PRESS-BOOK
Soir Info N° 1081 du Mardi 10 Mars 1998
Lutte contre les abus sexuels
«S.O.S. Violences Sexuelles à la MACA»
TRAORE Bourahima Dans le cadre de ses activités de lutte contre les abus sexuels, l’organisation non gouvernementale "S.O.S. Violences Sexuelles" était en visite à la MACA (Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan). C’est une forte délégation de ”S.O.S. Violences Sexuelles“, conduite par son Secrétaire Exécutif, M. Sylvestre René ASSA’A qui a effectué le déplacement du 06 Mars dernier. Cette visite qui a eu lieu dans la matinée avait pour but de rencontrer des personnes incarcérées pour abus sexuels, de discuter avec elles afin de comprendre les mécanismes qui ont sous-tendu leur comportement délictueux. Cela, pour éviter qu’ils ne récidivent à leur libération. D’où une prise en charge psychologique des détenus. Au cours de la visite de samedi, les membres de ”S.O.S. Violences Sexuelles“ ont pu rencontrer huit (8) dans une salle prévue pour la circonstance, avec lesquels ils ont longuement discuté. « Nous comptons effectuer cers visites à la fréquence d’une par mois, dans le souci de recenser toutes les personnes incarcérées pour abus sexuels afin d’être à mesure de fournir des statistiques sur la gravité du fléau », a déclaré M. Sylvestre René ASSA’A NGUEFACK à l’issu des entretiens.
Outre les visites aux détenus, M. Sylvestre René ASSA’A NGUEFACK, le Secrétaire Exécutif de l’ONG a indiqué que des actions sont menées pour la prise en charge des personnes victimes. Une permanence téléphonique dira M. NGUEFACK, sera ouverte pour recueillir tous les appels des victimes dans le but, une fois encore, de les aider à se libérer de tous les traumatismes vécus. Il faut noter que c’est juillet de l’an dernier que l’ONG "S.O.S. Violences Sexuelles" a été porté sur les fonds baptismaux. Elle regroupe en son sein des membres originaires de plusieurs pays de la sous-région.
Actuel N° 593 du jeudi 27 Août 1998
M. ASSA’A, Président De S.O.S. Violences Sexuelles:
"La pédophilie existe bel et bien en Côte d’Ivoire"
Entretien réalisé par Yolande ABY. Coll: J. MINTOH Mousso d’Afrique. N° 048 du 18 Février 2000La recrudescence des violences sexuelles, perpétrées sur les femmes et les enfants inquiète plus d’une association de défense des Droits de l’Homme. Née en 1997, ”S.O.S. Violences Sexuelles“ ambitionne d’apporter son concours à la lutte contre les violences de toutes sortes. Dans l’interview ci-après, M. Sylvestre ASSA’A, Président de l’association, donne des chiffres parlant de ce fléau. L’épineux et tabou problème de la sexualité en Côte d’Ivoire, est également abordé.
INTERVIEW M. ASSA’A, qu’est-ce qui selon vous, explique la recrudescence des violences sexuelles ?
On peut avancer deux facteurs essentiels : sur le plan sociologique, on assiste à une sexualisation à outrance de notre société. Aujourd’hui, les journaux qui se vendent le plus sont ceux qui exhibent la sexualité comme une mode. Sans oublier les films qui s’érotisent de plus en plus. Le deuxième aspect est d’ordre psychologique. L’éducation, la façon dont l’enfant à grandi auprès de ses parents influes sur son comportement à l’âge adulte.
Disposez-vous des statistiques sur les violences sexuelles en Côte d’Ivoire ?Oui, et ce sont les résultats de l’enquête que nous avons menée et qui ont incité à créer l’association ”S.O.S. Violences Sexuelles“. Sur 200 personnes interrogées, 97,5% affirment avoir été témoin oculaire des agressions sexuelles perpétrées sur une femme ou sur un enfant. Dans 36% des cas, l’agression est perpétrée sur un proche. Lorsqu’on pousse plus loin, 16,5% reconnaissent avoir été violées. Ce qui est beaucoup, sans compter les victimes intermédiaires - 10% - qui ont fait l’objet d’une tentative de viol.
