans le Pacifique et surtout en Russie, les forces alliées reprennent l'initiative et connaissent des victoires décisives.
* Les premiers revers de l’Axe À partir de novembre 1942, les efforts de l'Axe pour contrôler la rive sud de la Méditerranée et chercher l'ouverture vers le Moyen-Orient sont réduits à néant.
Ne pouvant agir directement en Europe, sauf par des bombardements sur les villes, les Britanniques intensifient leur intervention en Libye. Les forces allemandes de l'Afrika Korps leur opposent, avec l'aide des Italiens, une forte résistance qui se traduit par des contre-offensives de part et d'autre (batailles de Tobrouk, d'El-Alamein). L’opération Torch (8 novembre 1942) permet aux Anglo-Américains de prendre pied en Afrique du Nord, tandis que la contre-offensive britannique du général Montgomery, après la bataille d'El-Alamein, fait battre en retraite l'Afrikakorps du maréchal Rommel. La jonction s'opère en Tunisie, que les Alliés parviennent à libérer au début du mois de mai 1943. L’accès aux ressources pétrolifères du Moyen-Orient cherché par les Allemands est ainsi définitivement coupé. Le 8 novembre 1942, les Américains débarquent au Maroc et en Algérie. Le 11 novembre 1942, les troupes allemandes pénètrent dans la zone libre du sud de la France, le 27 novembre, la flotte française se saborde à Toulon. Le gouvernement de Vichy est maintenant sous la domination totale de l'occupant. Après plusieurs semaines d'incertitude, la Conférence de Casablanca (du 14 au 27 janvier 1943) entre Roosevelt, Churchill, De Gaulle et Giraud établit l'autorité de la France libre sur l'Afrique du Nord. Les Alliés progressent en direction de la Tunisie à partir de l'Algérie et de la Libye. Les forces de l'Axe doivent capituler le 13 mai 1943.
* La difficile reconquête du Pacifique Sud L’autre bonne surprise de cette année 1942 vient du Pacifique, où les Américains démontrent, après le désastre de Pearl Harbor, leur capacité à reconstruire rapidement une force d'intervention aéronavale. La flotte américaine parvient dans un premier temps à sauvegarder l'Australie (bataille de la Mer de Corail, mai 1942). Surtout, elle réussit à déjouer la manoeuvre de l'amiral Yamamoto vers Midway (juin 1942) et inflige de lourdes pertes à la marine japonaise (dont quatre porte-avions sur huit sont coulés). Enfin, la bataille de Guadalcanal, dans les îles Salomon (juillet 1942-février 1943), amorce la reconquête des territoires cédés aux Japonais au début de l'année 1942. Rapidement les Américains réussissent à stabiliser l’avance japonaise par une série de batailles aéronavales (mai 1942: bataille de la mer de Corail 1 juin 1942 : Midway; août 1942-février 1943: Guadalcanal). En 1943, ils constituent plusieurs «Task Force»
Dans le Pacifique comme en Europe, les rapports de force évoluent au bénéfice de l'Alliance, mais la victoire est longue à se dessiner. La réussite du raid sur Pearl Harbor (décembre 1941) donne au Japon un avantage décisif: ce succès contraint les troupes du général MacArthur à évacuer en février 1942 leur base de Corregidor (Philippines), pivot de la présence américaine dans la région. Les Japonais s'assurent ainsi le contrôle d'une vaste zone d'influence en Asie méridionale et dans les îles du Pacifique Sud. Dès mai-juin 1942, cependant, les États-Unis, qui ont su rebâtir une flotte opérationnelle en un temps record, contestent la suprématie japonaise (batailles de la Mer de Corail et de Midway). La reconquête sera pourtant longue et difficile, en raison de l'insularité de la région et, surtout, de l'âpre résistance des Japonais. La première grande opération américaine de débarquement a lieu dans les îles Salomon: la bataille de Guadalcanal (juillet 1942-février 1943) est parfois surnommée le «Stalingrad du Pacifique».
