9 mars 2004
| �DITORIAL |
Andr� Pratte
Sheila Copps et Jean Pelletier sont les plus r�centes victimes de ce que plusieurs consid�rent comme une v�ritable purge anti-Chr�tien lanc�e par le premier ministre Paul Martin. Cependant, dans la longue liste des pro-Chr�tien �cart�s par le nouveau gouvernement, tous n'ont pas raison de crier � l'injustice.
Dans une lettre envoy�e � La Presse la semaine derni�re, l'ancien pr�sident du conseil de VIA Rail, Jean Pelletier, n'h�site pas � soutenir que de son cong�diement viole les principes fondamentaux de la justice et de la d�mocratie canadiennes. Ce faisant, M. Pelletier semble faire fi de certaines r�alit�s.
La nomination de Jean Pelletier au conseil de VIA �tait une nomination politique, une marque de gratitude pour les services rendus comme chef de cabinet du premier ministre. Cela n'enl�ve rien aux m�rites consid�rables de l'homme. Mais les gens qui b�n�ficient de telles nominations savent que ce que la politique leur a donn�, la politique peut le leur enlever.
La d�claration de M. Pelletier au sujet de Myriam B�dard n'�tait pas seulement � une d�claration malheureuse �. Elle illustrait de fa�on spectaculaire le peu d'importance accord�e � l'affaire des commandites par la direction de VIA Rail. Lors de la publication du rapport de la v�rificatrice g�n�rale, qui d�voilait plusieurs faits troublants concernant VIA, M. Pelletier s'est content� de publier un communiqu� laconique �voquant � un certain laxisme �. Et voil� qu'aux r�v�lations inqui�tantes d'une ancienne employ�e, le pr�sident du conseil r�agit en la traitant de � pauvre fille qui fait piti� � ? Jean Pelletier n'avait tout simplement plus la cr�dibilit� n�cessaire pour faire toute la lumi�re sur les aspects du scandale qui concernent VIA.
Dans sa lettre, M. Pelletier accuse le gouvernement de l'avoir � sommairement ex�cut� �, faisant fi de la � pr�somption d'innocence �. Sauf que nous ne sommes pas ici devant un tribunal. Ce qui est en cause, ce n'est pas l'innocence ou la culpabilit� d'un individu, mais la confiance que doivent avoir le gouvernement et le public canadiens en ceux qui dirigent les soci�t�s d'�tat. Le gouvernement n'a pas dit que M. Pelletier �tait coupable de quoi que ce soit. Dans la mesure o� la r�putation de M. Pelletier est affect�e, ce n'est pas le cong�diement qui en est l'origine, mais les propos d�solants qu'il a tenus. La m�me chose est vraie pour MM. Marc LeFran�ois et Michel Vennat : ce ne sont pas les d�cisions du cabinet � leur sujet qui ont entach� leur r�putation, mais les gestes qu'ils ont pos�s, tels que r�v�l�s par la v�rificatrice g�n�rale (dans le premier cas) et au cours du proc�s Beaudoin (dans le second).
Les faits, tels qu'ils sont connus des Canadiens aujourd'hui, justifient parfaitement les d�cisions prises par le gouvernement Martin dans les cas de MM. Pelletier, LeFran�ois, Vennat et Andr� Ouellet. Comment expliquer, dans de telles circonstances, que les accusations de purge anti-Chr�tien demeurent cr�dibles ?
Il y a � cela deux raisons. D'abord, il y a la m�thode brutale employ�e par le gouvernement. M. Pelletier affirme avoir appris son cong�diement par t�l�copieur ! De plus, les communiqu�s annon�ant les mesures disciplinaires ne comprennent aucune manifestation de gratitude � l'endroit de personnes qui ont tout de m�me consacr� des ann�es de leur vie au service de l'�tat. Il s'agit d'un manque de classe d�plorable.
Seconde raison : l'impression de purge demeure... parce qu'il y a bel et bien eu purge ! Il est de tradition qu'apr�s une course au leadership, le nouveau chef s'efforce de panser les plaies. Il le fait, notamment, en nommant d'anciens adversaires � des postes cl�s. Or, Paul Martin a fait le contraire. Presque tous les partisans de Jean Chr�tien ont �t� d�gomm�s. Si certains d'entre eux �taient rest�s membres du cabinet, si Paul Martin avait accept� que Sheila Copps reste d�put�e, personne ne songerait � attribuer � une vendetta les cong�diements n�cessaires de certains dirigeants de soci�t�s de la Couronne.
Tout cela fait un pitoyable spectacle. Les clans Martin et Chr�tien auraient d� d�poser leurs armes depuis longtemps. Malheureusement, aveugl�s par la haine qu'ils se portent, ils continuent de s'entre-d�chirer, au d�triment du Parti lib�ral et du Canada.
page mise en ligne le 9 mars 2003 par SVP