* Les choix constitutionnels La nouvelle constitution est mise en place par de Gaulle suite à la crise du 13 mai 1958. La Vme République est proclamée le 4 octobre 1958. La principale condition posée par De Gaulle à son retour est le changement de Constitution. Le vote des députés lui confie cette responsabilité. Mais il doit s'engager à respecter le régime parlementaire et la séparation des pouvoirs. C'est pourquoi le texte est un compromis où l'on retrouve bien des éléments de la IVème République : rôle prépondérant du Premier ministre, qui est le chef du gouvernement et le responsable des choix collectifs des ministres, puissance du Parlement, seule expression nationale de la volonté des électeurs, qui vote les lois et peut contrôler et renverser le gouvernement. Pourtant, deux changements modifient subtilement l'équilibre des pouvoirs. D'un côté, le président de la République n'est plus élu par les deux chambres parlementaires, mais désigné par un vaste collège de 80 000 élus locaux. Ses moyens d'action sont beaucoup plus nombreux : il nomme le Premier ministre, peut dissoudre l'Assemblée nationale, soumettre une question au vote des Français (référendum) et même, dans les cas extrêmes, recevoir les pleins pouvoirs. De l'autre, une série de mécanismes techniques limitent l'influence du Parlement. La suppression du " droit d'interpellation *" supprime bien des motifs de renversement des gouvernements. Le Premier ministre n'est plus obligé de demander l'investiture* des députés et peut décider de l'ordre du jour des débats. Surtout, le scrutin majoritaire uninominal à deux tours avantage les partis majoritaires en surévaluant leur représentation à l'Assemblée et permet ainsi de fixer des majorités plus stables et disciplinées. * La reconnaissance nationale À l'automne 1958, les électeurs approuvent massivement, à trois reprises, les choix du général de Gaulle. Ils donnent 80 % de " oui " à la Constitution de la Vme République; ils élisent une majorité de députés modérés, dominée par le parti gaulliste (UNR); le collège des " grands électeurs" choisit Charles de Gaulle comme Président. Le succès du référendum du 28 septembre 1958 est écrasant (79 % des suffrages exprimés et peu d'abstentions), les électeurs exprimant ainsi leur confiance en de Gaulle dans la perspective d'un règlement du problème algérien. Les élections législatives ont lieu les 23 et 30 novembre 1958. C'est un succès pour de Gaulle : les principaux courants gaullistes rassemblés dans une nouvelle formation, l'UNR (Union pour la Nouvelle République), les modérés et les élus d’Algérie lui assurent une majorité considérable. Il faudra de nombreuses années à la gauche pour se recomposer. - L’élection présidentielle a lieu le 21 décembre 1958. Le général de Gaulle est élu Président avec 78,5 1/o des voix. Il choisit Michel Debré comme Premier ministre. 32 - La politique gauIlienne : restaurer la grandeur de la France Pendant les quatre premières années de sa présidence, le général de Gaulle doit résoudre les problèmes qui avaient provoqué l'échec de la IVme République. *Le règlement de la question algérienne Revenu au pouvoir à l'occasion de l'impasse dans laquelle s'était engagée la IV' République en Algérie, de Gaulle veut régler cette question afin de restaurer la grandeur de la France sur la scène internationale, De Gaulle adopte une politique pragmatique qui évolue de l'idée d'un maintien (sous une forme nouvelle) de l’Algérie dans l'ensemble français, à l'acceptation de son indépendance. Les étapes de la politique algérienne sont : - 1958 : échec de la tentative de maintenir l'Algérie dans le cadre français en restaurant le pouvoir civil, en reprenant l'armée en main, en offrant " la paix des braves, en annonçant une politique de progrès social en faveur de la population musulmane (plan de Constantine, oct. 1958). La réaction du FLN fut la création du GPRA*. - 1959 : annonce de la politique d'autodétermination (16 septembre), à laquelle les activistes d'Alger s'opposèrent (semaine de barricades, 24 janvier-1er février 1960). - 1960 : l'engagement, en métropole, des intellectuels et des étudiants contre la guerre d'Algérie (publication du Manifeste des 121, le 6 septembre 1960, qui réclamait le droit à l'insoumission " dans la guerre d'Algérie) incite de Gaulle à parler de République algérienne (4 novembre 1960). - 1961 : de Gaulle propose un référendum sur l'autodétermination en Algérie (8 janvier) - le succès des "oui", entraîne la création de l'OAS* et le putsch raté des généraux Challe, Salan, Jouhaud, Zeller, à Alger, le 22 avril (de Gaulle fait jouer l'article 16). - 1962 : les négociations avec le FLN aboutissent aux accords d'Évian (18 mars) reconnaissant l'indépendance de l'Algérie. Cette évolution vers l'indépendance se fait dans un climat de guerre civile larvée l'OAS S'oppose par la terreur à " l'abandon de I'Algérie ", tandis que les manifestations d'Algériens soutenant le FLN sont durement réprimées par la police française (à Paris, plusieurs centaines d'Algériens sont jetés dans la Seine, le 17 octobre 1961), les manifestations des partisans de l'indépendance sont violentes (le 8 février 1962, l'une d'entre elles se termine tragiquement au métro Charonne à Paris). Malgré le " chaos " déclenché par l'OAS, les accords d'Évian sont approuvés par référendum, et l'indépendance de l'Algérie est proclamée le 3 juillet 1962. * La fin de la décolonisation De 1960 à 1962, le général de Gaulle lève les ambiguïtés de son attitude vis-à-vis de l'Algérie et des institutions. Ce faisant, il rompt avec beaucoup de ceux qui soutenaient son action, mais peut compter sur l'appui de la majorité du peuple français. Dans le conflit algérien, il choisit la voie d'une indépendance rapide, mais progressive, succédant à une courte phase d'autodétermination (1959-1962). Pour imposer ce choix aux deux camps, il utilise la force et la répression. Il combat la droite nationaliste, qui veut empêcher l'indépendance, et fait échec, en avril 1961, à la tentative de coup d'État organisée autour des généraux Challe et Salan. Il pourchasse ensuite les activistes de l'OAS*, qui multiplient les attentats. Par ailleurs, il continue sans faiblir la guerre en Algérie, marquée par la violence de la répression (bataille d'Alger, 1959) et par les moyens extrêmes utilisés par les deux camps (tortures, attentats, ratissages et exécutions sommaires). À Paris même, l'armée et la police répriment dans la violence les