26 mars 2004

La crédibilité de Myriam Bédard
mise en doute
Les propos pour le moins surprenants de la médaillée olympique Myriam Bédard ont fait déferler une vague d'incrédulité, hier, y compris au sein du comité parlementaire devant lequel elle s'était exprimée la veille.
Le député libéral Shawn Murphy a demandé hier au comité des comptes publics de se dissocier des allégations de Mme Bédard et de présenter des excuses formelles au président de la firme Groupaction, Jean Brault, et au pilote Jacques Villeneuve. Il a aussi dénoncé la conduite du président du comité, le conservateur John Williams, pour avoir accordé de la crédibilité aux accusations de l'ex-biathlonienne.
Mme Bédard a surpris bien du monde, mercredi, en affirmant notamment que l'ex-président de VIA Rail lui a confié que Groupaction était impliquée dans le trafic de drogue, que son ex-agent lui a dit que Jacques Villeneuve avait reçu 12 millions US pour porter le mot Canada sur son uniforme et que son conjoint, Nima Mazhari, était derrière la décision du gouvernement Chrétien de ne pas aller en guerre en Irak.
Le président du comité n'a pas commenté la sortie de Mme Bédard. Vic Toews, député conservateur membre du comité, a pour sa part reconnu que les allégations faites par Mme Bédard n'étaient nullement appuyées par des preuves. « Tant et aussi longtemps que ses propos ne seront pas corroborés par des preuves concrètes, je n'ai pas l'intention d'y prêter attention », a-t-il dit.
Or, chacune des personnes éclaboussées par les allégations en question a tout nié. Tour à tour au cours des deux derniers jours, Marc LeFrançois, ex-président de VIA, Jean Brault, ex-président de Groupaction, Craig Pollock, agent de Villeneuve, et Jean-Marc Saint-Pierre, ex-agent de Bédard, ont contredit la championne olympique.
Qualifiant de « folle » la comparution de Mme Bédard sur les ondes de la radio anglaise de Radio-Canada, Marc LeFrançois à nié lui avoir dit quoi que ce soit concernant Groupaction et son implication dans le monde de la drogue. « Je ne veux pas parler de Mme Bédard, a-t-il ajouté. Les gens se feront une opinion par eux-mêmes. M. (Jean) Pelletier a parlé une fois et vous savez ce qui lui est arrivé. Donc, elle était une grande athlète... et c'est tout ce que je veux dire. »
M. LeFrançois, qui a été congédié il y a quelques semaines pour son implication présumée dans le scandale des commandites, a aussi indiqué qu'il aimerait bien livrer sa version des faits devant le comité. Il n'y a toutefois pas encore été invité.
Joint par téléphone, l'ex-agent de Mme Bédard, Jean Marc Saint- Pierre, a quant à lui soutenu n'avoir jamais parlé des commandites de Jacques Villeneuve avec l'ex-biathlonienne. « Je peux définitivement vous affirmer que je n'ai jamais dit ça, a-t-il dit. D'ailleurs , je n'ai jamais vu le logo du Canada sur l'équipement de Villeneuve, je ne peux donc pas en avoir parlé. »
Même son de cloche de la part de MM. Brault et Pollock qui, la veille, ont nié les faits avancés par Myriam Bédard.
Pour sa part, l'ex-biathlonienne semblait secouée, hier, par les réactions qui ont suivi son témoi-gnage. Lors d'un entretien dans son bureau du centre-ville, elle a d'abord indiqué qu'elle était surprise que les membres du comité ne lui aient pas posé davantage de questions et ne lui aient pas laissé le temps de déposer ses preuves. « On (son conjoint et elle) est reparti avec notre pile de papiers sous le bras ! » a-t-elle dit.
Aussi a-t-elle exprimé sa stupéfaction de voir le traitement qu'on lui a accordé par rapport à celui qui a été réservé à l'ex-ministre Alfonso Gagliano. « C'est bizarre, a-t-elle affirmé. Ça veut dire que l'on a plus de crédibilité quand on a tout oublié que quand on a de la mémoire ? Ça veut aussi dire que si on n'est pas du Parti libéral, on n'est pas protégé ? »
Enfin, elle s'interroge sur le fait que le comité, qui l'a écoutée pendant près d'une heure à huis clos il y a une dizaine de jours, l'a invitée alors qu'il ne la trouve pas crédible aujourd'hui.
page mise en ligne le 26 mars 2003 par SVP