27 mars 2004

�DITORIAL

La guillotine

Andr� Pratte

Une question hante bien des gens depuis l'�trange t�moignage de Myriam B�dard, mercredi dernier, devant le comit� des comptes publics : et si on (le gouvernement, le public, les m�dias) avait injustement condamn� Jean Pelletier ? Et si l'ex-pr�sident du conseil de VIA Rail avait �t� victime, comme il le croit, d'une � ex�cution sommaire � ?

Chose certaine, ce dernier rebondissement nous rappelle les grands risques des jugements pr�cipit�s. Ceux-ci agissent comme la guillotine : une fois la lame tomb�e, il est impossible de r�parer les d�g�ts.

Les propos de Mme B�dard ont �t� unanimement d�nonc�s. Pourtant, ici aussi, il faut �viter les jugements � l'emporte-pi�ce.

1) Groupaction et la drogue: contrairement � ce que plusieurs ont cru, Myriam B�dard n'a pas soutenu que Groupaction �tait m�l� au trafic de drogue. Elle a rapport� ce que lui aurait dit le pr�sident de VIA. Elle ne s'amusait pas � colporter des ragots ; elle voulait expliquer pourquoi elle avait �t� constern�e d'apprendre que l'entreprise voulait l'envoyer chez Groupaction : �J'avais entendu d�j� de M. Lefran�ois que Groupaction �tait impliqu� dans le trafic de drogues. J'avais peur et psychologiquement j'�tais paralys�e. �

2) Jacques Villeneuve et les 12 millions : encore l�, Mme B�dard n'a rien affirm�. Elle a simplement r�p�t� ce que son agent de l'�poque lui aurait dit. Cette d�claration, comme la pr�c�dente, r�v�le que l'ancienne championne olympique ne mesurait tout simplement pas l'impact de tels ou�-dire dans le contexte d'un scandale politique.

3) La guerre en Irak : Mme B�dard a fait rigoler bien du monde en soutenant avec conviction que � si le Canada n'est pas engag� dans la guerre, c'est parce que (son conjoint) Nima Mazhari a donn� plusieurs conseils au premier ministire. � Il faut �tre extraordinairement na�ve pour croire que les conseils d'une seule personne aient pu avoir un tel impact. Pourquoi Mme B�dard a-t-elle dit cela ? Peut-�tre justement parce qu'en mati�re de politique elle est d'une grande na�vet�. Peut-�tre parce qu'elle et son conjoint se prennent pour d'autres. Peut-�tre parce que c'est ce que M. Mazhari lui a racont�, lui qui a bel et bien eu l'occasion de discuter avec M. Chr�tien.

Parce que Myriam B�dard est n�ophyte en politique, parce qu'elle a maladroitement rapport� des choses qu'elle a entendues ou cru entendre, son t�moignage au sujet de ce qu'elle a vu chez VIA Rail perd-il toute cr�dibilit� ? Non. Mme B�dard avait certainement l'impression � l'�poque qu'il se passait des choses malhonn�tes. Elle est apparemment convaincue que c'est ce qui a men� � son cong�diement. Est-ce une perception exacte ou caricaturale de la r�alit� ? Il faut attendre d'avoir tous les faits en main avant de porter un jugement.

� la lumi�re du t�moignage de l'athl�te retrait�e, les propos m�prisants de M. Pelletier � son �gard deviennent-ils excusables ? En d�clarant que Mme B�dard �tait � une pauvre fille qui fait piti�, qui n'a pas de conjoint �, l'ancien pr�sident du conseil de VIA voulait-il mettre les gens en garde contre le jugement parfois d�faillant de son ancienne employ�e ? Peut-�tre. Mais les mots choisis restent insultants. De plus, comme l'a soutenu Paul Martin, ces commentaires transmettaient un bien mauvais signal aux gens qui songent � sortir de l'ombre pour t�moigner de ce qu'ils ont vu.

Cette gaffe �tait-elle assez grave pour justifier une destitution ? Cela nous para�t beaucoup moins clair aujourd'hui qu'il y a trois semaines. Malgr� quelques paroles malhabiles, Myriam B�dard demeure une grande championne, qui m�rite le respect. Selon la m�me grille d'analyse, Jean Pelletier n'est-il pas toujours, malgr� quelques mots malheureux, un serviteur m�ritoire de l'�tat ? N'aurait-on pas d� (le gouvernement, le public, les m�dias) le traiter avec plus de consid�ration ?


page mise en ligne le 27 mars 2003 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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