manifestations d'Algériens ou celles organisées par la gauche métropolitaine. Le processus de décolonisation de l'Afrique, entamé en 1956 par la loi-cadre de Defferre, s'achève en 1960, avant même la fin de la guerre da[gérie. En 1958, de Gaulle propose aux colonies d'Afrique noire un statut d'association dans le cadre d'une Communauté française, mais la volonté d'indépendance est trop forte elles s'émancipent en 1960 (quinze nouveaux États sont admis à l'ONU). * La politique d'indépendance nationale De Gaulle refuse la logique d'un monde bipolaire dominé par les Américains et les Soviétiques, et cherche à redonner un rang mondial à la France. De 1962 à 1968, le général de Gaulle fixe les orientations de la politique française et donne la priorité à la politique extérieure, fondée sur l'indépendance de la France. Considérant la politique étrangère comme son domaine réservé, de Gaulle oeuvre sur plusieurs plans : - Indépendance militaire : il dote la France d'une force de frappe nucléaire autonome (dite de dissuasion en 1960), il retire les forces françaises de l'OTAN*(1966). La France est certes affaiblie par la perte de ses immenses territoires coloniaux, mais elle est aussi libérée du poids économique et de l'isolement diplomatique que lui valaient les guerres d'indépendance. De plus, De Gaulle dispose d'atouts importants: une force nucléaire autonome mise au point par des techniciens français; un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, des liens privilégiés avec les pays francophones et les anciennes colonies; des territoires dispersés outre-mer qui lui permettent de maintenir son importance stratégique; la prospérité économique qui conforte cette indépendance. - Indépendance financière : il remet en cause la suprématie du dollar en exigeant le remplacement des dollars de la Banque de France par de l'or. - Indépendance politique : il renforce l'influence française en apportant son soutien aux aspirations nationales (dans son discours de Phnom Penh en 1966, il condamne l'intervention américaine au Vietnam et demande qu'on laisse les Asiatiques régler leurs conflits entre eux). - Indépendance diplomatique et politique : il se rapproche de l'URSS, reconnaît la Chine communiste (1964). Veillant au renforcement continu de ces avantages, le Général les utilise pour mener une politique internationale indépendante, cherchant une voie originale entre les deux blocs. S'il n'hésite pas, en cas de crise, à montrer sa solidarité vis-à-vis des pays occidentaux, il multiplie les attaques contre l'hégémonie américaine et reconnaît la Chine populaire en 1964. Il retire peu à peu les forces militaires françaises du dispositif de commandement de l'OTAN, placé sous contrôle américain, et obtient le démantèlement des bases militaires alliées installées en France. Il soutient les pays arabes après leur défaite de 1967 dans la guerre des Six Jours. L'appui aux indépendances nationales est marqué par une politique d'aide aux indépendances nationales lui permet enfin d'allier son idéologie nationaliste et sa volonté de contrer la domination des deux Grands. Dans ses voyages officiels, il ne cesse d'encourager les résistances: en Europe de l'Est contre l'URSS (en 1968, voyage en Roumanie et condamnation de l'intervention militaire en Tchécoslovaquie); dans le tiers monde contre les États-Unis (voyage dans les pays d'Amérique latine en 1964; discours de Phnom Penh) ; au Québec, il soutient les revendications des Canadiens francophones en 1967. Provocatrices, les idées stratégiques de De Gaulle eurent peu de retombées immédiates, mais elles ont par la suite montré leur pertinence.- Indépendance nationale : il refuse une politique européenne qui mettrait en cause la souveraineté de la France. Favorable à l'Europe des patries, il privilégie le rapprochement franco-allemand (1963), mais s'oppose par deux fois à l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE (1963 et 1967). Partisan de la construction européenne, il joue un grand rôle dans la réalisation du Marché commun. L'union douanière est réalisée plus rapidement que prévue et la PAC est crée en 1962. 33 - La gestion de Georges Pompidou (1962 – 1968) Premier ministre de 1962 à 1968, puis président de la République de 1969 à 1974, Georges Pompidou* incarne la modernisation prudente de la société française. * La croissance économique Le redressement économique est pour de Gaulle la condition indispensable d'une grande politique extérieure. L'économie doit être stimulée par l'État. Le plan Rueff-Pinay consiste à stabiliser le franc (par une forte dévaluation et la créa-tion d'un nouveau franc), à assurer l'équilibre du budget et à lutter contre l'inflation. Ce plan est à la base de la prospérité des années 1960. Du point de vue financier, le "nouveau franc " (1962) permet une stabilisation de la monnaie qui garantit au président l'indépendance des choix vis-à-vis des autres puissances financières. La croissance bénéficie de facteurs favorables : une énergie à très bon marché (fondée sur le pétrole), l'ouverture du Marché commun, la reprise économique mondiale. L'État encourage la modernisation de l'appareil productif. La modernisation de l'économie doit donner au pays les armes de sa puissance. Profitant de la croissance mondiale, du bas prix de l'énergie et de l'impulsion lancée sous la IVème République, les gouvernements des années 1960 maintiennent le cap d'un développement économique strictement encadré par l'État. Ils achèvent un vaste effort de construction, développent les moyens de communication et favorisent la création de grands groupes industriels capables d'affronter la concurrence mondiale. Une gestion rigoureuse du budget de l'État garantit son indépendance financière. Dans cette perspective, la construction du Marché commun a pour but de faire face à la puissance des États-Unis ou de l'URSS. Pour cette raison, De Gaulle refuse en 1963 et 1966 l'entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté européenne, estimant que ce pays est trop soumis aux Américains. De plus, il pense que la coopération économique ne peut ni ne doit porter atteinte à l'indépendance de chaque nation. Contre l'idée d'une fédération des pays européens, il défend une " Europe des patries " qu'il voit s'étendre " de l'Atlantique à l'Oural ", et il n'hésite pas à imposer aux pays de la Communauté européenne la règle de l'unanimité pour toute décision qui lui paraît relever de la souveraineté nationale. * Une