151 – La mobilisation de l’économie
* Une guerre industrielle et logistique Pendant toute la guerre, d'énormes quantités d'armes sont utilisées. Celles-ci sont standardisées. Il faut produire massivement et rapidement quelques modèles imposés à l'ensemble des industriels. Dans ce domaine, les États-Unis sont les plus efficaces : Jeep, Liberty Ships./, avions Dakota DC3 ; «forteresses volantes» BI 7 en sont des exemples... L'Allemagne connaît souvent, elle, des rivalités entre industriels et la multiplication des variantes sur un même équipement rend sa maintenance difficile. Les États-Unis deviennent l'arsenal des Alliés (essentiellement Grande-Bretagne, U.R.S.S. et France) et leur fournissent, grâce à la loi Prêt-bail * des armes, des biens d'équipement et de consommation.
À côté de la production, il faut assurer la logistique". Pour un soldat américain (G.I.) au combat, il faut 6 tonnes d'équipement au départ (armes, blindés, avions, carburant, véhicules, munitions, nourriture ... ) puis, en moyenne, 1 tonne par mois. Ensuite il faut assurer le transport, la gestion, la maintenance. Là encore, pour 1 G.I. au combat, 8 soldats sont affectés à la logistique. * L’asphyxie économique Aucun produit n'a joué un rôle aussi vital que le pétrole. Dans ce domaine aussi, les États-Unis détiennent les clés: en 1945, ils en produisent 231 millions de tonnes pour une production mondiale de 354 millions. L'Allemagne et le Japon en sont dépourvus (les Allemands produisent 6 millions de tonnes d'essence synthétique à partir du charbon en 1944). En 1945, la plupart des avions japonais ne volent plus, une partie des blindés allemands et la moitié de leurs avions sont immobilisées. * Obtenir une victoire totale Leur victoire s'explique donc par leur capacité de produire le matériel nécessaire selon des techniques éprouvées. Les seules vraies innovations sont les fusées (VI et V2) et les avions de combat à réaction (Messerschmitt 262) conçus trop tard par les Allemands pour modifier l'issue du conflit et la bombe atomique issue du «projet Manhattan» qui précipite la chute du Japon.
152 – L’effort de la population
* L’investissement de la nation Les leçons de la Première Guerre mondiale montrent que le dirigisme de l'état est fondamental dès le début des hostilités : rationnement, réquisitions, priorité donnée aux fabrications de guerre. L'effort économique commande l'effort militaire. Il faut amener les individus, combattants ou non, à participer à cet effort collectif. La guerre devient idéologique, destinée à manipuler l'opinion intérieure, entretenir le moral des armées et décourager l'adversaire. Tous les États contrôlent strictement, par le biais de la censure, les informations concernant la guerre. Dans beaucoup de pays, c'est le sentiment national, le patriotisme qui est le plus exploité. Le camp occidental met en avant l'idée du combat pour les valeurs démocratiques exprimées dès 1941 dans la Charte de l'Atlantique signée par Roosevelt et Churchill. À l'inverse, la volonté de se débarrasser des idées libérales ou socialistes et de lutter contre le «complot juif» rassemble les nazis et les collaborateurs qui les appuient. La soumission totale de l'individu à ses chefs est alors présentée comme la vertu suprême. Hitler et Goebbels ont même plusieurs fois souhaité entraîner le peuple allemand dans leur propre disparition. Au Japon, la radio glorifie les suicides collectifs de militaires et de civils lors de l'avancée des Américains.