En Europe, l’actualité est à la pédophilie, qu’en est-il de notre pays ?La pédophilie existe bel et bien en Côte d’Ivoire. Au cours de nos investigations, j’ai eu une conversation avec un monsieur de certain âge. Il m’a affirmé que coucher avec un enfant soignerait le paludisme. Rendez-vous compte ! Quoique voilé, le phénomène existe bel et bien. Il prend même de l’ampleur.
Dispose-t-on des chiffres ?Non, parce qu’il est difficile d’interroger des enfants. Toutefois, de l’enquête que nous avons effectuée, il ressort que sur les 16,5% de personnes violées, 9,09% l’ont été dans leur petite enfance. Avec la prolifération des enfants de la rue, le nombre s’en trouve aggravé. En effet, depuis qu’en Europe la loi se fait de plus en plus dure à l’encontre des pédophiles, ces dernières recherches les endroits du monde ou ils peuvent satisfaire leur vice en toute impunité. Ils sont bien présents en Côte d’Ivoire.
Comment organisez-vous l’aide aux victimes ?Une ligne téléphonique est ouverte en permanence aux victimes. Elles peuvent appeler tous les jours de 9h à 18h. Des psychologues se tiennent à leur disposition. En ce qui concerne concrètement le soutien, nous débutons par des entretiens individuels au siège de l’association à Cocody, en face de l’Allocodrome. Ces consultations sont gratuites. Lorsque la personne commence à se libérer de ses traumatismes, nous avons recours à des thérapies de groupe ou chacun peut prendre la parole afin de partager sa souffrance avec les autres. La présence des autres est aussi un soulagement. Nous aidons aussi les victimes à poursuivre judiciairement leurs agresseurs.
Que faut-il selon vous, pour réduire le taux des violences dans notre pays ?
- Il faut impliquer dans la lutte les pouvoirs politiques et les ONG internationales. Le combat est trop grand pour être la tâche d’un seul individu.
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Pourquoi avez-vous décidé d’adhérer à l’association S.O.S. Violences Sexuelles ?Violée à deux reprises par son oncle alors qu’elle était encore fillette, Kely a longtemps souffert en silence, dans sa chair. Ce qui l’a emmené à fumer, à se droguer, à avoir des relations homosexuelles, parce que perdues. Aujourd’hui, Kely a décidé de tendre la main aux autres victimes de viol par le biais de l’association S.O.S. Violences Sexuelles.
TEMOIGNAGE
Notre entretien :Parce que j’ai été victime de viol. Le déclic est parti du fait que j’ai lu dans un journal l’histoire d’une jeune fille violée par son propre frère. Moi je l’ai été par mon oncle. Ca a été un viol incestueux. J’ai donc rencontré M. ASSA'A pour essayer d’apporter mon aide aux autres. Parce qu’aujourd’hui, je peux vous assurer que je suis totalement guérie. Et que je savais ce qu’endurait cette fille violée.
En quoi consiste votre travail ?Mon travail consiste spécialement à vous rencontrer, vous les médias pour sensibiliser la population. Parce que c’est un fléau qui est ancré dans nos mœurs. Le sexe étant tabou en Afrique, les gens ont tendance à ne pas en parler. Et c’est un fléau. J’aide les victimes également, vu mon expérience. Et donc, il s’est avéré que ma présence est utile pour les victimes. Parce que quand une victime est devant quelqu’un d’autre qui est aussi victime, il y a une confiance qui naît.
Ou et quand avez-vous été violée ?La première fois, j’avais l’âge de douze ans. C’était chez mes parents à Douala au Cameroun dans la chambre même de mes parents. La deuxième fois, c’était toujours à la maison deux ans après, par le même oncle. Je n'ai jamais eu le courage d’en parler.