république transformée L’année 1962 ouvre une nouvelle phase de la vie politique. Les Français ont massivement approuvé les choix du Général par deux référendums: l'un, en avril, a confirmé les accords de paix avec les Algériens (accords d'Évian); l'autre, en octobre, valide l'élection du président de la République au suffrage universel. À la suite d'un conflit entre le gouvernement et les députés, De Gaulle dissout l'Assemblée et des élections législatives (25 novembre 1962) portent au pouvoir une majorité gaulliste. Enfin, en 1962, De Gaulle affronte les hommes politiques modérés du centre et de la droite. Ceux-ci craignent que son nationalisme ne nuise à la construction européenne et que son autorité n'affaiblisse celle des partis traditionnels. Il dissout l'Assemblée nationale, qui avait voté contre son nouveau Premier ministre, Georges Pompidou, et impose par référendum un changement constitutionnel qui renforce la légitimité du président de la République en prévoyant son élection au suffrage universel. Le régime stabilisé se caractérise alors par le déclin du Parlement. Les députés disciplinés suivent fidèlement les choix du Général. Le pouvoir réel est donc aux mains de l'exécutif Le président décide des grandes orientations et a toute liberté pour choisir son Premier ministre. Ce dernier, chef du gouvernement et de la majorité, met en oeuvre les orientations fixées par le chef de l'État. En dépit de la popularité personnelle de Charles de Gaulle, l'opinion publique se détache peu à peu d'une politique de prestige national et manifeste son désir de tirer bénéfice de la croissance économique. L’union des partis de gauche, communistes, socialistes et radicaux, autour de la candidature de François Mitterrand contre le général de Gaulle en 1965, dans la première élection présidentielle au suffrage universel, structure cette opposition populaire. De Gaulle ne sera réélu qu'au second tour. Aux législatives de 1967, les députés gaullistes et leurs alliés ne l'emportent qu'avec une très faible majorité. Au centre, deux familles politiques expriment une, critique plus modérée. L’une, autour de Valéry Giscard d'Estaing, est issue de la droite traditionnelle. L’autre, derrière Jean Lecanuet, provient de la démocratie chrétienne, de l'ancien MRP. Ces deux courants souhaitent une politique plus européenne et moins nationaliste, plus attentive aussi aux classes moyennes, à leur souhait d'ouverture sociale, d'amélioration du niveau de vie et de modernisation des comportements. L’union de ces oppositions fera rejeter en 1969 le référendum sur la régionalisation, provoquant le départ du général de Gaulle. * Les crises politiques Dès 1962 le renforcement du pouvoir présidentiel suscite la réprobation des partis politiques qui cherchent à restaurer les prérogatives du Parlement. Pour reprendre la situation à son avantage, de Gaulle change de Premier ministre : il désigne Pompidou. Pour éviter le retour à l'avant-scène des partis, de Gaulle décide que le président de la République sera élu au suffrage universel (modification de la Constitution par le référendum du 28 octobre 1962). L'élection présidentielle de 1965 (pour la première fois au suffrage universel) et les élections législatives de 1967 montrent que depuis la fin de la guerre d'Algérie, l'opposition s'est renforcée et désapprouve la politique intérieure et extérieure de de Gaulle. En 1965, Mitterrand se présente comme candidat unique de la gauche à l'élection présidentielle. De Gaulle est mis en ballottage au premier tour. Au second tour il obtient 54,5 % des voix contre 45,5 % à Mitterrand. En 1967, aux élections législatives, la majorité ne l'emporte que d'un siège. L'opposition de gauche a fait campagne contre le pouvoir personnel. Mai 1968 est la plus grave crise : à la fois crise de société et crise du régime. Elle commence par une révolte des étudiants (mécontents de leurs conditions d'études et de vie, ils remettent en cause les valeurs d'autorité). Elle se prolonge par une crise sociale spontanée (à partir du 13 mai, dixième anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Gaulle) : la France est peu à peu paralysée par la grève générale (7 millions de grévistes) ; des usines sont occupées par leurs ouvriers soutenus par des étudiants gauchistes. Après le rejet des accords de Grenelle (résultat de la table ronde organisée par Pompidou avec les syndicats ouvriers CGT, CFDT, FO, et le syndicat des patrons, le CNPF) par les grévistes, la crise sociale prend une dimension politique : le départ du général de Gaulle est réclamé. De Gaulle, après quelques jours d'incertitude, répond par la dissolution de l'assemblée et l'appel à la défense du régime (dans un discours radiodiffusé le 30 mai 1968). La société française accepte de plus en plus difficilement un style d'autorité nostalgique d'une grandeur passée qui parait très éloignée des préoccupations d'une société aspirant à plus de liberté individuelle, de consommation et de loisirs. Les événements de 1968 expriment ce rejet. Ils commencent par les revendications d'étudiants politisés, avides d'idéaux, qui rêvent de révolution et veulent changer les façons de vivre et de penser. Leur ampleur vient aussi de ce qu'ils expriment la volonté d'une génération désireuse de rompre avec les traditions d'une France archaïque. Ces événements expriment enfin, par l'intermédiaire de la grève générale et de l'occupation des usines, la rancoeur du monde ouvrier, qui, malgré les avantages matériels consécutifs à la croissance économique, supporte mal la dureté physique du travail à la chaîne et la soumission à la hiérarchie des chefs d'atelier. Devant cette révolte qui paralyse l'État et que le général de Gaulle a du mal à comprendre, Georges Pompidou s'efforce d'apaiser les esprits, d'abord par des concessions aux étudiants, ensuite en trouvant dans les syndicats des interlocuteurs valables, à même d'être écoutés par la population ouvrière. Au prix d'importantes concessions (hausses de salaires, reconnaissance du droit syndical dans l'entreprise), il obtient la reprise du travail, Le général de Gaulle dissout l'Assemblée nationale: la crainte des désordres conduit les électeurs à lui donner une large majorité. Les élections législatives de juin sont un triomphe pour l'UDR (Union pour la Défense de la République). Les Français ont eu peur des violences, tandis que les contradictions minaient les mouvements étudiant et ouvrier. * Le départ du général de Gaulle La crise de mai 68 a ébranlé la pratique politique du général de Gaulle. Pour répondre aux aspirations de changement des Français, de Gaulle remplace Pompidou par Couve de Murville et propose la réforme de ['Université et la réforme régionale (création des régions). Le général de Gaulle engage sa fonction lors du référendum proposé aux Français sur la régionalisation : une majorité de 53 % ayant voté "non", de Gaulle démissionne de la présidence de la République, le 28 aveil 1969. 