2 mars 2004

Entre détestation
et admiration

André Duchesne

Ses détracteurs le disent arrogant, bouillant, tranchant. Ses amis évoquent sa grande culture, son raffinement et sa force de leadership.

Congédié hier de son poste de président du conseil de VIA Rail à la suite de ses propos à l'endroit de Myriam Bédard, Jean Pelletier est un homme qui ne laisse personne indifférent.

Pour ses amis et anciens collaborateurs, il est totalement inacceptable de sacrifier la carrière d'un homme qui a consacré une grande partie de sa vie à la chose publique, sur une déclaration controversée. « Les gens doivent être jugés sur l'ensemble de leur carrière, pas sur une erreur. Tout le monde dans la vie fait des erreurs et M. Pelletier s'est excusé », plaide Eddie Goldenberg, ancien conseiller d'expérience de Jean Chrétien.

Même propos chez l'ancien directeur des communications de M. Chrétien, Peter Donolo. « Demandez à quiconque ayant eu affaire avec lui et vous verrez qu'ils vous parleront de Jean Pelletier comme un homme distingué, direct, doté d'un grand sens de l'éthique. »

L'ancien sénateur Raymond Setlawke, qui devait le rencontrer hier soir, est solidaire. « Jean est un homme de culture, de loyauté, d'intégrité. Pendant toutes ces années passées comme chef de cabinet de M. Chrétien, il n'a jamais essuyé un reproche », dit-il.

Ses détracteurs conservent au contraire un souvenir amer d'un homme intransigeant. « C'était un autoritaire. Il n'acceptait aucune opposition. Pour lui, c'était impensable. Ce n'était pas un démocrate », lance Réjean Lemoine, chroniqueur urbain à Radio-Canada. Dans les années 1986-1989, M. Lemoine faisait partie d'un groupe d'opposants à la Grande Place, un projet de tours à bureaux et de centre commercial que caressait M. Pelletier pour relancer le quartier Saint-Roch alors qu'il était maire de Québec.

Toujours à cette époque, l'administration Pelletier avait fait arrêter la recherchiste du parti d'opposition, Winnie Frohn, sous prétexte qu'elle travaillait sans la présence d'un conseiller du Rassemblement populaire, à l'hôtel de ville.

« Plusieurs fois, dés directeurs adjoints sont venus me dire qu'il fallait que je parte parce que j'étais là toute seule. Ils ont enlevé les clés aux conseillers parce qu'ils ne voulaient pas qu'ils me la passent. (Un jour)... j'ai décidé de rester dans le bureau et cette fois-là, on m'a fait arrêter. J'ai été arrêtée et accusée de nuisance publique, mais, finalement, il n'y a pas eu de suite. Nous, nous aurions aimé qu'il y ait procès afin de montrer à quel point c'était antidémocratique », dit Mme Frohn, professeur en études urbaines à l'UQAM.

Plus de 40 ans de politique
Né à Chicoutimi le 21 janvier 1935, Jean Pelletier fait des études au Collège des jésuites de Québec, au Séminaire de Trois-Rivières où il rencontre Jean Chrétien et à l'Université Laval. Il commence sa carrière dans le journalisme avant de devenir secrétaire de presse des premiers ministres Paul Sauvé et Antonio Barrette en 1959-1960.

Par la suite, il passe quelque temps dans la fonction publique avant de faire carrière dans les affaires. En dehors de son travail, il est très actif dans plusieurs organismes sociaux, culturels et communauta-ires de la ville de Québec ainsi qu'en politique. À ce titre, il est l'un des fondateurs du parti du Progrès civique de Québec en 1962. Il est élu conseiller en 1976 et maire de 1977 à 1989.

Au cours de ses trois mandats, Jean Pelletier est l'artisan de la reconnaissance de l'arrondissement historique de la vieille ville dans le Patrimoine mondial de l'Unesco. On lui doit aussi la rénovation de l'édifice du Palais en gare intermodale.

Dans une entrevue accordée à La Presse en 1989, il se félicitait d'autres réalisations : la bibliothèque Gabrielle-Roy, la création d'un office de développement économique et le renversement de l'exode de la population vers les villes de banlieue.

Devenu chef de cabinet de Jean Chrétien en 1991, il a tenté de se faire élire dans la circonscription de Québec aux élections fédérales de 1993. Ses adversaires sont le ministre des Finances conservateur Gilles Loiselle et une inconnue du Bloc québécois, Christiane Gagnon. « MM. Pelletier et Loiselle avaient décidé de m'ignorer. Ils étaient tellement sûrs de gagner. C'était un peu méprisant », raconte Mme Gagnon, élue en 1993 et toujours députée.

Au début de 1993, alors que se préparait l'assemblée d'investiture libérale dans la circonscription de Beauport-Montmorency-Orléans, il avait dit à un candidat d'origine malienne, Boubacar Touré : « Le tissu sociologique québécois n'est pas encore assez évolué pour accepter la candidature d'un Noir. » Ce fut le tollé. Accusé de racisme, M. Pelletier s'était dit blessé de voir M. Touré rendre publique une conversation de nature privée et avait souligné qu'il ne lui avait donné que son opinion franche comme l'avait demandé M. Touré.

D'aucuns dans son entourage affirment que, sous sa houlette, le Cabinet du premier ministre a fonctionné rondement. La tâche de chef de cabinet est énorme : tenir l'agenda, assurer la coordination avec les ministres, les députés, le parti, gérer le personnel, etc.

Honnne intéressé au domaine culturel, il fut le liquidateur testamentaire du peintre Jean-Paul Lemieux, mort en 1990. C'est grâce à son intervention auprès de la fille du peintre si un mur du bureau de M. Chrétien était couvert d'une série de 20 toiles de Lemieux inspirées du roman La Petite Poule d'eau de Gabrielle Roy.

Jean Pelletier est officier de l'Ordre du Canada, officier de l'Ordre du Québec et commandeur de la Légion d'honneur de la France. Ami de Jacques Chirac, il n'est pas étranger au fait que le président de la République française ait passé ses vacances estivales 2003 à North Hatley, dans les Cantons-de-l'Est.


page mise en ligne le 2 mars 2003 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
Qui sur SVP?

Hosted by www.Geocities.ws

1