153 – L’usage des sciences et techniques
161 – La contre-offensive russe L’Allemagne nazie a sans doute subi un échec irrémédiable à Stalingrad, mais elle résiste avec acharnement aux offensives alliées: Anglo-Américains et Soviétiques devront se lancer à l'assaut de la «forteresse Europe» pour la contraindre à capituler le 8 mai 1945. * Le retournement en URSS Hitler renonce à s'emparer de Moscou, car il est plus intéressé par les ressources de l'Ukraine, de la Volga et de la Caspienne (charbon, minerais, pétrole). Contre l'avis de son État-major, il lance les divisions blindées sur d'immenses espaces, conquis de mai à septembre. La résistance soviétique se concentre sur Stalingrad. Dans cette gigantesque bataille de position, la meilleure armée allemande est encerclée et anéantie (4 septembre 1942 - 2 février 1943). La dernière offensive nazie a lieu le 5 juillet 1943 contre Koursk (au sud de Moscou). C'est un échec, suivi de la contre-attaque soviétique dans la plus grande bataille de blindés de ce conflit. À partir de ce moment, les Russes ne cessent d'avancer, les Allemands se battent avec acharnement, mais n'ont plus la supériorité mécanique. ils évacuent l'Ukraine à la fin de l'année 1943. Les Allemands tentent de reprendre l'initiative, mais la défaite de Koursk (juillet 1943) souligne, avec la victoire des divisions blindées soviétiques, le déclin de leur suprématie stratégique. La contre-offensive russe se poursuit: le siège de Leningrad est levé le 21 janvier 1944, l'ensemble du territoire soviétique est libéré au début de l'été 1944. * L’offensive en Europe Les Soviétiques reprennent l'Ukraine, libèrent Léningrad et entrent en Roumanie en avril 1944. À l'été, les Russes retrouvent leurs frontières de 1940. À l'automne, Roumanie, Finlande, Bulgarie et Hongrie demandent des armistices. 162 – La situation à l’Ouest * La stratégie alliée Atteints par l'échec de l'opération sur Dieppe (août 1942), les Britanniques, à la différence des Américains, sont favorables à une stratégie portant l'affrontement aux périphéries du Reich. Ils souhaitent ainsi éviter une coûteuse opération de débarquement et parient sur l'épuisement d'un Reich encerclé et coupé de ses approvisionnements vitaux.
Dans le prolongement de l'opération Torch, les troupes anglo-américaines vont débarquer en Sicile (juillet 1943), puis en Italie du Sud (septembre 1943).Les Alliés débarquent en Sicile le 10 juillet. Mussolini est renversé et emprisonné. Un nouveau gouvernement italien négocie un armistice et les Américains débarquent le 3 septembre dans le sud de l'Italie. La réaction allemande est brutale : invasion de l'Italie, libération de Mussolini qui fonde à Salo dans le Nord de l'Italie une république fasciste dans une ambiance de guerre civile. Dès lors, l'avance des Alliés est bloquée et les combats deviennent très durs. Leur progression vers le nord est cependant stoppée en février 1944 (bataille de Monte Cassino): Rome ne sera libérée que le 4 juin 1944, et le nord de l'Italie en mars 1945. * L’ouverture d’un deuxième front en Europe. Les Américains, eux, sont persuadés que la guerre se gagnera par un débarquement massif à l'ouest à partir des îles Britanniques: à la fin de 1943, la préparation de cette opération (dite « Overlord ») est confiée au général Eisenhower. Le 28 novembre 1943, à