34 - La Vème République après de Gaulle * La présidence de Pompidou (1969-1974) Le premier successeur du général de Gaulle Les élections présidentielles de juin 1969 sont un succès éclatant pour Pompidou. Au second tour il obtint 57,5 % des voix, contre 42,5 % à Alain Poher. Par sa pratique du pouvoir, proche de celle de Gaulle, Pompidou démontre que les institutions faites par et pour de Gaulle, sont assez solides et souples pour lui survivre. Elu sur le thème de "l'ouverture dans la continuité", Pompidou maintient les grandes orientations gaulliennes.: - prééminence du président de la République, qui choisit son Premier ministre - politique extérieure, domaine réservé du Président, qui vise l'indépendance nationale et la grandeur - puissance économique assurée par la modernisation de l'appareil de production (programme de centrales nucléaires, politique de concentration des entreprises par souci de compétitivité), Les circonstances de son élection (sanction de la politique de Gaulle) l'incitent à prendre en compte l'évolution du pays et à répondre aux revendications de 1968. - Il confie au gaulliste Chaban-Delmas (Premier ministre de 1969 à 1972) le soin de mener une politique de réformes (avec l'aide de Jacques Delors) baptisée la " Nouvelle société " (volonté de libération et du progrès social). L'enrichissement de la société permet à Georges Pompidou de contrôler les tensions, qui restent fortes dans la jeunesse et dans les classes populaires. Il utilise les hausses de salaires pour mettre fin aux grèves de 1968; l'énumération des progrès de la consommation constitue l'un de ses meilleurs arguments électoraux. Il profite de la division de la gauche pour remporter l'élection présidentielle de 1969, met en oeuvre avec Jacques Chaban-Delmas un programme de réformes: création du SMIC, destiné à susciter une croissance régulière du revenu minimum, mensualisation des salaires et organisation de la formation professionnelle continue pour permettre la promotion. - Il mène une nouvelle politique européenne : en décembre 1969, il accepte l'entrée du Royaume-Uni dans l'Europe. En 1969, le Parti Socialiste, se substitue à la SFIO. En 1971, au congrès d'Épinay, Mitterrand en devient le premier secrétaire. Il choisit la stratégie de l'Union de la gauche en juin 1972, le PS et le PCF signent un Programme commun de gouvernement. En 1972, pour faire face au renforcement de l'opposition, Pompidou remplace Chaban-Delmas par Pierre Messmer (Premier ministre de 1972 à 1974), moins réformateur . Pompidou, malade, meurt avant la fin de son septennat, le 2 avril 1974, La nouvelle politique est interrompue, mais les institutions de la Vème République sont enracinées. Après le départ du général de Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing respectent les axes qu'il avait tracés, avec des ambitions plus limitées. Notamment, les initiatives internationales sont plus discrètes. Avec réalisme, les deux successeurs du Général mènent la politique extérieure d'une puissance moyenne, qui ne peut rivaliser avec les deux Grands, mais dispose de nombreux atouts pour influencer les évolutions diplomatiques. L’arsenal nucléaire est complété par des sous-marins à propulsion nucléaire disposant d'armes atomiques de dissuasion. Mis en action par le seul président de la République, ceux-ci peuvent atteindre leur cible à tout moment. Les relations privilégiées avec les pays d'Afrique noire sont maintenues (création en 1973 du rituel des sommets entre chefs d'État); les interventions militaires au Tchad (1968-1975) ou au Zaïre (1978) contre des rébellions, ainsi que l'aide Financière apportée par la Coopération, manifestent cette solidarité avec les régimes en place. L’influence culturelle est entretenue par l'Agence francophone, créée en 1970. La politique de coopération avec les pays arabes (vente en 1970 d'avions de combat à la Libye) comme les bons rapports conservés avec le monde communiste manifestent l'autonomie des choix français vis-à-vis des États-Unis. En même temps, les relations franco-américaines se détendent : tout en conservant leur autonomie, les armées françaises participent à nouveau aux manoeuvres de l'OTAN et la France soutient ses alliés en 1980 face à la menace des missiles soviétiques à moyenne portée. En 1975, à travers des initiatives comme la mise en place de sommets* annuels des pays industrialisés (G7) ou la conférence Nord-Sud, Valéry Giscard d'Estaing montre le dynamisme de la diplomatie française. De même, la France joue plus clairement le jeu de l'intégration européenne. Pompidou lève l'opposition française à l'entrée de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Danemark dans la Communauté européenne et Giscard d'Estaing défend la candidature de la Grèce, puis celle de l'Espagne et du Portugal. La mise en place d'un système monétaire européen (1979), l'organisation régulière de sommets des chefs d'État européens (1974), l'élection du Parlement européen au suffrage universel (1979), témoignent de l'acceptation progressive d'une autorité supranationale. En échange de cette limitation de son autonomie, la France espère renforcer son influence mondiale à travers l'entité européenne. Pour répondre aux aspirations qui se sont exprimées en 1968, les gouvernements des années 1970 cherchent à réformer, à instaurer des relations sociales plus modernes et moins conflictuelles. Le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas (19691972) renforce la politique contractuelle. EÉtat suscite des accords entre patronat et syndicats qui apaisent les conflits sociaux et organisent le droit syndical et la croissance du niveau de vie ouvrier. Il libéralise l'information télévisée et lance la régionalisation. L'insatisfaction des Français se marque par une contestation croissante. Depuis la rupture marquée par 1968, des mouvements sociaux n'ont cessé de manifester la défiance d'une part importante de la population vis-à-vis de l'autorité de l'État et même de l'opposition