I - INTRODUCTION
1. Problématique
Dans une société où ce qui était tabou hier est permis aujourd’hui et où certaines structures fondamentales sont en train de se désagréger il nous a paru tout de même préoccupant de statuer sur un phénomène particulier qui ne laisse plus personne indifférent : les abus sexuels de tout genre. Phénomène qui a d’ailleurs suscité la création de S.O.S. Violences Sexuelles en 1997. Mais s’il est donné de parler de l’abus sexuel dans son ensemble, la classe la plus vulnérable de la société à savoir les enfants, paie de plus en plus un lourd tribut de cette forme de délinquance. En effet nous assistons depuis quelques années à une internationalisation du phénomène qui a même pris des allures de trafic avec un bénéfice pécuniaire honteux pour ses trafiquants. Pour ceux qui s’adonnent à de telles pratiques, l’éthique et la morale n’ont plus droit de cité. Et de ce fait ils ne peuvent se soucier des droits fondamentaux de la personne humaine et notamment des enfants. Les études antérieures de SOS Violences Sexuelles (1997) dans la société ivoirienne dans son ensemble et à Abidjan et ses banlieues en particulier n’ont fait que confirmer les informations informelles que l’on mettait sur le compte de la rumeur. Hélas il y avait péril en la matière. Plus de 16% des personnes soumises à une enquête avaient déjà été victimes de viol avec un point culminant au niveau de l’adolescence, 84% environ, avec une proportion de 9% dans l’enfance. Il nous a paru opportun quelques années après ces études de viser une population cible particulièrement sensible qui faisait partie de la tranche des adolescents où les cas d’abus avaient été les plus constatés : la population scolaire.
2. Hypothèse Notre hypothèse se fondait sur le fait que les élèves sont très souvent victimes de toute sorte d’abus sexuels de la part aussi bien de leurs enseignants que de leurs camarades. Cette hypothèse toutefois a eu un prolongement sur la vie extra-scolaire de ces élèves, du moment où ils ne sont pas en dehors de la société d’ensemble où ils vivent.3. Objectifs
2. Le questionnaire
3. Durée de l’étude
L’étude a été menée sur deux mois et a concerné essentiellement la ville d’Abidjan et ses banlieues, une agglomération qui est largement représentative de toutes les couches de la société ivoirienne.
4. Passation du questionnaire
Dans chaque établissement nous choisissions au hasard une classe ; et après avoir expliqué les objectifs de l’étude aux élèves ayant montré leur disponibilité (ils s’y montraient généralement favorables), nous leur soumettions les questionnaires en notre présence souvent à l’aide d’un éducateur, d’un conseiller d’éducation ou d’un censeur.
III - PRESENTATION, ANALYSE ET INTERPRETATION DES RESULTATS
Nous avons ainsi sillonné plusieurs établissements scolaires pour obtenir un échantillon de 500 élèves qui se repartissent à peu près de manière équilibrée : 252 filles contre 248 garçons. Au total on dénombre 136 cas d’abus sexuel soit une prévalence de 27,2 % répartie en viols, tentatives de viol, attouchements et harcèlement.
2. Répartition des résultats
2.1 - Selon les caractéristiques socio-démographiques des victimes
a. Répartition selon le sexe
Sexe Effectif(n) % Garçons 35 25,73 Filles 101 74,27 Total 136 100 On constate que les victimes de sexe féminin sont dans une proportion de 74,27% contre 25,73% pour les garçons. Ce taux montre que les abus sont encore largement perpétrés sur les filles. Ce score n’occulte pour autant pas l’existence d’un taux relativement élevé pour les garçons en références aux tendances générales habituelles. Cela est très d’autres études menées ailleurs où nous pouvons relever 72,5% de filles contre 27,5% de garçons (MBASSA, 2000).
b. Répartition par tranche d’âge
Classe d’âge Garçons Filles Total N % N %N
% 5-9 8 5,88 18 13,24 26 19,12 10-14 21 15,44 62 45,59 83 61,03 15-16 6 4,41 19 13,97 25 18,38 17 0 0 2 1,47 2 1,47 Total 35 25,73 101 74,27 136 100
La distribution des âges des victimes va de 9 à 17ans. A ce niveau on pourra noter que les abus sexuels sont fortement élevés au niveau de la population scolaire en période pré-pubertaire et pubertaire (79,42%) ils existent dans une proportion de 19, 12% entre 5et 9 ans c’est-à-dire avant 10 ans. Ces résultats se rapprochent encore une fois de ceux de MBASSA (2000) qui donnent chez les pré-pubertaires et pubertaires 72,9% et 25,3% entre 5 et 9 ans.
