3 mars 2004

Myriam Bédard
louangée par ses patrons
un mois avant son
congédiement de VIA Rail

François Cardinal

Bédard a été encensée pour son « excellent travail » et son « dévouement » par nul autre que le président du conseil, Jean Pelletier. Pourtant, dans une entrevue à La Presse jeudi dernier, ce dernier lui reprochait d'avoir montré de nombreuses lacunes professionnelles au cours de son séjour chez VIA. Deux lettres obtenues par La Presse mettent en lumière des contradictions entre les récentes déclarations de VIA et de M. Pelletier, congédié lundi, et des propos tenus antérieurement. Ces documents pourraient ajouter de nouveaux éléments à l'enquête interne déclenchée lundi par la société d'État dans la foulée des allégations de Mme Bédard. Débutant par les mots « Chère Myriam » et datée du 3 décembre 2001, soit 39 jours avant le départ de la championne olympique, la première lettre est signée par M. Pelletier, alors président du conseil, et Marc LeFrançois, président et chef de la direction - aujourd'hui suspendu.

Les deux hommes annoncent « avec un immense plaisir » que la médaillée olympique aura droit à des « primes de rendement ».

« Votre excellent travail, joint au marché des voyages actuel et à l'efficacité découlant de notre nouvelle structure d'entreprise, nous a permis de prévoir des résultats de fin d'exercice très positifs. (...) Nous tenons à vous remercier pour votre travail acharné et votre dévouement. »

Or, la semaine dernière, Jean Pelletier laissait entendre, en entrevue à La Presse, que Mme Bédard n'avait pas les qualités requises pour travailler chez VIA Rail. Bien qu'il a précisé n'avoir « jamais traité avec Mme Bédard » et ne pas s'occuper des «affaires courantes » de la société, M. Pelletier affirmait que la championne olympique n'était tout simplement pas à sa place chez VIA.

« Ce qu'on me dit, c'est que cette personne-là est entrée ici et qu'elle ne cadrait pas avec l'équipe, déclarait-il jeudi dernier. On me dit que ce n'est pas une personne d'équipe, un team player. Ça ne marchait pas, d'aucune façon. Elle critiquait ce que son patron faisait. Elle avait ses propres idées. On lui a dit que si elle n'est pas contente, au lieu de travailler pour un client, elle serait peut-être plus à l'aise dans une agence de publicité. »

Lorsqu'elle a lu ces commentaires, la semaine dernière, Mme Bédard a bondi. Elle ne comprenait pas comment l'excellente employée qu'elle était en 2001 est soudainement devenue une paria en 2002. « Sur quoi se base M. Pelletier pour dire de telles choses ? a-t-elle demandé en entrevue. Est-ce que M. Pelletier est même capable de nommer un seul projet sur lequel j'ai travaillé ? »

Rappelons qu'un mois après qu'elle eut reçu la lettre de félicitations, selon la version de Mme Bédard, M. LeFrançois lui téléphonait pour l'obliger à se joindre à Groupaction Marketing, une firme liée au scandale des commandites, selon le rapport de la vérificatrice générale Sheila Fraser. «Il m'a dit : Myrian, tu dois quitter VIA aujourd'hui, sinon c'est Jean Pelletier qui va te transférer de force chez Groupaction. Aucune raison ne m'était donnée », soutenait-elle la semaine dernière.

Par ailleurs, vendredi dernier, quelques minutes après que M. Pelletier se fut « excusé » pour les propos qu'il a tenus à l'endroit de Mme Bédard, VIA Rail publiait à son tour un communiqué - non signé - qui laissait une fois de plus planer un doute sur les paroles de Mme Bédard, notamment sur la date et les circonstances entourant son départ de la société d'État.

« Il est faux d'affirmer que Mme Bédard a été forcée de quitter VIA, écrivait-on. Elle a quitté la Société volontairement le 18 janvier 2002, afin de poursuivre sa carrière à titre de consultante indépendante. »

Or, une autre lettre obtenue par La Presse, celle-là datée du 16 décembre 2002 et envoyée à Mme Bédard à titre de confirmation de cessation d'emploi, précise, sous la signature de Marc LeFrançois, que l'ex-biathlonienne « a été à l'emploi de VIA Rail Canada inc., à titre de spécialiste des programmes nationaux (au) service de marketing, du 10 janvier 2001 au 11 janvier 2002 ». Malcolm Andrews, porte-parole de la société détat, n'a pas été en mesure d'expliquer cette différence, hier.

La date du départ est importante, selon Mme Bédard, parce qu'elle prétend que son « congédiement » est directement relié au scandale des commandites qui couvait déjà en janvier 2002. En témoigne, à son avis, le départ précipité du ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, le 15 janvier 2002, pour l'ambassade canadienne au Danemark.

Aussi, Mme Bédard soutient qu'il est impossible qu'elle soit partie de son plein gré en raison de tous les projets sur lesquels elle travaillait à ce moment-là. « Lorsque j'ai reçu l'appel de M. LeFrançois qui me demandait de quitter VIA, je lui ai moi-même demandé s'il était possible de repousser la date de mon départ à la fin février (après les Jeux de Salt Lake City) en raison de tous les projets olympiques sur lesquels je travaillais. »

Il a été impossible de joindre MM. Pelletier et LeFrançois, hier.


page mise en ligne le 3 mars 2003 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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