Téhéran, Roosevelt, Churchill et Staline coordonnent les opérations militaires en Europe. Un débarquement en Normandie est décidé afin de soulager le front russe d'une partie des forces allemandes. À l'Ouest, une gigantesque opération de débarquement des Alliés a lieu le 6 juin 1944 : 4 900 bateaux dont 700 de combat, 11 000 avions permettent à plus de 100000 hommes de débarquer appuyés par 20000 parachutistes. La réaction allemande contrariée par les nombreux sabotages opérés par la résistance française ne peut contenir plus de deux mois l'avance des Alliés. Fin juillet le front allemand est percé. D'autre part le débarquement du 15 août dans le Var et la libération rapide du Sud-Est entraînent l'évacuation d'une grande partie de la France par les Allemands. À la fin de l'année, les combats se déroulent en Belgique et en Alsace. Le débarquement a lieu le 6 juin 1944 en Normandie. L’importance des moyens mis en oeuvre va permettre aux Alliés de réussir un pari pourtant risqué. Profitant des hésitations de l'état-major allemand, ils consolident leur tête de pont normande, puis se lancent début août 1944 dans la libération de la France. Leur tâche se trouve facilitée par l'organisation d'un second débarquement en Provence (15 août 1944) et par les actions des mouvements français de résistance. Paris est libérée le 25 août 1944, mais l'Allemagne empêche les troupes alliées de franchir le Rhin (Arnhem, septembre 1944), stoppant ainsi l'offensive des Occidentaux. 163 – La rupture des fronts * L'effondrement du IIIème Reich Pendant l'été 1944, les Russes réalisent une nouvelle percée: l'armée Rouge entre en Europe centrale et progresse vers les Balkans; le débarquement britannique en Grèce (octobre 1944) vise d'ailleurs surtout à limiter l'influence soviétique dans cette partie de l'Europe. Il peut être interprété comme un signe des fractures politiques à venir entre les Alliés. À l'automne 1944, le Reich jette alors ses dernières forces dans la bataille. à l'est autour de Budapest, et à l'ouest dans les Ardennes. Mais, au début de l'année 1945, les fronts craquent de toute part: les Occidentaux franchissent le Rhin (mars) et opèrent leur jonction sur l'Elbe (26 avril) avec les Soviétiques, qui libèrent Berlin. Le 30 avril, Hitler se suicide et l'amiral Doenitz, son successeur, signe la capitulation sans conditions du Reich les 7 et 8 mai 1945. La guerre s'achève en Europe: reste à organiser la paix; les conférences de Yalta (février 1945) et de Potsdam juillet-août 1945) vont démontrer que ce ne sera pas chose facile.
* La fin de la guerre Les nazis, bien qu'étant en situation de nette infériorité militaire, entretiennent l'illusion d'hypothétiques armes secrètes qui retourneraient les combats en leur faveur. ils mobilisent jeunes et vieux dans le Volkssturm. Les militaires japonais jugent, eux aussi, inadmissible de se rendre. Les Alliés à Yalta décident de rester solidaires jusqu'à la capitulation de l'Allemagne et Roosevelt obtient de Staline une aide contre le Japon. Les Soviétiques entrent en Tchécoslovaquie, en Autriche et attaquent Berlin le 25 avril 1945. Les Occidentaux libèrent les Pays-Bas, envahissent la Ruhr. Ils atteignent l'Elbe et la Bavière en avril et contrôlent toute l'Italie. Le 28 avril Mussolini est exécuté, le 1" mai, Hitler se suicide. Le 8 mai, l'Allemagne capitule.