Etes-vous issue d’une grande famille ?Oui, il faut avouer que je suis d’une très grande famille. Bon, ça s’est quand le sort a voulu que je sois seule ou bien seulement avec mes petites sœurs à la maison. Surtout quand j’étais profondément endormie. Je ne voyais pas mon agresseur venir. Vous allez me dire que j’étais jeune et que je ne pouvais pas me défendre. Mais quand même, j’aurais pu crier. Mon oncle calculait les moments ou je dors pour venir me bâillonner et assouvir ses besoins.
Est-ce qu’au départ, vous aviez constaté des indices douteux dans son attitude ?Non, pas du tout. C’était un oncle qui était trop craint par nous les enfants. On le respectait, il avait la quarantaine. C’etait des relations de respect entre l’oncle et la nièce…
Vous le craigniez plus que vous ne le respectiez ?Je dirai que ce n’est pas la crainte. Il n’était pas méchant, c’était du respect. En Afrique, vous connaissez la place de l’oncle. C’était lui le représentant de notre papa, parce que moi, j’ai perdu mon père à l’âge de 8 ans. En quelque sorte, c’était notre deuxième père. Ma mère est encore vivante.
Personne ne s’est rendu compte de ce que vous enduriez ?Non, c’est la maman d’une de mes amis qui m’a aidée. Elle était médecin comme mon père. Elle m’a soignée et elle m’a promis de n’en parler à personne. Je ne voulais pas que ça s’ébruite à cause de ma maman. Elle n’aurait pas pu supporter cela. Cela aurait pu aller très loin et donc j’ai préféré souffrir en silence.
Cette situation a dû être traumatisante pour vous. Vous n’avez pas reçu d’autres soins à part les soins physiques médicaux ?C’est vrai, je n’ai eu aucun autre soin à part les soins physiques. C’était une très grave erreur effectivement parce qu’après cela, il y a eu beaucoup de dégâts dans ma vie. A cause du manque du suivi psychologique, parce que c’est très important. Après la douleur physique, il y a une douleur, la plus importante, qui reste dans la tête et qu'il faut guérir. Tant qu’elle n’est pas guérie, elle va vous faire commettre beaucoup de choses.
Comment s’est passé le second viol ?Le second a eu lieu lorsque j’avais 14 ans. Par la même personne. Cette fois, j’ai failli me suicider.
Comment voyez-vous les hommes aujourd’hui ?Heureusement pour moi, j’avais eu un papa très tendre, très doux. Pour moi, l’homme idéal c’était mon père. A part mon père, l’homme, c’était le méchant, c’était celui qui me voulait du mal. Il y avait mes frères en qui j’avais confiance, j’étais un peu plus proche d’eux. Mais en dehors d’eux, mes camarades de classe, les hommes que je croisais, mes relations étaient très froides.
Et quand vous avez grandi jusqu'à 16, 17 ans vous viviez toujours avec la personne qui vous a violée ?Non, déjà, il faut préciser que nous ne vivions pas ensemble. Il était chez lui, il est marié et a des enfants. Et donc, il venait faire cela chez nous, dans la maison de mon père. Après, j’ai eu des moments de dépression et j’ai demandé à ma mère de me faire changer d’établissement scolaire, de m’envoyer ailleurs. C’était pour échapper à mon bourreau. Et c’est ce que ma mère a fait sans connaître les vraies raisons. Je n’ai jamais eu le courage d’en parler avec elle.
Et aujourd’hui, vous regrettez de ne lui avoir rien dit ?Oui, aujourd’hui, je regrette énormément parce que faut dire que je lui en voulais aussi. Pour moi, tout le monde était au courant de ce que je vivais. Et je me demandais comment ma mère avec qui je vivais sous le même toit ne s’apercevait de rien ? Je lui en ai voulu, j’ai été rebelle, j’ai été aigrie vis à vis d’elle et elle a aussi beaucoup souffert de mon caractère.