politique. Ils sont encadrés par des mouvements d'extrême gauche, par une grande partie de l'élite intellectuelle, par des organisations syndicales et sont portés par la vague des idées radicales, critiques de la société industrielle, qui touchent tous les pays occidentaux. Le retour régulier des grèves et des manifestations d'étudiants et de lycéens exprime l'agressivité de la jeunesse contre la génération au pouvoir. Les grèves ouvrières montrent la combativité des organisations syndicales de gauche. De nouvelles formes de mouvements sociaux se développent. Les ouvriers de la firme horlogère Lip, menacée de faillite, multiplient les actions spectaculaires; des paysans du Massif central (plateau du Larzac) s'opposent à l'extension d'un terrain militaire; le courant féministe se renforce et se politise ; des groupes régionalistes s'organisent et ont parfois recours à la violence, comme en Bretagne ou en Corse. Ces mouvements ne menacent pas l'autorité des gouvernements, qui retrouvent l'appui de la majorité du corps électoral; mais ils gênent leur action en divisant la société française en deux camps qui semblent irréconciliables. C'est ce que cherchent en vain à surmonter le Premier ministre Chaban-Delmas, qui parle d'une " société bloquée ", ou le président Giscard d'Estaing, qui veut " gouverner au centre" pour éviter une "France coupée en deux". * La présidence de Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) Les élections présidentielles de mai 1974 constituent un tournant important de la Vème République car elles révèlent les modifications du paysage politique : Les gaullistes perdent la première place au sein de la majorité de droite. La gauche unie peut mener un jeu presque égal avec la droite. Giscard d'Estaing l'emporte de justesse sur Mitterrand candidat unique de la gauche. N'étant plus soutenu par la majorité de I'Assemblée, le président n'a pas d'autre solution que de nommer le gaulliste Jacques Chirac, Premier ministre. La politique du Président dépend désormais de la bonne volonté de son Premier ministre. À peine élu, Giscard d'Estaing déclare qu'une " ère nouvelle de la politique française " commence. Il place sa politique sous le signe du " libéralisme avancé ". Il fait voter une série de réformes qui adaptent la société à l'évolution des moeurs - la majorité électorale et civile est abaissée à 18 ans. Une loi dépénalise l'avortement ; le divorce par consentement mutuel est institué un Secrétariat d'État à la Condition féminine est créé. L'enseignement est démocratisé (la loi Haby supprime les différentes filières du premier cycle et crée le collège unique pour tous de la 6ème à la 3ème) l'ORTF éclate en une série de sociétés indépendantes. La Ville de Paris est alignée sur les autres villes : elle n'élit plus qu'un maire. En conclusion, Valéry Giscard d'Estaing essaie en 1974 de créer des relations moins solennelles entre dirigeants et citoyens et d'organiser des rapports politiques moins agressifs avec son opposition de gauche. Il multiplie les réformes de société: droit de vote à 18 ans, légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, instauration du divorce par consentement mutuel, extension de la Sécurité sociale et amélioration de l'indemnisation du chômage. - La crise économique (inflation et progression du chômage) rend nécessaire une politique économique et sociale adaptée à ce nouveau contexte. L'incapacité du gouvernement Chirac à enrayer cette crise entraîne une dégradation de la situation sociale qui se traduit par la victoire des forces de gauche aux élections cantonales de 1976. Le Président et le Premier ministre n'étant pas d'accord sur la politique à mener (Giscard d'EStaing veut lutter contre l'inflation et Poursuivre les réformes, Chirac veut maintenir la priorité à la croissance), Chirac démissionne (août 1976) et crée le RPR (Rassemblement pour la République) avant d'être élu maire de Paris en 1977. - Le choc pétrolier et la montée du chômage Dans la seconde moitié de la décennie, ces contestations renforcent l'opposition de gauche traditionnelle. En même temps, la hausse du prix du pétrole déclenche une dépression économique de longue durée qui accroît les peurs des Français pour leur avenir. L'inflation provoque la hausse des prix sans empêcher pour autant la croissance d'un chômage qui prend des proportions inquiétantes. Giscard nomme Raymond Barre Premier ministre qui mène une Politique d'austérité . La politique libérale du Premier ministre Raymond Barre (austérité budgétaire et libération des prix) inquiète aussi ceux qui risquent de perdre leur emploi et les fonctionnaires et retraités, qui ne veulent pas voir remis en cause leurs statuts et leurs avantages. Elle suscite aussi l'hostilité du nouveau parti* gaulliste, mécontent de voir échapper aux héritiers du Général l'essentiel des postes de pouvoir. L'impopularité de ces mesures permet à la gauche de remporter les élections municipales (mars 1977), ce qui n'empêche pas Barre de poursuivre sa politique - La rupture de l'union de la gauche en 1977 (la progression du PS indisposait le PC) entraîne une défaite de la gauche aux élections législatives de mars 1978. Ces difficultés sont aggravées par la lassitude des Français face à une majorité usée par vingt ans de pouvoir et que la presse soupçonne de corruption. * Mitterrand, une alternative crédible François Mitterrand organise une opposition capable de gouverner. Il prend en 1971, au congrès d'Épinay, le contrôle d'un Parti socialiste rénové dont il fait à la fois un outil électoral puissant et un lieu de débat à même de capter les diverses contestations sociales. Il structure ensuite autour de ce parti, avec le PCF et le Mouvement des radicaux de gauche, une union qui s'appuie sur le "programme commun " de 1973. Il profite enfin du déclin électoral du PCF pour rassurer les électeurs qui craignaient l'imminence de celui-ci en cas de victoire de la gauche. La double élection de 1981, qui le porte à la présidence et donne une majorité socialiste à l'Assemblée nationale, concrétise ce patient effort pour réunir la diversité des espoirs et des tendances favorables à une alternance. Mitterrand, candidat du PS, est élu quatrième président de la V' République, avec 51,75 % des voix contre 48,25 % à Giscard d'Estaing. - Conformément aux engagements de sa campagne électorale, il prononce la dissolution de l'Assemblée nationale et nomme le socialiste Pierre Mauroy Premier ministre. - Les élections