1. Nature de l’abus sexuel
Types d’abus Effectif (n) % Viols 45 33,09 Tentatives de viol 20 14,7 Attouchements 56 41,18 Harcèlement 15 11,03 Total 136 100 Dans cette rubrique on constate que les attouchements constituent le mode d’abus le plus répandu dans une proportion de 41,18%. Ce premier rang confirme encore une fois les résultats d’autres études antérieures dont ceux de MBASSA (2000) où dans une proportion de 54,6% les attouchements constituaient le premier mode d’abus sexuels sur un ensemble de 269 victimes. Les viols viennent en deuxième position avec 33,09% des cas d’abus.c. Lieu de l’abus
Lieu Effectif (n) % Chez la victime 36 26,47 Chez l’agresseur 20 14,70 Environnement scolaire 14 10,29 Bal 6 4,41 Non précisés 48 35,3 Autres 12 8,83 Total 136 100 Il faut signaler que dans cette rubrique nous avons curieusement observé que les cas où le lieu de l’agression n’était pas précisé étaient les plus élevés 35,3% . Autant cela pourrait être dû à un problème de non insistance sur ce facteur alors même qu’il était grandement inscrit dans les questionnaires, il faut y voir également une certaine résistance pour cacher quelque chose parce que l’on peut sentir une certaine gêne de dire que cela s’est passé dans la rue où dans un environnement scolaire ou encore à la maison avec une difficulté à révéler l’identité de l’auteur. En dehors de cette réalité il faut dire que les cas où l’agression a eu lieu chez la victime (26,47%) demeurent les plus fréquents. Suivis de chez l’agresseur (14,7%).2.2 - Selon Caractéristiques socio-démographiques des agresseurs
a. Répartition selon le sexe
Sexe Effectif (n) % Hommes 101 74,26% Femmes 19 13,97 Non précisés 16 11,76 Total 136 100 Concernant le sexe de l’agresseur il reste indiqué que la délinquance sexuelle demeure encore largement sous la domination de la toute puissance masculine 74,26%. La proportion féminine est tout de même à prendre au sérieux. Car dans une étude antérieure menée par S.O.S. Violences Sexuelles (1999) sur les agresseurs sexuels à la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) tous les incarcérés pour abus sexuel rencontrés étaient de sexe masculin. On pourra certes dire qu’il y a une certaine indulgence quand il s’agit d’agresseur de sexe féminin et que même certains esprits se font difficilement convaincre par cette idée de femme agresseurs sexuels. Il faut dire que ce phénomène est en train de gagner du terrain.b. Origine de l’agresseur
Origine Effectif (n) % Intra-familial 37 27,20 Extra-familial 84 61,77 Non précisé 15 11,03 Total 136 100% Dans 88,97% des cas l’origine de l’agresseur est connue. Les agresseurs d’origine extra- familiale demeurent les plus nombreux. Cependant la proportion des agressions d’origine intra-familiale suscite quelques interrogations car ce chiffre semble gagner du terrain. Généralement ce qui avait demeuré comme plus compréhensif quoique inacceptable était les agressions issues des personnes d’origine extra familiale. Cette observation confirme les propos de la directrice régionale de l’Afrique de l’Ouest et du Centre de L’UNICEF qui révélait en février 2001 lors de la rencontre régionale sur l’abus et l’exploitation sexuelle des enfants organisée par le RAFCANE à Dakar. En effet la première responsable de l’UNICEF dans cette région observait que du fait de la promiscuité et de l’avancée de la pauvreté on observe de plus en plus une recrudescence du phénomène des abus sexuels à caractère incestueux.2.3 - Répartition selon l’identité de l’agresseur
a. Dans le cadre familial
Identité Effectif (n) % Total Total % Cousins 20 54,05 24 17,65 Cousines 4 10,81 Oncles 9 24,32 9 6,61 Frères 1 2,7 2 1,47 Sœurs 1 2,7 Tuteurs 2 5,4 2 1,47 Total 37 100 37 27,2