Par ailleurs, si la Grande Alliance sort victorieuse de la guerre, les tensions et divisions de la guerre froide se manifestent déjà. 164 – Le cas japonais * Une progression par « sauts de moutons » Entre l'été 1943 et le début de l'année 1945, les Américains progressent par « sauts de mouton », d'archipel en archipel (Marshall, Gilbert, Guam, Wake, Mariannes, Philippines). Les opérations de débarquement se succèdent, coûteuses en vies humaines, face à une féroce résistance japonaise: c'est en octobre 1944 qu'apparaissent les premiers «kamikaze» (avions suicides japonais). En 1943, tandis que les Anglais se battent en Birmanie, et que le gouvernement légal du Guomindang et les communistes en Chine s'opposent aux Japonais, les États-Unis décident pour leur part de conquérir les îles de plus en plus proches du lapon. Leur objectif est de détruire par des bombardements aériens le potentiel économique et militaire du pays et préparer son invasion. C'est la stratégie des «sauts de mouton» de l'amiral Nimitz. Elle est rendue possible par une maîtrise à peu près totale des mers et des airs grâce à des forces aéronavales énormes. La marine japonaise, affaiblie dès 1943, ne peut s'opposer aux différents débarquements. Parallèlement les troupes de Mac Arthur reprennent les Philippines 2 partir d'octobre 1944. Mais les combattants japon se battent presque tous jusqu'au dernier avec acharnement. Les pertes sont très élevées de part et d'autre. L'apparition des avions Kamikazes./ très spectaculaires ne change pas l'issue des combats. La conquête d'Iwo-Jima en février 1945 met Tokyo à portée des bombardiers. C'est le bombardement le plus meurtrier de la guerre (180 000 morts en avril 1945). En mars 1945, au prix de violents combats entraînant plus de 20 000 morts dans l'armée américaine, les États-Unis investissent les premières parcelles du territoire japonais à Okinawa, puis Iwo-Jima. La prise de ces îlots volcaniques permet aux forteresses volantes américaines de bombarder les grandes villes japonaises (le premier bombardement de Tokyo a lieu dès le 9 mars 1945, causant plus de 100000 morts). Elle rend également possible la préparation de l'assaut final contre le Japon. * La capitulation japonaise Au début de l'été 1945, la situation militaire du Japon paraît fragilisée: la guerre est terminée en Europe, des offensives appuyés par les Alliés se déclenchent en Chine et en Birmanie. Certains mouvements nationalistes asiatiques participent activement à la lutte contre l'envahisseur japonais (Philippines, Indochine). L’Union soviétique, en application des accords de Yalta, déclare la guerre au Japon et progresse en Mandchourie, puis vers la Corée. Pourtant, la détermination japonaise ne fléchit pas et les Américains hésitent à entreprendre une vaste opération de débarquement au coeur de l'archipel. En Asie, le Japon dispose encore de 4 millions de combattants et contrôle de vastes espaces. Mais son archipel, ses grandes villes sont à portée des Américains qui débarquent à Okinawa en juin. Le refus de propositions de capitulation, l'acharnement extraordinaire des combattants japonais laissent prévoir d'énormes pertes en cas de débarquement sur les îles principales du lapon. Cela conduit le Président Truman à décider de l'utilisation de la bombe atomique sur Hiroshima (6 août) , puis sur Nagasaki (9 août). Il veut aussi montrer à Staline l'efficacité de la nouvelle arme que l'U.R.S.S. ne possède pas. Hiro-Hito, l'Empereur du japon, demande la capitulation le 10 août, moyennant son maintien au pouvoir et l'impunité pour la plupart des responsables politiques et militaires qui ont mené le conflit. Celui-ci cesse officiellement le 2 septembre. Le 16 juillet 1945, une découverte nouvelle bouleverse les données du problème. L’équipe scientifique réunie depuis mars 1943 dans le projet Manhattan expérimente dans le désert du Nouveau-Mexique une arme nouvelle: la bombe atomique. À la fin du mois de juillet, le président Truman donne son aval à l'utilisation de cette arme expérimentale contre le Japon. Les bombardements d'Hiroshima (6 août 1945) et de Nagasaki (9 août 1945) ont raison de l'obstination japonaise. L’empereur Hiro-Hito se résout à signer la capitulation de son pays le 2 septembre 1945. Ainsi se termine, six ans après l'invasion de la Pologne et huit ans après l'agression japonaise en Chine, la Seconde Guerre mondiale.
Date de la dernière mise à jour : janvier 2004
Exercices et cours en histoire.
La Seconde Guerre mondiale.

Première partie : Les étapes de la Seconde Guerre mondiale.
11 – La marche à la guerre
Voir la page d'introduction
12 – La poussée des forces de l’Axe (la guerre-éclair)

14 – Les Alliés reprennent l’initiative
15 – Une guerre totale

16 – L’offensive alliée


2ème partie: L’Europe et la France dans la guerre
3ème partie : Le bilan de la Seconde Guerre mondiale