législatives, qui donnent la majorité aux socialistes, permettent de faire coïncider la majorité présidentielle avec celle de l'Assemblée. La Constitution permet donc l'alternance politique. - Pierre Mauroy forme un Gouvernement comprenant 4 ministres communistes. , la gauche entreprend de " changer la vie ". Après son élection, François Mitterrand conforte son pouvoir en provoquant des élections législatives et en obtenant une majorité parlementaire socialiste. Cela permet à son gouvernement, dirigé par Pierre Mauroy, de mettre en oeuvre le vaste ensemble des réformes que les partis de gauche, éloignés du pouvoir depuis 1958, avaient peu à peu inscrites dans leurs programmes. La nationalisation des grandes entreprises industrielles et des banques donne à l'État un moyen puissant de contrôle de l'économie, et la décentralisation cherche à rapprocher les décisions des citoyens en renforçant le pouvoir des régions et des départements. Un ensemble de mesures économiques et sociales (augmentation du SMIC, cinquième semaine de congés payés, semaine de travail de 39 h, retraite à soixante ans, lois renforçant la représentation des salariés dans l'entreprise) veut donner satisfaction aux électeurs et cherche à relancer la consommation. Des réformes de société (suppression de la peine de mort, libéralisation de la radio et de la télévision, régularisation des travailleurs immigrés) concrétisent la générosité d'un projet politique qui voulait "changer la vie". - Elle abolit la peine de mort (dès septembre 1981) et supprime les monopoles de l'audiovisuel (Haute Autorité indépendante du pouvoir). - Elle adopte de nombreuses réformes pour rendre la société Plus égalitaire (impôt sur les grandes fortunes), Plus solidaire (retraite à 60 ans, semaine de 39 heures, cinquième semaine de congés payés), moins capitaliste (nationalisation de cinq grands groupes industriels, de deux compagnies financières et de trente-neuf banques). - Elle assure le transfert de pouvoirs de l'État aux départements et aux régions avec la décentralisation et instaure la démocratie dans l'entreprise (en donnant aux travailleurs le droit de s'exprimer sur l'organisation du travail). Mais le problème du chômage fait échouer les espérances socialistes. La lutte contre la crise par la relance de la consommation au moyen d'" injection de pouvoir d'achat " (majoration du SMIC, du minimum vieillesse, des allocations familiales ; augmentation des effectifs de la fonction publique) coûte cher et n'apporte pas les résultats escomptés (la reprise industrielle n'a pas eu lieu, l'inflation passe à deux chiffres, le franc se déprécie et le chômage progresse). Le désenchantement de l'opinion impose au gouvernement le tournant de la rigueur dès juin 1982 : retour à une économie de l'offre compétitive et au traitement social du chômage (dévaluation, blocage des prix et des salaires, indemnités). L'abandon du programme socialiste n'empêche pas la montée des mécontentements qui se manifeste par: - la percée de l'extrêrne-droite qui exploite les thèmes du chômage, de l'immigration et de l'insécurité (en juin 1984, lors des deuxièmes élections européennes au suffrage universel, le Front national obtient 11 % des voix, autant que le PC) - le retour des passions politiques liées à la question scolaire (la proposition d'Alain Savary, ministre de l'Éducation nationale, de mettre sur pied "le grand service public, unifié, et laïque " prévu par le Programme socialiste de 1981, entraîne une énorme manifestation, à Paris en juin 1984, des partisans de la liberté du choix de l'école). Les mesures généreuses du gouvernement Mauroy ne parviennent pas à relancer la production et à diminuer le chômage. Au contraire, elles provoquent une inflation qui handicape le commerce extérieur, aggrave les déficits du budget de l'État et conduisent à trois dévaluations du franc. Pour arrêter cette dérive et pour ne pas couper la France de ses partenaires européens, Pierre Mauroy se résigne, à partir de 1982, à une gestion plus traditionnelle de l'économie: c'est la politique de rigueur. Déçus dans leurs espoirs, les Français se tournent vers l'opposition de droite, qui sait utiliser les débats de société, en particulier le débat sur la liberté scolaire, que les usagers de l'école privée estiment menacée, pour manifester sa popularité retrouvée. Un nouveau Premier ministre, Laurent Fabius, ne parvient pas à inverser cette tendance, d'autant que des affaires judiciaires déstabilisent la majorité socialiste. Le changement de gouvernement : Pierre Mauroy est remplacé par Laurent Fabius qui souhaite travailler à "la modernisation du pays et au rassemblement des Français "(1984). - la perte de la majorité aux élections législatives de 1986, malgré une amélioration de la situation économique (l'inflation est tombée à 5 %, le franc est stabilisé). Le retour de la majorité de droite à l'Assemblée impose au Président de la République le choix d'un Premier ministre de droite : Mitterrand nomme Chirac. Les règles de cette situation, inédite jusque là sous la Vème, se mettent en place du fait de l'habileté de Mitterrand et de la volonté de Chirac de s'en tenir à la Constitution "( le Premier ministre détermine et conduit la politique de la nation ", tandis que le Président s'occupe de la politique extérieure, son domaine réservé). Le gouvernement Chirac restaure le libéralisme (privatisation des sociétés nationalisées, suppression de l'impôt sur les grandes fortunes). Mais, dès la fin 1986, une véritable tourmente (manifestations lycéennes, grèves, attentats terroristes, enlèvement d'otages au Liban, dégradation de la situation en Nouvelle-Calédonie) affaiblit cette nouvelle orientation. * Le second septennat de Mitterrand (1988-1995) Les élections présidentielles de 1988 favorables à Mitterrand (54 % des voix au second tour) sont suivies d'une nouvelle dissolution de Igssemblée nationale : la majorité socialiste correspond à nouveau à la majorité présidentielle. Mitterrand nomme Michel Rocard Premier ministre pour mener une politique de consensus et d'ouverture en direction de la société civile (la " méthode Rocard " visait à désamorcer les conflits sociaux provoques par la poursuite d'une politique de rigueur, et à instaurer la négociation pour résoudre les difficultés). L' échec électoral de la gauche en 1986 est suivi par un gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac, qui mène une politique libérale. Mais François Mitterrand parvient à