b - En dehors du cadre familial
Identité Effectif (n) % Total G % Amis 24 28,57 17,65 Camarades 13 15,48 9,56 A utres adultes connus 10 11,9 7,35 Voisins 10 11,9 7,35 Inconnus 16 19,05 11,76 Enseignants 4 4,76 2,94 Répétiteurs 4 4,76 2,94 Domestiques 3 3,57 2,2 Total 84 100
Au niveau extra- familial les amis sont les plus nombreux dans les cas d’abus (28,57%). Toutefois soulignons que certains élèves ont confondu camarades et amis de sorte que certaines personnes prises pour des amis n’étaient que des camarades souvent même de classe. La proportion des enseignants et des répétiteurs se retrouve pratiquement au bas de l’échelle 4%. Toutefois certaines interrogations sur les nombreuses imprécisions sur l’identité de l’agresseur nous ont permis de réaliser que le chiffre concernant les enseignants est en réalité plus élevé qu’on ne le croit. La résistance liée à la peur de dénoncer son maître malgré toutes les assurances d’anonymat des réponses a eu raison de ce facteur. Les cas même d’origine non identifiée de l’agresseur peuvent être eux aussi liés à cette résistance. Ici aussi parents proches(papa par ex.) et enseignants n’échappent pas à cette vérité. seules d’autres méthodes d’investigation telles que des entretiens approfondis de donner des chiffres exacts.CONCLUSION
Au terme de cette étude nous relevons que :
- La prévalence des abus sexuels ( viols, tentative de viol, attouchements et harcèlements) au sein de la population scolaire soumise à notre étude est de 27,2% ;
- Plus de 10% des attentats sont réalisés dans une environnement scolaire ;
- Plus de 15% d’entre eux sont perpétrés par des camarades(élèves de classe ou d’établissement) et 4% par des enseignants ;
- La plupart des élèves interrogés se sont exprimés sur leur vécu.
L’étude nous a montré qu’il y a encore beaucoup résistance liée à la peur de s’exprimer sur son mal et de dénoncer l’agresseur en témoigne la proportion trop grande d’imprécision sur l’identité de certains agresseurs ainsi que du lieu de l’agression. il n’en demeure pas moins que ces victimes ayant des difficultés de verbalisation vivent leur mal de façon humiliant et en souffrent et ont besoin d’un suivi sous forme de prise en charge psychothérapeutique voir médicale. Car de telles situations ont non seulement des conséquences fâcheuses sur le rendement scolaire de l’élève mais aussi et surtout sur sa santé physique et psychologique, éléments justifiant d’ailleurs la première conséquence relative au rendement scolaire. Par ailleurs nous ne sommes pas revenus sur certains facteurs tels que la dénonciation, les plaintes ou l’âge des agresseurs parce que pour ce qui est de la dénonciation et des plaintes par exemple une étude antérieure de S.O.S. Violences Sexuelles (1997) indique que seule 14% des victimes et cela lorsqu’il s’agit d’un viol effectif se sont engagées à poursuivre leur agresseur la plupart restent muets sur leur douleur. Certes cette autre étude n’a pas été menée exclusivement sur la population scolaire, mais elle est le reflet exclusif de toute la situation de la population générale. Pour ce qui est de l’âge des agresseurs nous avons estimé qu’il n’était pas toujours évidents pour les victimes dont un certains ont des difficultés claires pour une identification totale de leurs agresseurs de pouvoir donner suffisamment de détails sur l’âge de ceux-ci. A ce niveau une étude de S.O.S. Violences Sexuelles (1999) menée sur les agresseurs sexuels , même s’ils ne sont pas exclusifs de la population scolaire, permet d’en avoir une idée.Nous pensons ainsi avoir atteint les objectifs de cette étude.
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