Comment manifestiez-vous votre rébellion ?Cela se manifestait par mon impulsivité. Aujourd’hui, je commence à guérir de cela, mais il faut avouer que les gens qui m’ont connue dans ma jeunesse, savent que j’étais très impulsive. Aujourd’hui, c’est terminé parce que j’ai réussi à surmonter ce drame, cette horreur. A l’époque, je m’étais mise à boire de l’alcool, à fumer pour noyer mon chagrin. Voilà les conséquences du viol. J’ai commencé à fumer à l’âge de 13 ans et j’ai commencé à la même époque. Et quelques années après, je me suis énormément droguée pour oublier, puisque je ne pouvais pas en parler. Il me fallait oublier parce que je le vivais en moi. C’est comme un film d’horreur qui repasse. Vous faites des cauchemars, vous vous réveillez dans la nuit et vous avez l’impression qu’il y a quelqu’un qui veut vous agresser. Bref, qu’est-ce qu’il fallait faire ? Il faillait essayer d’oublier. J’ai donc bu, fumé et je me suis droguée. Il faut avouer que quand il fallait que j’ai des relations sexuelles, je ne pouvais pas les avoir avec un homme. J’ai eu des aventures homosexuelles. Et deux fois, avant que je ne croise quelqu’un que j’ai aimé dans ma vie et qui su gagner ma confiance. Et je peux vous assurer que l’expérience avec les hommes je n’en ai pas trop eu.
Si par exemple, vous avez une aventure avec un homme et qu’il veut en venir aux choses sérieuses, comment réagissez-vous ?A l’époque, j’étais très réticente vis à vis des hommes. Je ne laissais pas de chance à un homme de m’approcher. Déjà, quand je devine ses intentions, je le repousse automatiquement. Et donc, certains hommes avaient très peur de m’approcher. Quand un homme me regardait, il voyait une glace.
Comment êtes-vous parvenu à avoir des relations sérieuses avec un
homme ?J’ai fait une rencontre dans ma vie qui a été fabuleuse. Cet homme a reussi à me faire avoir confiance en moi-même.
Vous vous êtes confiée à lui ?Après, bien après. Il n’est pas venu me draguer comme ça à visage découvert, non. Il s’est intéressé à ma personne. Il a senti qu’il y avait quelque chose qui n’allait et il a réussi à gagner ma confiance. Et c’est comme ça que petit à petit, je me confiais à lui. C’est comme ça que l’amour est né et j’ai pu avoir un autre visage de l’homme.
Avez-vous revu cet oncle ?Cela fait 7 à 8 ans que je ne l’ai pas revu, ni eu des nouvelles. Il faut avouer qu’à cette époque, je n’avais pas le courage de le revoir. Quand j’ai atteint l’âge de l’adolescence, j’étais révoltée. Pour moi, je voulais en finir. C’est à dire que si je le voyais quotidiennement, je pouvais commettre un meurtre.
Aujourd’hui, si vous l’aviez devant vous, que lui diriez-vous ?Je lui dirai que je lui pardonne. Et que ce qu’il a fait a gâché ma vie en un sens parce que jusqu’alors, il y a deux, trois ans, je n’étais pas la même personne que vous voyez devant vous. Je ne sais pas quels étaient les sentiments qui l’animaient, mais je lui pardonne.
Avez-vous un message pour les jeunes filles et les femmes qui vont
vous lire ?
- Je voudrais dire à toutes les filles, aux femmes de ce pays qui sont victimes de ce fléau de prendre contact avec nous. Elles ont la chance aujourd’hui d’avoir S.O.S. Violences Sexuelles. Je félicite et remercie, par le biais de votre journal, l’intelligence qu’a eu M. ASSA'A. Par cette association qui est une première en Afrique, de nombreuses jeunes filles et femmes s’en sortiront d’un viol sans grands dégâts. A mon époque, il n’y en avait pas. Qu’elles n’aient pas peur, qu’elles n’aient pas honte de se confier. Si elles ne se font pas suivre, il risque d’avoir beaucoup de dérapages dans leur vie. La femme est la victime. Il ne faudra pas qu’elle tombe plus bas. Il y a des psychologues. Déjà, nous savons qu’elles n’ont pas assez de moyens pour aller chez des psychologues afin de suivre des traitements. Il y a aussi un suivi judiciaire afin de poursuivre les bourreaux au tribunal si elles le veulent.
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