maintenir sa popularité et à être réélu en 1988. Il conduit alors, avec Michel Rocard comme Prenùer ministre, une politique plus prudente de modernisation de la société: le revenu minimum d'insertion permet la survie des ménages paupérisés par le chômage, la contribution sociale généralisée fait appel à la solidarité de tous pour maintenir le système de protection sociale et une rénovation de l'éducation veut trouver dans la formation la clef d'une nouvelle croissance. Mais les successeurs de Michel Rocard, les Premiers ministres Édith Cresson et Pierre Bérégovoy, ne parviennent pas à pallier l'aggravation des difficultés économiques mondiales, à atténuer les effets de la crise de confiance qui détache les Français de leurs élites politiques et à lutter contre l'usure du pouvoir. Malgré les tentatives de Mitterrand pour contrer la défaveur de l'opinion publique à l'égard de la gauche (en nommant une femme Premier ministre, Edith Cresson, puis en nommant un ancien travailleur, Pierre Bérégovoy), la droite retrouve la majorité aux législatives de 1993 et Édouard Balladur (RPR) est nommé Premier ministre. * La présidence de Jacques Chirac (1995-1999) Les alternances des années 90 traduisent les hésitations des électeurs face à la durée de la crise économique et à l'affaiblissement du régime. La victoire massive des partis du centre et de la droite aux élections législatives de 1993 oblige le président Mitterrand à abandonner à son nouveau Premier ministre, Édouard Balladur, l'essentiel du pouvoir exécutif. Mais, en dépit d'une inflexion libérale (nouvelles privatisations, exonération de charges pour les entreprises qui embauchent), la politique mise en oeuvre paraît continuer la logique de limitation des déficits précédemment suivie. Aussi les Français préfèrent-ils, au moment des élections présidentielles de 1995, le discours de Jacques Chirac, qui, en voulant réduire la "fracture sociale" entre actifs et chômeurs, semble proposer une politique différente. Mais, une nouvelle fois, la nécessité de limiter les déficits publics, en particulier dans la perspective de l'unification monétaire européenne, conduit le gouvernement d'Alain Juppé à mener une politique impopulaire. La stagnation des revenus En tête la consommation; le chômage s'aggrave encore; l'augmentation des prélèvements obligatoires et la réforme du système de protection sociale sont ressenties comme des menaces contre une sécurité à laquelle les Français sont particulièrement attachés. Une vague massive de grèves et de manifestations exprime en décembre 1995 cette insatisfaction. Les élections présidentielles de 1995 confirment la majorité de droite , Jacques Chirac (RPR) devient Président de la République. Alain Juppé(RPR), est nommé Premier ministre. Sa politique sociale (qui manque de concertation) mécontente la population (un vaste mouvement de grèves se développe dans l'ensemble du pays de novembre à décembre 1995). En mai 1997, pour redynamiser la vie politique, Chirac prononce la dissolution de l'Assemblée nationale: la gauche socialiste en sort majoritaire, ce qui impose le choix d'un Premier ministre socialiste, Lionel Jospin. C'est pourquoi la dissolution de l'Assemblée nationale, décidée par Jacques Chirac en 1997, débouche sur la victoire de l'opposition de gauche, une nouvelle alternance et une nouvelle cohabitation (gouvernement Jospin). En dix ans, la France a connu quatre majorités différentes, des gouvernements affaiblis par leur courte durée, des présidents aux pouvoirs bridés par la cohabitation. Les choix et les lois sont de surcroît étroitement surveillés par le Conseil* constitutionnel et par les institutions européennes. Avec la même Constitution, c'est le fonctionnement inverse de celui que De Gaulle avait souhaité pour la France. Le gouvernement de Jospin, reflet d'une " majorité plurielle ", s'attache à lutter contre la misère et l'exclusion par une politique favorable à l'emploi (réduction de la durée hebdomadaire du travail à 35 heures, développement des emplois offerts aux jeunes). * Une amère fin de siècle La persistance d'un chômage massif et le sentiment d'être incompris par des hommes politiques impuissants à changer le cours des choses alimentent chez les Français un rejet du débat politique dangereux pour la démocratie. Bipolarisation et rejet des partis La logique du scrutin* majoritaire à deux tours, aux élections présidentielles et pour la majorité des élections législatives, a provoqué une simplification des choix politiques. Le RPR et l'UDF ont unifié les anciennes familles politiques de droite, nationalistes, républicains et démocrates-chrétiens, sans que les nuances entre ces deux partis soient toujours clairement perçues par les électeurs; à gauche, la domination du Parti socialiste a conduit ses alliés à s'aligner sur ses choix. Enfin, les alternances ont diminué les différences entre droite et gauche. Ces évolutions détachent les citoyens de la vie politique: ils ont le sentiment de ne pouvoir exprimer les nuances de leurs idées, se sentent incompris, voire trahis, par une classe politique perçue comme privilégiée, ne se reconnaissent guère dans les choix adoptés et craignent la domination totale d'un camp politique sur le pouvoir d'État. Ils cherchent dans l'abstention ou dans l'équilibre instable des cohabitations les moyens d'exprimer leurs critiques du monde politique. Cette coupure entre les élites politiques et le citoyen est renforcée par la multiplication des accusations contre les responsables. Déjà la réélection de Valéry Giscard d'Estaing avait été compromise en 1981 par le soupçon d'enrichissement personnel. Puis, la mort d'un militant écologiste provoquée par l'intervention illégale des services secrets français en Nouvelle-Zélande, sur ordre du pouvoir exécutif, avait terni l'image des dirigeants socialistes. Surtout, la multiplication des transferts illégaux de fonds destinés au financement des partis politiques a largement laissé croire, à la fin des années 1980, à un gaspillage des fonds publics et à une malhonnêteté généralisée, particulièrement choquante en période de difficulté économique. Le doute nuit aussi des convergences entre les discours et les politiques économiques de la droite et de la gauche, chaque camp étant conscient des limites de son action face aux contraintes de la concurrence internationale. Ce réalisme est dénoncé comme relevant d'une " pensée unique " forgée par la " mondialisation ". L'essor d'un parti