LE VIH-SIDA ET LES FEMMES

 
 
« Ce n'est pas par hasard que les pays où le virus se propage aujourd'hui le plus rapidement chez les hétérosexuels sont ceux-là même où les femmes sont maintenues dans un état d'infériorité. »
- Organisation mondiale de la santé

La vulnérabilité particulière des femmes à l'infection par le VIH et au sida

Dans les pays en développement, dans environ 75 p. 100 des cas, le VIH se transmet par relations hétérosexuelles. Parallèlement à la propagation du virus et à l'augmentation du nombre de personnes infectées, la proportion des femmes s'accroît chez les personnes séropositives. En 1990, seulement 25 p. 100 de ces personnes étaient des femmes; à la fin de 1995, ce pourcentage atteignait les 45 p. 100. D'après les prévisions de l'Organisation mondiale de la santé, d'ici l'an 2000, sur un total de 30 à 40 millions de personnes séropositives, quelque 15 millions seront des femmes. Environ 3 000 femmes par jour contractent le virus; en Afrique, on compte déjà six femmes pour cinq hommes porteurs du VIH.

Les femmes sont plus vulnérables à l'infection par le VIH et au sida pour les raisons suivantes :

Situation sociale : Dans la majorité des pays du monde, les femmes ne bénéficient pas du même traitement auquel ont droit les hommes : dans les pays en développement, les inégalités sont nombreuses en matière d'éducation, de revenu, de possibilités d'emploi, d'accès aux soins de santé, d'exercice du pouvoir, de prise de décisions, etc. La vulnérabilité des femmes à l'infection par le VIH et au sida se situe principalement sur deux plans :

 

  • le pouvoir : dans la plupart des sociétés, la coutume veut que l'homme domine sa partenaire lors des rapports sexuels. La femme, qu'elle soit consentante ou non, ne peut insister pour que son partenaire adopte des pratiques sexuelles sans risque ni refuser ses avances. Les choses se passent ainsi non seulement dans les rapports conjugaux, mais aussi dans d'autres situations, par exemple lors de relations sexuelles entre une prostituée et son client ou entre un violeur et sa victime. Ajoutons que dans bien des sociétés, l'homme est nettement plus âgé que sa partenaire, ce qui déséquilibre encore plus le rapport de forces;
  • les inégalités socio-économiques : dans de nombreux milieux sociaux, il existe d'importants écarts entre les femmes et les hommes sur les plans de l'éducation, du revenu et de la situation sociale, et au regard d'autres facteurs qui influent sur le niveau personnel d'indépendance économique et d'autonomie. Dans ce contexte, bien des femmes pauvres et seules, non instruites et sans pouvoir, doivent compter sur un homme pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.


Physiologie : La zone de tissu exposée au virus pendant les relations est plus grande chez les femmes, ce qui accroît le risque d'infection (à laquelle les femmes sont de trois à cinq fois plus vulnérables que les hommes); de plus, les femmes souffrent plus souvent que les hommes de lésions attribuables à des maladies transmises sexuellement qui n'ont pas été traitées, ce qui accroît le risque d'autant, tout comme les conséquences de la mutilation des organes génitaux. Par ailleurs, beaucoup d'hommes se cherchent des partenaires de plus en plus jeunes encore plus vulnérables sur le plan physiologique, croyant à tort que les jeunes femmes peuvent se débarrasser du virus, ou qu'une très jeune fille ne le leur transmettra pas.
Ajoutons que dans nombre de sociétés, l'accès aux soins de santé, surtout ceux qui sont liés à la fonction reproductrice, n'est pas universel en raison du manque de fonds ou parce qu'on stigmatise les personnes, en particulier les femmes, qui cherchent à obtenir ce genre de soins. Pour bien des femmes, surtout celles qui font partie des groupes à risque élevé, la possibilité de se procurer ces soins devient une question de vie ou de mort quand elles doivent se protéger contre les MTS et plus particulièrement contre le VIH.

Une approche globale

Au début de la pandémie, les organisations qui s'occupaient des sidéens et de leur famille partout dans le monde ont découvert que les inégalités entre les hommes et les femmes alimentent la crise en augmentant le nombre de relations sexuelles à risque. La stratégie adoptée pour réduire le risque porte à la fois sur l'infection par le VIH, les valeurs culturelles et les droits et besoins des femmes comme des hommes. Cette approche globale exige l'expression d'une volonté politique et la participation de tous les secteurs de la société de même que de tous les paliers de gouvernement.

Concrètement, la nécessité s'impose d'adapter aux réalités de la crise les lois sur la succession et le mariage, par exemple. Si le secteur privé fournissait des logements familiaux aux travailleurs migrants et offrait des programmes de sensibilisation au sida aux employés, le risque serait réduit d'autant. Il est indispensable de mieux financer les soins de santé génésique de base; en appuyant les initiatives locales en matière de santé et de lutte contre la pauvreté, on atténuera les répercussions de différents facteurs clés. Il est également impératif de fournir à tous, y compris aux femmes, les moyens de se prendre en charge en les informant et en leur donnant le pouvoir de faire des choix éclairés concernant leur santé.
 


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