d'extrême droite, le Front national, traduit le désir désespéré d'échapper aux contraintes de la modernisation. En proposant des solutions idéologiques radicales dans un discours xénophobe et parfois raciste, le Front national a d'abord offert aux électeurs l'occasion de manifester leur rejet des solutions classiques. Par la suite, l'enracinement de cet électorat, en particulier dans les villes des régions méditerranéennes, en a fait une force politique qui menace la cohésion de la société. Réagissant contre ces dérives, les partis politiques ont isolé le Front national, en dépit de la gêne qu'il représente pour la droite, en captant une partie de son électorat. Par ailleurs, ils ont cherché à rénover et à diversifier les tendances et les choix qu'ils offraient aux citoyens: l'insistance sur l'honnêteté personnelle des dirigeants, sur le pluralisme des opinions exprimées dans chaque coalition, vise à rapprocher les discours et les actes des préoccupations des Français, à renouveler et à rajeunir les candidats aux responsabilités, à préparer une nouvelle modernité. L'alternance politique et la cohabitation, qui dominent la vie politique française depuis 1981, témoignent d'une mutation de l'électorat qui ne fait plus confiance aux partis traditionnels, considérés comme impuissants à résoudre les problèmes de société (chômage, pauvreté, exclusion, insécurité, culture de masse par rapport à celle de l'élite, société duale). Le clivage traditionnel droite-gauche est dénoncé au profit d'un rejet de la politique et d'un glissement d'une partie de l'électorat vers les formations marginales ou extrémistes. En 1986, l'élection d'une majorité de députés de droite crée un cas de figure inédit: le président de la République doit accepter de nommer un gouvernement qui ne partage pas ses options politiques. Cette situation, baptisée " cohabitation " par les journalistes, montre que la Constitution n'accorde au président que des pouvoirs limités: François Mitterrand doit laisser son Premier ministre Jacques Chirac mener une politique libérale qui remet directement en cause les choix faits au début du septennat: privatisations d'entreprises publiques, suppression de l'impôt sur la fortune et des contrôles de l'Administration sur les prix et sur les licenciements. Seules les grandes décisions de politique étrangère doivent résulter d'un accord entre le président et son Premier ministre. Mais François Mitterrand sait tirer parti des difficultés rencontrées par le gouvernement, qui est contesté par des manifestations étudiantes et ouvrières. Il obtient ainsi sa réélection en 1988 et, après dissolution de l'Assemblée nationale, une faible majorité de députés de gauche.Les deux septennats de François Mitterrand modifient la vie politique française. Ils permettent l'arrivée au pouvoir d'une génération de dirigeants, au style moins solennel, marqué par la communication audiovisuelle. Les différences idéologiques sont atténuées par l'exercice du pouvoir, et la persistance des difficultés économiques est perçue par l'opinion comme un échec collectif de la classe politique. Fidèle à la politique d'indépendance nationale, la diplomatie française perd cependant peu à peu son originalité. D'un côté, avec la fin de la guerre froide, elle ne peut plus jouer de la rivalité entre les superpuissances et devient plus dépendante de l'hégémonie américaine; de l'autre, son intégration dans une Europe de plus en plus supranationale et la puissance croissante d'une Allemagne réunifiée contribuent à limiter sa marge d'initiative. Les choix des présidents de la République prolongent la politique d'indépendance nationale instaurée par le général de Gaulle. En 1981, François Mitterrand récuse les pressions américaines qui critiquent la participation des communistes au gouvernement. La force atomique française est régulièrement modernisée. En dépit de l'hostilité de plus en plus forte de l'opinion publique internationale, des pays du Pacifique et des partenaires et alliés de la France, des expériences nucléaires aériennes, puis souterraines sont poursuivies sur l'archipel de Mururoa par François Mitterrand, puis Jacques Chirac, jusqu'à ce que la technique française ait rattrapé, en 1995, le niveau des grandes puissances. Dans les pays africains, l'armée française continue à soutenir les régimes en place, intervenant contre les armées libyennes au Tchad (1983 et 1986) ou, pour des raisons humanitaires, dans la guerre civile du Rwanda (1996). La politique d'aide et de coopération ainsi que la tenue régulière de sommets franco-africains et de sommets de la francophonie maintiennent des relations étroites avec les anciennes colonies. Enfin, la diplomatie française cherche à garder son originalité en défendant le dialogue et la coopération avec les pays du tiers monde (défense du dialogue Nord-Sud au sommet de Cancun en 1981), et en tissant des liens privilégiés avec les dirigeants palestiniens. Pourtant, la politique extérieure se distingue moins qu'auparavant de celle des Américains. Pendant la première moitié des années 1980, à l'occasion du regain de tension entre l'Est et l'Ouest, F. Mitterrand défend le déploiement en Europe de fusées nucléaires pointées vers l'Est, en dépit de la contestation pacifiste. Après la chute des régimes communistes européens, la participation de l'armée française à la guerre contre l'Irak en 1988 affirme encore la fidélité de la France à l'alliance occidentale. Enfin, sans qu'il y ait intégration formelle des forces françaises dans le dispositif militaire de l'OTAN, le commandement français est de plus en plus étroitement associé aux décisions stratégiques euro-américaines. Mais c'est l'accent mis sur l'intégration à l'Europe qui manifeste le plus nettement l'inflexion de la politique extérieure française. La France est à l'initiative des traités qui organisent les institutions européennes et l'union monétaire, transformant peu à peu l'Union européenne en une structure fédérale. La citoyenneté européenne, la monnaie unique et l'élargissement des champs d'intervention des institutions européennes limitent la souveraineté de chacun des membres de l'Union. En dépit du consensus entre les principaux partis politiques, les Français n'acceptent qu'avec réticence l'abandon partiel de l'indépendance nationale: ils ne seront que 51,4 % à ratifier en 1992 le traité de Maastricht.
Date de la dernière mise à jour : 10 décembre 2003
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